Faune, conservation, zoos & biodiversité

02 décembre 2016

Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest désormais « en danger critique » d’extinction

Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest (Pan troglodytes verus) est désormais classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette sous-espèce devient la première à recevoir ce statut attribué lorsque le risque d’extinction à l’état sauvage est considéré comme extrêmement élevé. Les trois autres  - le chimpanzé d’Afrique orientale (Pan troglodytes schweinfurthii),  le chimpanzé d’Afrique centrale (Pan troglodytes troglodytes) et le chimpanzé du golfe de Guinée (Pan troglodytes ellioti) - sont toujours considérées comme « en danger » par l’UICN.

Deux autres grands singes, l’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) et le gorille des plaines orientales (Gorilla beringei graueri), ont également été reclassés comme « en danger critique » en 2016.

CHIMPANZE D'AFRIQUE DE L'OUEST

Mâle chimpanzé d’Afrique de l’Ouest en mai 2014 à la Vallée des Singes, établissement situé à Romagne, dans la Vienne (photo Ph. Aquilon).

Selon les spécialistes, la population de chimpanzés d’Afrique de l’Ouest a considérablement diminué au cours du demi-siècle écoulé et cette tendance ne devrait pas s’inverser ces prochaines années. Des travaux ont évalué le déclin annuel moyen à 6,53 % entre 1990 et 2014. Ce taux a été établi à partir de données collectées dans 20 sites où au moins deux études ont été conduites durant la période considérée.

D’après une étude parue en 2015, de 18.000 à 65.000 chimpanzés occidentaux vivraient actuellement à l’état sauvage. Estimant toutefois leur effectif aux alentours de 35.000 individus, des chercheurs ont évalué  la baisse annuelle du nombre de ces primates à 1 % entre 1960 et 1989 puis à 4,5 % entre 1990 et 2014. En tenant compte des mesures envisagées pour mieux protéger ce singe, la  chute devrait se poursuivre à un rythme (un peu moins soutenu) de 2,25 %  jusqu’en 2029.

Le temps de génération chez le chimpanzé étant de 23 ans, la sous-espèce d’Afrique de l’Ouest aura perdu plus de 80 % de sa population totale en l’espace de trois générations, soit 69 ans. Ce taxon remplit donc le critère A (réduction de la taille de la population) de l’UICN autorisant son inscription parmi les (sous-)espèces « en danger critique ».

ENCLOS DES CHIMPANZES OCCIDENTAUX AU ZOO DE KREFELD

Enclos des chimpanzés occidentaux en 2010 au zoo de Krefeld,  dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne (photo KR-1 Werbeagentur).

Le spectre de l’huile de palme

L’aire de répartition du chimpanzé occidental s’étend de façon morcelée du Sénégal au Bénin. Aujourd’hui, sa présence est attestée au Sénégal, en Guinée, au Mali, en Guinée-Bissau, en Sierra  Leone, au Liberia, au Ghana et en Côte d'Ivoire. Il est possiblement éteint au Burkina Faso, au Togo et au Bénin. Selon certains auteurs, sa distribution couvrirait également l’ouest du Nigéria mais cette hypothèse demande à être validée par des analyses génétiques.

Cette sous-espèce survit principalement en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Libéria, au Mali et en Sierra  Leone. Si certaines populations s’avèrent stables, d’autres connaissent des chutes dramatiques. En Côte d’Ivoire, une étude initiée par des primatologues de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig (Allemagne) et dont les conclusions ont été publiées en octobre 2008 dans la revue Current Biology a révélé une diminution de près de 90 % au cours des deux précédentes décennies ! Au Ghana, en Guinée-Bissau et au Sénégal, les effectifs sont estimés à quelques centaines de spécimens.

PLANTATION DE PALMIERS A HUILE EN COTE D'IVOIRE

Plantation de palmiers à huile en Côte d’Ivoire (photo African Hope).

Parmi les principales menaces planant sur l’avenir des chimpanzés occidentaux figurent le braconnage pour la viande de brousse et la médecine traditionnelle, les épizooties provoquées par une proximité accrue avec l’homme et, bien sûr, la perte et de la fragmentation de leur milieu naturel à cause de l'agriculture itinérante sur brûlis, de l’exploitation minière et du développement de la culture du palmier à huile. Et les perspectives sont inquiétantes. Dans trois des derniers bastions de cette sous-espèce (le Libéria, la Sierre Leone et la Guinée), les secteurs susceptibles d’être phagocytées par l’industrie de l’huile de palme recouvrent en grande partie l’habitat des chimpanzés. Le chevauchement atteint notamment 94,3 % au Libéria et 84,2 % en Guinée ! En outre, dans ces trois pays, la majorité des chimpanzés vivent à l’extérieur des zones protégées.


01 décembre 2016

Ménagerie du jardin des plantes : appel aux dons pour un patrimoine menacé !

La Fondation du patrimoine et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) viennent de lancer une campagne de dons pour soutenir la rénovation de l’une des emblématiques fabriques de la Ménagerie du jardin des plantes, à Paris.

Inspirées des chaumières du hameau de la Reine érigées entre 1783 et 1786 dans une dépendance du Petit Trianon au cœur du parc du château de Versailles, les quinze fabriques du vénérable établissement zoologique parisien ont été bâties en pierre, en brique ou en bois. Toutes sont recouvertes de chaume.

Apparu au XVIIIème siècle, le terme de « fabrique » désigne, selon la Théorie des jardins de Jean-Marie Morel publiée en 1776, « tous bâtiments d’effet et toutes constructions que l’industrie humaine ajoute à la nature, pour l’embellissement des jardins ». Celles de la Ménagerie ont été essentiellement édifiées entre 1801 et 1867. Certaines auraient même été fabriquées avec des éléments provenant de la ménagerie royale de Versailles, en ruines à la fin du siècle des Lumières.

FABRIQUE JARDIN DES PLANTES

(Photo Ph. Aquilon)

Classées au titre des monuments historiques et reflets d’une vision romantique de la nature, les fabriques de l’établissement fondé en 1794 à l’initiative de Jacques Bernardin Henri de Saint-Pierre (1737-1814) se répartissent en trois grands types : les plus imposantes en pierre et brique, d’autres de forme arrondie agrémentées de torchis et ornées de troncs d’arbres entrelacés et celles en rondins de bois inspirées par l’isba russe.

Les outrages du temps

L’actuelle souscription porte sur la fabrique des chevaux de Przewalski, située à proximité de la Fauverie et vraisemblablement la plus récente de toutes. Dotée d’un plan cruciforme, elle a été construite en torchis, bois et rondins de bois seulement vers 1890. Sa charpente et sa couverture sont constituées de liteaux de bois et son faîtage a été réalisé en terre cuite.

Au fil du temps, les intempéries et la colonisation végétale ont peu à peu dégradé ces bâtiments.

FABRIQUE DES CHEVAUX DE PRZEWALSKI

(Photo Ph. Aquilon)

Aujourd’hui, la fabrique des chevaux de Przewalski serait dans un « état critique » selon la Fondation du patrimoine. Elle souffre ainsi de profondes altérations de sa couverture comme de son gros-œuvre. Les experts relèvent notamment une perte de matière généralisée et une absence de grillage, une déstabilisation du faîtage avec de légers affaissements, des croûtes noires localisées, des amas de fentes et des pièces de bois manquantes. La restauration de cet édifice nécessite donc le remplacement de l’intégralité du chaume et d’importants travaux de maçonnerie. Le coût de ces travaux est estimé à 88.800 € TTC.

www.fondation-patrimoine.org/fr/ile-de-france-12/tous-les-projets-593/detail-fabrique-des-chevaux-de-przewalski-47640

 

28 novembre 2016

L’aigle royal à la reconquête du ciel écossais !

Avec plus de 500 couples, la population d’aigles royaux se rapproche désormais des valeurs « historiques » en Écosse. Selon le quatrième recensement mené durant le premier semestre 2015 par la société royale pour la protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds - RSPB) et l’organisme public chargé de la gestion du patrimoine naturel (Scottish Natural Heritage -SNH), le nombre de rapaces s’est envolé de 15 % depuis la précédente étude conduite en 2003, passant de 442 à 508 couples.

L’espèce poursuit ainsi son rétablissement régulier et atteint le seuil lui accordant un statut de conservation favorable en Écosse. Plus de 700 sites traditionnellement connus pour abriter des aigles royaux ont été explorés lors de cette enquête.

AIGLE ROYAL

Aigle royal (photo Ph. Aquilon).

Jadis commun en Grande-Bretagne, l’aigle royal (Aquila chrysaetos) s’est éteint au milieu du XIXème siècle en Angleterre et au pays de Galles, victime de persécutions généralisées. Dans les années 1960, une partie de la population survivant en Écosse a subi un brutal déclin de son taux de reproduction à cause des pesticides organochlorés, responsables d’une stérilité élevée et d’une fragilité anormale des coquilles d’œufs, devenues trop minces.

Actuellement, l’Écosse hébergerait la totalité de la population d’aigles royaux du Royaume-Uni. En effet, l’unique spécimen d’Angleterre, vivant depuis 2001/02 à proximité du lac artificiel d’Haweswater dans le parc national du Lake Districk au nord-ouest de la nation, est présumé mort. Il n’a plus été aperçu depuis le printemps 2016.

Un tableau très contrasté

Le nord de la chaîne montagneuse des Highlands et l’axe central reliant la faille du Great Glen au comté de Stirling ont enregistré les plus fortes progressions d’effectifs d’aigles royaux entre 2003 et 2015, les rapaces appréciant les régions isolées. Depuis 2003, le sud des Highlands centrales, où de vastes étendues de landes sont entretenues pour les lagopèdes, a ainsi enregistré une hausse record de 70 % des territoires occupés. Des augmentations plus modérées ont également été relevées dans les îles et dans les Highlands occidentales. Toutefois, cette embellie ne concerne pas l’ensemble du territoire écossais.

La population d’aigles dans la contrée des Highlands située à l’ouest d’Inverness est restée stable entre 2003 et 2015. Or une chute significative du nombre des territoires occupés par le rapace y avait été observée entre 1982 et 1992. Cette absence de restauration de l’espèce s'expliquerait par plusieurs facteurs. Jusqu’ici, les spécialistes mettaient en cause le pâturage intensif des cerfs réduisant l’habitat des proies de l’aigle, l’exploitation forestière, le dérangement provoqué par les activités de loisir et les actes de malveillance. Aujourd’hui, ils pointent aussi du doigt les mauvaises conditions météorologiques au printemps et en été, lesquelles auraient un impact négatif sur la reproduction des rapaces, plus particulièrement dans l’ouest de l’Écosse.

LAGOPEDE D'ECOSSE

Lagopède d’Écosse dans le sud des Highlands  (photo Nick Bramhall).

Le fléau de braconnage

Enfin, les aigles royaux demeurent absents d’une grande partie des Highlands orientales où un seul couple est actuellement présent sur un secteur couvrant un peu moins d’un tiers de l’aire de répartition traditionnelle du rapace. Et aucun oiseau n’a été recensé sur plus de 30 % de la distribution originelle de l’espèce. Cet habitat est pourtant considéré comme particulièrement adapté à l’aigle royal. Son absence pourrait être liée à la chasse intensive au lagopède d’Écosse (Lagopus lagopus scotica), pratiquée dans la plupart des zones abandonnées par le rapace. Entre 2009 et 2013, quatre aigles équipés d’émetteurs par satellite ont été abattus illégalement dans les Highlands centrales et orientales. En août 2016, la RSPB a annoncé que huit aigles avaient disparu en moins de cinq ans dans les monts Monadhliath, au sud-est du Loch Ness. Pour les ornithologues, ces oiseaux ont sans doute été abattus près des zones de chasse au lagopède et leurs émetteurs détruits.

MASSIF DES MONADHLIATH

Vue de pentes embrumées du mont Càrn Dearg, point culminant du massif des Monadhliath (photo Paul Birrell).

« Dans de nombreuses régions d’Écosse, les mentalités ont évolué », souligne Duncan Orr-Ewing, responsable de la gestion des espèces et des espaces naturels pour la RSPB. « Les gens respectent désormais ces rapaces magnifiques et  ont un point de vue plus éclairé sur les oiseaux de proie. »

« Le rétablissement de l’aigle dans des zones où le braconnage constituait par le passé une menace majeure est très encourageant », renchérit Andrew Bachell, directeur  stratégique du SNH. « Les situations locales se révèlent cependant très inégales et nous espérons que les choses s’amélioreront dans l’est des Highlands. Nous poursuivons donc nos efforts avec l’organisation Partnership for Action Against Wildlife Crime Scotland (PAW Scotland). »

« La disparition de l’aigle royal dans diverses régions d’Écosse orientale demeure une source d’inquiétude et un important travail reste à mener », confirme Duncan Orr-Ewing. « Développer le suivi satellitaire des aigles et adopter des peines plus lourdes pour les crimes contre la faune sauvage peuvent dissuader les braconniers. »

Voici une vidéo, mise en ligne sur le site YouTube du SNH, dévoilant des aigles royaux en vol dans le ciel écossais :

17 novembre 2016

Le lynx et l’aigle ibériques menacés par une nouvelle hécatombe des lapins de garenne

Une nouvelle menace plane sur l’avenir de deux espèces emblématiques de la pointe sud-ouest de l'Europe, le lynx pardelle et l’aigle ibérique.

En effet, selon une étude du Centre de recherches en biodiversité et ressources génétiques de l'Université de Porto (CIBIO/UP) parue le 31 octobre 2016 dans les Scientific Reports du groupe Nature, le nouveau virus (RHDV2) de la maladie hémorragique virale du lapin (VHD), caractérisé en France en 2010, provoque une chute annuelle de 20 % de la population de lapins sauvages (Oryctolagus cuniculus) en Espagne et au Portugal. Or ce lagomorphe représente entre 80 et 99 % du régime alimentaire du félin et constitue la proie préférée du rapace.

Ayant désormais presque entièrement remplacé les RHDV classiques dans la péninsule ibérique, le RHDV2 serait apparu en 2011 en Espagne et l’année suivante au Portugal. D’après les chercheurs Pedro Esteves et Joana Abrantes, ce nouveau variant du virus affecte également les nouveau-nés, compromettant ainsi la reproduction du lapin de garenne. Plus de la moitié des victimes de l’épizootie seraient des lapereaux de moins de six mois.

LYNX IBERIQUE

Plus petit que le lynx boréal (Lynx lynx), le lynx pardelle pèse entre 10 à 12 kilos et possède souvent 28 dents contre 30 chez les autres félidés. Son pelage roux est orné de petites taches noires. Ce cliché d’un spécimen adulte a été pris dans un centre d’élevage (photo www.lynxexsitu.es).

« Confrontés à une pénurie alimentaire, le lynx et l’aigle vont réduire leurs dépenses énergiques liées à des fonctions non vitales, comme la reproduction », estime Pedro Monterroso, biologiste ayant dirigé les travaux. De fait, ce phénomène a déjà affecté les lynx de la sierra d'Andujar, en Andalousie, et de la vallée du Guadiana, au Portugal, où la population d’aigles ibériques est également touchée.

« Il est urgent de mettre en œuvre des mesures pour pallier les effets du RHDV2 afin que la sauvegarde du lynx ibérique et d’autres espèces menacées ne soit pas compromise à moyen ou long terme », assure Miguel Ángel Simón, coordinateur du projet européen LIFE dévolu au lynx pardelle dans la péninsule ibérique.

Plusieurs régions espagnoles et portugaises ont ainsi sollicité des fonds de l’Union européenne pour réintroduire, au cours des prochaines années, des lapins de garenne.

Sauvés in extremis

Après avoir été considéré comme « en danger critique » d’extinction de 2002 à 2015, le lynx pardelle (Lynx pardinus) a été reclassé « en danger » l’année dernière par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). De son côté, l’aigle ibérique (Aquila adalberti) figure comme « vulnérable » sur la Liste rouge de l’organisation non gouvernementale.

S’élevant dans les années 1980 à quelque 1.100 individus, dont près de 250 femelles adultes, le nombre de lynx est tombé à 52 spécimens matures en 2002. Le Portugal n’hébergeait plus de population reproductrice et le lynx ibérique avait alors le triste privilège d’être le félin le plus menacé au monde !

En 2012, grâce aux efforts menés en Espagne et au Portugal consistant notamment à accroître la densité de proies, à préserver l’habitat du félin, à prévenir les collisions routières et à réduire la consanguinité en transférant certains lynx sauvages ou grâce à des relâchés de spécimens élevés en captivité, les effectifs étaient remontés à 313 individus, avec 156 adultes dont 85 femelles.

Au Portugal, les municipalités de Sabugal et de Penamacor lanceront, dès janvier 2017, un projet évalué à un million d’euros pour réintroduire le lynx dans la réserve naturelle de la ierra de Malcata, à la frontière espagnole et dans la continuité du massif montagneux de la sierra de Gata.

AIGLE IBERIQUE JUVENILE

Perte de son habitat, électrocutions, empoisonnements, dérangements liés aux activités humaines, déclin des populations de lièvres et de lapins, captures accidentelles dans les pièges destinés à ces derniers... Les menaces pesant sur l’aigle ibérique (ici un juvénile) sont encore nombreuses. Ce rapace peut atteindre 2,10 mètres d’envergure (photo Juan Lacruz).

Désormais éteint au Maroc, l’aigle ibérique comptait seulement une trentaine de couples dans la péninsule durant les années 1960. Les programmes de conservation ont permis de rétablir l’espèce. En 2011, les effectifs étaient estimés à 324 couples reproducteurs, soit une population totale avoisinant le millier d’oiseaux. Depuis 2003, le rapace recolonise le Portugal où aucune naissance n’avait été observée au cours des deux décennies précédentes. Actuellement, l’Espagne abriterait plus de 350 couples contre une vingtaine au Portugal.

Sources : ABC, UICN.

16 novembre 2016

Gorilles de montagne : le dernier « dos argenté » de Dian Fossey est mort

À sa naissance le 14 novembre 1978, il  avait été baptisé « Cantsbee ». Jusqu’alors, Dian Fossey croyait en effet que sa mère était un mâle. En découvrant le nouveau-né, la célèbre primatologue américaine s’était exclamée « It cant’t be » (« Cela ne se peut pas »), finalement devenu « Cantsbee ».

Cet individu exceptionnel allait marquer l’histoire des gorilles de montagne en devenant le dominant du plus grand groupe jamais recensé, en conservant sa suprématie de dos argenté durant la plus longue période connue, en engendrant le plus grand nombre de descendants et en repoussant la durée de vie maximale estimée pour un mâle de sa sous-espèce.

Lundi 10 octobre 2016,  lors de leurs observations quotidiennes, les pisteurs du Dian Fossey Gorilla Fund ont constaté l’absence de Cantsbee parmi les siens. Toutefois, en raison de son âge avancé, celui-ci pouvait se trouver en arrière de son groupe, d’autant que ce dernier se déplace beaucoup. Le lendemain, les guides partirent donc sur les traces du vieux mâle. En vain. Des recherches plus poussées furent ensuite lancées sur une zone élargie. Lundi 3 novembre 2016, les dernières furent conduites par sept équipes du Dian Fossey Gorilla Fund et du parc national des volcans, au Rwanda. Sans davantage de succès. L’évidence de la mort de Cantsbee, à presque 38 ans, s’est alors imposée.

CANTSBEE

Cantsbee (Photo The Dian Fossey Gorilla Fund International).

En 1995, Cantsbee avait succédé au dos argenté Pablo dont le groupe porte toujours le nom. Depuis quelques années, son fils Gicurasi s’était cependant imposé à la tête de cette famille. Étroitement suivi par Dian Fossey puis par ses successeurs après l’assassinat de la scientifique le 26 décembre1985, Cantsbee s’était révélé être un dos argenté  impressionnant et un père particulièrement attentif. Il veillait ainsi sur les jeunes orphelins dont les mères avaient prématurément disparu.

« Le plus puissant de tous ! »

« Je pense qu’il était le plus puissant et le plus sûr de lui parmi tous les dominants », assure Veronica Vecellio, responsable du Dian Fossey Gorilla Fund au centre de recherche de Karisoke (Rwanda). Durant des années, Cantsbee était parvenu à assurer la cohésion de sa famille. Cette dernière comporte plusieurs mâles, ce qui devrait constituer un atout pour l’avenir de ce groupe dont la dynamique future intrigue les spécialistes.

Après la mort de Cantsbee, une femelle prénommée Poppy, née le 1er avril 1976, est désormais l’ultime survivante des gorilles étudiés par Dian Fossey.

« La longévité et la réussite de Cantsbee témoignent non seulement de sa force mais aussi de l’efficacité des  dispositifs de protection et du suivi assurés chaque jour par les pisteurs du Dian Fossey Gorilla Fund », estime Tara Stoinski, présidente et directrice scientifique de cet organisme. « Lors de la venue au monde de Cantsbee, le braconnage était à l’un de ses niveaux les plus élevés, incitant Dian Fossey à mettre en place des patrouilles pour lutter contre ce fléau. Grâce à cette protection rapprochée, maintenue depuis des décennies, Cantsbee a eu la vie la plus longue et la plus réussie de tous les gorilles mâles jamais observés. »

À la fin des années 1970, la population de gorilles dans les monts des Virunga avait chuté à 250 individus. Cette sous-espèce risquait de s’éteindre à l’orée du nouveau millénaire. Aujourd’hui, un demi-siècle après le début des travaux de Dian Fossey, les effectifs ont presque doublé et s’élèvent à 480 gorilles dans cette chaîne volcanique située le long de la frontière septentrionale du Rwanda, de la République démocratique du Congo (RDC) et de l'Ouganda. Au total, avec la population vivant dans la forêt impénétrable de Bwindi, au sud-ouest de l'Ouganda, le nombre total de gorilles de montagne est estimé à environ 880 individus.

Le Dian Fossey Gorilla Fund souhaite désormais appliquer les méthodes ayant permis de sauver le gorille de montagne à la seconde sous-espèce de gorille de l'Est (Gorilla beringei). Endémique de la RDC, le gorille de Grauer – ou gorille des plaines orientales – figure actuellement sur la liste des 25 primates les plus menacés au monde établie par le groupe des spécialistes des primates (PSG) de la commission de sauvegarde des espèces de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la société zoologique de Bristol, la société internationale de primatologie (IPS) et l’organisation non gouvernementale Conservation International (CI)

Les gorilles de montagne (Gorilla beringei beringei ) et de Grauer (G. b. graueri) sont tous deux classés « en danger critique » d’extinction par l’UICN.

Pour découvrir Cantsbee en vidéo :


07 novembre 2016

Légère embellie pour les hippopotames du parc national des Virunga (RDC)

Selon les conclusions d’une étude parue en septembre 2016 dans la revue Suiform Soundings, éditée par le groupe des spécialistes des suidés sauvages (WPSG), des pécaris (PSG) et des hippopotames (HSG) de la commission de sauvegarde des espèces de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les hippopotames du parc national des Virunga, en République démocratique du Congo (RDC), se rétabliraient enfin. Durant des décennies, cette population a été victime du braconnage et de la perte de son habitat.

Ces  travaux ont été menés par des chercheurs de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et de la Wildlife Conservation Society (WCS), organisation non gouvernementale dont le siège se trouve au zoo du Bronx, à New York (États-Unis).

« Espèce emblématique du continent africain, l’hippopotame est de plus en plus menacé par la chasse et d’autres facteurs », souligne Deo Kujirakwinja, expert  auprès de la WCS et principal auteur de cet article. « Nos découvertes sur la hausse de cette population locale sont encourageante et démontrent que les efforts entrepris pour ces pachydermes et d’autres espèces portent leurs fruits. »

HIPPOPOTAMES DANS LE PARC NATIONAL DES VIRUNGA, EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Hippopotames dans le parc national des Virunga, en juin 1989 (photo Ad Meskens).

Toutefois, le nombre actuel d’hippopotames présents au sein de cette aire protégée représenterait à peine 11 % de la population estimée au milieu des années 1950 et seulement 8,2 % des effectifs recensés en 1974. Lesquels atteignaient alors près de 30.000 individus.

Des hippopotames bien cachés

Cependant, toutes ces données doivent être appréciées  à l’aune de la nature des prospections. En effet, conflits armés obligent, les comptages aériens ont longtemps été privilégiés. Or ceux menés au sol permettent d’identifier davantage d’animaux et donc d’affiner les estimations. Les hippopotames immergés dans les lacs ou les rivières échappent souvent aux observateurs survolant leurs territoires.

Créé en 1925 sous le nom de parc Albert, le parc national des Virunga – le plus ancien d’Afrique  et couvrant 7.800 km2 – aurait abrité au début des années 1970 la plus importante population du continent, avec notamment des groupes très importants dans les rivières Rutshuru et Rwindi. Les études ultérieures ont mis en évidence un déclin brutal du nombre d’hippopotames sous les effets conjugués de la chasse et du développement des activités humaines, en particulier agricoles, phénomène affectant également d’autres grands mammifères dans l’est de la RDC.

D’après les experts, la légère remontée de la population enregistrée entre 2013 et 2015 résulte du renforcement des mesures de protection dans la zone du lac Édouard et de son réseau fluvial. Elle a également été favorisée par la collaboration entre les autorités de ce site inscrit depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) et les pêcheurs locaux, congolais comme ougandais.

« Les dernières études ont démontré l’importance de la rivière Ishasha, à la frontière avec l’Ouganda, pour la sauvegarde des hippopotames », souligne Andrew Plumptre, chercheur pour la WCS et coauteur de ce rapport. « Ici,  les efforts de conservation transfrontaliers ont été couronnés de succès. »

Depuis 2006, l'hippopotame amphibie (Hippopotamus amphibius) est considéré comme « vulnérable » par l’UICN, c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

HIPPOPOTAME AMPHIBIE

(Photo Ph. Aquilon)

La menace de l’or noir

Jusqu’à très récemment, le développement des activités pétrolières en RDC a menacé l’avenir du parc national des Virunga. Finalement, en mai 2013, le groupe français Total décidait de n’entreprendre aucune prospection dans la zone protégée. En juin de l’année suivante, la compagnie britannique Soco s’engageait également à quitter le parc à l’issue de sondages sismiques entrepris dans le lac Édouard. En juin 2015, cette multinationale anglo-saxonne a été mise en cause par l’ONG Global Witness pour ses liens avec l’armée congolaise et les pressions exercées sur les populations locales hostiles à ses projets.

Si Soco dément toute implication, de lourds soupçons ont pesé sur la société anglaise après l’embuscade dont a été victime, le mardi 15 avril 2014, le directeur du parc national, Emmanuel de Merode. Juste avant cette tentative de meurtre, ce dernier avait remis au procureur de la République de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, un dossier à charge contre le groupe pétrolier. Grièvement blessé à l’abdomen et au thorax, l’anthropologue et primatologue belge avait heureusement annoncé, le jeudi 22 mai 2014, son retour à la tête du parc.

LAC EDOUARD

Vue du lac Édouard depuis la rive ougandaise avec, en arrière-plan, la République démocratique du Congo (photo Duncan Wright).

Aujourd’hui, les écologistes s’inquiètent de l’ouverture à la prospection offshore de la partie du lac Édouard située en Ouganda. S’étendant sur 2.150 km2 dans la vallée du grand rift, ce lac est au cœur de l’écosystème des Virunga« Autoriser le forage pétrolier est incompatible avec le statut de site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco que les deux gouvernements concernés ont l’obligation de protéger », soulignaient, jeudi 21 janvier 2016, une soixantaine d’organisations de défense de l’environnement – dont Greenpeace, l’African Wildlife Foundation (AWF) et la Société zoologique de Londres (ZSL) - réunies dans une coalition à l’appel de Global Witness. « Le forage pétrolier dans le lac Édouard peut avoir un effet dévastateur sur les Virunga, la population et la faune locales », prévenait alors George Boden, le porte-parole de cette ONG luttant contre le pillage des ressources naturelles,  la corruption et les violations des droits environnementaux dans les pays en développement.

Malgré l’embellie actuelle, l’horizon reste donc chargé de nuages pour les hippopotames des Virunga.

06 novembre 2016

« Guide des chevaux d’Europe » : une encyclopédie de terrain !

De tous les continents, l’Europe est le berceau du plus grand nombre de races de chevaux. Quelques-unes sont mondialement célèbres comme le pur-sang, le lipizzan, le frison, le percheron ou le lusitanien. D’autres, trop nombreuses, se trouvent au bord de l’extinction et risquent de s’éteindre dans l’indifférence quasi générale. « Quand une race disparaît, c’est un pan génétique entier de l’espèce « cheval » qui disparaît », souligne Élise Rousseau, auteure du Guide des chevaux d’Europe, récemment paru aux éditions Delachaux et Niestlé. « Aujourd’hui, les protecteurs de l’environnement, tout d’abord sceptiques à l’idée de protéger des animaux domestiques, intègrent de plus en plus l’idée de l’importance de la sauvegarde de ces races », relève la journaliste et « biodiversitaire » (*).

GUIDE DES CHEVAUX D'EUROPE

Si distinguer certains chevaux aux caractéristiques marquantes s’avère relativement aisé, reconnaître la plupart des autres est un exercice délicat, notamment pour les chevaux dit « de sport ».  La présentation pays par pays choisie pour ce livre de petit format doit permettre une identification aussi sûre que possible, bien des races n’ayant jamais franchi les frontières de leur région de naissance.

En recensant près de 300 chevaux du très à la mode irish cob au primitif dülmen en passant le menacé trait vladimir, le baroque napolitain ou le cleveland bay cher à la reine d’Angleterre, cette somme exhaustive a préféré, par souci de cohérence, le dessin à la photo. Signées Yann Le Bris, les illustrations sont d'ailleurs d’une précision remarquable.

Un patrimoine fragile

Au terme arbitraire de poneys, Élise Rousseau a délibérément préféré celui de petits chevaux. Un pictogramme est ainsi attribué aux races toisant moins de 1,48 m au garrot. Des symboles distinguent également les populations férales, les chevaux de trait, les races possédant au moins une allure supplémentaire (amble ou tölt) et celles considérées comme rares ou très rares, c’est-à-dire comptant respectivement moins de 5.000 ou de 1.000 individus à travers la planète. Les races sont par ailleurs désignées selon leur nom le plus couramment utilisé ou, le cas échéant, par une transcription fidèle à la prononciation dans la langue originelle.

La dernière partie du livre est consacrée aux chevaux natifs d’autres zones géographiques mais néanmoins présents sur le Vieux Continent où d’aucuns sont très communs – le quarter horse, l’arabe ou le miniature américain par exemple – ou au contraire plus exceptionnels, tels l’akhal-téké ou le marwari indien.

KNABSTRUP

Malgré sa robe spectaculaire, le knabstrup danois reste une race rare, ayant frôlé la disparition. Les croisements pratiqués avec le pur sang ont toutefois contribué à son regain de popularité (photo Paul Hermans).

Évoquant dans une introduction très complète la difficulté à parfois trancher entre races et types, Élise Rousseau évoque aussi les critères et préjugés du monde équestre européen, relatifs notamment à la taille, aux allures ou aux robes, loin d’être universellement partagés.

Soulignant la situation alarmante de diverses races à un sabot du gouffre, cette encyclopédie de terrain se veut un vibrant un plaidoyer en faveur de la  sauvegarde de tous ces chevaux, adaptés aux climats et aux écosystèmes les ayant vus naître. L’avenir du novoalexandrovsk géogien, du leutstettener hongrois, du skyros grec, du giara sarde, du landais, de l’eriskay écossais et de tant de races européennes fragiles reflètera notre capacité à protéger et  à valoriser l’extraordinaire diversité de ce patrimoine équin menacée par le spectre de l’uniformisation. La disparition d’une race domestique scelle toujours celle d’une partie de l’histoire des hommes qui l’ont façonnée.

(*) Pour découvrir le blog « Les biodiversitaires » d’Élise Rousseau et de l’ornithologue Philippe J. Dubois : www.lesbiodiversitaires.fr/

ROUSSEAU Élise, LE BRIS Yann (illustrations), Guide des chevaux d’Europe, Delachaux et Niestlé, août 2016, 352 p., 30 €.

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03 novembre 2016

Des escargots éteints dans la nature réintroduits en Polynésie française

La première réintroduction dans la nature d’escargots appartenant au genre Partula a eu lieu en septembre 2016 en Polynésie française. Coordonnée par le zoo de Londres (Royaume-Uni), l'un de ces relâchés a concerné 1.700 spécimens remis en liberté dans plusieurs sites surveillés de Tahiti et et d’autres plus petites îles comme Moorea et Raiatea.

Ces escargots terrestres appartiennent à trois espèces, Partula dentifera, P. tristis et P. mooreana, déclarées éteintes dans le milieu naturel par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). 

Les spécimens réintroduits ont été confiés par cinq institutions zoologiques anglaises (Bristol, Marwell, Londres, Chester et Whipsnade) et par le zoo de Thoiry (Yvelines) où sont nés 134 d’entre eux.

Par ailleurs, outre des individus appartenant à P. mooreana, le zoo d’Édimbourg (Écosse) a envoyé en Polynésie, dans le cadre de ce projet mais lors d'un transfert distinct, des escargots appartenant à quatre autres (sous-)espèces : Partula affinis, P. suturalis vexillum, P. tohiveana and P. taeniata simulans. Ces trois dernières sont considérées comme disparues dans la nature,  P. affinis étant classé « en danger critique d’extinction » par l’UICN.

ESCARGOTS PARTULA

Escargots Partula de retour dans le milieu naturel (photo © Zoological Society of London).

Durant 14 ans et jusqu’en août 2016, le zoo de Thoiry a eu la responsabilité de l’élevage, en France, de six espèces d’escargots Partula, en l’occurrence P. gibba, P. hyalina, P. dentifera, P. mooreana, P. tristis, et P. suturalis. Cette dernière est également éteinte dans la nature, P. hyalina etP. gibba figurant  respectivement comme « vulnérable » et « en danger critique d’extinction » sur la Liste rouge de l’UICN.

Quelque 31.000 individus ont vu le jour dans l’établissement francilien pendant cette période, permettant la constitution d’un « réservoir »  génétiquement viable  pour ces différentes espèces de gastéropodes arboricoles dont trois   Partula affinis, P.hyalina et P. nodosa – ont déjà été réintroduites en octobre 2013 dans une réserve protégée tahitienne (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/10/07/28163602.html).

Une lutte biologique désastreuse

Présentes uniquement dans le Pacifique Sud, plus de 125 espèces d’escargots du genre Partula vivaient autrefois en Polynésie, en Micronésie et en Mélanésie. Leur soudain et brutal déclin a été provoqué par la décision des autorités de recourir à l’euglandine, un escargot carnivore originaire de Floride (États-Unis), pour lutter contre un autre gastéropode, l’achatine (Achatina fulica). Importé à des fins alimentaires à Tahiti en 1967, ce dernier s’est révélé être un redoutable ravageur des cultures vivrières et maraîchères. Introduit  à Tahiti en 1974, à Moorea en 1977 puis  sur d’autres îles à partir de 1980 dans l’espoir d’éradiquer l’achatine, l’euglandine (Euglandina rosea) a en fait décimé les escargots Partula.

ESCARGOT PARTULA

(Photo ©Arthus Boutin / Parc et Château de Thoiry)

Sur les îles de la Société, seules cinq ou six espèces sur 60 (ou 61 selon les sources) ont survécu. À Moorea, sept espèces sur huit se sont éteintes. À Tahiti, quatre ou cinq espèces sur huit ont disparu. Les 33 espèces de Raiatea, les quatre de Huahine, les six de Tahaa et l’unique de Bora Bora ont été exterminées.

Se nourrissant de matières végétales en décomposition, ces escargots jou(ai)ent un rôle essentiel dans  l’écologie de leurs forêts d’origines. L’extinction des Partula constitue sans doute l’un des cas les mieux documentés de l’impact sur la biodiversité d’une lutte biologique mal contrôlée. Une dizaine d’espèces survivaient jusqu’ici uniquement dans des institutions zoologiques.

Estimant sa mission de conservation accomplie à l’issue de la réintroduction de septembre dernier, le zoo de Thoiry a choisi se retirer du programme d’élevage en captivité (EEP) de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), géré depuis 1996 par le zoo de Londres (Royaume-Uni). Il reste toutefois très impliqué dans la sauvegarde des invertébrés à travers un projet de reproduction ex situ et de réintroduction du criquet de Crau (Prionotropis rhodanica). Endémique de la plaine de Crau dans les Bouches-du-Rhône, cet orthoptère est considéré comme « en danger critique d’extinction » par l’UICN (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/08/25/32534737.html).

« Lorsque nous avons commencé à nous impliquer dans ce programme, très peu de parcs s’intéressaient à ces escargots », a précisé à BIOFAUNE l'une des responsables du zoo fondé en 1968 par Paul de La Panouse. Progressivement, en l’espace de plus d’une décennie, d’autres institutions européennes se sont à leur tour engagées en faveur de ces fragiles gastéropodes. « La situation en captivité est nettement moins critique qu’à l’époque. Étant un établissement complètement privé et disposant donc de moyens limités, Thoiry préfère concentrer ses efforts sur des espèces dont la situation est davantage problématique aujourd’hui, comme le criquet  de Crau. Nous sommes l’unique parc zoologique à travailler sur cette espèce ! »

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31 octobre 2016

Pathologies cardiaques des grands singes captifs : une étude inédite lancée en Europe !

Baptisée Ape Heart Project, une étude lancée conjointement par l’université de Nottingham et le zoo de Twycross (Royaume-Uni) souhaite mieux comprendre les causes des maladies cardiovasculaires affectant les gorilles, les chimpanzés, les orangs-outans et les bonobos captifs. Ces affections constitueraient en effet « une cause majeure » de mortalité chez plusieurs espèces de grands singes maintenus dans des établissements zoologiques. Malheureusement, les connaissances sur ces pathologies – et donc les moyens de les prévenir et de les soigner – restent lacunaires.

Le projet anglais a été lancé après un recensement des grands singes morts dans les établissements européens entre le 1er janvier 2004 et le 31 décembre 2014. Les données recueillies portent sur 151 gorilles, 384 chimpanzés, 120 orangs-outans e t47 bonobos. Pour l’heure, ces travaux n’ayant pas encore fait l’objet d’une publication, le zoo de Twycross ne souhaite pas communiquer les taux de mortalité précis liés aux maladies et aux troubles cardiovasculaires. Néanmoins, ceux-ci seraient significatifs pour trois des quatre taxons de grands singes, a révélé l’établissement anglais à BIOFAUNE.

ORANG-OUTAN DE BORNEO AU ZOO DE TWYCROSS

Orang-outan de Bornéo photographié en juin 2008 au zoo anglais de Twycross, dans les Midlands de l'Est (photoPrincess Bala Vera).

Initié à l’échelle européenne pour une durée de dix ans et soutenu par l’association européenne des zoos et aquariums (EAZA), le programme est dirigé par le Dr. Sharon Redrobe, directrice générale du zoo anglais et primatologue de renommée internationale. Elle est notamment la conseillère vétérinaire du groupe des spécialistes des grands singes (Great Ape Taxon Advisory Group) de l’EAZA.

L’objectif de ces travaux auxquels participe une équipe composée de vétérinaires, de cardiologues et de chercheurs est notamment de déterminer la cause et la nature exacte des pathologies cardiaques affectant les grands singes en captivité.

Ces recherches sont ouvertes aux zoos membres de l’EAZA mais aussi à d’autres établissements du Vieux Continent n’appartenant pas à cette association et même à des institutions et des sanctuaires animaliers non européens.

Causes mal connues

« Pour le moment, nous ignorons pourquoi ces hominoïdes développent de telles affections en captivité », explique le Dr. Victoria Strong, de l’école vétérinaire et de Biosciences del’université de Nottingham.  « Nous devons aussi découvrir si les individus sauvages sont touchés au même degré », précise la première des doctorants à avoir travaillé sur le projet.

Selon cette vétérinaire, ces maladies cardiaques ne seraient pas liées, comme chez l’homme, au mode de vie et au régime alimentaire. « Chez les humains, on constate souvent une accumulation de corps gras, à l’origine de l’athérosclérose, provoquée par une nourriture déséquilibrée et un manque d’activité physique. Or,  à ce jour, ce n’est pas ce que nous constatons chez ces primates. »

BONOBO A LA VALLEE DES SINGES

Bonobo en mai 2014 à La Vallée des Singes, établissement situé à Romagne, dans la Vienne (photo Ph. Aquilon).

« Protégés des prédateurs, des braconniers et des maladies infectieuses, ces espèces vivent plus longtemps dans les zoos que dans la nature », relève Victoria Strong. « La dégénérescence liée à l’âge est donc l’une des pistes possibles pour expliquer la fréquence des affections cardiovasculairesChez les grands singes, on observe la mort du muscle cardiaque alors remplacé par un tissu cicatriciel. Pour l’heure, nous n’avons pas déterminé les causes de cette dégénérescence du tissu cardiaque et nous nous intéressons  à l’implication possible de facteurs génétiques, de l’alimentation voire de virus. »

Examens systématiques

Depuis octobre 2010, un programme intitulé Great Ape Heart Project (GAHP) a été lancé sous l’égide du zoo d’Atlanta, en Géorgie (États-Unis), pour répondre au besoin de la communauté zoologique de mieux cerner les pathologiques cardiovasculaires chez les grands singes. Néanmoins, il concerne essentiellement les parcs animaliers nord-américains et très peu d’investigations ont été conduites pour mesurer la portée des cardiopathies chez les grands singes élevés en captivité en Europe. La nécessité d’une étude dédiée à ces populations s’est donc fait jour. Le zoo de Twycross travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec l’équipe américaine,  le Dr. Sharon Redrobe siégeant au comité exécutif du GAHP et participant à ses réunions.

GORILLE A L'ESPACE ZOOLOGIQUE DE SAINT-MARTIN-LA-PLAINE

Gorille des plaines de l’Ouest à l’Espace zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, dans la Loire, en mai 2015 (photo Ph. Aquilon).

D’ores et déjà,  les responsables du Ape Heart Project ont émis quelques recommandations visant à améliorer la santé des grands singes hébergés dans les parcs animaliers européens. Lors d’interventions vétérinaires sous anesthésie, ils préconisent systématiquement une mesure de la pression artérielle et une échocardiographie. Celles-ci doivent permettre d’identifier les individus présentant des problèmes cardiaques et la mise en place de traitements appropriés.

Voici une vidéo en anglais présentant l’étude conduite par l’université de Nottingham et le zoo de Twycross :

Le site du Ape Heart Project propose aux professionnels intéressés toutes les informations et les documents téléchargeables nécessaires pour participer à cette étude : https://twycrosszoo.org/conservation/research-at-twycross-zoo/current-research/ape-heart-project/

 

30 octobre 2016

« Oiseaux de France et d’Europe » : un guide à lire et à écouter !

Un guide de format digest à lire, à feuilleter, à emporter sur le terrain mais aussi à écouter et réécouter. Outre la présentation de 800 espèces du Paléarctique occidental, Oiseaux de France et d’Europe propose en effet un CD avec 99 chants et cris d’oiseaux,  de la fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala) au martinet à ventre blanc (Tachymarptis melba) en passant par l’oie à bec court (Anser brachyrhynchus), l’alouette lulu (Lullula arborea) ou le pic épeiche (Dendrocopos major). Idéal pour affiner son oreille, identifier un oiseau à son seul chant paraissant souvent une gageure au novice.

OISEAUX DE FRANCE ET D'EUROPE

Récemment publié aux éditions Larousse, cet ouvrage est scindé en trois parties avec d’abord les 330 espèces les plus fréquemment rencontrées sur le Vieux Continent, puis quelque 190 autres moins communes et, enfin, les hôtes très rares, originaires des régions voisines. Chacune est classée par ordres et par familles, les oiseaux les plus proches étant ainsi réunis après une introduction pour chaque groupe.

Les oiseaux que l’ornithologue a le plus de chances de croiser bénéficient d’une page complète avec, par souci de clarté, une présentation identique et riche en données : photos en gros plan, sous des angles divers et dans des plumages variés, dessin(s) en vol, caractères de l’espèce (voix, nidification, régime alimentaire), carte de répartition avec bandeau précisant les mois où l’oiseau est visible dans l’Hexagone, milieux fréquentés et comportement typique, sous-espèces éventuelles, espèces proches ou encore schéma du vol parmi les sept types distingués dans ce livre.

Les espèces moins communes sont illustrées d’un unique cliché accompagné d’une description détaillée, les très « occasionnelles »  étant brièvement décrites avec mention de leur origine.

Les auteurs revendiquent leur choix d’une approche photographique, à leurs yeux plus « précise et objective » que le traditionnel dessin et « authentique » puisque saisissant l’oiseau à un moment donné. « Les photographies peuvent ne pas rendre la couleur comme le ferait un artiste mais la réalité même de la variation n’en est pas moins instructive. »

Outre un utile glossaire, ce guide propose une introduction susceptible d’aider les lecteurs en leur délivrant de précieux conseils pour une identification aussi sûre que possible. « Un nouvel oiseau est aussi difficile à identifier qu’une personne inconnue dans une rue bondée », assurent les trois experts internationalement reconnus ayant signé ce volume. Des propos finalement rassurants pour tous les débutants…

HUME Rob, LESAFFRE Guilhem, DUQUET Marc, Oiseaux de France et d’Europe, Éditions Larousse, avril 2016, 456 p., 29,95 €.

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