Faune, conservation, zoos & biodiversité

13 janvier 2017

Le cerf élaphe, animal de l’année 2017 en Suisse !

En désignant le cerf élaphe (Cervus elaphus) « animal de l’année 2017 » en Suisse, l’association helvétique pour la protection de la nature Pro Natura souhaite alerter le grand public sur la nécessité de corridors écologiques pour la faune sauvage.

Victime de la chasse et de la réduction de son habitat, le cervidé avait été pratiquement exterminé de la Confédération au milieu du XIXème siècle. Seuls quelques spécimens ayant échappé aux fusils survivaient dans le canton des Grisons, le plus oriental du pays. L’espèce fit d’ailleurs son retour à partir de 1870 depuis l’Autriche voisine.

Le cerf a alors bénéficié de la loi fédérale sur la chasse adoptée le 23 octobre 1875. Celle-ci a limité les périodes de tir, protégé les biches et instauré les premiers districts francs afin de favoriser « la protection et la conservation des mammifères et oiseaux sauvages rares et menacés ainsi que la protection et la conservation de leurs biotopes ».

LE CERF ELAPHE ANIMAL DE L'ANNEE 2017 EN SUISSE

(Photo: Prisma / Bernhardt Reiner)

Aujourd’hui, la population suisse de cerfs est estimée à quelque 35.000 individus. Pour autant, le grand ruminant n’a pas encore reconquis l’ensemble de son aire de répartition originelle. Le repeuplement s’étant effectué par le Tyrol,  la majorité des hardes vivent dans le sud-est  des Alpes. D’autres noyaux de population sont présents sur le Plateau et dans le Jura.

« Le cerf est freiné dans son expansion naturelle par les obstacles souvent infranchissables que constituent les autoroutes, les voies ferrées et les agglomérations », relève Pro Natura. Ces écueils perturbent également les déplacements saisonniers et quotidiens du « roi des forêts ».

« Dans nos paysages  toujours plus fragmentés, il est urgent de recréer davantage de corridors faunistiques dans lesquels les animaux sauvages pourront à nouveau évoluer librement », souligne le biologiste Andreas Boldt. La nouvelle campagne de Pro Natura sur ce thème a été baptisée « Voie libre pour la faune sauvage ! ».

« Léthargie hivernale »

Par ailleurs, le choix du cerf comme « animal de l’année 2017 » permet à l’association de souligner l’importance du respect des zones de tranquillité. Celles-ci ont été  établies pour protéger la faune des dérangements liées aux activités de loisir.

Afin de survivre à la saison froide, les animaux ont en effet développé des stratégies destinées à réduire leurs dépenses énergétiques et à préserver leurs réserves de graisse. Le métabolisme du cerf élaphe est ainsi considérablement réduit en hiver. La contenance de la panse diminue alors de 20 à 25 %  en raison d’une nourriture peu abondante et pauvre en éléments nutritifs. Les villosités du rumen s’atrophient également. L’animal baisse aussi sa température corporelle et son rythme cardiaque. À la fin de l’hiver, ce dernier est jusqu’à 60 % inférieur au maximum annuel, mesuré début juin.

LE CERF ELAPHE ANIMAL DE L'ANNEE 2017 POUR PRO NATURA

En hiver, la fuite engendrée par un dérangement provoque une importante et brutale dépense d’énergie (Photo  Eric Dragesco).

Par ailleurs, le cerf  est capable de réduire l’irrigation sanguine de ses membres et des parties externes de son corps avec, à la clef, une baisse de la température des régions concernées. Il peut maintenir jusqu'à neuf heures cet état de « léthargie hivernale » offrant une économie d’énergie estimée entre 13 et 17 %.

Chaque fuite contraint l’animal à relancer son métabolisme en quelques fractions de seconde, entraînant une énorme dépense énergétique. Les effets des dérangements hivernaux sur le cerf, et vraisemblablement  sur d’autres ongulés, auraient été jusqu’à présent sous-estimés.

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01 janvier 2017

Belle et heureuse année 2017

VOEUX 2017 BIOFAUNE

(Photo Ph. Aquilon)

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31 décembre 2016

2016 s’éclipse

2016 nous tourne le dos ce soir. L’heure est venue d’en dresser un court bilan. Cette année encore, ce blog et sa page Facebook ont souhaité éveiller la curiosité de leurs lecteurs en abordant des sujets variés, de l’actualité de la conservation in et ex situ aux projets de réintroduction en passant par les révisions taxonomiques en cours, la sauvegarde de la biodiversité domestique, les avancées de la recherche vétérinaire sans oublier la chronique d’ouvrages naturalistes.

Au cours des douze mois écoulés, Biofaune a mis en ligne près de 70 articles, dont un grand nombre sur des sujets inédits en langue française.

Cet automne, ce blog a accueilli son 150.000ème visiteur et le nombre d’abonnés à la newsletter augmente régulièrement.

Par ailleurs, la page Facebook a récemment franchi le cap des 700 « J'aime ». Un résultat encore modeste mais encourageant.  Vos « like », vos partages et les invitations lancées auprès de vos amis à aimer la page Biofaune constituent une source de motivation précieuse pour poursuivre cette aventure.

Biofaune vous souhaite un excellent réveillon – toujours sans une goutte d’huile de palme – et une très belle et heureuse année 2017.

BILAN 2016 PHOTO

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Une collection ornithologique normande en partie sauvée !

Grâce à un financement participatif, les collections du musée d’initiation à la nature de la Ville de Caen (Calvados) vont s’enrichir de plusieurs piècesde la collection dite Raoul Le Dart, acquises aux enchères lors d’une vente organisée lundi 12 décembre 2016 à l’Hôtel Drouot, à Paris.

Cette collection était composée de spécimens naturalisés d’oiseaux (145 rapaces, passereaux et représentants d’espèces aquatiques comme marines témoignant de la biodiversité normande entre la fin du XIXème siècle et les années 1930) et de mammifères (dont des genettes et des visons d’Europe) capturés entre la fin du XIXème et au début du siècle dernier dans le Calvados, en particulier autour de la commune de Trois-Monts.

COLLECTION LE DART

La campagne de financement par Internet  a été initiée à l’automne dernier par le Groupe ornithologique normand (GONm), pour lequel cette collection « laissée à l’abandon » représentait un réel intérêt scientifique.

« Recenser et conserver les traces de l’activité de scientifiques d’autres époques est primordial : cela permet d’avoir une vision sur l’évolution des espèces et de leurs milieux », souligne l’association de protection de la nature. « Ce sont des témoins matériels de l’histoire scientifique locale et nous nous devons de préserver ces biens communs qui illustrent le travail des naturalistes normands au cours des âges. »

Si malheureusement la collection est donc aujourd’hui dispersée, elle a pu être inventoriée et photographiée par la conseillère musée de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et La Fabrique de patrimoines en Normandie, établissement public de coopération culturelle créé le 1er janvier 2015. Toutes les données scientifiques figurant sur les étiquettes et les socles ont donc été sauvegardées.

Une partie de cette collection aurait par ailleurs été achetée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) entre 1960 et 1965.

25 décembre 2016

« L’envol du gypaète » : une odyssée en images au cœur des Alpes !

Le titre sonne comme une métaphore de la réintroduction de l’espèce dans les Alpes. Au cœur du massif, entre crêtes herbeuses et à-pics, dans le silence des hautes altitudes parfois troublé par les combats de bouquetins, les échos des sonnailles ou le fracas des avalanches, les photographes Antoine Rezer et Jean-Luc Danis dévoilent par l’image et les mots la vie intime des gypaètes barbus (Gypaetus barbatus) au fil des saisons. Une quête naturaliste magnifiant le mythique rapace et ses montagnes.

L’envol du gypaète débute peu après que les marmottes se sont calfeutrées dans leur terrier pour échapper aux premiers frimas. Les « casseurs d’os » entament alors leur parade nuptiale, jouant des ascendances et volant aile dans aile, parfois escortés par quelques chocards. Puis l’aventure se poursuit avec l’apparition de l’unique gypaéton pesant à peine 150 grammes lors de sa venue au monde. Quatre mois plus tard vient l’instant fatidique de quitter l’aire. Un moment unique, très rarement observé et immortalisé lors d’une matinée de début juillet, comme si l’oiseau récompensait les auteurs pour leur approche éminemment respectueuse, forte du label « Photo nature responsable » attribué par les éditions de La Salamandre aux titres de sa collection Histoires d'images. Une démarche éthique qui interdit d’appuyer sur le déclencheur au moindre risque de dérangement. Enfin, avec l’été, vient pour le juvénile le temps de l’apprentissage, avant que ne sonne l’heure de quitter le territoire natal.

L'ENVOL DU GYPAETE

Seules la patience et la passion ont autorisé ces clichés exceptionnels, tels les face-à-face au bord de l’abîme ou les escarmouches du grand vautour, atteignant jusqu’à 2,90 m d’envergure, avec l’aigle royal.

Relatant la genèse de cet ouvrage ensorcelant, les textes évoquent certains mystères entourant le comportement des gypaètes et révèlent aussi des aspects méconnus de leurs mœurs, de la prétendue fidélité à toute épreuve des couples au pourquoi des amours hivernales. L’ignorance et les préjugés sont d’ailleurs à l’origine de l’extermination du gypaète dans les Alpes, d’où l’espèce avait disparu dans les années 1930. Le rapace a été réintroduit en 1986 en Autriche puis l’année suivante en Haute-Savoie. Initié en 2012, un autre programme est actuellement mené dans les Grands Causses, avec l’espoir que les oiseaux relâchés au sud du Massif central relient les populations alpines et pyrénéennes.

Le retour du gypaète reste fragile. Empoisonnements, intoxications au plomb ou collisions avec les câbles balafrant la montagne pourraient briser la belle histoire. L’espèce est toujours classée « en danger » d’extinction sur la Liste rouge des espèces menacées en France, établie par le Muséum national d'histoire naturelle et le comité national de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et les gypaètes corses livrent peut-être leur ultime combat dans les montagnes de l’île de Beauté.

Aimer et donc respecter le gypaète contribuera, là comme ailleurs, à la sauvegarde de ce trésor de notre patrimoine naturel. La magie de quelques photos suffit parfois à changer les regards.

REZER Antoine, DANIS Jean-Luc, L’envol du gypaète, La Salamandre, mai 2016, 144 pages, 29 €.

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23 décembre 2016

Un guide pour mieux (re)connaître et protéger reptiles et amphibiens européens

Dans une acceptation géographique englobant la région du Caucase et les îles Canaries, l’Europe abriterait actuellement près de 260 espèces d’amphibiens et de reptiles. Cette diversité toute relative, quelque 7.400 espèces d’amphibiens et environ 10.000 espèces de reptiles étant recensées en 2015 à travers la planète, est étroitement liée au climat du Vieux Continent. À l’exception notable du bassin méditerranéen, celui-ci s’avère en effet trop frais pour nombre de représentants de l’herpétofaune.

Pour autant, ces animaux sont omniprésents en Europe où quelques espèces indigènes se sont même adaptées à des conditions locales extrêmes. Le crapaud commun (Bufo bufo) et la grenouille rousse (Rana temporaria) parviennent ainsi à survivre et à se reproduire jusqu’au cercle polaire ! En excluant les espèces invasives comme la tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) ou la grenouille-taureau (Lithobates catesbeianus), la France métropolitaine compte actuellement 37 espèces d’amphibiens (13 urodèles et 24 anoures) et 35 espèces de reptiles (12 serpents, 20 sauriens et 3 tortues).

GUIDE AMPHIBIENS

Publié aux éditions Delachaux et Niestlé, Reptiles et amphibiens d’Europe détaille 214 espèces (85 amphibiens et 129 reptiles), de l’orvet fragile (Anguis fragilis) largement répandu et souvent rencontré dans nos jardins au vulnérable alyte de Majorque (Alytes muletensis) endémique de cette île des Baléares, en passant par la populaire tortue d’Hermann dont la sous-espèce occidentale (Testudo hermanni hermanni) est classée « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Taxonomie mouvante

Herpétologiste spécialiste de la taxonomie et de l'écologie des amphibiens et reptiles tropicaux, Axel Kwet a opté pour une présentation regroupant, sous des bandeaux de couleur, les espèces par ordres et sous-ordres conformément à la classification en vigueur (urodèles, anoures, tortues, sauriens et serpents). Pour éviter les répétitions, l’auteur a regroupé au sein d’une même notice les espèces étroitement apparentées, dont la morphologie et la biologie sont voisines. Les 155 notules bénéficient d’une description, d’une photo et du détail de leur aire de répartition sur la carte. Seul regret, l’absence d’indication du statut de conservation, à l’heure où des menaces toujours plus nombreuses planent sur l’avenir de ces vertébrés. Le livre y consacre d’ailleurs un chapitre, évoquant la hausse du trafic routier, la destruction et la fragmentation des habitats, la pollution liée aux pesticides et aux hormones, le dérèglement climatique et les épizooties de chytridiomycose décimant des populations entières d’amphibiens.

SALAMANDRE TACHETEE

La salamandre tachetée à bandes (Salamandra salamandra terrestris) occupe une grande partie de l’aire de répartition occidentale de l’espèce. Ici, un spécimen originaire de Touraine (photo Ph. Aquilon).

Dans son introduction, Axel Kwet aborde d’ailleurs la délicate question du concept d’espèce, l’histoire changeante de la systématique avec ses controverses - concernant par exemple le nombre d’espèces de crapauds verts du genre Bufotes sur le Vieux Continent ou celui des sous-espèces chez le lézard des murailles (Podarcis muralis) – ou encore l’hybridation entre taxons. « Chacun doit rester conscient que même l’état le plus actuel de la recherche taxonomique n’est qu’un moment appelé à devenir obsolète tôt ou tard. »

Enfin, ce guide de terrain au petit format propose une clé de détermination, indispensable pour des identifications sûres. Au-delà de cet  aspect pratique, l’ouvrage nourrit aussi l’ambition d’éveiller l’intérêt pour toutes ces espèces, voire de susciter la sympathie des lecteurs envers ces animaux, sources d’émerveillement pour qui se donne la peine de mieux les connaître.

KWET Axel, Reptiles et amphibiens d’Europe, Delachaux et Niestlé, août 2016, 352 p., 34,90 €.

22 décembre 2016

Inde : les rhinocéros à l’étroit au Bengale-Occidental

Deux nouveaux sites naturels du Bengale-Occidental, à l’est de l’Inde, pourraient prochainement accueillir des rhinocéros. Jusqu’à présent, les pachydermes présents dans cet État frontalier du Népal, du Bhoutan et du Bangladesh vivent uniquement au sein des parcs nationaux de Jaldapara et de Gorumara, s’étendant respectivement sur 217 et 80 km2. Avec près de 200 individus, le premier héberge la deuxième plus importante population de rhinocéros d’Inde. Située à près de cent kilomètres de Jaldapara, l’aire protégée de Gorumara abrite  une cinquantaine d’individus.

Selon les agents forestiers, la capacité d’accueil des deux parcs est désormais dépassée et, pour réduire la pression, quelques spécimens doivent être transférés.

Le  nombre de rhinocéros au Bengale-Occidental – également appelé Paschimbanga – est passé d’une vingtaine d’individus en 1990 à près de 250 en 2015 malgré la persistance du braconnage. D’après le quotidien The Indian Express, au moins 11 rhinocéros ont été tués au cours des 18 derniers mois dans le nord de l’État.

« Plus de 255 rhinocéros vivent aujourd’hui à Jaldapara et Gorumara », a déclaré en octobre 2016 Binay Krishna Braman, le ministre des forêts du Bengale-Occidental, au quotidien The Times of India. « C’est davantage que ne peuvent le supporter ces deux parcs. Par conséquent, nous envisageons de déplacer plusieurs individus. »

M. Braman a annoncé que le département d’État concerné avait identifié deux sites susceptibles de recevoir les rhinocéros surnuméraires : la réserve de tigres de Buxa couvrant 760 km2 et une petite zone protégée de 25 km2 à Patlakhawa, près de la ville de Cooch Behar.

RHINOCEROS INDIEN DANS LE PARC NATIONAL DE JALDAPARA

Rhinocéros indien en janvier dans le parc national de Jaldapara (photo Moubunny92).

L’aire de répartition traditionnelle du rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) s’étendait du nord du Pakistan jusqu’à la frontière indo-birmane en passant par le Népal, le Bangladesh et le Bhoutan. L’espèce était peut-être présente également en Birmanie, en Chine méridionale et dans la péninsule indochinoise. Victime du braconnage et de la perte de son habitat, ce rhinocéros unicorne, dont la population totale à l’état sauvage est estimée à environ 3.500 individus, survit uniquement au Népal et en Inde, où les 2.500 spécimens sont regroupés au sein d’une poignée de réserves.

Classée « en danger » d’extinction entre 1986 et 1996, l’espèce est actuellement considérée comme « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Une population trop concentrée

Seuls trois des vingt-neuf États indiens, l’Assam, le Bengale-Occidental et l’Uttar Pradesh, possèdent encore des rhinocéros. Même si le nombre de ces derniers serait en hausse, leur distribution reste très limitée. Plus de 90% des rhinocéros (2.401 spécimens exactement lors du recensement effectué en mars 2015) vivent en effet dans le parc national de Kaziranga (Assam), couvrant 807 km2 à l'est du point chaud de biodiversité himalayen.Cette population est particulièrement exposée aux épizooties ou aux catastrophes naturelles, comme les inondations.

« Si quelque chose se produit, ce serait une catastrophe », assure Amit Sharma, coordinateur de l’antenne indienne du Fonds mondial pour la nature (WWF) pour la sauvegarde du rhinocéros. « C’est comme garder tous ses œufs dans le même panier. Par ailleurs, la diversité génétique d’une population confinée risque de s’appauvrir. Il est donc préférable de disperser les rhinocéros, de leur offrir suffisamment d’espace ou de possibilité de se mélanger. L’espèce disposera ainsi  d’un patrimoine génétique sain », précise-t-il dans une interview accordée au site Mongabay.

FEMELLE RHINOCEROS INDIEN ET SON PETIT DANS LE PARC NATIONAL DE KAZIRANGA

Plus de 90% de la population indienne de rhinocéros sauvages vit dans le parc national de Kaziranga, dans l’Assam. Ici, une mère et son petit en avril 2014 (photo Pranav Nath).

En novembre 2015, lors d’une réunion organisée dans le parc national de Jaldapara, le groupe des spécialistes des rhinocéros asiatiques à la commission de sauvegarde des espèces de l’UICN (IUCN/SSC Asian Rhino Specialist Group) avait d’ailleurs exhorté les responsables politiques et les organismes de conservation à trouver de nouveaux sites susceptibles d’absorber la hausse du nombre de rhinocéros au Bengale-Occidental. Les experts ont également évoqué la nécessité d’améliorer la diversité génétique des populations de Jaldapara et Gorumara en procédant à des transferts de mâles adultes entre les deux parcs mais aussi en échangeant des individus avec d’autres aires protégées.

Dans l’attente du feu vert

Des projets pour offrir des habitats supplémentaires aux rhinocéros ont été adressés au gouvernement central indien. « Même si nous disposons d’un accord de principe, nous attendons toujours le feu vert », souligneBinay Krishna Braman. Pour le ministre des forêts du Bengale-Occidental, la permanence du braconnage ne doit pas contrarier le programme d’élargissement de l’aire de répartition du rhinocéros. « Nous devons rester positifs et adopter les meilleures mesures possibles pour garantir l’avenir de cette espèce. » L’une d’elles consisterait à renforcer la présence des pachydermes dans l’Uttar Pradesh. Cet  État, le plus peuplé de l’Inde et frontalier du Népal, compte une unique population dans le parc national de Dudhwa, fruit d’une réintroduction menée voici une trentaine d’années.

En mars-avril 1984, six individus (deux mâles et quatre femelles) furent capturés dans le sanctuaire de Potibora, dans l’Assam. Une femelle mourut au zoo de Guwahati avant son transfert vers le parc national de Dudhwa. Une autre connut le même sort lors de la phase d’acclimatation précédant le relâché du 20 avril 1984. Et une troisième succomba le 31 juillet de la même année à la suite d’une tentative d’anesthésie destinée à soigner une blessure. Finalement, quatre jeunes femelles adultes furent également relâchées en avril 1985, après avoir été importées depuis le parc national népalais de Chitwan en échange de seize éléphants. « Forte d’une trentaine d’individus géographiquement très peu dispersés, la population de Dudhwa descendrait d’un seul mâle avec, à la clef, un appauvrissement  génétique. Le département des forêts de l’Uttar Pradesh envisage désormais d’installer une nouvelle population dans une autre zone du parc national », relève M. Sharma.

RHINOCEROS UNICORNE D'INDE DANS LE PARC NATIONAL DE DUDHWA

Le rhinocéros a été réintroduit dans le parc national de Dudhwa, voici une trentaine d’années (photo  AnantShastri).

Pour le défenseur de l’environnement, les Indiens n’habitant pas en Assam, où le parc national de Kaziranga héberge la grande majorité des rhinocéros du pays, s’intéressent peu au fragile pachyderme. « Il est nécessaire de réintroduire l’espèce dans de nouvelles régions pour que le grand public apprenne à aimer les rhinocéros et se préoccupe de leur avenir ! »

Sources : Mongabay, parcs nationaux de Dudhwa et de Kaziranga, UICN.

09 décembre 2016

Nouvelle liste rouge des espèces menacées : l’extinction silencieuse de la girafe

La girafe (Giraffa camelopardalis) est désormais considérée comme globalement « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), a révélé l’ONG jeudi 8 décembre 2016, lors de la 13e conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB), organisée jusqu’au samedi 17 décembre à Cancun (Mexique).

Ce statut est attribué aux espèces confrontées « à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage ». Répandu à travers l’Afrique orientale et méridionale avec de petites sous-populations isolées au centre et à l’ouest du continent, l’emblématique ruminant a vu ses effectifs fondre de 35 à 40 % en trois décennies, passant d’une fourchette comprise entre 151.702 et 163.452 individus en 1985 à 97.562 en 2015.

La croissance démographique humaine a un impact particulièrement négatif sur l’avenir des girafes, menacées par le braconnage, la perte et la modification de leur habitat à cause du développement agricole et des activités minières, l’augmentation des conflits homme-faune et les guerres civiles.

GIRAFES MASAI

Girafes masaï ou girafes du Kilimandjaro (G. c. tippelskirchi) dans la réserve nationale du Masaï Mara, au sud-ouest du Kenya, en 2007 (photo Paul Mannix).

Sur les neuf sous-espèces actuellement  admises, trois - la girafe d’Angola (G. c. angolensis), la girafe du Cap ou d’Afrique du Sud (G. c. giraffa) et la girafe du Niger (G. c. peralta) - ont des effectifs en hausse par rapport aux estimations dites « historiques ». Les dates de ces dernières diffèrent d’ailleurs, remontant selon les cas aux années 1960 ou au début de la décennie 1980 (*).

La population de la girafe de Thornicroft (G. c. thornicrofti) est considérée comme stable avec environ 600 spécimens depuis 1973.

En revanche, le nombre de girafes de Kordofan (G. c. antiquorum), de Nubie (G. c. camelopardalis), réticulées (G. c. reticulata),de Rothschild (G. c. rothschildi) et masaï (G. c. tippelskirchi) diminue. Celui de la sous-espèce nubienne s’est ainsi effondré, avec 20.577 individus en 1979/1981contre environ 650 de nos jours (- 97 %).

« Parce que l’on voit couramment des girafes pendant les safaris, dans les documentaires animaliers ou au sein des zoos, beaucoup de gens, dont des défenseurs de l’environnement, ignorent tout de l’extinction silencieuse  de cette espèce, souligne Julian Fennessy, co-président du groupe des spécialistes des girafes et de l’okapi à la commission de sauvegarde des espèces de l’UICN (IUCN SSC Giraffe and Okapi Specialist Group). Il est temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard ! »

700 nouveaux oiseaux !

Par ailleurs, grâce au recensement taxonomique complet mené par l’ONG Birdlife International qui s’appuie sur l’encyclopédie Handbook of the Birds of the World, la liste rouge inclut dorénavant 11.121 espèces d’oiseaux. Près de 700 taxons nouvellement reconnus ont été intégrés à l’indicateur de l’état de la biodiversité dans le monde. Parmi eux,11 % sont menacés d’extinction à l’exemple du troglodyte de Serna (Thryophilus sernai), passereau endémique du canyon colombien du Río Cauca à la survie compromise par la construction du barrage d'Ituango, et de l’artamie azurée des Comores (Cyanolanius comorensis), dont l’habitat disparaît à cause de l’expansion des cultures et des plantes envahissantes.

Si ces deux oiseaux sont classés « en danger », 13 nouveaux entrants sont d’ores et déjà considérés comme éteints, certains depuis moins d’un demi-siècle. Vivant sur de petites îles, la rousserolle de Pagan (Acrocephalus yamashinae), le loxopse dOʻahu (Loxops wolstenholmei) et le picchion de Laysan (Himatione fraithii) ont ainsi disparu, sans doute victimes d’espèces invasives. « Reconnaître plus de 700 nouvelles espèces ne signifie malheureusement pas que les oiseaux se portent mieux », souligne le Dr Ian Burfield, coordinateur général scientifique pour Birdlife.

PERROQUET GRIS DU GABON

Perroquet gris du Gabon photographié en 2008 dans le milieu naturel (photo Robert01).

Le spectre de l’extinction plane même sur des oiseaux parmi les plus populaires au monde comme le perroquet gris africain (Psittacus erithacus), également appelé jaco, gris du Gabon ou gris du Congo, que les spécialistes estiment maintenant « en danger ». D’après une étude menée par Birdlife, la population de ces psittacidés a chuté de près de 99% dans certaines régions de son aire de répartition ! Dimanche 2 octobre 2016, la Convention internationale sur le commerce d'espèces sauvages menacées d'extinction (Cites) avait enfin interdit le commerce international du gris du Gabon, en votant le transfert vers son Annexe I de ce perroquet parmi les plus prisés à cause de sa capacité à imiter la voix humaine.

La faune du lac Victoria

La situation s’avère extrêmement préoccupante en Asie, où la principale menace reste le trafic illégal de la faune sauvage. Les statuts du bulbul à tête jaune (Pycnonotus zeylanicus), du loriquet de Forsten ou loriquet à face bleue (Trichoglossus forsteni) et du garrulaxe à front roux (Garrulax rufifrons) ont, entre autres, été  révisés ; ces espèces étant  à présent classées « vulnérable », « en danger » et « en danger critique ». Leur déclin est directement lié aux captures destinées à alimenter le marché des oiseaux chanteurs, en particulier sur l’île indonésienne de Java.

LORIQUET A FACE BLEUE

Loriquet à face bleue en captivitéau zoo de Cincinnati, dans l’Ohio (États-Unis), en  2008 (photo Ted).

Néanmoins, 2016 se termine avec quelques bonnes nouvelles sur le front des oiseaux insulaires. Les efforts entrepris pour la sauvegarde du bouvreuil des Açores (Pyrrhula murina), du zostérops ou oiseau-lunettes des Seychelles (Zosterops modestus) et du pluvier ou gravelot de Sainte-Hélène (Charadrius sanctaehelenae) ont porté leurs fruits. Jusqu’alors « en danger » pour les deux premiers et « en danger critique » pour le limicole austral, ces trois oiseaux ont rejoint le groupe des espèces « vulnérables ».

VUE DU LAC VICTORIA

Vue du lac Victoria en juillet 2006 depuis Port Bell, petite localité industrielle proche de Kampala, en Ouganda (photo Kevin Gabbert).

Enfin, la nouvelle liste rouge de l’UICN intègre tous les poissons, mollusques, crabes et libellules vivant dans l’écosystème du lac Victoria. La faune du plus grand lac d'Afrique est aujourd’hui menacée par la surpêche, la sédimentation engendrée par l’agriculture et la déforestation, les espèces invasives (avec l'introduction de la perche du Nil) et la pollution engendrée par les pesticides et les herbicides.

(*) Pour découvrir les aires de répartition des différentes sous-espèces : http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/06/20/30104780.html

06 décembre 2016

Une nouvelle population de dragons de Komodo découverte !

Une nouvelle population de dragons de Komodo a été identifiée lors d’une étude de terrain lancée en 2015 sur l’île indonésienne de Florès par le Komodo Survival Program (KSP), ONG indonésienne créée en mars 2007, et la campagne de conservation Act for Wildlife gérée par la Société zoologique du nord de l'Angleterre (North of England Zoological Society). Cette dernière a été fondée en 1934 par George Mottershead (1894-1978), le père du zoo de Chester, et veille toujours aux destinées du parc animalier du nord-ouest de la nation constitutive.

Longue de 360 kilomètres, Florès s’étend sur 15.175 km2 - soit environ la moitié de la Belgique - dans l’archipel des petites îles de la Sonde, à proximité de la ligne Wallace séparant les écozones indomalaise et australasienne. Le champ de prospection du KSP et d’Act for Wildlife comprend également des petites îles proches de Florès.

VARAN DANS LE PARC NATIONAL DE KOMODO

Varan dans le parc national de Komodo en 2015 (photo Charlesjsharp).

La découverte de cette nouvelle population de varans aurait d’ailleurs au lieu début  2016 sur l’une d’entre elles, baptisée Longos et située non loin de la côte nord-ouest de Florès. Les chercheurs y auraient également recensé une population jusqu’alors jamais décrite de cacatoès soufrés (Cacatua sulphurea), un psittaciforme de taille moyenne classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Pièges photographiques

En 2013, des recherches entreprises conjointement par un centre indonésien de conservation des ressources naturelles (Balai Konservasi Sumber Daya Alam / BKSDA), l’association de protection des oiseaux Burung Indonesia et le KSP avait permis d’identifier, à l’aide de sept pièges photographiques, une nouvelle population de varans à l’extrémité occidentale de Florès. Placés du 30 juin au 3 juillet 2013 près du village de Golo Mori puis du 24 au 27 septembre de la même année près de celui de Tanjung Kerita Mese, ces appareils ont prouvé la présence respective d’au moins cinq et sept sauriens.

Incluses dans le kabupaten de Manggarai occidental, ces zones proches du mont Mbeliling (1.325 m.) abritent aussi quatre espèces d’oiseaux endémiques, le corbeau de Florès (Corvus florensis), le coryllis ou loricule de Wallace (Loriculus flosculus),  le petit-duc de Florès (Otus alfredi) et le monarque de Florès (Monarcha sacerdotum), tous classés « en danger » d’extinction par l’UICN.

MONT MBELILING SUR L'ILE INDONESIENNE DE FLORES

Vue du mont Mbeliling, à la pointe occidentale de Florès où une nouvelle population de varans a été identifiée en 2013 (photo Lofor).

L’aide de répartition actuelle des varans couvre les îles de Florès,Komodo, Rinca, Nusa Kode, Gili Motang et Padar, ces cinq dernières étant incluses dans le parc national de Komodo. Inaugurée en 1980, cette réserve de biosphère est inscrite depuis 1991 sur la liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).   

Des dragons « nains »

Sur Florès, les sauriens vivent notamment au sein des réserves naturelles de Wae Wuul, Wolo Tado et Riung. La première se trouve à la pointe ouest de l’île, les deux autres étant plus septentrionales.

Une recherche a été récemment initiée aux alentours de Riung, localité de la côte nord, où les dragons ont jusqu’à présent été très peu étudiés. Ces travaux ont été conduits par le KSP avec le concours du zoo de Chester représenté par Matt Cook, soigneur en chef du département d’herpétologie de l’établissement anglais. Les varans locaux se sont avérés beaucoup plus petits que ceux de l’île de Komodo. Ce phénomène serait lié à l’absence de proies de grande taille comme le cerf rusa (Cervustimorensis) ou le buffle domestique (Bubalus bubalis). Le régime alimentaire de ces dragons reste cependant méconnu. Cette population « naine » devrait faire l’objet de plus amples investigations dans un futur proche. Les premiers éléments recueillis suggèrent toutefois qu’elle serait en bonne santé même si son habitat n’est pas légalement protégé. Le KSP travaille actuellement auprès des communautés autochtones pour y parvenir.

JEUNE VARAN DE KOMODO DEVORANT LA CARCASSE D'UN BUFFLE DOMESTIQUE

Jeune dragon de Komodo dévorant une carcasse de buffle domestique en 2005 sur l’île de Rinca (photo Mats Stafseng Einarsen / GFDL and CC-BY 2.5).

Depuis 1996, le varan de Komodo (Varanus komodoensis), dont les plus impressionnants spécimens atteignent jusqu’à 3 mètres pour une masse de 70 kilos, est considéré comme vulnérable par l’UICN. Le nombre exact d’individus reste encore incertain même si ceux du parc national de Komodo sont précisément recensés.

Des proies trop braconnées

Vendredi  5 mars 2016, Margareta Priska, la porte-parole du parc, a annoncé que cette population de varans avait diminué, passant de 3.222 individus en 2013 à 3.092 l’année suivante et à 3.014 en 2015, soit – 6,5 % en deux ans. Selon Achmad Ariefiandy, chercheur pour le KSP, ce déclin affecte essentiellement les reptiles vivant sur les plus petites îles, en l’occurrence Nusa Kode, Gili Motang et Padar. En revanche, les populations de Komodo et Rinca resteraient stables. Pour cet expert, l’une des explications tiendrait à la raréfaction de l’une des proies principales des dragons, le cerf rusa. M. Ariefiandy appelle donc les autorités à prendre les mesures nécessaires pour réduire le braconnage du ruminant et même à envisager sa réintroduction sur Gili Motang et Padar.

Chef de la division technique du BKSDA, Maman Surahman exhorte aussi les habitants à ne plus chasser des cerfs et les sangliers (Sus scrofa vittatus) et à ne pas laisser divaguer leurs chiens dans les bois où ils perturbent les varans. Certains activistes prônent également une limitation du tourisme et surtout du nombre de paquebots admis dans le parc national de Komodo. Ce dernier a officiellement accueilli 100.868 visiteurs indonésiens et étrangers entre 2010 et février 2016. En 2015, 29 navires de croisière ont amené sur place 15.230 touristes.

ENTREE DU PARC NATIONAL DE KOMODO SUR L'ILE DE RINCA

Entrée du parc national de Komodo, sur l’île de Rinca (photo Torbenbrinker).

Depuis 2001, le varan de Komodo bénéficie d'un programme européen d’élevage en captivité (EEP) géré par le zoo anglais de Chester.

Actuellement, cette espèce est visible dans deux établissements français : la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte (26) et le zoo de Thoiry (78).

En 2016, 33 établissements européens présentent des dragons de Komodo dont le Tropiquarium de Servion (Suisse), le zoo d’Anvers (Belgique) et le Durrell Wildlife de Jersey.

Sources : UICN, Burung Indonesia, The Jarkarta Post, The Telegraph, Act for Wildlife.

02 décembre 2016

Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest désormais « en danger critique » d’extinction

Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest (Pan troglodytes verus) est désormais classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette sous-espèce devient la première à recevoir ce statut attribué lorsque le risque d’extinction à l’état sauvage est considéré comme extrêmement élevé. Les trois autres  - le chimpanzé d’Afrique orientale (Pan troglodytes schweinfurthii),  le chimpanzé d’Afrique centrale (Pan troglodytes troglodytes) et le chimpanzé du golfe de Guinée (Pan troglodytes ellioti) - sont toujours considérées comme « en danger » par l’UICN.

Deux autres grands singes, l’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) et le gorille des plaines orientales (Gorilla beringei graueri), ont également été reclassés comme « en danger critique » en 2016.

CHIMPANZE D'AFRIQUE DE L'OUEST

Mâle chimpanzé d’Afrique de l’Ouest en mai 2014 à la Vallée des Singes, établissement situé à Romagne, dans la Vienne (photo Ph. Aquilon).

Selon les spécialistes, la population de chimpanzés d’Afrique de l’Ouest a considérablement diminué au cours du demi-siècle écoulé et cette tendance ne devrait pas s’inverser ces prochaines années. Des travaux ont évalué le déclin annuel moyen à 6,53 % entre 1990 et 2014. Ce taux a été établi à partir de données collectées dans 20 sites où au moins deux études ont été conduites durant la période considérée.

D’après une étude parue en 2015, de 18.000 à 65.000 chimpanzés occidentaux vivraient actuellement à l’état sauvage. Estimant toutefois leur effectif aux alentours de 35.000 individus, des chercheurs ont évalué  la baisse annuelle du nombre de ces primates à 1 % entre 1960 et 1989 puis à 4,5 % entre 1990 et 2014. En tenant compte des mesures envisagées pour mieux protéger ce singe, la  chute devrait se poursuivre à un rythme (un peu moins soutenu) de 2,25 %  jusqu’en 2029.

Le temps de génération chez le chimpanzé étant de 23 ans, la sous-espèce d’Afrique de l’Ouest aura perdu plus de 80 % de sa population totale en l’espace de trois générations, soit 69 ans. Ce taxon remplit donc le critère A (réduction de la taille de la population) de l’UICN autorisant son inscription parmi les (sous-)espèces « en danger critique ».

ENCLOS DES CHIMPANZES OCCIDENTAUX AU ZOO DE KREFELD

Enclos des chimpanzés occidentaux en 2010 au zoo de Krefeld,  dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne (photo KR-1 Werbeagentur).

Le spectre de l’huile de palme

L’aire de répartition du chimpanzé occidental s’étend de façon morcelée du Sénégal au Bénin. Aujourd’hui, sa présence est attestée au Sénégal, en Guinée, au Mali, en Guinée-Bissau, en Sierra  Leone, au Liberia, au Ghana et en Côte d'Ivoire. Il est possiblement éteint au Burkina Faso, au Togo et au Bénin. Selon certains auteurs, sa distribution couvrirait également l’ouest du Nigéria mais cette hypothèse demande à être validée par des analyses génétiques.

Cette sous-espèce survit principalement en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Libéria, au Mali et en Sierra  Leone. Si certaines populations s’avèrent stables, d’autres connaissent des chutes dramatiques. En Côte d’Ivoire, une étude initiée par des primatologues de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig (Allemagne) et dont les conclusions ont été publiées en octobre 2008 dans la revue Current Biology a révélé une diminution de près de 90 % au cours des deux précédentes décennies ! Au Ghana, en Guinée-Bissau et au Sénégal, les effectifs sont estimés à quelques centaines de spécimens.

PLANTATION DE PALMIERS A HUILE EN COTE D'IVOIRE

Plantation de palmiers à huile en Côte d’Ivoire (photo African Hope).

Parmi les principales menaces planant sur l’avenir des chimpanzés occidentaux figurent le braconnage pour la viande de brousse et la médecine traditionnelle, les épizooties provoquées par une proximité accrue avec l’homme et, bien sûr, la perte et de la fragmentation de leur milieu naturel à cause de l'agriculture itinérante sur brûlis, de l’exploitation minière et du développement de la culture du palmier à huile. Et les perspectives sont inquiétantes. Dans trois des derniers bastions de cette sous-espèce (le Libéria, la Sierre Leone et la Guinée), les secteurs susceptibles d’être phagocytées par l’industrie de l’huile de palme recouvrent en grande partie l’habitat des chimpanzés. Le chevauchement atteint notamment 94,3 % au Libéria et 84,2 % en Guinée ! En outre, dans ces trois pays, la majorité des chimpanzés vivent à l’extérieur des zones protégées.