La girafe (Giraffa camelopardalis) est désormais considérée comme globalement « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a révélé l’ONG jeudi 8 décembre 2016, lors de la 13e conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB), organisée jusqu’au samedi 17 décembre à Cancun (Mexique).

Ce statut est attribué aux espèces confrontées « à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage ». Répandu à travers l’Afrique orientale et méridionale avec de petites sous-populations isolées au centre et à l’ouest du continent, l’emblématique ruminant a vu ses effectifs fondre de 35 à 40 % en trois décennies, passant d’une fourchette comprise entre 151.702 et 163.452 individus en 1985 à 97.562 en 2015.

La croissance démographique humaine a un impact particulièrement négatif sur l’avenir des girafes, menacées par le braconnage, la perte et la modification de leur habitat à cause du développement agricole et des activités minières, l’augmentation des conflits homme-faune et les guerres civiles.

GIRAFES MASAI

Girafes masaï ou girafes du Kilimandjaro (G. c. tippelskirchi) dans la réserve nationale du Masaï Mara, au sud-ouest du Kenya, en 2007 (photo Paul Mannix).

Sur les neuf sous-espèces actuellement  admises, trois - la girafe d’Angola (G. c. angolensis), la girafe du Cap ou d’Afrique du Sud (G. c. giraffa) et la girafe du Niger (G. c. peralta) - ont des effectifs en hausse par rapport aux estimations dites « historiques ». Les dates de ces dernières diffèrent d’ailleurs, remontant selon les cas aux années 1960 ou au début de la décennie 1980 (*).

La population de la girafe de Thornicroft (G. c. thornicrofti) est considérée comme stable avec environ 600 spécimens depuis 1973.

En revanche, le nombre de girafes de Kordofan (G. c. antiquorum), de Nubie (G. c. camelopardalis), réticulées (G. c. reticulata),de Rothschild (G. c. rothschildi) et masaï (G. c. tippelskirchi) diminue. Celui de la sous-espèce nubienne s’est ainsi effondré, avec 20.577 individus en 1979/1981contre environ 650 de nos jours (- 97 %).

« Parce que l’on voit couramment des girafes pendant les safaris, dans les documentaires animaliers ou au sein des zoos, beaucoup de gens, dont des défenseurs de l’environnement, ignorent tout de l’extinction silencieuse  de cette espèce, souligne Julian Fennessy, co-président du groupe des spécialistes des girafes et de l’okapi à la commission de sauvegarde des espèces de l’UICN (IUCN SSC Giraffe and Okapi Specialist Group). Il est temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard ! »

700 nouveaux oiseaux !

Par ailleurs, grâce au recensement taxonomique complet mené par l’ONG Birdlife International qui s’appuie sur l’encyclopédie Handbook of the Birds of the World, la liste rouge inclut dorénavant 11.121 espèces d’oiseaux. Près de 700 taxons nouvellement reconnus ont été intégrés à l’indicateur de l’état de la biodiversité dans le monde. Parmi eux,11 % sont menacés d’extinction à l’exemple du troglodyte de Serna (Thryophilus sernai), passereau endémique du canyon colombien du Río Cauca à la survie compromise par la construction du barrage d'Ituango, et de l’artamie azurée des Comores (Cyanolanius comorensis), dont l’habitat disparaît à cause de l’expansion des cultures et des plantes envahissantes.

Si ces deux oiseaux sont classés « en danger », 13 nouveaux entrants sont d’ores et déjà considérés comme éteints, certains depuis moins d’un demi-siècle. Vivant sur de petites îles, la rousserolle de Pagan (Acrocephalus yamashinae), le loxopse dOʻahu (Loxops wolstenholmei) et le picchion de Laysan (Himatione fraithii) ont ainsi disparu, sans doute victimes d’espèces invasives. « Reconnaître plus de 700 nouvelles espèces ne signifie malheureusement pas que les oiseaux se portent mieux », souligne le Dr Ian Burfield, coordinateur général scientifique pour Birdlife.

PERROQUET GRIS DU GABON

Perroquet gris du Gabon photographié en 2008 dans le milieu naturel (photo Robert01).

Le spectre de l’extinction plane même sur des oiseaux parmi les plus populaires au monde comme le perroquet gris africain (Psittacus erithacus), également appelé jaco, gris du Gabon ou gris du Congo, que les spécialistes estiment maintenant « en danger ». D’après une étude menée par Birdlife, la population de ces psittacidés a chuté de près de 99% dans certaines régions de son aire de répartition ! Dimanche 2 octobre 2016, la Convention internationale sur le commerce d'espèces sauvages menacées d'extinction (Cites) avait enfin interdit le commerce international du gris du Gabon, en votant le transfert vers son Annexe I de ce perroquet parmi les plus prisés à cause de sa capacité à imiter la voix humaine.

La faune du lac Victoria

La situation s’avère extrêmement préoccupante en Asie, où la principale menace reste le trafic illégal de la faune sauvage. Les statuts du bulbul à tête jaune (Pycnonotus zeylanicus), du loriquet de Forsten ou loriquet à face bleue (Trichoglossus forsteni) et du garrulaxe à front roux (Garrulax rufifrons) ont, entre autres, été  révisés ; ces espèces étant  à présent classées « vulnérable », « en danger » et « en danger critique ». Leur déclin est directement lié aux captures destinées à alimenter le marché des oiseaux chanteurs, en particulier sur l’île indonésienne de Java.

LORIQUET A FACE BLEUE

Loriquet à face bleue en captivitéau zoo de Cincinnati, dans l’Ohio (États-Unis), en  2008 (photo Ted).

Néanmoins, 2016 se termine avec quelques bonnes nouvelles sur le front des oiseaux insulaires. Les efforts entrepris pour la sauvegarde du bouvreuil des Açores (Pyrrhula murina), du zostérops ou oiseau-lunettes des Seychelles (Zosterops modestus) et du pluvier ou gravelot de Sainte-Hélène (Charadrius sanctaehelenae) ont porté leurs fruits. Jusqu’alors « en danger » pour les deux premiers et « en danger critique » pour le limicole austral, ces trois oiseaux ont rejoint le groupe des espèces « vulnérables ».

VUE DU LAC VICTORIA

Vue du lac Victoria en juillet 2006 depuis Port Bell, petite localité industrielle proche de Kampala, en Ouganda (photo Kevin Gabbert).

Enfin, la nouvelle liste rouge de l’UICN intègre tous les poissons, mollusques, crabes et libellules vivant dans l’écosystème du lac Victoria. La faune du plus grand lac d'Afrique est aujourd’hui menacée par la surpêche, la sédimentation engendrée par l’agriculture et la déforestation, les espèces invasives (avec l'introduction de la perche du Nil) et la pollution engendrée par les pesticides et les herbicides.

(*) Pour découvrir les aires de répartition des différentes sous-espèces : http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/06/20/30104780.html