Faune, conservation, zoos & biodiversité

20 novembre 2018

Le zoo tchèque de Dvůr Králové va transférer cinq rhinocéros noirs au Rwanda

Le zoo de Dvůr Králové, en République tchèque, prépare actuellement le transfert vers le Rwanda de cinq rhinocéros noirs nés en captivité en Europe.

Ces pachydermes, deux mâles et trois femelles, devraient rejoindre le parc national de l’Akagera, situé à proximité de la frontière avec la Tanzanie, fin mai ou début juin 2019. Trois d’entre eux étaient déjà hébergés par le zoo tchèque, les deux autres ayant été confiés par le Ree Park Safari (Danemark) et le Flamingo Land Theme Park & Zoo (Royaume-Uni).

« La coopération à grande échelle entre les membres de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA) a permis de constituer une population captive viable de rhinocéros noirs de l’Est », explique Mark Pilgrim, directeur du zoo anglais de Chester et coordinateur du programme d'élevage européen en captivité (EEP) du rhinocéros noir. « Nous pouvons donc franchir cette étape majeure pour la sauvegarde de l'espèce dans le milieu naturel. »

Un protocole d'accord doit être signé prochainement entre l’EAZA et le Rwanda Development Board afin de valider officiellement ce projet dont le coût total s’élève à quelque 250.000 euros selon Jan Stejskal, responsable des projets internationaux au sein du zoo de Dvůr Králové.

Relâchés dans une zone de 3.000 hectares se trouvant dans la partie nord de l'aire protégée, ces cinq spécimens, destinés à renforcer la diversité génétique de la population de la population locale de rhinocéros noirs, seront dans un premier temps maintenus à l’écart des 18 individus arrivés voici quelques mois d’Afrique du Sud.

ELISKA

Née en République tchèque, la femelle  Eliška avat rejoint en 2016 le sanctuaire des rhinocéros créé en 1996 au sein du parc national de Mkomazi, dans le Mozambique (photo Safari Park Dvůr Králové).

Le 27 juin 2016, une femelle née dans le parc animalier tchèque et baptisée Eliška, avait quitté le Vieux Continent pour le sanctuaire des rhinocéros créé en 1996 au nord-est de la Tanzanie et inclus dix ans plus tard dans le parc national de Mkomazi. Eliska était morte en octobre de l’année suivante des suites d'une blessure provoquée un mâle. Le 29 mai 2009, l’établissement zoologique d'Europe centrale avait déjà envoyé trois rhinocéros noirs adultes au Mkomazi Rhino Sanctuary (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/06/27/34016288.html).

Depuis 2000, le rhinocéros noir de l’Est (Diceros bicornis michaeli) est classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).


16 novembre 2018

Rarissime naissance d'un mangabey à ventre doré au zoo de Budapest (Hongrie)

Un mangabey à ventre doré (Cercocebus chrysogaster) est venu au monde lundi 22 octobre 2018 au zoo de Budapest, en Hongrie.

Cette naissance porte à 27 le nombre d'individus de cette espèce maintenus ex situ à travers le monde. Seuls douze établissements zoologiques sur la planète élèvent en effet ce primate.

La mère du nouveau-né, dont le sexe n'a pas encore été déterminé, est issue de la population captive européenne, tandis que son père descend de la lignée américaine.

Sept parcs animaliers hébergent actuellement ce cercopithécidé sur le Vieux Continent : Budapest donc, Magdebourg (Allemagne), Ostrava (République tchèque), Burgers Zoo (Pays-Bas), Rio Safari (Espagne), Africa Alive ! et Port Lympne Wild Animal Park (Royaume-Uni).

Faute de données suffisantes, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) n'attribue, sur sa liste rouge, aucun statut au mangabey à ventre doré, présent à l'état sauvage en République du Congo et en République démocratique du Congo (RDC).

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15 novembre 2018

La population de gorilles de montagne atteint un sommet historique

Classé depuis 1996 parmi les espèces « en danger critique »,  le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) a été transféré, mercredi 14 novembre 2018, au sein des taxons considérés comme « en danger », c’est-à-dire confrontés à un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage, sur la liste rouge de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN).

Le nombre de ces anthropoïdes a dépassé le seuil  du millier d’individus et s’élève très exactement à 1.004 spécimens, avait annoncé jeudi 31 mai dernier l’organisation environnementale Collaboration Transfrontalière de Grand Virunga (GVTC). Jamais la population totale connue de cette sous-espèce, l’une des deux du gorille de l'Est, n’a été aussi importante. Selon des recherches intensives sur le terrain conduites durant plus de 18 mois en 2015 et 2016 complétées par des analyses génétiques, 604 de ces primates vivent dans le massif des Virunga au sein des parcs nationaux des Virunga (République démocratique du Congo), des volcans (Rwanda) et des gorilles de Mgahinga (Ouganda). 400 autres individus avaient été dénombrés en 2011 dans le parc national de la forêt impénétrable de Bwindi, situé à proximité du premier et au sud-ouest de l'Ouganda.

Conduite en 2010, la dernière enquête dans la chaîne volcanique des Virunga avait recensé 480 gorilles.

GORILLE DES MONTAGNES

Des quatre sous-espèces de gorilles, celle dite « de montagne » est désormais la moins menacée de disparition à court terme selon les critères de l’UICN (Photo Carine06).

« Une lueur d’espoir »

En partie liée à l’amélioration des méthodes utilisées pour ce recensement, la hausse enregistrée de 25,8 %, avec un accroissement annuel de 3,8 %,  traduirait néanmoins une croissance réelle de la population de ces grands singes. « Ces données dépassent de loin nos attentes », s'était félicité au printemps Mike Cranfield, codirecteur du projet  Gorilla Doctors. « Elles sont le fruit de la collaboration entre trois États où tous les gouvernements et tous les partenaires ont joué un rôle important. » « Cette augmentation spectaculaire démontre  que les efforts de conservation extrêmes, incluant le tourisme, le travail vétérinaire et les projets communautaires peuvent avoir un impact positif sur l'un de nos plus proches parents vivants », avait renchéri  Martha Robbins, chercheuse à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne.

« Dans le contexte de l'effondrement des populations d'animaux sauvages dans le monde, il s'agit là d'un succès remarquable en matière de conservation », s'est réjoui hier Tara Stoinski, présidente et responsable scientifique du Dian Fossey Gorilla Fund.  « Et cette lueur d'espoir est apparue dans des pays récemment déchirés par la guerre et toujours très pauvres », a  souligné cette membre du groupe de spécialistes des primates de l'UICN ayant  préconisé le changement de statut de conservation, indicateur évaluant l'ampleur du risque d'extinction d’une (sous-)espèce à un instant donné.

GORILLE DES MONTAGNES JUVENILE

« L'écotourisme contribue efficacement à financer la conservation », assure le primatologue et anthropobiologiste américain Russ Mittermeier. « Il incite concrètement les gouvernements et les communautés locales à protéger les espèces menacées et leurs habitats. » (Photo  Joachim Huber) .

Menaces latentes

« Grâce à une meilleure protection de leur environnement, les gorilles de montagne peuvent continuer à prospérer et à grandir », souligne de son côté Anna Behm Masozera, directrice du programme international pour la conservation des gorilles à Kigali, au Rwanda. « Mais n’oublions pas que le nombre de ces singes pourrait chuter très rapidement avec seulement deux petites populations fragiles », rappelle-t-elle. «  Les menaces planant sur ces animaux restent élevés », met d’ailleurs en garde le communique de l’UICN, citant « le braconnage, les troubles civils récurrents et les maladies introduites par l’homme, allant des infections respiratoires au virus Ebola ».

PARC NATIONAL DES VIRUNGA (RDC)

La sauvegarde des gorilles de montagne dans l’enceinte du parc national des Virunga, créé en 1925 et le plus ancien de la RDC, pourrait être compromise par l’exploration pétrolière… (Photo Cai).

La  partie congolaise des monts Virunga est en effet confrontée à d’énormes défis sécuritaires compromettant la conservation des gorilles. « Nos inquiétudes viennent de côté », admet Georges Mwamba, secrétaire exécutif de la GVTC. « Nos gardes ont payé le plus lourd prix à travers le monde. Nous poussons les trois pays concernés à travailler ensemble pour stabiliser la situation dans l’ensemble de la région. »

Par ailleurs, d’après des révélations de l’ONG britannique Global Witness, le gouvernement de la RDC envisage de « désaffecter » ou de « déclasser » une « zone d'intérêt pétrolier » de 172.075 hectares, couvrant 21,5 % de la superficie totale du parc national des Virunga, afin d’y mener des explorations pétrolières...

Sources : AFP, Associated Press, UICN.

14 novembre 2018

Pyrénées : la vidéo des premiers pas de l'ourse Sorita dévoilée !

Plus d'un mois après le relâché de Sorita, l’une des deux ourses slovènes réintroduites dans les Pyrénées-Atlantiques, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a mis en ligne, lundi 12 novembre 2018, la vidéo des premiers instants de cette femelle dans son nouvel habitat béarnais.

Ậgée de 6 ans et pesant 150 kg, Sorita a été remise en liberté vendredi 5 octobre en vallée d’Ossau, le lendemain du relâché dans la vallée d’Aspe de sa congénère Claverina, d’un an son aînée et d’une masse de 140 kg.

Ces ourses brunes se trouvent toujours en France et sont « en parfait état de santé », a indiqué mercredi 31 octobre l’ONCFS. Localisées grâce à leur collier GPS permettant de suivre leurs déplacements avec un délai maximal de vingt-quatre heures, elles se sont beaucoup déplacées dans les jours suivant leur transfert. Claverina et Sorita se sont éloignées de leur zone de lâcher respective mais fréquentent toujours les vallées d’Aspe et d’Ossau.

Au moins 43 plantigrades étaient présents en 2017 dans le massif, avait révélé au printemps dernier l'association Pays de l'Ours. 41 spécimens ont été recensés l’an dernier dans les Pyrénées centrales (Haute-Garonne et Ariège) et seulement deux – le mâle Néré et son fils Cannellito, âgés respectivement de 20 et 13 ans – plus à l’ouest (Béarn et Hautes-Pyrénées).

Fragilisé par une forte consanguinité, l’ours brun (Ursus arctos) est l’une des trois espèces de mammifères classées « en danger critique » d’extinction sur la liste rouge nationale établie par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN).
Le statut des mammifères de métropole a été actualisé en novembre 2017.

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12 novembre 2018

548 pandas géants élevés en captivité dans le monde : un record !

Le nombre de pandas géants élevés en captivité dans le monde a atteint un record avec 548 individus, a annoncé jeudi 8 novembre 2018 l'administration d'État des forêts et des prairies de Chine (SFGA). L’année précédente, à la même époque, 520 de ces emblématiques ursidés étaient maintenus ex situ.

48 mise-bas hors du milieu naturel ont été enregistrées en 2018 avec un taux de survie de 93,8 %. 43 des 45 petits viables sont venus au monde en Chine, deux femelles ayant vu le jour respectivement le dimanche 14 janvier au Zoo Negara situé dans la banlieue de Kuala Lumpur (Malaisie) et le 14 août au parc Adventure World de Shirahama (Japon).

Près de la moitié des grossesses étant gémellaires chez cet ursidé, le protocole de rotation établi en 1990 à la base de recherche de Chengdu sur l'élevage du panda géant (Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding) a permis une envolée du taux de survie de 30 à 70 %. Afin que chaque bébé puisse bénéficier du lait et des soins maternel, les soigneurs s’occupent  en alternance des petits, notamment  maintenus à tour de rôle dans un incubateur. Chez les pandas sauvages, l’un des oursons est généralement abandonné.

Par ailleurs, la mise au point en 2006 de la collecte du colostrum chez des femelles donneuses a permis de réduire la mortalité des nouveau-nés, tombée depuis à moins de 10 %.

L’ingestion de ce premier lait, riche en anticorps et secrété chez les mammifères en fin de gestation, permet le transfert d’immunoglobulines A (IgA) et de cellules phagocytaires actives.  La prise du colostrum développe la flore microbienne du bébé et le protège des infections. Sans elle, la survie du petit s’avère extrêmement compromise.

Second petit conçu par la femelle Feng Yi et le mâle Fu Wa, tous deux prêtés par la Chine au Zoo Negara en 2014 et rebaptisés Liang Liang et  Xing Xing à leur arrivée en Malaisie, la femelle née le 14 janvier 2018 a été présentée au public samedi 26 mai dernier.

Les réintroductions se poursuivent

« Les scientifiques veillent à accroître la diversité génétique de la population captive grâce au choix des couples reproducteurs », a rappelé  jeudi dernier Li Chunliang, vice-directeur de la SFGA. « La Chine confie actuellement 58 pandas à 22 établissements étrangers offrant la possibilité à 17 pays de participer aux recherches sur cette espèce. »

En fait, 23 parcs zoologiques (*) hébergent des pandas en dehors de l’empire du Milieu mais, alors que tous les autres spécimens sont loués, les deux femelles Shuan Shuan et Xin Xin, nées en 1987 et 1990 au zoo de Chapultepec – première institution à réussir, en 1981, la reproduction de l’espèce hors de Chine en 1981, appartiennent au Mexique.

« Par ailleurs, nous allons continuer à réintroduire des pandas nés en captivité », a affirmé Li Chunliang. « Les pandas ne sont pas des animaux de compagnie », a renchérit Zhang Hemin, le directeur adjoint de la base de recherche de Chengdu. « Leur vraie place est dans la nature où ils peuvent faire face aux menaces. Ils s’adapteront et vivront mieux là. Notre objectif ne consiste pas à les maintenir captifs pour toujours. »

CENTRE DE RECHERCHE SUR LE PANDA GEANT DE CHENGDU

Située à une quinzaine de kilomètres au nord du centre-ville de la capitale de la province du Sichuan, la base de recherche de Chengdu sur l'élevage du panda géant a été fondée en 1987. Elle hébergeait alors six individus issus du milieu naturel (photo Kreisverkehrsampel).

Tous nés à Chengdu, neuf pandas ont été relâchés depuis 2006. Sept ont survécu. Les derniers spécimens réintroduits à ce jour, la femelle Ying Xue et le mâle Ba Xi, ont recouvré la liberté jeudi 23 novembre 2017 au cœur de la réserve naturelle de Liziping, située dans province chinoise du Sichuan, au centre-ouest du pays.

La découverte du corps du mâle Hesheng, relâché en juillet de l’année précédente dans cette même aire protégée et retrouvé mort le 27 septembre suivant, victime d’une septicémie après avoir été attaqué par un animal non identifié, avait suscité une polémique sur les réseaux sociaux, certains internautes redoutant que les pandas nés en captivité ne parviennent pas à survivre dans la nature.

Le programme de réintroduction s’est néanmoins poursuivi et un dixième individu devrait être relâché d’ici la fin 2018, a annoncé la semaine passée Li Chunliang.

Un futur parc national pour le panda géant

La prochaine étape du plan consistera à obtenir la reproduction des pandas réintroduits.

Le 1er mars 2017, une femelle baptisée Cao Cao, née en 2002 dans la nature et capturée le 1er novembre 2003, avait été temporairement relâchée dans la réserve naturelle de Wolong dans le cadre d’un plan destiné à renforcer la diversité génétique de la population captive. Après s'être accouplée avec un spécimen sauvage, elle avait donné naissance le 31 juillet suivant à un mâle, lequel n’avait cependant pas survécu.

Cette année, l’expérience a été reconduite avec quatre femelles dont toujours Cao Cao. Cette dernière, remise en liberté le 27 février dans le même secteur que l’année précédente, s’est de nouveau unie à un congénère sauvage. Rattrapée puis transférée à la base d'Hetaoping, structure du centre chinois de recherche et de conservation du panda géant (China Conservation and Research Centre for the Giant Panda) dédiée à la réintroduction, Cao Cao a mis bas des jumeaux mercredi 25 juillet dernier. Elle avait déjà marqué l’histoire de cette stratégie de la biologie de la conservation comme mère du mâle Tao Tao et de la femelle Hu Jiao. Le premier avait été relâché dans la nature le 11 octobre 2012, la seconde le 19 novembre 2015.

JIAO QING ZOO DE BERLIN

Né le 15 juillet 2010 à la base de recherche de Chengdu, le mâle Jiao Qing (ici photographié le 30 octobre 2018) a rejoint l’Allemagne le 24 juin 2017 en compagnie de la femelle Meng Meng. Ce couple a été confié au jardin zoologique de Berlin (Zoologischer Garten Berlin) pour une durée de 15 ans (cliché Ph. Aquilon).

Enfin, le projet de création du parc national pour le panda géant est désormais lancé, a confirmé jeudi dernier la  SFGA. Son financement avait été validé début mars 2018 après un accord entre Bank of China, l'une des quatre grandes banques commerciales d’État de la république populaire, et le service des forêts du Sichuan.

Incluant 67 réserves naturelles protégeant  60% de l’habitat du panda et plus de 70% des spécimens sauvages (1.864 individus selon le 4ème recensement national dévoilé en février 2015), ce parc couvrira 27.134 km2, soit presque la superficie de l’Albanie, à cheval sur les provinces du Sichuan, du Gansu et du Shaanxi. Les activités humaines devraient y être strictement limitées.

Considéré comme « en danger » d’extinction depuis 1990, le panda géant (Ailuropoda melanoleuca) a été reclassé en 2016 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

(*) Amérique du Nord : zoo de Calgary (Canada), zoo d’Atlanta, zoo de Memphis, zoo de San Diego, zoo de Washington (États-Unis), zoo de Chapultepec à Mexico (Mexique).

Europe : zoo de Berlin (Allemagne), jardin zoologique de Schönbrunn à Vienne (Autriche), Pairi Daiza (Belgique), zoo d’Édimbourg (Écosse), zoo de Madrid (Espagne), zoo d’Ähtäri (Finlande), ZooParc de Beauval (France), Ouwehands Dierenpark de Rhenen (Pays-Bas).

Asie : Everland à Yongin (Corée du Sud), Taman Safari Indonesia à Bogor (Indonésie), Adventure World  de Shirahama à Wakayama, zoo de Kobe, Ueno Zoo à Tokyo (Japon), Zoo Negara à Kuala Lumpur (Malaisie), River Safari (Singapour), zoo de Chiangmai (Thaïlande).

Océanie : zoo d’Adélaïde (Australie).

Sources : Global Times, Le Quotidien du Peuple, www.pandas.fr.


04 octobre 2017

Les gardiens de l’Alpe : trois oiseaux, un livre et une montagne !

Fragiles emblèmes des Alpes, le tétras-lyre, le lagopède alpin et la perdrix bartavelle invitent à poser sur la montagne un autre regard que celui dicté par notre mode de vie et à appréhender cet univers avec un infini respect pour ses hôtes.

Publié aux éditions de La Salamandre, Les gardiens de l’Alpe dévoile au fil des clichés et des saisons les comportements naturels de ces veilleurs ailés des écosystèmes d’altitude où se succèdent forêts et anciennes futaies résineuses, landes, pelouses et combes rocailleuses.

Après avoir accompagné des expéditions scientifiques destinées à mieux connaître et protéger le gavial du Gange, l’addax ou la tortue sillonnée, le photographe vaudois Olivier Born consacre aujourd’hui son temps libre à immortaliser les trésors naturels de la Suisse.

LES GARDIENS DE L'ALPE COUVERTURE

Il a ainsi immortalisé les spectaculaires combats des mâles tétras-lyres s’affrontant au paroxysme de l’excitation, caroncules gorgées de sang et queue étalée, dans la poudreuse printanière. Naturellement absente des Pyrénées, des Vosges et de l’arc jurassien, cette espèce a déjà localement disparu de plusieurs zones du massif alpin.

Olivier Born est également parvenu à surprendre la discrète et monogame bartavelle dont les Alpes forment la frontière septentrionale de l’aire de répartition. Immortaliser cet oiseau robuste capable de courir sur les versants rocailleux et presque invisible dans les éboulis requiert de la patience, un œil de lynx et une ouïe avertie de son chant haut perché.

Dans sa quête du lagopède, dont la livrée hivernale immaculée se mue en plumage marbré l’été venu, le photographe a aussi surpris dans son téléobjectif le prudent lièvre variable (Lepus timidus), saisissant la convergence d’adaptations réunissant l’oiseau et le mammifère, rescapés de la dernière époque glaciaire.

Consacrées chacune à un oiseau, les trois parties – « Et dansent les coqs », « Une perdrix sur l’adret » et « L’oiseau de tout en haut » – bénéficient d’un texte d’introduction signé Bertrand Posse, biologiste et rédacteur pour la revue helvétique Nos Oiseaux.

Message d'alerte

Le lecteur découvrira ainsi que la bartavelle, à l’espérance de vie réduite à environ cinq ans, est menacée par les débuts d’été froids et humides engendrant une hécatombe chez les poussins, ou que la mise en place de couloirs d’avalanche à moyenne altitude la prive d’herbes dont elle se nourrit. Et que préserver les alpages de l’embuissonnement s’avère un enjeu majeur pour l’avenir des tétras-lyres ou coqs des bouleaux dans le domaine subalpin.

De son côté, le lagopède, occupant le haut de l'étage alpin et l'étage nival, est désormais confronté au réchauffement climatique. La « perdrix des neiges » abandonne progressivement les stations les plus basses pour coloniser des sites plus élevés (*).

Enfin, le chapitre initial rend hommage au grand tétras, « relique des cathédrales boisées » aux mythiques parades printanières. « La perte d’une sentinelle comme le grand coq de bruyère nous adresse un message vibrant : celui d’un déséquilibre en marche… » Mesurant jusqu’à 90 cm pour une masse pouvant atteindre 5 kg, ce splendide phasianidé a en effet déserté les Alpes françaises et suisses romandes.

Les magnifiques photos et la pertinence des textes de cet ouvrage grand format constituent un éloquent plaidoyer pour la sauvegarde des gallinacés alpestres et des milieux les abritant. Ce (très) beau livre devrait d’ailleurs être consultable dans tous les offices de tourisme des stations alpestres…

BORN Olivier, POSSE Bertrand, Les gardiens de l’Alpe. Tétras-lyre, bartavelle et lagopède, La Salamandre, septembre 2016, 160 pages, 34 €.

(*) Le tétras-lyre (Lyrurus tetrix), la perdrix bartavelle (Alectoris graeca) et le lagopède alpin (Lagopus muta) figurent comme « quasi menacés » sur la liste rouge nationale des espèces menacées établie par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d’histoire naturel (MNHN).

Le grand tétras (Tetrao urogallus) est classé « vulnérable » dans les Pyrénées et «  en danger » d’extinction dans les Vosges, le Jura et les Cévennes.
Les statuts des oiseaux nicheurs de France métropolitaine ont été actualisés en septembre 2016.

 Pour découvrir le travail d’Olivier Born : www.olivierborn.ch/

17 août 2017

Les excréments des éléphants révèlent leur niveau de stress !

Selon les conclusions d’un article publié mardi 27 juin 2017 dans la revue Conservation Physiology, l’analyse des hormones présentes dans les excréments des pachydermes indique le degré de stress des éléphants d’Asie sauvages.

Plus largement, cette méthode non invasive pourrait contribuer à juger de la pertinence des méthodes de conservation destinées à la sauvegarde des espèces menacées.

Générant la sécrétion de glucocorticoïdes, le stress s’avère bénéfique pour les animaux en leur permettant d’échapper à certaines menaces. En revanche, s’il se prolonge, cet état est susceptible d’affecter la reproduction et la santé des individus concernés, voire de compromettre leur survie.

Les scientifiques de l’Institut indien des sciences (Indian Institute of Science) de Bengalore ont relevé les modifications de l’apparence corporelle, au cours des saisons sèche et humide, de 261 pachydermes vivant au sein des réserves d’éléphants de Mysore et des Nilgiris, au sud du pays.

ELEPHANTS INDIENS DANS LE PARC NATIONAL DE MUDUMALAI

Éléphants sauvages dans le parc national de Mudumalai  (photo Mahendra Pal Singh).

À cette fin, ils ont conçu une échelle graduée de 1 (pour les spécimens les plus maigres) à 5 d’après la visibilité des os des proboscidiens.En parallèle, ils ont recensé les taux de métabolites de glucocorticoïdes fécaux (fGCM) dans les excréments frais des spécimens observés afin de déterminer si les hormones du stress constituaient un indicateur fiable de la condition physique des animaux au fil des saisons. En outre, pour définir des tendances annuelles, neuf éléphantes ont été suivies durant sept ans dans le parc national de Mudumalai, situé dans l'État méridional du Tamil Nadu.

Évaluer les mesures de sauvegarde

Les résultats obtenus révèlent une forte corrélation entre la détérioration de la condition physique des éléphants pendant la période sèche et le pic du niveau d’hormones du stress, en particulier chez les femelles.

« De nombreux travaux s’intéressent au comportement des animaux face au dérangement, estime Sanjeeta Sharma Pokharel, principale auteure de ces recherches. En revanche, ils n’abordent guère les conséquences de ces perturbations sur la santé des animaux. Mesurer les taux de métabolites de glucocorticoïdes fécaux nous renseignera sur la façon dont les éléphants sont affectés à la fois par des facteurs intrinsèques et extrinsèques. Nous sommes les premiers à étudier cela chez des éléphants d’Asie sauvages. »

Les variations soudaines des niveaux de fGCM devraient notamment refléter l’efficacité des programmes de gestion de l’environnement. Victimes de la disparition de leur habitat, les éléphants du sous-continent sont confrontés à une insuffisance de ressources alimentaires et à des bouleversements accrus de leur environnement.

ELEPHANTS D'ASIE AU PARC ANIMALIER BELGE DE PLANCKENDAEL

Éléphants d’Asie en captivité en mai 2017 au parc animalier de Planckendael, près de Malines, en Belgique (Photo Ph. Aquilon).

De telles analyses pourraient aussi utilement contribuer à améliorer la condition des éléphants captifs en jugeant du bien-fondé des aménagements et enrichissements proposés.

Depuis 1986, l’éléphant d’Asie est classé « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette espèce bénéficie d’un programme d'élevage européen en captivité (EEP) initié en 1993 et géré par le zoo néerlandais de Rotterdam (Diergaarde Blijdorp).

Sources : Conservation physiology, The Hindu.

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14 août 2017

Bête du Gévaudan : une nouvelle piste préhistorique !

Comme beaucoup d’autres avant lui, Pierric Guittaut prétend lever le voile sur le mystère entourant depuis plus de 250 ans l’identité de « la Bête » ayant terrorisé durant près de trois années l’ancienne province du Gévaudan, au sud du Massif central.

Responsable qualité dans l'industrie aéronautique, cet auteur de romans policiers « ruraux » s’est plongé dans les archives relatives à cette affaire puis a passé au crible les principales hypothèses avant d’échafauder sa propre théorie, inédite.

LA DEVOREUSE

Paru en mai dernier, La Dévoreuse se distingue par la rigueur de l’approche et du travail de recherche, malgré l’absence de notes en bas de page, de bibliographie et de cartographie. Et si l’écrivain sacrifie parfois au style romanesque en relatant les attaques ou la traque de la Bête, ce choix n’altère pas l’intérêt de son enquête.

Pour Pierric Guittaut, les formules dentaires des animaux abattus le 20 septembre 1765 par François Antoine dans un bois proche de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-des-Chazes et le 19 juin 1767 par Jean Chastel à la Sogne d'Auvers sur le versant nord du mont Mouchet apportent la preuve que le ou les Bêtes appartenaient à la famille des canidés. Néanmoins, l’auteur ne croit ni à la culpabilité du loup ni à celle d’un hybride chien x loup, éventuellement dressé à tuer.

Les interrogations critiques à l’endroit de ces deux conjectures constituent peut-être les chapitres les plus intéressants de cet ouvrage. Celles adressées aux accusateurs du loup portent notamment sur les nombreux témoignages directs et crédibles assurant ne pas reconnaître un loup dans la Bête.  « Les paysans d’antan étaient habitués à la présence du loup […] qu’ils avaient l’habitude de voir de très près », souligne M. Guittaut, stigmatisant chez certains historiens « un présupposé sur l’ignorance des populations d’autrefois ».

À plein feu sur la cuirasse

Chasseur et tireur à la poudre noire, l’auteur a également en ligne de mire la supposée cuirasse portée par la Bête, censée la protéger des armes à feu d’après les partisans d’un hybride apprivoisé. À en croire les tests réalisés par Pierric Guittaut, cette assertion vole en éclats à l’épreuve des balles. Quant aux accusations sans la moindre preuve portées à l’encontre du comte de Morangiès et de Jean-Antoine Chastel, elles ne résistent pas à l’examen des sources, comme l’avait déjà démontré Guy Crouzet (1). Tant pis pour les tenants du complot sadique, lequel relève de la fiction…

En revanche, la démonstration visant à infirmer la possible implication d’un hybride « naturel » apparaît moins convaincante. Les ressemblances physiques et comportementales entre les « Bêtes » ayant sévi au XVIIIème siècle dans le Val de Loire (1742-1754), dans le Lyonnais (1754-1756) puis dans le Gévaudan n’impliquent pas forcément une hybridation avec un(e) chien(ne) d’une même race. Il faudra en effet attendre la seconde partie du XIXème siècle pour assister à la standardisation des races canines. Et si la littérature vétérinaire du siècle des Lumières distingue effectivement diverses races, celles-ci doivent « plutôt être considérées comme des types morphologiques car les descriptions étaient sommaires et les types n’étaient pas fixés, rappelle le Dr Hélène Nunes dans sa thèse soutenue en 2005 (2). Les descriptions du chien de berger étaient peu détaillées et assez semblables… [Ils] étaient des mâtins plus petits, au poil plus long et aux oreilles droites. » Le standard de ces derniers, tout comme celui des dogues, « n’était pas bien défini » même si, selon Daubenton (1716-1799), « le train arrière [des mâtins] était plus haut que l’avant » - une caractéristique souvent attribuée à la Bête.

CANIS DIRUS

Squelette de Canis dirus exposé au musée George C. Page de Hancock Park, dans l’enceinte du muséum d’histoire naturelle de Los Angeles, aux États-Unis (photo lora_313).

Fossiles nord-américains

Pierre Guittaut s’engage sur une piste plus hasardeuse en désignant comme coupable les descendants d’un canidé disparu voici près de 10.000 ans et dont les fossiles ont uniquement été retrouvés en Amérique du Nord. S’appuyant en particulier sur une acception qu’il juge oubliée du terme de loup-cervier, l’auteur estime que la ou les Bêtes seraient des canidés porteurs de gènes du « chien redoutable » (Canis dirus). De purs spécimens de cette espèce éteinte ou des individus hybridés avec le loup gris (Canis lupus) auraient traversé le détroit de Béring et se seraient répandus en Eurasie. M. Guittaut suggère ainsi que les canidés attaquant l’homme étaient en fait « des loups communs porteurs de séquences génétiques spécifiques responsables de ce phénotype [celui de Canis dirus] héritées par hybridation ».

Mais alors pourquoi de tels canidés, aux apparitions sporadiques mais pas rarissimes, n’ont-ils pas été clairement identifiés par leurs contemporains comme une « espèce » à part ? Pourquoi ces spécimens aussi « remarquables » n’ont-ils pas été classés au sein d’un taxon propre par les savants de ces temps ? Pourquoi des chasseurs aguerris n’ont-ils pas d’emblée décrit les animaux aperçus, tirés ou abattus comme des loups-cerviers ?

Pierric Guittaut assure avoir trouvé la clef de l’énigme au musée de la nature du Valais de Sion, en Suisse. Cet établissement abrite un canidé naturalisé surnommé le « monstre du Valais ». Abattue par un éleveur du village d’Eischoll le 27 novembre 1947, cette « bête féroce » avait attaqué de nombreux troupeaux dans ce canton méridional à partir du 26 avril 1946. Pour l’auteur, cet animal – dont le squelette est détenu par le muséum d'histoire naturelle de Genève mais dont le crâne est visible à Sion – serait en effet un loup-cervier dont il présenterait les principales caractéristiques morphologiques.

MONSTRE DU VALAIS

Surnommé le « monstre du Valais », le loup d’Eischoll est visible au musée de la nature du Valais, à Sion (photo Nicolas Kramar).

Pourtant, l'examen réalisé par le taxidermiste chargé de  la naturalisation du « monstre » a établi que ce canidé était bien un loup mâle pesant 43 kilos, levant ainsi les doutes des personnes présentes lorsque le cadavre fut déposé au poste de police de Sion. Celles-ci, dont un naturaliste reconnu, n’avaient su affirmer s’il s’agissait d’un loup, d’un chien ou d’un chien-loup. Aux yeux du biologiste et éthologue helvétique Jean-Marc Landry, le « monstre du Valais » présente bien un phénotype de loup européen (3) même si seule une analyse génétique permettrait de trancher définitivement la controverse. Dans l’Italie voisine, l’hybridation du loup avec le chien domestique est aujourd’hui avérée, un phénomène d’ailleurs observé depuis des siècles dans l’aire de répartition du loup. La preuve ultime avancée par M. Guittaut ne semble donc pas de nature à emporter l’intime conviction du lecteur.

Par les questions légitimes qu’il soulève et le sérieux de sa démarche, ce livre mérite de figurer dans la bibliothèque de tout passionné de la Bête.

GUITTAUT Pierric, La Dévoreuse, De Borée, mai 2017, 336 p., 21,50 €.

(1) CROUZER Guy, Quand sonnait le glas au pays de la Bête, Annales du Centre régional de documentation pédagogique de Clermont-Ferrand,  1987, 97 p.

(2) NUNES Hélène, Les races de chiens dans la littérature vétérinaire française du XVIIIe siècle, École nationale vétérinaire d'Alfort, 2005, 102 p.

(3) LANDRY Jean-Marc, « Historique du loup en France », Le Courrier de la Nature, no 278 - Spécial Loup,‎ 2013, p. 18.

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18 juillet 2017

Un documentaire dénonce le trafic des bélugas captifs !

La chaîne télévision franco-allemande Arte diffusera, mardi 18  juillet 2017 en prime time, un documentaire inédit consacré aux coulisses du commerce des bélugas captifs.

Émues de la lettre ouverte adressée par l’actrice Kim Basinger au président Vladimir Poutine dénonçant le projet d’importation aux États-Unis de 18 « baleines blanches » capturées en mer d'Okhotsk, trois journalistes et apnéistes russes ont voulu lever le voile sur ce négoce très rentable notamment alimenté, semble-t-il, par le laboratoire d’un biologiste marin en quête de subventions publiques (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/08/20/30447821.html et http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/12/08/33037115.html).

«  Il n’y a pas de mal à ce que nos animaux dressés travaillent pour gagner leur poisson et permettent d’amasser des fonds pour la recherche », estime en substance son responsable...

BELUGAS

(Photo DR)

Au fil de leurs investigations, les trois enquêtrices « dévoilent les coulisses sordides d’un marché lucratif, à mille lieues de ce qui est montré au public lors des spectacles aquatiques », précise le dossier de presse du film. « Des images inédites exposent les impitoyables méthodes employées pour s’emparer de ces mammifères et les conséquences des mauvais traitements qui leur sont infligés tout au long de leur détention. » Les inspecteurs chargés de surveiller la capture des bélugas fermeraient ainsi les yeux en échange d’argent et/ou de caviar.

Si la présence des cétacés dans les établissements zoologiques occidentaux semble aujourd’hui condamnée à plus ou moins brève échéance, le développement des parcs aquatiques en Chine stimule la demande. La Russie serait aujourd’hui le premier fournisseur des delphinariums de l’empire du Milieu.

Classé  « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) jusqu’en 2008, le béluga (Delphinapterus leucas) est désormais considéré comme « quasi menacé ».

° « La souffrance pour seul avenir : les bélugas et leur marchandisation » de Gayane Petrosyan (GB, 2017), 96 mn, Arte, mardi 18 juillet 2017 à 20 h 50. Rediffusion jeudi 27 juillet 2017 à 9 h 40.

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26 mai 2017

Pollution aux PCB : contamination record chez une orque échouée en Écosse !

Selon le communiqué publié mardi 9 mai 2017 par le Scottish Marine Animal Stranding Scheme, le cadavre de l’orque échouée début 2016 en Écosse présentait l’une des plus fortes concentrations de polychlorobiphényles (PCB) jamais observées chez un mammifère marin.

La nécropsie a révélé des niveaux extrêmement toxiques de biphényles polychlorés dans la graisse du cétacé.

Le corps de cet épaulard mesurant 6,20 mètres avait été découvert dimanche 3 janvier 2016 sur une plage de l’île de Tiree, dans l’archipel des Hébrides intérieures méridionales (Royaume-Uni).

Baptisée Lulu et âgée d’au moins une vingtaine d’années, cette femelle appartenait à l’unique groupe d’épaulards de la côte ouest de l'Écosse (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/01/16/33216332.html). Elle avait été identifiée grâce à sa nageoire dorsale et à sa tache oculaire. Sa mort a vraisemblablement été causée par un enchevêtrement chronique dans un filet de pêche. S’apparentant à celles provoquées par les cordes de chaluts sur les baleines, les lésions constatées suggéraient en effet la présence d’un cordage enroulé autour de la nageoire caudale.

FEMELLE ORQUE ECHOUEE EN JANVIER 2016 SUR UNE ILE DES HEBRIDES

L’orque Lulu a été découverte par l’ornithologiste John Bowler, agent de la Société royale de protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds) sur l’île de Tiree (photo avec son aimable autorisation John Bowler, RSPB Scotland).

 Ce cas était le premier recensé sur une « baleine tueuse » depuis le lancement, en 1990, du programme d’analyse des échouages sur les côtes du Royaume-Uni.

« Des précédentes études ont mis en évidence des taux de PCB très élevés chez certaines populations d’épaulards, mais les niveaux décelés chez Lulu sont parmi les plus importants que nous ayons jamais enregistrés », assure le Dr. Andrew Brownlow, chef du Scottish Marine Animal Stranding Scheme et vétérinaire pathologiste au Collège rural d'Écosse (Scotland's Rural College / SRUC).

« Nous savons que Lulu est morte empêtrée mais, au regard de nos connaissances sur les effets des PCB, nous devons envisager qu’une telle intoxication ait affecté sa santé et ses capacités reproductrices. »

Incapables de se reproduire

La contamination par les PCB affaiblit les systèmes immunitaires des cétacés et provoque des avortements et une mortalité anormale des veaux.

L’apparente infertilité de Lulu inquiète d’ailleurs les experts, pessimiste sur les chances de survie de la population résidente britannique. « En l’absence de nouvelles naissances, il est de plus en plus probable que ce groupe finisse par s’éteindre, estime le Dr. Brownlow. Le niveau de contamination élevé de ces épaulards par des polluants organiques persistants expliquerait notamment leur vraisemblable incapacité à se reproduire. »

La mort de cette femelle compromet encore un peu plus l’avenir de la communauté résidente britannique. Sur les dix épaulards initialement répertoriés par l’Hebridean Whale and Dolphin Trust (HWDT), huit (quatre mâles et autant de femelles) seraient encore en vie même si certains individus ont pu échapper aux recherches. Aucune naissance n’a été observée au sein de cette population étudiée depuis 23 ans. Et les orques des Hébrides n’ont actuellement aucun contact avec leurs congénères originaires d’Islande, de Norvège, des îles Orcades ou de l’archipel subarctique des Shetland.

« L’élimination des PCB présents dans le milieu marin s’avère très difficile, voire impossible. Ces polluants persistent dans l’environnement et s’accumulent dans la chaîne alimentaire, » rappelle Andrew Brownlow. La graisse de Lulu recélait une concentration en PCB de 957 mg/kg de lipides. « Le seuil au-delà duquel les PCB ont des effets physiologiques chez les mammifères marins est estimé entre 20 et 40 mg/kg ! »

MALE EPAULARD EN NORVEGE

Épaulard mâle adulte dans un fjord norvégien (photo Pcb21).

Selon une étude publiée jeudi 14 janvier 2016 dans la revue Scientific Reports et menée sous l’égide de la Société zoologique de Londres (ZSL), les dauphins et les orques européens, notamment ceux vivant en Méditerranée occidentale et au large de la péninsule ibérique, seraient les cétacés les plus imprégnés de PCB au monde (www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4725908).

Présentées comme les plus importantes jamais conduites sur le taux d’imprégnation des mammifères marins par les PCB,  les recherches menées par le Dr. Paul Jepson, vétérinaire spécialiste de la faune sauvage, avaient porté sur quatre cétacés, le dauphin bleu et blanc ou dauphin bleu (Stenella coeruleoalba), le marsouin commun (Phocoena phocoena), le grand dauphin également appelé souffleur ou tursiops  (Tursiops truncatus) et l’orque (Orcinus orca). Elles ont porté sur 1.081 individus, dont 929 échoués.

Des concentrations de PCB totaux bien au-delà du seuil entravant la reproduction avaient été trouvées dans le lard de ces espèces, à l’exception du marsouin commun. Les épaulards étaient les plus affectés avec des taux moyens de 220 mg/kg de lipides. Par ailleurs, les côtes espagnoles étaient apparues comme particulièrement touchées par cette pollution. Les dauphins bleus et les grands dauphins présents dans les eaux ibériques affichaient des niveaux de PCB entre 62 et 525 mg/kg !

Situées au sommet de la chaîne alimentaire et dotées d’une longue espérance de vie, ces espèces sont exposées au phénomène de bioaccumulation.

Les  femelles n’allaitent plus

« La majorité des mers européennes, comme la Baltique, la Méditerranée ou la mer du Nord, longent des États très industrialisés avec de fortes densités de population expliquant en partie les taux élevés aux PCB détectés », avançaient les auteurs de l’article paru au début de l’année dernière.

« De rares populations côtières d’orques subsistent en Europe occidentale », précisait alors le Dr. Jepson, évoquant la disparition de celles de Méditerranée et de la mer du Nord. « Les survivantes comptent très peu d’individus et leur taux de reproduction est très faible, voire nulLe risque de les voir disparaître à cause de leur imprégnation par les PCB est réel. » Depuis plus de dix ans, aucune naissance n’a par exemple été observée au sein d’un groupe de 36 orques évoluant à proximité du détroit de Gibraltar.

Ces recherches ont également révélé des niveaux de contaminations équivalents chez les deux sexes. Or, lors de l’allaitement, les femelles transmettent aux veaux 90% des PCB contenus dans leur organisme ! Celles aux taux identiques à ceux des mâles n’ont donc pas mis bas au cours des années précédentes.

GRAND DAUPHIN DANS LES EAUX CROATES

Grand dauphin au large de la côte croate, en 2009 (photo MickMorton).

« Les PCB sont les marqueurs chimiques d’un échec de la reproduction », précise Paul Jepson.

Suivie depuis près de quatre décennies, la population de grands dauphins de l’estuaire du Sado, au sud-ouest du Portugal, compterait  actuellement 29 individus contre 40 en 1986. Les naissances enregistrées en août puis en octobre 2016 font figure d’exception. Par ailleurs, des observations de fœtus morts et d’avortements sont fréquemment rapportées lors d’autopsies de marsouins.

D’après un rapport réalisé par le Groupe d'étude des cétacés du Cotentin (GECC) et publié jeudi 31 août 2016 sur le site de l’association, la population de grands dauphins – estimée entre 300 et 400 individus – du golfe normand-breton dans l’ouest de la Manche est, en l’état actuel des connaissances, l’une des plus contaminées au monde par les PCB (https://gecc50.files.wordpress.com/2014/08/rapport-gecc-contamination-biopsies-aout-20162.pdf).

Cette étude livre « un état des lieux préoccupant de la contamination en mer de la Manche » par les PCB et le mercure « hérités d'anciennes pratiques agricoles et industrielles », constate Cyrielle  Zanuttini, ingénieure en écotoxicologie et auteure de ces recherches.

« Sans nouvelles mesures pour réduire cette pollution, des populations d’orques et de dauphins s’éteindront à cause des PCB au cours des prochaines décennies », a prévenu de son côté le Dr. Paul Jepson dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian.

Les mangeurs de harengs moins contaminés

Un autre constat accrédite la thèse impliquant les PCB dans l'affaiblissement de certains groupes de cétacés.

En effet, la meilleure santé de la population de plusieurs milliers d’épaulards vivant au large des côtes de l’Islande et de la Norvège septentrionale confirme que les PCB sont à l’origine du déclin de leurs congénères évoluant dans des eaux plus méridionales. Alors que ces derniers dévorent de gros poissons et des mammifères marins, en particulier les phoques, les orques de l’Arctique se nourrissent quasi exclusivement de harengs consommateurs de plancton. Grâce à ce régime alimentaire leur épargnant les effets de la bioaccumulation, ces orques du Nord présentant un taux de PCB dix fois moindre que celui relevé chez les orques australes.

Outre un contrôle plus strict des rejets et des décharges, les spécialistes prônent la mise en œuvre de  techniques de dragage évitant de libérer les PCB contenus dans les fonds des zones portuaires.

Apparus au début du XXe siècle, les polychlorobiphényles ont été utilisés par l’industrie depuis les années 1930 pour leurs propriétés isolantes et pour leur stabilité chimique et physique. Sur les quelque 1.200 millions de tonnes de PCB produites dans le monde, 400 millions ont été émises dans la nature. Chimiquement stables et peu biodégradables, ces composés aromatiques organochlorés sont classés parmi les polluants organiques persistants. Ils s'accumulent progressivement dans l'environnement, notamment dans les sédiments marins. Lipophiles, ces molécules s'accumulent au fil de la chaîne alimentaire, se concentrant particulièrement dans les tissus graisseux.

Les PCB ont été interdits en 1972 au Japon, en 1979 aux États-Unis, deux ans plus tard au Royaume-Uni  et seulement en 1987 dans l’Hexagone.

DAUPHINS BLEUS ET BLANCS EN MER TYRRHENIENNE

Dauphins bleus et blancs dans la mer Tyrrhénienne, entre les îles italiennes de Panarea et Stromboli (Ghost-in-the-Shell).

Depuis 2008, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) considère les données insuffisantes pour évaluer, directement ou indirectement, les risques d’extinction auxquels sont confrontées les orques.

Si le grand dauphin est globalement considéré comme une préoccupation mineure par l’UICN, sa population méditerranéenne est classée « vulnérable » depuis 2012.

Le dauphin bleu et blanc et le marsouin commun figurent également parmi les « préoccupations mineures » de l’UICN. Toutefois, depuis 2008, la sous-espèce du marsouin de la mer Noire (P. p. relicta) est estimée « en danger » d’extinction, tandis que la sous-population de marsouins de la Baltique figure comme « en danger critique » sur la Liste rouge des espèces menacées, en particulier à cause de son infertilité probablement liée à une importante contamination par les PCB.

Sources : Scottish Marine Animal Stranding Scheme, Hebridean Whale and Dolphin Trust, The Guardian, AFP, Journal de l'Environnement, SciencePost, phys.org, GEEC, UICN.