Faune, conservation, zoos & biodiversité

31 janvier 2017

Suisse : le cincle plongeur, ambassadeur des milieux humides urbains

Désigné « oiseau de l’année » par BirdLife Suisse, le cincle plongeur sera durant douze mois le porte-drapeau de la campagne lancée par cette association en faveur de « la biodiversité dans les agglomérations ». En 2017, celle-ci portera plus particulièrement sur les habitats humides en milieu urbain (*).

En effet, le cincle plongeur (Cinclus cinclus), parfois surnommé « merle d’eau », est le seul passereau à plonger afin de chercher sa nourriture dans le lit des rivières. Mesurant environ 18 cm de long pour une masse oscillant entre 50 et 75 grammes, il vit à proximité des cours d’eau rapides, depuis les régions de plaine jusqu’à 2.500 mètres d’altitude. L’hiver, il fréquente également les rives rocheuses des lacs.

CINCLE PLONGEUR OISEAU SUISSE DE L'ANNEE 2017

Le plastron blanc du cincle plongeur lui procure un efficace camouflage à la surface de l’eau (photo © Werner Scheuber).

Unique représentante européenne de la famille des cinclidés, cette espèce a besoin d’eaux propres et riches en oxygène. Tolérant la présence humaine sur son territoire, elle peut se reproduire sur les berges des rivières situées dans les secteurs habités à condition de ne pas être trop dérangée. Promeneurs et chiens peuvent la conduire à abandonner ses sites de nidification. « Le cincle est donc un bon ambassadeur pour la renaturation des rivières », estime l’association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO/ BirdLife), regroupant plus de 63.000 adhérents répartis au sein de 450 sections locales.

La raréfaction ou la disparition des populations de cincles trahissent un appauvrissement des zones humides et/ou leur pollution.

Cœur au ralenti

« Il est parfaitement possible de concilier par une planification adéquate les besoins de l’homme et ceux de la biodiversité des milieux aquatiques jusqu’au cœur de nos agglomérations », assure François Turrian, directeur romand de BirdLife.

Possédant une glande uropygienne particulièrement développée, le cincle plongeur peut entretenir la parfaite étanchéité de son plumage. Grâce à la densité de ce dernier et à la présence d’une sous-couche de duvet très fournie, le passereau supporte les eaux glacées des torrents. Cet oiseau trapu parvient à résister à la force du courant grâce à ses griffes et à la puissante musculature de sa poitrine. En outre, il abaisse son rythme cardiaque lors des phases d’immersion. Par ailleurs, la concentration d'hémoglobine dans son sang est plus élevée que chez les autres passereaux de taille comparable. Une autre adaptation remarquable concerne le cristallin de l’œil dont la déformation en plongée offre au cincle une parfaite vision dans l’élément liquide.

CINCLE PLONGEUR OISEAU DE L'ANNEE 2017 EN SUISSE

Excellent « bio-indicateur », le cincle plongeur exige des cours d’eau propres et bien oxygénés (© Michael Gerber).

Volant dans l’eau pendant plusieurs secondes, le « merle d’eau » débusque alors entre les pierres des insectes aquatiques et leurs larves, de petits crustacés et des mollusques. Ne présentant pas de dimorphisme sexuel marqué, ce nageur se nourrit également de têtards, de petits poissons voire de vers de terre.

Au-delà de son rôle d’ambassadeur de la biodiversité urbaine helvétique, le cincle plongeur – oiseau national norvégien – apparaît  aujourd’hui comme l’un des emblèmes de la sauvegarde des écosystèmes humides du Vieux continent.

Voici  la vidéo (en allemand) de BirdLife Suisse présentant « l’oiseau de l’année 2017 » dans la Confédération :

(*) La Journée mondiale des zones humides (JMZH) sera célébrée jeudi 2 février 2017.


28 janvier 2017

Des scientifiques préparent le retour du tigre en Asie centrale

Publiée dans le numéro de janvier 2017 de la revue Biological Conservation, une étude menée par le Collège des sciences de l'environnement et de la foresterie de l'université d'État de New York aux États-Unis (SUNY-ESF) et l’antenne russe du Fonds mondial pour la nature (WWF) dévoile les grandes lignes d’un programme de réintroduction du tigre en Asie centrale.

Toutefois, ce projet ne concerne pas le retour dans son milieu originel d’une (sous-)espèce localement disparue. En effet, cette région était autrefois l’habitat du tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata), également appelé tigre de Touran ou tigre de Perse et déclaré éteint en 2003 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Le dernier spécimen vivant à l’état sauvage aurait été observé en février 1970 dans la province de Hakkari, à l’extrême sud-est de la Turquie, au cœur du Kurdistan. À en croire une enquête par questionnaire, des félins auraient néanmoins été abattus chaque année dans cette zone jusqu’au milieu des années 1980. Pour certains, des tigres survivaient encore dans la région au début de la décennie suivante. Une rumeur, qui n’est étayée par aucune preuve, évoque aussi la capture de deux tigres de Perse en avril 1997 dans la province orientale de Laghmân, en Afghanistan.

TIGRE DE LA CASPIENNE AU ZOO DE BERLIN

Tigre de la Caspienne photographié en 1899 au zoo de Berlin, en Allemagne (photo DR).

D’après certaines sources, les derniers tigres de la Caspienne captifs, maintenus dans le zoo privé du shah d’Iran, auraient été tués à la fin de l’année 1978 au cours de la révolution islamique. D’autres auteurs considèrent que l’ultime représentant de cette sous-espèce en captivité s’est éteint en 1960 au Tierpark Hagenbeck, en Allemagne. Originaire d’Iran et baptisée Soraya, cette femelle vivait depuis 1955 dans l’établissement situé dans le quartier de Stellingen, à Hambourg. Une autre tigresse de Touran, apprivoisée et prénommée Theresa, a été hébergée de 1924 à 1942 au parc zoologique de Moscou (Russie). Elle avait été offerte à l’ambassadeur soviétique en Iran. En Europe, les zoos de Berlin (Allemagne), d’Anvers (Belgique) et peut-être de Rotterdam (Pays-Bas) auraient également détenu des tigres de la Caspienne à la fin du XIXème et/ou au début du siècle dernier.

Le programme de retour du tigre en Asie centrale envisage donc de recourir à une sous-espèce proche, en l’occurrence le tigre de Sibérie (P. t. altaica), classé « en danger d’extinction » depuis 2008 par l’UICN.

(Très) proches parents

Selon la conclusion de travaux parus en 2009 dans la revue PLOS ONE et portant sur les haplotypes d'ADN mitochondrial de 20 spécimens conservés dans divers musées, le tigre de la Caspienne serait étroitement apparenté à celui de l’Amour. Des analyses phylogéographiques complémentaires ont d’ailleurs établi que le plus proche ancêtre commun de ces deux sous-espèces remontait à seulement 10.000 ans.

Originaire de l'est de la Chine, ce dernier aurait colonisé l'Asie centrale à la fois par la Sibérie et le corridor du Hexi, passage situé entre le plateau tibétain et le désert de Gobi.

Les félins auraient cessé d’emprunter ce corridor écologique voici seulement 200 ans en raison d’une présence humaine croissante.

TIGRE DE PERSE AU ZOO D'ANVERS EN BELGIQUE

Tigre de Perse au zoo d’Anvers, en Belgique. Cette sous-espèce était l’une des plus grandes avec celles de Sibérie et du Bengale. Les mâles pouvaient atteindre 2,95 mètres de long pour une masse proche de 240 kilos (coll. personnelle).

« Ces découvertes plaident pour un repeuplement de l’Asie centrale avec des tigres de l’Amour », déclarait en 2015 au magazine National Geographic le biologiste Igor Chestin, directeur général de l’antenne russe du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Publiées en juin 2015 dans la revue Science Advances,  les conclusions controversées de chercheurs du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) de Berlin suggère même de regrouper les six espèces de tigres continentaux aujourd’hui admises au sein d’une seule (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/07/17/32365349.html).

Perle rare

L’aire de répartition originelle du tigre de Touran aurait couvert entre 800.000 et 900.000 km2. Elle s’étendait de la Turquie orientale au nord-ouest de la Chine en passant par le sud du Caucase, l’Irak, et l’Iran septentrional avec des poches isolées en Asie centrale. Le félin vivait essentiellement dans des forêts-galeries et des écosystèmes lacustres couverts de roseaux avec une densité atteignant 2 à 3 tigres par km2.

Des analyses spatiales fondées sur des données de télédétection révèlent la rareté des régions susceptibles d’accueillir de nouveau des tigres en Asie centrale. Cependant les scientifiques ont identifié au moins deux sites, l’un et l’autre au Kazakhstan, et d’une superficie totale inférieure à 20.000 km2. Le plus prometteur englobe le delta de l’Ili, rivière endoréique prenant sa source à l’ouest de la Chine et se jetant dans le lac Balkhach, et la rive méridionale de ce dernier.

LE LAC BALKHACH VU PAR SATELLITE

Vue par satellite du lac Balkhach, le plus vaste du Kazakhstan et le troisième d'Asie, en avril 1991. Situé au sud-est du pays et au nord de la ville d'Almaty, il mesure plus de 600 km de long. Le delta de l’Ili est bien visible au centre du cliché (photo NASA).

D’après les modèles de populations des proies du tigre – en particulier le sanglier (Sus scrofa nigripes), le chevreuil de Sibérie (Capreolus pygargus) et le cerf de Bactriane (Cervus elaphus bactrianus), cette zone d’environ 7.000 km2 pourrait abriter entre 64 et 98 tigres d’ici un demi-siècle si 40 à 55 spécimens y sont transférés depuis l'Extrême-Orient russe et si le régime hydrologique actuel de l’Ili se maintient.

Soutien gouvernemental

Les chercheurs du Collège des sciences de l'environnement et de la foresterie de l'université de New York ont identifié les principales causes de la disparition du tigre de la Caspienne. Jusqu’aux années 1930, des primes ont été offertes pour empoisonner les grands félins sur le territoire de l’ancienne Union soviétique. Des plans d’irrigation ont aussi détruit les forêts-galeries, les zones humides et les roselières où vivaient les prédateurs rayés. Enfin, les proies se sont raréfiées à cause du développement économique détruisant la végétation des écosystèmes lacustres et côtiers.

TIGRE DE TOURAN TUE AU NORD DE L'IRAN

Tigre de la Caspienne abattu au nord de l’Iran au début des années 1940 (photo DR).

Pour les partisans du retour du tigre dans l'ex-république de l’URSS, assurant disposer du soutien du gouvernement kazakh, la réussite du programme dépendra de plusieurs facteurs.

« En premier lieu, il est nécessaire de mettre un terme à la dégradation des zones concernées par des feux incontrôlés, souligne le biologiste Mikhail Paltsyn, l’un des coauteurs de ces travaux. Puis il sera primordial de reconstituer les populations locales d’ongulés sauvages. Cela pourrait prendre juqu'à 15 ans. Enfin, il faudra tenir compte de la sécurité et des intérêts socio-économiques des communautés locales si l’on veut assurer un avenir durable à la fois aux tigres et aux habitants, poursuit cet expert ès conservation. En outre, la consommation d’eau provenant de l’Ili devra être régulée tant en Chine qu’au Kazakhstan afin de maintenir le niveau d’eau du Balkhach dont ont besoin les forêts-galeries et les roselières. »

Espèce parapluie

« Le Fonds mondial pour la nature et le gouvernement kazakh semblent prêts à relever tous ces défis pour que le retour des tigres en Asie centrale devienne une réalité », conclut M. Paltsyn.

Au-delà de l’éventuelle « renaissance » du grand félin, espèce-parapluie dont la protection du territoire profiterait à toute une faune moins emblématique, cette initiative permettrait ainsi la sauvegarde et/ou la restauration d’écosystèmes fragiles et menacés.

TIGRE DE SIBERIE AU PARC DES FELINS

Tigre de Sibérie en octobre 2015 au Parc des félins de Lumigny-Nesles-Ormeaux, en Seine-et-Marne (photo Ph. Aquilon).

En revanche, à l’heure où la réintroduction du léopard de Perse dans le Caucase russe initiée notamment avec des individus issus d’établissements zoologiques semble sur la voie du succès (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/09/26/34362558.html), cette étude ne mentionne pas le relâché de tigres de Sibérie provenant de lignées captives. Pourtant, des plans d’élevage, dont la réintroduction dans le milieu naturel constitue la finalité, sont aujourd’hui menés sous l’égide d’associations internationales de parcs animaliers. En Amérique du Nord, le Species Survival Plan (SSP) de l’Association of Zoos and Aquariums (AZA) a été créé dès 1981. Son équivalent européen – le programme européen pour les espèces menacées (EEP) – remonte à 1985. Il est actuellement géré par le zoo de Londres (Royaume-Uni).

Associer les efforts conduits dans le cadre de la conservation ex situ à ce projet constituerait pourtant un formidable défi.

23 janvier 2017

Un beau livre retrace la naissance de nos races bovines

« Le Concours universel de 1856 restera dans les annales de l’agriculture européenne comme une des exhibitions les plus complètes et les plus intéressantes des richesses agricoles de notre siècle », écrivit à l’époque le journaliste Victor Borie (1818-1880), spécialiste des questions d'économie rurale.

Organisée au Palais de l'Industrie et des Beaux-arts de Paris, à l’emplacement où s’élèvent aujourd’hui les Petit et Grand Palais, cette manifestation mettait à l’honneur les principales races bovines européennes.

Le ministère de l’agriculture confia à Émile Baudement (1816-1863), grand nom de la zootechnie naissance, le soin d’immortaliser l’événement à travers un ouvrage luxueux. Intitulé Les races bovines au concours universel de Paris en 1856, ce dernier comprend 87 planches d’animaux reproducteurs, signées par des artistes aussi célèbres que Rosa (1822-1899) et Isidore Bonheur (1827-1901) ou Antoine-Louis Barye (1795-1875). Toutes sont inspirées des photos d’Adrien Tournachon dit Nadar jeune (1825-1903) dont les précieux clichés furent pris dans un décor neutre.

LES VACHES ONT UNE HISTOIRE NAISSANCE DES RACES BOVINES

Cette publication constitue la toile de fond du beau livre Les vaches ont une histoire. Naissance des races bovines, paru aux éditions Delachaux et Niestlé et que son auteur a tenu à cosigner avec Émile Baudement.

Vétérinaire, président de la société d’ethnozootechnie et membre de l’Académie d’agriculture, Bernard Denis a axé son propos sur le XIXème siècle, époque à laquelle de nombreuses races domestiques ont officiellement vu le jour. Issues d’une longue différenciation régionale, elles ne disposaient jusqu'alors d’aucun standard. Beaucoup n’avaient  jamais été sélectionnées.

« Anglomanie » et résistances régionales

L’auteur évoque notamment la vague d’«anglomanie » submergeant une partie de l’élevage français entre 1840 et 1880, avec l’importation de bétail d’outre-Manche, en particulier de spécimens de la race baptisée « shorthorn improved » plus connue sous le nom de durham. « Une erreur épistémologique fut alors commise », souligne le professeur honoraire de l’école nationale vétérinaire de Nantes (Loire-Atlantique). « On partit du principe que le facteur limitant de l’accroissement des productions était la qualité de l’animal et non pas la qualité de l’environnement (sols, engrais, alimentation etc.). »

Soulignant d’ailleurs l’échec de la « durhamination » parfois présentée comme la résistance des petits paysans à la « race des notables », Bernard Denis passe également en revue le cheptel bovin national au temps de l’enquête agricole de 1862, de la bretonne (race la plus fréquemment citée lors de cette étude) au bétail auvergnat – dont l’ensemble, ferrandaise exceptée, fut ensuite absorbé par la salers – en passant la flamande et ses deux variétés de Bergue et Cassel, sans oublier bien d’autres races aujourd’hui disparues comme la champenoise, la meusienne ou la bourguignonne dont les identités ne furent cependant guère affirmées. Une carte de répartition établie en 1881 permet de situer la plupart d’entre elles.

Cet ouvrage à la très riche iconographe intéressa non seulement les lecteurs férus de la science et de l’histoire de l’élevage mais aussi les défenseurs des races bovines à faibles effectifs, richesse de notre patrimoine vivant si souvent oubliée.

DENIS Bernard, BAUDEMENT Émile, Les vaches ont une histoire. Naissance des races bovines, Delachaux et Niestlé, septembre 2016, 240 p., 38 €.

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13 janvier 2017

Le cerf élaphe, animal de l’année 2017 en Suisse !

En désignant le cerf élaphe (Cervus elaphus) « animal de l’année 2017 » en Suisse, l’association helvétique pour la protection de la nature Pro Natura souhaite alerter le grand public sur la nécessité de corridors écologiques pour la faune sauvage.

Victime de la chasse et de la réduction de son habitat, le cervidé avait été pratiquement exterminé de la Confédération au milieu du XIXème siècle. Seuls quelques spécimens ayant échappé aux fusils survivaient dans le canton des Grisons, le plus oriental du pays. L’espèce fit d’ailleurs son retour à partir de 1870 depuis l’Autriche voisine.

Le cerf a alors bénéficié de la loi fédérale sur la chasse adoptée le 23 octobre 1875. Celle-ci a limité les périodes de tir, protégé les biches et instauré les premiers districts francs afin de favoriser « la protection et la conservation des mammifères et oiseaux sauvages rares et menacés ainsi que la protection et la conservation de leurs biotopes ».

LE CERF ELAPHE ANIMAL DE L'ANNEE 2017 EN SUISSE

(Photo: Prisma / Bernhardt Reiner)

Aujourd’hui, la population suisse de cerfs est estimée à quelque 35.000 individus. Pour autant, le grand ruminant n’a pas encore reconquis l’ensemble de son aire de répartition originelle. Le repeuplement s’étant effectué par le Tyrol,  la majorité des hardes vivent dans le sud-est  des Alpes. D’autres noyaux de population sont présents sur le Plateau et dans le Jura.

« Le cerf est freiné dans son expansion naturelle par les obstacles souvent infranchissables que constituent les autoroutes, les voies ferrées et les agglomérations », relève Pro Natura. Ces écueils perturbent également les déplacements saisonniers et quotidiens du « roi des forêts ».

« Dans nos paysages  toujours plus fragmentés, il est urgent de recréer davantage de corridors faunistiques dans lesquels les animaux sauvages pourront à nouveau évoluer librement », souligne le biologiste Andreas Boldt. La nouvelle campagne de Pro Natura sur ce thème a été baptisée « Voie libre pour la faune sauvage ! ».

« Léthargie hivernale »

Par ailleurs, le choix du cerf comme « animal de l’année 2017 » permet à l’association de souligner l’importance du respect des zones de tranquillité. Celles-ci ont été  établies pour protéger la faune des dérangements liées aux activités de loisir.

Afin de survivre à la saison froide, les animaux ont en effet développé des stratégies destinées à réduire leurs dépenses énergétiques et à préserver leurs réserves de graisse. Le métabolisme du cerf élaphe est ainsi considérablement réduit en hiver. La contenance de la panse diminue alors de 20 à 25 %  en raison d’une nourriture peu abondante et pauvre en éléments nutritifs. Les villosités du rumen s’atrophient également. L’animal baisse aussi sa température corporelle et son rythme cardiaque. À la fin de l’hiver, ce dernier est jusqu’à 60 % inférieur au maximum annuel, mesuré début juin.

LE CERF ELAPHE ANIMAL DE L'ANNEE 2017 POUR PRO NATURA

En hiver, la fuite engendrée par un dérangement provoque une importante et brutale dépense d’énergie (Photo  Eric Dragesco).

Par ailleurs, le cerf  est capable de réduire l’irrigation sanguine de ses membres et des parties externes de son corps avec, à la clef, une baisse de la température des régions concernées. Il peut maintenir jusqu'à neuf heures cet état de « léthargie hivernale » offrant une économie d’énergie estimée entre 13 et 17 %.

Chaque fuite contraint l’animal à relancer son métabolisme en quelques fractions de seconde, entraînant une énorme dépense énergétique. Les effets des dérangements hivernaux sur le cerf, et vraisemblablement  sur d’autres ongulés, auraient été jusqu’à présent sous-estimés.

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01 janvier 2017

Belle et heureuse année 2017

VOEUX 2017 BIOFAUNE

(Photo Ph. Aquilon)

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31 décembre 2016

2016 s’éclipse

2016 nous tourne le dos ce soir. L’heure est venue d’en dresser un court bilan. Cette année encore, ce blog et sa page Facebook ont souhaité éveiller la curiosité de leurs lecteurs en abordant des sujets variés, de l’actualité de la conservation in et ex situ aux projets de réintroduction en passant par les révisions taxonomiques en cours, la sauvegarde de la biodiversité domestique, les avancées de la recherche vétérinaire sans oublier la chronique d’ouvrages naturalistes.

Au cours des douze mois écoulés, Biofaune a mis en ligne près de 70 articles, dont un grand nombre sur des sujets inédits en langue française.

Cet automne, ce blog a accueilli son 150.000ème visiteur et le nombre d’abonnés à la newsletter augmente régulièrement.

Par ailleurs, la page Facebook a récemment franchi le cap des 700 « J'aime ». Un résultat encore modeste mais encourageant.  Vos « like », vos partages et les invitations lancées auprès de vos amis à aimer la page Biofaune constituent une source de motivation précieuse pour poursuivre cette aventure.

Biofaune vous souhaite un excellent réveillon – toujours sans une goutte d’huile de palme – et une très belle et heureuse année 2017.

BILAN 2016 PHOTO

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Une collection ornithologique normande en partie sauvée !

Grâce à un financement participatif, les collections du musée d’initiation à la nature de la Ville de Caen (Calvados) vont s’enrichir de plusieurs piècesde la collection dite Raoul Le Dart, acquises aux enchères lors d’une vente organisée lundi 12 décembre 2016 à l’Hôtel Drouot, à Paris.

Cette collection était composée de spécimens naturalisés d’oiseaux (145 rapaces, passereaux et représentants d’espèces aquatiques comme marines témoignant de la biodiversité normande entre la fin du XIXème siècle et les années 1930) et de mammifères (dont des genettes et des visons d’Europe) capturés entre la fin du XIXème et au début du siècle dernier dans le Calvados, en particulier autour de la commune de Trois-Monts.

COLLECTION LE DART

La campagne de financement par Internet  a été initiée à l’automne dernier par le Groupe ornithologique normand (GONm), pour lequel cette collection « laissée à l’abandon » représentait un réel intérêt scientifique.

« Recenser et conserver les traces de l’activité de scientifiques d’autres époques est primordial : cela permet d’avoir une vision sur l’évolution des espèces et de leurs milieux », souligne l’association de protection de la nature. « Ce sont des témoins matériels de l’histoire scientifique locale et nous nous devons de préserver ces biens communs qui illustrent le travail des naturalistes normands au cours des âges. »

Si malheureusement la collection est donc aujourd’hui dispersée, elle a pu être inventoriée et photographiée par la conseillère musée de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et La Fabrique de patrimoines en Normandie, établissement public de coopération culturelle créé le 1er janvier 2015. Toutes les données scientifiques figurant sur les étiquettes et les socles ont donc été sauvegardées.

Une partie de cette collection aurait par ailleurs été achetée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) entre 1960 et 1965.

25 décembre 2016

« L’envol du gypaète » : une odyssée en images au cœur des Alpes !

Le titre sonne comme une métaphore de la réintroduction de l’espèce dans les Alpes. Au cœur du massif, entre crêtes herbeuses et à-pics, dans le silence des hautes altitudes parfois troublé par les combats de bouquetins, les échos des sonnailles ou le fracas des avalanches, les photographes Antoine Rezer et Jean-Luc Danis dévoilent par l’image et les mots la vie intime des gypaètes barbus (Gypaetus barbatus) au fil des saisons. Une quête naturaliste magnifiant le mythique rapace et ses montagnes.

L’envol du gypaète débute peu après que les marmottes se sont calfeutrées dans leur terrier pour échapper aux premiers frimas. Les « casseurs d’os » entament alors leur parade nuptiale, jouant des ascendances et volant aile dans aile, parfois escortés par quelques chocards. Puis l’aventure se poursuit avec l’apparition de l’unique gypaéton pesant à peine 150 grammes lors de sa venue au monde. Quatre mois plus tard vient l’instant fatidique de quitter l’aire. Un moment unique, très rarement observé et immortalisé lors d’une matinée de début juillet, comme si l’oiseau récompensait les auteurs pour leur approche éminemment respectueuse, forte du label « Photo nature responsable » attribué par les éditions de La Salamandre aux titres de sa collection Histoires d'images. Une démarche éthique qui interdit d’appuyer sur le déclencheur au moindre risque de dérangement. Enfin, avec l’été, vient pour le juvénile le temps de l’apprentissage, avant que ne sonne l’heure de quitter le territoire natal.

L'ENVOL DU GYPAETE

Seules la patience et la passion ont autorisé ces clichés exceptionnels, tels les face-à-face au bord de l’abîme ou les escarmouches du grand vautour, atteignant jusqu’à 2,90 m d’envergure, avec l’aigle royal.

Relatant la genèse de cet ouvrage ensorcelant, les textes évoquent certains mystères entourant le comportement des gypaètes et révèlent aussi des aspects méconnus de leurs mœurs, de la prétendue fidélité à toute épreuve des couples au pourquoi des amours hivernales. L’ignorance et les préjugés sont d’ailleurs à l’origine de l’extermination du gypaète dans les Alpes, d’où l’espèce avait disparu dans les années 1930. Le rapace a été réintroduit en 1986 en Autriche puis l’année suivante en Haute-Savoie. Initié en 2012, un autre programme est actuellement mené dans les Grands Causses, avec l’espoir que les oiseaux relâchés au sud du Massif central relient les populations alpines et pyrénéennes.

Le retour du gypaète reste fragile. Empoisonnements, intoxications au plomb ou collisions avec les câbles balafrant la montagne pourraient briser la belle histoire. L’espèce est toujours classée « en danger » d’extinction sur la Liste rouge des espèces menacées en France, établie par le Muséum national d'histoire naturelle et le comité national de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et les gypaètes corses livrent peut-être leur ultime combat dans les montagnes de l’île de Beauté.

Aimer et donc respecter le gypaète contribuera, là comme ailleurs, à la sauvegarde de ce trésor de notre patrimoine naturel. La magie de quelques photos suffit parfois à changer les regards.

REZER Antoine, DANIS Jean-Luc, L’envol du gypaète, La Salamandre, mai 2016, 144 pages, 29 €.

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23 décembre 2016

Un guide pour mieux (re)connaître et protéger reptiles et amphibiens européens

Dans une acceptation géographique englobant la région du Caucase et les îles Canaries, l’Europe abriterait actuellement près de 260 espèces d’amphibiens et de reptiles. Cette diversité toute relative, quelque 7.400 espèces d’amphibiens et environ 10.000 espèces de reptiles étant recensées en 2015 à travers la planète, est étroitement liée au climat du Vieux Continent. À l’exception notable du bassin méditerranéen, celui-ci s’avère en effet trop frais pour nombre de représentants de l’herpétofaune.

Pour autant, ces animaux sont omniprésents en Europe où quelques espèces indigènes se sont même adaptées à des conditions locales extrêmes. Le crapaud commun (Bufo bufo) et la grenouille rousse (Rana temporaria) parviennent ainsi à survivre et à se reproduire jusqu’au cercle polaire ! En excluant les espèces invasives comme la tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) ou la grenouille-taureau (Lithobates catesbeianus), la France métropolitaine compte actuellement 37 espèces d’amphibiens (13 urodèles et 24 anoures) et 35 espèces de reptiles (12 serpents, 20 sauriens et 3 tortues).

GUIDE AMPHIBIENS

Publié aux éditions Delachaux et Niestlé, Reptiles et amphibiens d’Europe détaille 214 espèces (85 amphibiens et 129 reptiles), de l’orvet fragile (Anguis fragilis) largement répandu et souvent rencontré dans nos jardins au vulnérable alyte de Majorque (Alytes muletensis) endémique de cette île des Baléares, en passant par la populaire tortue d’Hermann dont la sous-espèce occidentale (Testudo hermanni hermanni) est classée « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Taxonomie mouvante

Herpétologiste spécialiste de la taxonomie et de l'écologie des amphibiens et reptiles tropicaux, Axel Kwet a opté pour une présentation regroupant, sous des bandeaux de couleur, les espèces par ordres et sous-ordres conformément à la classification en vigueur (urodèles, anoures, tortues, sauriens et serpents). Pour éviter les répétitions, l’auteur a regroupé au sein d’une même notice les espèces étroitement apparentées, dont la morphologie et la biologie sont voisines. Les 155 notules bénéficient d’une description, d’une photo et du détail de leur aire de répartition sur la carte. Seul regret, l’absence d’indication du statut de conservation, à l’heure où des menaces toujours plus nombreuses planent sur l’avenir de ces vertébrés. Le livre y consacre d’ailleurs un chapitre, évoquant la hausse du trafic routier, la destruction et la fragmentation des habitats, la pollution liée aux pesticides et aux hormones, le dérèglement climatique et les épizooties de chytridiomycose décimant des populations entières d’amphibiens.

SALAMANDRE TACHETEE

La salamandre tachetée à bandes (Salamandra salamandra terrestris) occupe une grande partie de l’aire de répartition occidentale de l’espèce. Ici, un spécimen originaire de Touraine (photo Ph. Aquilon).

Dans son introduction, Axel Kwet aborde d’ailleurs la délicate question du concept d’espèce, l’histoire changeante de la systématique avec ses controverses - concernant par exemple le nombre d’espèces de crapauds verts du genre Bufotes sur le Vieux Continent ou celui des sous-espèces chez le lézard des murailles (Podarcis muralis) – ou encore l’hybridation entre taxons. « Chacun doit rester conscient que même l’état le plus actuel de la recherche taxonomique n’est qu’un moment appelé à devenir obsolète tôt ou tard. »

Enfin, ce guide de terrain au petit format propose une clé de détermination, indispensable pour des identifications sûres. Au-delà de cet  aspect pratique, l’ouvrage nourrit aussi l’ambition d’éveiller l’intérêt pour toutes ces espèces, voire de susciter la sympathie des lecteurs envers ces animaux, sources d’émerveillement pour qui se donne la peine de mieux les connaître.

KWET Axel, Reptiles et amphibiens d’Europe, Delachaux et Niestlé, août 2016, 352 p., 34,90 €.

22 décembre 2016

Inde : les rhinocéros à l’étroit au Bengale-Occidental

Deux nouveaux sites naturels du Bengale-Occidental, à l’est de l’Inde, pourraient prochainement accueillir des rhinocéros. Jusqu’à présent, les pachydermes présents dans cet État frontalier du Népal, du Bhoutan et du Bangladesh vivent uniquement au sein des parcs nationaux de Jaldapara et de Gorumara, s’étendant respectivement sur 217 et 80 km2. Avec près de 200 individus, le premier héberge la deuxième plus importante population de rhinocéros d’Inde. Située à près de cent kilomètres de Jaldapara, l’aire protégée de Gorumara abrite  une cinquantaine d’individus.

Selon les agents forestiers, la capacité d’accueil des deux parcs est désormais dépassée et, pour réduire la pression, quelques spécimens doivent être transférés.

Le  nombre de rhinocéros au Bengale-Occidental – également appelé Paschimbanga – est passé d’une vingtaine d’individus en 1990 à près de 250 en 2015 malgré la persistance du braconnage. D’après le quotidien The Indian Express, au moins 11 rhinocéros ont été tués au cours des 18 derniers mois dans le nord de l’État.

« Plus de 255 rhinocéros vivent aujourd’hui à Jaldapara et Gorumara », a déclaré en octobre 2016 Binay Krishna Braman, le ministre des forêts du Bengale-Occidental, au quotidien The Times of India. « C’est davantage que ne peuvent le supporter ces deux parcs. Par conséquent, nous envisageons de déplacer plusieurs individus. »

M. Braman a annoncé que le département d’État concerné avait identifié deux sites susceptibles de recevoir les rhinocéros surnuméraires : la réserve de tigres de Buxa couvrant 760 km2 et une petite zone protégée de 25 km2 à Patlakhawa, près de la ville de Cooch Behar.

RHINOCEROS INDIEN DANS LE PARC NATIONAL DE JALDAPARA

Rhinocéros indien en janvier dans le parc national de Jaldapara (photo Moubunny92).

L’aire de répartition traditionnelle du rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) s’étendait du nord du Pakistan jusqu’à la frontière indo-birmane en passant par le Népal, le Bangladesh et le Bhoutan. L’espèce était peut-être présente également en Birmanie, en Chine méridionale et dans la péninsule indochinoise. Victime du braconnage et de la perte de son habitat, ce rhinocéros unicorne, dont la population totale à l’état sauvage est estimée à environ 3.500 individus, survit uniquement au Népal et en Inde, où les 2.500 spécimens sont regroupés au sein d’une poignée de réserves.

Classée « en danger » d’extinction entre 1986 et 1996, l’espèce est actuellement considérée comme « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Une population trop concentrée

Seuls trois des vingt-neuf États indiens, l’Assam, le Bengale-Occidental et l’Uttar Pradesh, possèdent encore des rhinocéros. Même si le nombre de ces derniers serait en hausse, leur distribution reste très limitée. Plus de 90% des rhinocéros (2.401 spécimens exactement lors du recensement effectué en mars 2015) vivent en effet dans le parc national de Kaziranga (Assam), couvrant 807 km2 à l'est du point chaud de biodiversité himalayen.Cette population est particulièrement exposée aux épizooties ou aux catastrophes naturelles, comme les inondations.

« Si quelque chose se produit, ce serait une catastrophe », assure Amit Sharma, coordinateur de l’antenne indienne du Fonds mondial pour la nature (WWF) pour la sauvegarde du rhinocéros. « C’est comme garder tous ses œufs dans le même panier. Par ailleurs, la diversité génétique d’une population confinée risque de s’appauvrir. Il est donc préférable de disperser les rhinocéros, de leur offrir suffisamment d’espace ou de possibilité de se mélanger. L’espèce disposera ainsi  d’un patrimoine génétique sain », précise-t-il dans une interview accordée au site Mongabay.

FEMELLE RHINOCEROS INDIEN ET SON PETIT DANS LE PARC NATIONAL DE KAZIRANGA

Plus de 90% de la population indienne de rhinocéros sauvages vit dans le parc national de Kaziranga, dans l’Assam. Ici, une mère et son petit en avril 2014 (photo Pranav Nath).

En novembre 2015, lors d’une réunion organisée dans le parc national de Jaldapara, le groupe des spécialistes des rhinocéros asiatiques à la commission de sauvegarde des espèces de l’UICN (IUCN/SSC Asian Rhino Specialist Group) avait d’ailleurs exhorté les responsables politiques et les organismes de conservation à trouver de nouveaux sites susceptibles d’absorber la hausse du nombre de rhinocéros au Bengale-Occidental. Les experts ont également évoqué la nécessité d’améliorer la diversité génétique des populations de Jaldapara et Gorumara en procédant à des transferts de mâles adultes entre les deux parcs mais aussi en échangeant des individus avec d’autres aires protégées.

Dans l’attente du feu vert

Des projets pour offrir des habitats supplémentaires aux rhinocéros ont été adressés au gouvernement central indien. « Même si nous disposons d’un accord de principe, nous attendons toujours le feu vert », souligneBinay Krishna Braman. Pour le ministre des forêts du Bengale-Occidental, la permanence du braconnage ne doit pas contrarier le programme d’élargissement de l’aire de répartition du rhinocéros. « Nous devons rester positifs et adopter les meilleures mesures possibles pour garantir l’avenir de cette espèce. » L’une d’elles consisterait à renforcer la présence des pachydermes dans l’Uttar Pradesh. Cet  État, le plus peuplé de l’Inde et frontalier du Népal, compte une unique population dans le parc national de Dudhwa, fruit d’une réintroduction menée voici une trentaine d’années.

En mars-avril 1984, six individus (deux mâles et quatre femelles) furent capturés dans le sanctuaire de Potibora, dans l’Assam. Une femelle mourut au zoo de Guwahati avant son transfert vers le parc national de Dudhwa. Une autre connut le même sort lors de la phase d’acclimatation précédant le relâché du 20 avril 1984. Et une troisième succomba le 31 juillet de la même année à la suite d’une tentative d’anesthésie destinée à soigner une blessure. Finalement, quatre jeunes femelles adultes furent également relâchées en avril 1985, après avoir été importées depuis le parc national népalais de Chitwan en échange de seize éléphants. « Forte d’une trentaine d’individus géographiquement très peu dispersés, la population de Dudhwa descendrait d’un seul mâle avec, à la clef, un appauvrissement  génétique. Le département des forêts de l’Uttar Pradesh envisage désormais d’installer une nouvelle population dans une autre zone du parc national », relève M. Sharma.

RHINOCEROS UNICORNE D'INDE DANS LE PARC NATIONAL DE DUDHWA

Le rhinocéros a été réintroduit dans le parc national de Dudhwa, voici une trentaine d’années (photo  AnantShastri).

Pour le défenseur de l’environnement, les Indiens n’habitant pas en Assam, où le parc national de Kaziranga héberge la grande majorité des rhinocéros du pays, s’intéressent peu au fragile pachyderme. « Il est nécessaire de réintroduire l’espèce dans de nouvelles régions pour que le grand public apprenne à aimer les rhinocéros et se préoccupe de leur avenir ! »

Sources : Mongabay, parcs nationaux de Dudhwa et de Kaziranga, UICN.