Biodiversité, faune & conservation

26 avril 2019

« 50 idées fausses sur les serpents » : plaidoyer pour les mal-aimés

Cléopâtre n’a pas succombé à la morsure d’un aspic, les serpents ne sont ni froids ni visqueux et ne tètent pas davantage les vaches, les écologistes n’ont jamais largué de vipères par hélicoptère, les alcools d’espèces venimeuses ne possèdent pas la moindre vertu miraculeuse et les cobras ne cachent aucune pierre magique dans leur capuchon. Quant aux serpents de 40 mètres de long, ça n'existe pas, ça n'existe pas

En dénonçant 50 idées fausses sur les serpents, titre de son nouvel ouvrage publié aux éditions Quæ, l’herpétologue Françoise Serre-Collet « fait la peau » aux rumeurs, superstitions, préjugés et autres croyances erronées dont ont souffert, et sont encore victimes, les fascinants ophidiens.

Didactique et abondamment illustré, ce livre s’adresse à la fois au grand public ignorant tout ou presque de la physiologie comme des mœurs de ces reptiles et aux naturalistes plus avertis. Une gageure réussie par l’auteure, médiatrice scientifique au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

50 IDEES FAUSSES SUR LES SERPENTS COUVERTURE

Parmi les vérités bonnes à (re)découvrir, Françoise Serre-Collet rappelle par exemple que les serpents appartiennent à la super-classe des tétrapodes regroupant les animaux possédant ou ayant eu des pattes, que 48 mammifères à travers le monde s’alimentent, occasionnallement ou régulièrement, d’ophidiens venimeux ou encore qu’au-delà des frontières de l’Hexagone, les critères d’identification des serpents potentiellement dangereux – la pupille verticale, la queue soudainement rétrécie, les multiples petites écailles sur la tête et les deux ou trois rangées de plaques entre l’œil et la bouche caractérisant les quatre espèces de vipères présentes sur le territoire métropolitain – ne sont plus valides.

Quant au python d’Afrique australe (Python natalensis), il se distingue des autres serpents ovipares par l’attention de la femelle envers sa progéniture après l’éclosion, les soins maternels étant surtout connus chez les vivipares serpents à sonnette. Plus répandu, le cannibalisme est en particulier documenté chez les couleuvres de Montpellier (Malpolon monspessulanus), verte et jaune (Hierophis viridiflavus) et de la Caspienne (Dolichophis caspius), les bongares (Bungarus sp.) et le cobra royal (Ophiophagus hannah). Et si, contrairement à la légende, les vipères dont on coupe la tête trépassent bel et bien, l’action réflexe de ces reptiles les rend capables de mordre encore après leur mort. En 2014, un cuisinier chinois a ainsi succombé à l'attaque d’un cobra cracheur noir et blanc (Naja siamensis) qu’il avait décapité 20 minutes plus tôt.

VIPERE ASPIC FEMELLE

En France, le nombre de décès provoqués par une morsure de serpent est estimé à 0,3 par an. Ici, une femelle vipère aspic adulte (photo Orchi).

Par ailleurs, les propriétés du venin peuvent subsister longtemps après la disparition de l’animal. Celui, séché, d’un taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus) serait toujours actif un demi-siècle après avoir été prélevé. Durant ce temps, les populations des espèces de serpents étudiées ont subi une véritable hécatombe avec 80 % de pertes en moyenne, souligne en avant-propos le biologiste Xavier Bonnet, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). La majorité des 3.500 taxons vivant sur Terre aurait subi un déclin identique. Comme le relève Allain Bougrain Dubourg dans la préface, les serpents comptant aujourd'hui parmi les espèces les plus affectées par l’érosion de la biodiversité, les sauvegarder revient à protéger l’ensemble du vivant. Ce volume y contribue.

SERRE-COLLET Françoise, 50 idées fausses sur les serpents, Éditions Quæ, février 2019, 144 p., 23 €.

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01 avril 2019

Un troupeau de bisons d’Europe bientôt en liberté dans la forêt d’Orléans

Un troupeau de bisons d’Europe évoluera d’ici deux à trois ans en totale liberté dans la forêt d’Orléans, a annoncé dimanche 31 mars 2019 l’association « Bonasus » lors d’une conférence de presse organisée au sommet de l’observatoire des Caillettes, situé au cœur du massif d’Ingrannes dans le Loiret. Du haut de cette tour culminant à 24 mètres, les arbres s’étendent à perte de vue…

Le plus grand mammifère terrestre du Vieux Continent se serait éteint en France entre le VIIIème et le Xème siècle, certainement victime de la chasse. Le défrichage et le développement des activités agricoles sont parfois avancés pour expliquer sa disparition mais cette hypothèse est contredite par les historiens soulignant la progression des surfaces boisées durant le haut Moyen Âge.

La harde devrait être constituée d’un mâle et de sept ou huit femelles, tous nés en captivité et aussi éloignés génétiquement que possible.

BISONS D'EUROPE EN LIBERTE DANS LE SAUERLAND

Bisons d’Europe sauvages photographiés en décembre 2018 dans le Sauerland, région de moyennes montagnes située à l’ouest de l'Allemagne (photo Martin Lindner).

« La consanguinité constitue l’une des principales menaces planant sur l’avenir de cette espèce », rappelle Paul Auroque, instigateur de ce projet lancé en toute discrétion début 2015 sous la tutelle du ministère de l’écologie (renommé depuis de la transition écologique et solidaire) et en étroite collaboration avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

La plus grande forêt domaniale de l’Hexagone

En effet, la population actuelle descendrait de seulement 7 individus (4 mâles et 3 femelles) sur les 29 mâles et 24 femelles survivant dans les années 1920 dans quelques parcs zoologiques après le tir, en 1919 dans une forêt polonaise, du dernier représentant sauvage de la sous-espèce de plaine (Bison bonasus bonasus).

« Nous avons évalué plusieurs sites, en particulier dans le Jura, les Ardennes et le Massif central, pour finalement retenir cette forêt domaniale, la plus vaste de France métropolitaine avec ses 35.000 hectares », précise M. Auroque. Ce critère a été décisif à l’heure du choix alors que l’avenir du troupeau évoluant en liberté au sud-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne, se trouve aujourd’hui compromis par les plaintes de deux exploitants forestiers. Ces derniers entendent mettre un terme à ce projet jusqu'ici unique en Europe occidentale en exigeant des autorités l’abattage des bovidés ou leur maintien derrière des clôtures à cause des dégâts, pourtant indemnisés, que causent les ruminants dans leurs hêtraies.

En avril 2013, à l’initiative du prince Richard de Sayn Wittgenstein-Berleburg (1934-2017), huit bisons avaient été relâchés sur les terres privées, s’étendant sur 9.600 hectares dans la chaîne du Rothaargebirge, du chef de cette famille de la haute noblesse germanique. Or la harde, comptant actuellement une bonne vingtaine d’individus, a élargi son habitat pour s’aventurer dans d’autres zones des montagnes du Sauerland.

Aucun accident n’a été déploré au cours de ces six années, à l’exception d’une promeneuse accompagnée de son chien renversée en mai 2016 par une femelle suitée. La victime n’avait souffert que de simples écorchures.

FORET DOMANIALE D'ORLEANS

La forêt d'Orléans depuis l'observatoire des Caillettes, à Nibelle, dans le Loiret (Creative Commons).

Plusieurs projets en Europe occidentale

Outre le programme de restauration de l’écosystème originel (« rewilding ») désormais entériné en forêt d’Orléans, plusieurs autres pourraient aboutir à moyen terme au Danemark, aux Pays-Bas, dans le Jura suisse et, en Allemagne toujours, dans les régions du lac Müritz en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans le massif du Harz, en forêt palatine et dans la réserve de biosphère de la Spree à une centaine de kilomètres au sud-est de Berlin.

Attendus à la fin de l’été, les bisons rejoindront un enclos d’acclimatation d’une cinquantaine d’hectares, non accessible au public, près de Bouzy-la-Forêt. Ils seront notamment confiés par le domaine des grottes de Han (Belgique), le jardin zoologique de Berlin Friedrichsfelde (Allemagne), le Highland Wildlife Park (Écosse), le parc zoologique Dählhölzli de Berne (Suisse), la réserve de bisons d'Europe de Sainte-Eulalie en Lozère, le parc animalier Zoodyssée dans les Deux-Sèvres et la réserve biologique des monts d’Azur dans les Alpes-Maritimes. Leurs protecteurs envisagent de les relâcher dès le printemps 2021.

BISON D'EUROPE EN CAPTIVITE A ZOODYSSEE

Bison d’Europe en captivité à Zoodyssée, en mai 2016 (photo Ph. Aquilon).

Considéré comme « en danger » depuis 1996, le bison d’Europe a été reclassé en 2008 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon la dernière édition de l’« European Bison Pedrigree Book » publiée en 2017, sa population totale atteignait alors 7.180 individus dont 5.036 vivant à l’état sauvage au sein de 42 troupeaux, 399 élevés en semi-liberté et 1.745 maintenus en captivité.

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27 mars 2019

Un album évoque les mémoires de l’éléphant Fritz

Depuis plus d’un siècle, son regard en émail voit défiler des générations de Tourangeaux dont il a nourri l’imaginaire et les touristes intrigués par sa présence insolite. L’éléphant Fritz appartient au patrimoine local et il a droit de cité dans les guides. Dans sa cage de verre du musée des beaux-arts, face à l’immense cèdre du Liban planté en 1804, le colosse du « plus grand spectacle au monde » fascine et impressionne toujours.

« 2,90 mètres au garrot, 3 mètres jusqu’en haut de la tête, des défenses de 1,50 mètre de long, cinq tonnes, trente ans. » Tel le décrit l’écrivaine et illustratrice Isy Ochoa. Bouleversée par le destin tragique de cet éléphant de cirque, elle vient de lui consacrer un album publié à l’automne 2018 aux éditions du Rouergue. « Depuis que j’ai rencontré Fritz, il ne m’a plus quitté », avouait dans une récente interview accordée à La Nouvelle République du Centre-Ouest la peintre d'origine basque vivant aujourd’hui dans le Vendômois. « J’ai vite été scandalisée par tout ce qu’il avait vécu. »

FRITZ COUVERTURE

Étranglé devant la foule

Isy Ochoa a longuement enquêté sur l’odyssée de Fritz, de sa capture en Inde pour le compte du marchand allemand Carl Hagenbeck (1844-1913) jusqu’à sa mise à mort dans la cité des bords de Loire avant de conter son histoire à la première personne. Ce choix anthropomorphique confère une émotion particulière au récit tout en autorisant certaines licences romanesques concernant, par exemple, les sentiments éprouvés par le pachyderme.

Quelles raisons poussèrent Fritz à se rebeller dans la soirée du 11 juin 1902 alors que la parade quittait le Champ de Mars, où avaient eu lieu les représentations du Barnum & Bailey Circus, pour regagner la gare et les wagons devant conduire les pachydermes à Saumur, étape suivante de la tournée ? La rage accumulée au fil d’années de contraintes et de violences, la brûlure provoquée par la cigarette d’un spectateur imbécile comme mentionné dans les colonnes du Mémorial du Poitou ou plus sûrement un épisode de musth, cet état périodique durant lequel les mâles adultes s’avèrent particulièrement agressifs ? Aucun des quatre – Fritz, Mandarin, Don Pedro et Nick – ayant embarqué à bord du Massachusetts en 1901 ne survécut à la tournée de l’établissement américain sur le Vieux Continent… Et quelques jours avant d’arriver en Touraine, Fritz avait tué un employé de la ménagerie itinérante alors installée sur l’esplanade des Quinconces à Bordeaux.

FRITZ DANS SA CAGE DE VERRE DU MUSEE DES BEAUX-ARTS DE TOURS

Fritz dans sa loge de verre du musée des beaux-arts de Tours (photo Ph. Aquilon).

Le successeur de Jumbo

Au fond, peu importe les causes exactes du soudain accès de fureur du titan gris, le texte d’Isy Ochoa, rehaussé par ses aquarelles et acryliques, transcende les faits pour dénoncer la barbarie des hommes, prompts à décimer, maltraiter et exploiter la faune sauvage pour satisfaire leurs appétits mercantiles.

Les recherches menées par l’auteure permettent toutefois de s’interroger sur la date de naissance de Fritz, généralement présenté comme le doyen du cirque américain âgé de près de 80 ans au début du XXe siècle. Or cette hypothèse n’apparaît guère plausible avec son passage par les entrepôts de Carl Hagenbeck à Hambourg et sur la piste de son chapiteau, avant sa cession à Phinéas Taylor Barnum (1810-1891) et James Anthony Bailey (1847-1906) puis son arrivée dans leur florissante entreprise durant l’hiver 1888-1889. De fait, le mastodonte avait sans doute vu le jour vers 1870.

LE RETOUR DE FRITZ A TOURS EN 1903

La peau et les os de Fritz furent confiés au taxidermiste nantais Anatole Sautot. Ce dernier reconstitua le squelette, démontable, de l’éléphant et redonna sa forme au pachyderme à l’aide de tiges de fer, de madriers et d’une tonne de paille. L’animal naturalisé remonta le cours de la Loire à bord du vapeur Fram et accosta en Touraine le 4 mai 1903, avant de rejoindre le musée de la ville. En 1910, Fritz fut transféré dans une dépendance de l’ancien archevêché. Resté sur place, son squelette brûla lors des combats du 19 juin 1940 (coll. personnelle, photo Jacques Gabon, 1857-1925).

Ce livre évoque aussi  brièvement la vie, aussi dramatique que celle de Fritz, du célèbre Jumbo. Acheté en février 1882 par Barnum au zoo de Londres (Royaume-Uni), ce mâle africain affichant 3,23 mètres sous la toise devint l’un des stars du cirque d’outre-Atlantique avant de mourir le 15 septembre 1885, heurté par un train de marchandises en gare de St. Thomas, dans l’Ontario. Moins haut mais plus lourd que Jumbo, Fritz lui succèdera au titre de « plus grand éléphant captif au monde » avant de périr aussi tragiquement, étranglé après une longue agonie.

Enfin, la lecture de Fritz renvoie à un précédent album de littérature dite de jeunesse mais tout public. Paru en 2002, Siam, signé Daniel Conrod et François Place, relate une autre histoire vraie d’éléphant, celle d’un petit mâle né dans la jungle asiatique, vendu comme animal de travail puis acheté sur catalogue en 1952 par le cirque suisse Knie. Devenu trop dangereux lors de ses épisodes de musth, Siam sera cédé au zoo de Vincennes après un brève apparition sur le plateau du film Yoyo de Pierre Étaix (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/04/13/26905712.html). Après sa mort en septembre 1997, cet autre géant mesurant 3,07 mètres fut naturalisé. Il trône depuis 2001 dans la Grande Galerie de l’Évolution au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Comme si les trajectoires de Fritz et de Siam s’étaient rejointes afin de témoigner, par leur dépouille à l’apparence du vivant comme à travers ces deux livres, de leur existence volée.

LA MORT DE FRITZ

(Coll. personnelle, photo Constant Peigné, 1834-1916)

En mai 2016, la direction du Ringling Bros and Barnum & Bailey Circus, ainsi rebaptisé après la fusion de la société de Barnum et Bailey avec celle des frères Ringling, renonça aux numéros d’éléphants. Un an plus tard, le rideau tomba définitivement sur le plus grand cirque du monde.

OCHOA Isy, Fritz, Éditions du Rouergue, octobre 2018, 64 p., 18,50 €.

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17 février 2019

Une étude génétique valide le statut de sous-espèce du loup de l’Himalaya !

Selon les conclusions d’une étude internationale publiée en octobre 2018 dans la revue Global Ecology and Conservation, le loup de l’Himalaya a développé des adaptations uniques à son environnement et doit être admis comme un taxon génétiquement distinct. Cette reconnaissance lui permettrait de bénéficier de mesures de conservation à même de prévenir son extinction.

Présente dans une vaste region engloblant l’Himalaya, le plateau tibétain et le massif du Nyenchen Tanglha s’étendant sur 1.600 km dans la région autonome chinoise du Xizang, cette population lupine a déjà été admise dans le passé par certains auteurs comme une sous-espèce, successivement appelée Canis lupus laniger en 1847, C. l. chanco en 1863, C. l. filchneri en 1907 et enfin C. l. himalayensis en 2003 (*).

Pourtant, la classification officielle tarde toujours à reconnaître les caractéristiques spécifiques de ces loups. « Bien que les preuves génétiques de leur unicité se soient accumulées ces dernières années, nous ne disposons d’aucune estimation fiable de leurs effectifs », déplore la Suissesse Geraldine Werhahn, principale auteure de cet article, membre de l'unité de recherche sur la conservation de la faune au département de zoologie de l'université d'Oxford (Royaume-Uni) et fondatrice en 2014 de l’Himalayan Wolves Project.

LOUP DE L'HIMALAYA

Loup de l’Himalaya photographié en avril 2016 dans le district de Mustang, au sein de l’aire de conservation népalaise de l'Annapurna (photo Madhu Chetri).

Adaptés à la vie à très haute altitude

Souhaitant mieux comprendre les variations génétiques permettant aux loups himalayens de survivre à de très hautes altitudes et évaluer l’état de conservation de ces canidés, une équipe internationale a collecté 287 échantillons d’excréments et de poils dans trois secteurs du Népal, deux à l’ouest dans les districts d’Humla et de Dolpa, le troisième dans l’aire de conservation du Kangchenjunga (Kangchenjunga Conservation Area / KCA) créée en 1997 à l’est de la république démocratique fédérale. Ceux-ci ont ensuite été comparés à des fèces, des prélèvements sanguins et des tissus de loups originaires de régions voisines dont le Xinjiang, le Qinghai et la Mongolie-Intérieure en Chine, de plusieurs secteurs du Tibet  ainsi que de divers écosystèmes à travers le monde.

La différenciation génétique de cette lignée repose sur l’étude de 242 paires de bases de la boucle D et de 508 paires de bases du gène cytochrome b (ADN mitochondrial), du gène ZF des deux chromosomes sexuels, de la séquence microsatellite de 17 loci nucléaires et de quatre SNP non-synonymes dans quatre gènes nucléaires fonctionnels reliés à la voie de l’hypoxie.

MASSIF DU KANCHENJUNGA

Vue sur le massif du Kanchenjunga, le troisième plus haut sommet sur Terre dressé à la frontière indo-népalaise, depuis l’État du Sikkim, au nord-est de l'Inde (photo Madhumita Das).

Pour les scientifiques, les adaptations génétiques permettant aux loups de l’Himalaya de supporter le stress hypoxique des hautes altitudes expliqueraient pourquoi ces canidés ont divergé les premiers, entre 691.000 et 740.000 ans « avant le présent » selon les analyses de l’ADN mitochondrial et nucléaire, de leurs congénères de la zone holarctique. Ces loups bénéficieraient ainsi d’une résistance réduite à la circulation sanguine favorisant l’action hémorhéologique.

Les prospections conduites ont permis d’identifier respectivement 12, 16 et 2 individus au sein des secteurs d’Humla (384 km2), de Dolpa (1.088 km2) et de la KCA (368 km2).

Réconciliation taxonomique

« Cette publication valide ce que nous avions découvert au début des années 2000 », a déclaré au bimensuel Down To Earth Ramesh Kumar Aggarwal, professeur au centre de biologie cellulaire et moléculaire d'Hyderabad, un organisme dépendant du conseil indien de la recherche scientifique et industrielle (Council of Scientific and Industrial Research / CSIR).  « Depuis longtemps, nous demandons la classification de ces loups mais le monde de la taxonomie reste dominé par les experts occidentaux et notre voix n’a guère été écoutée », déplore-t-il. « Nous espérons que ces travaux cloront la controverse. »

Biologiste au département d’écologie animale et de biologie de la conservation au Wildlife Institute of India sis à Dehradun, au nord du sous-continent, Shivam Shrotriya avance une autre explication. Ces canidés s’étant reproduits avec d’autres groupes de loups, aucune frontière précise ne délimite leur aire de répartition. « Or l’existence d’une population viable d’hybrides compromet la reconnaissance taxonomique. C’est précisément le cas  pour les  loups de l’Himalaya. »

LOUPS DE L'HIMALAYA CAPTIFS

Individus captifs en mai 2009 au zoo indien de Darjeeling (photo S. Shankar).

Les deux spécialistes s’accordent toutefois sur l’urgence de mesures de sauvegarde des derniers loups de l’Himalaya. « Cette lignée, l’une des plus anciennes sinon la plus ancienne parmi celles des loups gris, doit être préservée », soutient Shivam Shrotriya. « Le nombre de loups de l’Himalaya génétiquement purs se situerait aujourd’hui entre seulement 200 et 300 individus », renchérit Ramesh Kumar Aggarwal. « S’ils s’éteignent, un pan entier de la biodiversité historique disparaîtra. »

Ces avis rejoignent les conclusions de l’article signé cet automne par l’équipe internationale préconisant de classer le loup de l'Himalaya parmi les taxons menacés. En outre, ces chercheurs enjoignent le Népal – dont les hauts plateaux constituent un refuge essentiel pour un pan considérable de la population de ces prédateurs – à s’investir dans la conservation de cette sous-espèce et à devenir une référence pour les autres États de sa distribution.

Selon la base de données Species360, créée en 1974 sous le nom d’International Species Information System (ISIS), seuls sept loups de l’Himalaya (C. l. himalayensis), deux mâles et cinq femelles, sont actuellement élevés en captivité. Ils sont hébergés au Padmaja Naidu Himalayan Zoological Park de la ville de Darjeeling, au Bengale-Occidental (Inde).

 (*) En 1938, le zoologiste américain Glover Morrill Allen (1879 - 1942) avait considéré C. l. filchneri et C. l. laniger comme des synonymes de C. l . chanco. Sous cette dernière appellation, la majorité des auteurs désignent aujourd’hui le loup de Mongolie.

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27 janvier 2019

Une étude génétique valide l'existence de 6 sous-espèces de tigres

S’appuyant sur l’analyse du génome complet de 32 spécimens, une étude publiée jeudi 25 octobre 2018 dans la revue Current Biology a confirmé l’existence de six sous-espèces de tigres encore présentes sur notre planète (*).
Pourtant, en 2017, le groupe de travail de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sur la classification des félins avait confirmé la révision taxonomique préconisée en 2015 (http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/07/17/32365349.html) et reconnaissant seulement deux sous-espèces, l’une en Asie continentale (Panthera tigris tigris), l’autre dans les îles de la Sonde (P. t. sondaica) (https://repository.si.edu/bitstream/handle/10088/32616/A_revised_Felidae_Taxonomy_CatNews.pdf?sequence=1&isAllowed=y). Toutefois, la liste rouge mondiale des espèces menacées établie par l’UICN a continué de distinguer les six sous-espèces jusqu’alors admises.

« L'absence de consensus sur le nombre de sous-espèces a partiellement entravé les mesures de sauvegarde du tigre, car la reproduction en captivité comme la gestion de l’habitat des populations sauvages exigent de plus en plus une délimitation précise des unités de conservation », souligne la biologiste Shu-Jin Luo, du laboratoire de diversité génomique et d’évolution de  l’université chinoise de Pékin. « Nos recherches sont les premières à révéler l'histoire naturelle du tigre d'un point de vue génomique. Et elles fournissent  des preuves solides de l'origine et de l'évolution de cette espèce charismatique de la mégafaune. ».
« Découverts au nord de la Chine et en Indonésie, les plus vieux restes fossiles connus du tigre remontent à 2 millions d’années », rappelle la scientifique. « Cependant, l’analyse génomique des tigres vivants ne permet de remonter qu’à -110 000 ans. »

SOUS-ESPECES TIGRES

(Liu et al. / Current Biology)

Goulot d'étranglement

Au début de la dernière période glaciaire marquant la fin du Pléistocène, les tigres subissent dont un « goulet d’étranglement génétique » et voient leurs effectifs s’effondrer jusqu’à l’achèvement de cette période de refroidissement global voici -11 700 ans.
« Tout au long de cet âge, la population de tigres, initialement homogène, a diminué et s’est fragmentée », résume Shu-Jin Luo. Il y a 67 300 ans, le tigre de Sumatra a divergé le premier, sans doute à la suite de l’éruption du supervolcan Toba, survenue il y a 73.000 ± 4.000 ans dans l'île de Sumatra. Cette catastrophe écologique a provoqué des décennies d’hiver volcanique et un refroidissement s'étendant sur près d’un millénaire.
Le tigre du Bengale s’est ensuite isolé voici 53.000 ans. Puis, il y a 45.000 ans, une nouvelle scission est apparue en Asie du Sud-Est avec le tigre d’Indochine, suivi de celui de Malaisie. Dernière sous-espèce à émerger, le tigre de Sibérie a vu le jour à l’issue de la dernière période glaciaire, à partir de quelques individus ayant gagné le nord-est de l’Asie.
L’étude internationale coordonnée par l’université de Pékin a également mis en exergue 14 gènes du tigre soumis à une « forte pression de sélection » par les contraintes de l’environnement local, en particulier le gène ADH7 lié à la taille. Ses mutations ont conféré au tigre de Sumatra une stature plus réduite que celles de ses congénères continentaux, « limitant ses besoins en énergie et lui permettant de survivre dans un milieu où les proies (cochons sauvages, cerfs) sont plus petites ».

(*) Le tigre du Bengale (Panthera tigris tigris), le tigre de Sibérie (P. t. altaica), le tigre de Chine méridionale (P. t. amoyensis), le tigre d’Indochine (P. t. corbetti), le tigre de Malaisie (P. t. jacksoni) et le tigre de Sumatra (P. t. sumatrae). Trois autres sous-espèces – les tigres de Bali (P. t. balica), de la Caspienne (P. t. virgata) et de Java (P. t. sondaica) – sont considérées comme éteintes depuis respectivement 1937, la fin des années 1970 et la décennie 1980.


Rescapé de l’agriculture intensive, le vanneau huppé « oiseau de l’année » en Suisse

Succédant au faucon pèlerin, le vanneau huppé a été désigné « oiseau de l’année 2019 » par l’association Birdlife Suisse. Migrateur partiel, ce limicole nichait autrefois dans les marais et les prairies humides de la Confédération avant que ces milieux n’aient pratiquement tous disparu au milieu du vingtième siècle à cause du drainage. Dans les années 1970, le millier de couples encore présents dans le pays s’est réfugié sur les terres arables mais cette situation s’est avérée catastrophique pour e charadriidé en raison d’une exploitation toujours plus intensive des sols et d’un recours accru aux pesticides.

En 2005, la population de vanneaux huppés a atteint un creux historique avec seulement 83 couples nicheurs recensés dans le pays.

L’agriculture productiviste, « avec ses multiples passages de machines dans les champs et l'utilisation massive de pesticides a conduit à la disparition presque totale du vanneau huppé en Suisse », souligne l’association de la nature, comptant plus de 65.000 membres répartis au sein de 440 sections locales, dans un communiqué publié mercredi 16 janvier dernier. En outre, le changement climatique affecte notablement cette espèce vivant en colonies et dont les jeunes meurent de faim lors des périodes sèches, leurs proies se réfugiant alors dans les profondeurs du sol.

VANNEAU HUPPE

Pesant de 150 à 300 g pour une envergure oscillant de 70 à 76 cm, le vanneau huppé se nourrit principalement d’insectes, d’araignées et de vers de terre. L’une des ses techniques de chasse consiste à frapper très rapidement le sol avec une patte pour le faire vibrer et simuler la pluie, provoquant la remontée des lombrics à la surface (photo Michael Gerber).

Le spectre de la faucheuse

Voici une quinzaine d’années, BirdLife Suisse et la Station ornithologique suisse de Sempach ont donc initié divers projets de sauvegarde avec le concours d’agriculteurs et le soutien de nombreux bénévoles. Des clôtures électriques ont ainsi été érigées autour des nids afin de les protéger des prédateurs. Dans les exploitations concernées, des protecteurs de l’environnement accompagnent les engins agricoles pour éviter la destruction des œufs ou des poussins. Des accords ont également été conclus avec les cultivateurs pour créer, après la fauche, une mosaïque de bandes herbeuses coupées et laissées sur pied offrant un refuge aux jeunes tout en leur garantissant un accès aux ressources alimentaires.

Quittant le nid quelques heures après leur éclosion, les poussins recherchent aussitôt leur nourriture de façon autonome. Durant les premières semaines de leur vie, ils se plaquent au sol en cas de danger. Efficace contre leurs ennemis naturels, cet instinct met en péril les petits échassiers face aux tracteurs et aux moissonneuses-batteuses.

JEUNE VANNEAU HUPPE

Une alternance de surfaces herbagères coupées et intactes offre les meilleures chances de survie aux jeunes vanneaux huppés (photo BirdLife Suisse).

Ces dispositifs ont permis d’enrayer le déclin du vanneau huppé en Suisse où 206 couples nicheurs ont été recensés en 2018. Toutefois, au regard de la faiblesse des effectifs actuels, ces mesures doivent être maintenues et la collaboration entre le monde paysan et les défenseurs de la faune sauvage renforcée. Dans certaines régions, le comblement des  creux humides dans les labours et des prairies inondables se poursuit. Or ces terrains constituent des sites de nourrissage importants non seulement pour les vanneaux huppés mais aussi pour d’autres nicheurs de ces écosystèmes comme le tarier des prés (Saxicola rubetra), l’alouette des champs (Alauda arvensis) ou le râle des genêts (Crex crex).

Considéré comme une « préoccupation mineure » jusqu’en 2016, le vanneau huppé (Vanellus vanellus) est désormais classé « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Voici la vidéo de BirdLife Suisse présentant « l’oiseau de l’année 2019 » dans la Confédération :

20 janvier 2019

Moins de 2 % de loups hybrides dans les Alpes suisses

Selon une étude publiée mercredi 16 janvier 2019 dans la revue Scientific Reports, moins de 2 % des loups gris détectés dans les Alpes suisses durant la période 1998-2017 s’avèrent être des hybrides.

Les analyses génétiques non invasives effectuées par le laboratoire de biologie de la conservation (LBC) de l’université suisse de Lausanne (UNIL), à partir d’échantillons régulièrement collectés depuis 1998, ont mis en évidence des traces d’hybridation chez seulement 2 des 115 spécimens considérés (1,7 %). En outre, ce mâle et cette femelle sont très certainement le fruit d’un rétrocroisement, l’un de leurs géniteurs étant un loup, l’autre un hybride ou le descendant d’un accouplement entre un chien et une louve. L’hybridation de ces individus, ayant quitté la Suisse fin 2017, remonte donc à deux ou trois générations. Enfin, aucun membre des trois meutes résidentes sur le territoire helvétique ne présente de signe de croisement avec des chiens, soulignent les auteurs.

L’équipe de l’institution vaudoise a comparé l’ADN des 115 loups, tous considérés comme potentiellement hybrides, à un groupe de référence de 70 chiens. Sur la base de simulations mathématiques et de modèles statistiques complexes, elle a établi un seuil au-dessous duquel un loup n’est plus considéré comme « pur ».

LOUP GRIS EN ITALIE

Loup de lignée italienne, parfois appelé loup des Abruzzes ou des Apennins (photo Luigi Piccirillo).

« Une hybridation très limitée, voire anecdotique »

« Nos résultats prouvent que l’hybridation chien-loup est en réalité très limitée, voire anecdotique, et que l’intégrité génétique des populations de loups sauvages vivant dans les Alpes est préservée », assure Luca Fumagalli, maître d’enseignement et de recherche au Département d’écologie et évolution de l’UNIL (DEE) et au Centre universitaire romand de médecine légale.

Les conclusions de cet article (*) rejoignent celles de précédents travaux réalisés dans d’autres pays européens et mettant en évidence la portée très limitée de l'hybridation entre les loups et les chiens sur le Vieux Continent, à l’exception d’une zone très circonscrite du nord de la chaîne italienne des Apennins, où ce phénomène se révèle plus important en raison d’un nombre élevé de chiens errants.

Une analyse confiée durant l’été 2017 au laboratoire Antagene de La tour de Salvagny (Rhône) par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a révélé que 120 des 130 canidés sauvages identifiés grâce à des échantillons collectés par le réseau ONCFS Loup/Lynx étaient bien des loups, tous de lignée italienne. Les signatures de 2 spécimens seulement correspondraient à des hybrides de 1ère génération et celles de 8 autres traduiraient une hybridation plus ancienne.

Sur la base de ces données représentatives de l’ensemble du territoire français, le phénomène d’hybridation récente affecte donc 1,5 % des individus présents dans l’Hexagone, une hybridation plus ancienne touchant 6,2 % d’entre eux tandis que 92,3 % des animaux sont de purs loups gris.

LOUP GRIS EUROPEEN EN CAPTIVITE

Loup gris européen en captivité au parc zoologique Bois de Saint-Pierre, à Smarves dans la Vienne, en avril 2014 (photo Ph. Aquilon).

Contrôler les chiens errants

Aujourd’hui, la problématique du métissage entre le loup (Canis lupus) et le chien (C. l. familiaris) fait l’objet de vives controverses et constitue un enjeu majeur des débats liés à la protection du prédateur en Suisse comme en France. Au prétexte d’une hybridation prétendument majoritaire au sein de la population lupine hexagonale, certains opposants à l'emblématique canidé, naturellement revenu dans certaines zones de son ancienne aire de répartition, voudraient autoriser l’élimination de ces animaux protégés. « Un flou juridique entoure les hybrides », rappelle M. Fumagalli. Signée le 19 septembre 1979 puis entrée en vigueur le 1er juin 1982, la Convention de Berne – visant à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe – protège en effet les loups mais non les hybrides entre les deux sous-espèces. En novembre 2014, elle a édicté une recommandation incitant les États à surveiller l'apparition de tels spécimens. Toutefois, cet instrument juridique préconise d’accorder aux hybrides un statut de protection identique à celui du loup. En Italie, les canidés suspects sont capturés. Si les tests génétiques confirment  leur hybridation, ils sont alors stérilisés et maintenus en captivité.

« La vraie préoccupation doit être celle du contrôle des chiens errants transmettant leurs gènes aux loups sauvages », estime Luca Fumagalli. Spécialiste de la génétique des populations, le biologiste tessinois prône un suivi génétique en temps réel afin d’identifier les potentiels hybrides et permettre ainsi une gestion efficace des populations de loups dans l’arc alpin.

 (*) L’article de Scientific Reports peut être consulté et téléchargé à l’adresse suivante : www.nature.com/articles/s41598-018-37331-x

Sources : Scientific Reports, UNIL, ONCFS, Le Monde.

18 janvier 2019

Les ours bruns de retour dans l’enclos patrimonial de Lubetkin au zoo de Dudley (GB)

Conçu par l’architecte Berthold Lubetkin (14 décembre 1901 - 23 octobre 1990), figure majeure du modernisme en Grande-Bretagne, le « Brown Bear Ravine » du zoo anglais de Dudley devrait de nouveau abriter des ours bruns européens (Ursus arctos arctos) au printemps 2020, a annoncé jeudi 8 janvier 2019 le parc anglais, évoquant l’aboutissement d’un programme de 250.000 £ (près de 280.000 euros).

Curateur de l’établissement situé dans le comté métropolitain des Midlands de l'Ouest, Richard Brow négocie actuellement le transfert de trois ou quatre individus avec le jardin zoologique de Bojnice (Slovaquie) afin de constituer un groupe reproducteur. L’établissement d’Europe centrale recueille notamment de jeunes orphelins issus du milieu naturel.

DUDLEY ZOO BROWN BEAR RAVINE

(Photo Dudley Zoo)

En 2018, les visiteurs ayant fait un don au zoo, géré depuis 1978 par une association à but non lucratif (la Dudley & West Midlands Zoological Society Limited), ont été appelés à désigner le projet de leur choix parmi ceux relatifs aux ours bruns, à l’extension de l'espace des tigres et au réaménagement des installations des chimpanzés (afin d’intégrer des mâles au groupe de femelles) ou des orangs-outans de Bornéo.

En décembre dernier, la suggestion du retour des plantigrades – absents du zoo de Dudley depuis les années 1980 – dans leur installation historique a finalement été retenue.

Monument classé

Construit entre 1935 et 1937, le « Brown Bear Ravine » a bénéficié en 2015 d’une restauration financée par l’Heritage Lottery Fund, établissement public fondé en 1994 par le gouvernement britannique pour soutenir des initiatives concernant le patrimoine local, régional ou national. Le site avait alors été retiré de la liste des bâtiments en péril où il figurait depuis 2009 tandis que des travaux d'asphaltage avaient permis de rouvrir les lieux au public.

La future enceinte des ours bruns devrait intégrer une partie de la structure dessinée par Berthold Lubetkin et inclure un périmètre boisé se trouvant à l’arrière, sur la pente de la colline surplombée par les ruines du château fort en partie détruit en 1646, sur ordre du Parlement, lors de la Première guerre civile anglaise. « Les animaux auront ainsi accès à des arbres matures et nous leur offrirons une paroi à escalader », assure Richard Brow, par ailleurs coordinateur du programme d’élevage européen en captivité (EEP) du lémur noir (Eulemur macaco).

Les anciennes étant obsolètes, de nouvelles loges seront construites en dehors du monument classé (« listed building »), comme toutes les autres réalisations de Lubetkin au zoo de Dudley, au grade II attribué en Angleterre aux « édifices particulièrement importants ou d'un intérêt spécial ».

ENTREE DU ZOO DE DUDLEY

L’entrée du zoo de Dudley en 2011 (photo Tony Hisgett).

Changements d’affection

Né à Tbilissi en Géorgie, Berthold  Lubetkin émigra outre-Manche  à l’âge de trente ans et très vite, en 1932, fonda à Londres l’atelier collectif Tecton (« Tecton Group »). Parmi ses premières commandes, celui-ci  signa pour le zoo de la capitale britannique la maison des gorilles (« The Round House » / 1933) et la piscine des manchots (« Penguin pool » / 1934) avant d’imaginer la maison des éléphants (« The Elephant House ») du Whipsnade Wild Animal Park en 1935. Cette année-là, grâce à l’entremise du Dr. Geoffrey Vevers (20 septembre 1890 - 9 janvier 1970), superintendant de la Société zoologique de Londres (ZSL) et conseiller pour la création du zoo de Dudley, le cabinet obtint la commission pour treize bâtiments (*) du futur parc, le budget de l’ensemble des travaux devant s’étaler sur deux ans ayant été fixé à environ 40.000 livres sterling. Secondé par l’ingénieur Ove Arup (16 avril 1895 - 5 février 1988), Lubetkin décrivait son rôle comme celui d’un concepteur de décors architecturaux permettant de présenter les animaux de façon spectaculaire, « dans une atmosphère comparable à celle d'un cirque ». Autres temps, autres mœurs…

Plusieurs pavillons ont changé d’affectation depuis l'ouverture du zoo, le 6 mai 1937, en particulier ceux des reptiles, des ours bruns et blancs, des oiseaux tropicaux et des éléphants (voir ci-dessous). Proposant des cigarettes et des confiseries, les deux kiosques ont été désaffectés, ne répondant plus aux normes de santé environnementale en vigueur pour la vente de produits alimentaires.

ZOO DE DUDLEY MAISON DES OISEAUX TROPICAUX (TROPICAL BIRD HOUSE)

La maison des oiseaux tropicaux, ici en 2011, devait accueillir en 2017 des petites espèces sud-américaines mais sa rénovation a été reportée sine die (photo Tony Hisgett).

L’emploi du  béton armé a engendré des problèmes de rouille et d'écaillage des surfaces, nécessitant des réparations, notamment des « rapiéçages » et la pose d’enduits colorés.Dans le bassin des manchots, plus petit que celui du zoo de Londres, l’eau salée a oxydé  les armatures métalliques, provoquant une corrosion massive. La structure a finalement été démolie en 1979.

(*)  « The Entrance Gateway » (l’entrée du zoo)  / « The Station Café » (transformé depuis en boutique) / « The Moat Café » (converti en centre éducatif) / « The Polar Bear Pit and Big Cat Ravines » (où vit aujourd’hui Inca, la doyenne européenne des ours à collier) / « The Sea Lion pools » / « The Tropical Bird House » (pour l’heure fermée) / « The Elephant House » (n’hébergeant plus de pachydermes asiatiques depuis 2003) / « The Reptiliary » (devenu l’installation des suricates) / « The Castle Restaurant » (rebaptisé « Queen Mary Restaurant ») , « The Brown Bear Ravine », « The Kiosks 1 and 2 » (inutilisés), « the Penguin Pool » (détruite en 1979).

ARRIVEE DE L'ORQUE CUDDLES EN1971 AU ZOO DE DUDLEY

Propriété du groupe Scotia Leisure de 1970 à sa mise sous séquestre en 1977, le zoo de Dudley reçut le 21 mai 1971 une orque mâle, capturée le 15 octobre 1968 au large de l’État américain de Washington. Baptisé Cuddles, cet épaulard avait rejoint en novembre 1968 à Flamingo Land, un établissement animalier du Yorkshire appartenant également à  Scotia Leisure, où il cohabitait, de façon parfois houleuse, avec les dauphins. Dans les Midlands, la première orque captive en Grande-Bretagne (et la deuxième en Europe) fut installée dans le bassin des otaries aménagé par Lubetkin dans les douves du château et modifié pour la circonstance. Cette transformation contrevenant aux lois locales d'urbanisme, le zoo reçut l’injonction de remettre l’installation dans son état d’origine. Les propriétaires ne voulant pas investir dans un nouveau bassin, la « baleine tueuse » fut mise en vente et un accord trouvé, pour 11.000 £ avec un parc marin français. Mais Cuddles, victime d’un abcès bactérien consécutif à la fracture d’une côte, est mort le 6 février 1974 avant son transfert dans l’Hexagone (photo DR).

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12 janvier 2019

Menacé, le zébu de Mayotte officiellement reconnu comme race

Présent sur l’archipel de l’océan Indien depuis plus de 900 ans et aujourd’hui en danger d'extinction, le zébu mahorais a été officiellement reconnu comme race « à part entière » par l’arrêté du 25 septembre 2018 relatif à l'enregistrement et à la certification de la parenté des bovins (*). 

Les premières importations de cheptels exotiques à Mayotte remontent au début des années 1990 et, depuis plus de deux décennies maintenant, les effectifs du zébu régressent au profit de races originaires de métropole et d’Europe, notamment la montbéliarde et la brune. Plus productives, ces dernières ont rapidement eu la faveur des éleveurs avec, à la clef, une perte rapide des ressources génétiques locales. À partir de 2000, les spécialises ont ainsi observé « un changement significatif dans la structure raciale du cheptel mahorais », favorisé par le développement de l’insémination artificielle. À terme, ces croisements avec les races importées pourraient compromettre l’avenir même du zébu de Mayotte, menacé d’absorption.

FEMELLE ZEBU DE MAYOTTE

Femelle zébu au bord d’une route de Mayotte  (photo Christophe Laborderie).

L'élevage bovin mahorais se caractérise notamment par un nombre élevé de petits propriétaires (environ 1.800 d’après une étude parue en 2013) possédant en très grande majorité (près de 90%) moins de 10 têtes, seuls quelques éleveurs détenant plus de 50 animaux.

Carte d’identité

Pour sauver le bovidé insulaire, des recherches destinées à identifier les caractéristiques génétiques, anatomiques, physiologiques et zootechniques du ruminant mahorais ont été initiées en 2012. « Nous  avons dressé une carte d’identité précise et fouillée de la race », a expliqué en octobre dernier au magazine Mayotte Hebdo Jérôme Janelle, zootechnicien et entomologiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Ayant également permis d’évaluer des effectifs jusqu’alors mal connus, ces travaux ont été menés en collaboration avec la coopérative agricole des éleveurs de Mayotte (CoopADEM) et la Chambre de l'agriculture, de la pêche et de l'aquaculture de Mayotte (CAPAM).

« Dans un premier temps, nous collectons des renseignements phénotypiques, c’est-à-dire relatifs à l’apparence des animaux : leur couleur, leur taille, la forme de leurs cornes…  », expliquait en mai 2017 au Journal de Mayotte Mélissa Ouvrard, technicienne agricole spécialisée en génétique animale à la CoopADEM. « Ensuite, nous corrélons ces informations aux données génotypiques. Après un prélèvement sanguin et des analyses réalisées en métropole, nous obtenons la carte du génome des individus concernés. »

« En outre, ce travail nous permet d’estimer le nombre de spécimens sur le territoire mahorais, l’objectif final étant de faire reconnaître les races locales par le ministère de l’agriculture et de l'alimentation afin d’organiser leur conservation et leur promotion », précisait alors Mélissa Ouvrard. En effet, ce projet concerne également les chèvres et les moutons originaires de l’archipel. Comme le souligne un document consultable sur le site du secrétariat général pour les affaires régionales (SGAR) de la préfecture de Mayotte, « ces races constituent des réservoirs de gènes d’un intérêt primordial pour la résistance aux maladies parasitaires et infectieuses, et pour l’adaptation aux contraintes climatiques et alimentaires. »

Les protecteurs du zébu mahorais misent aujourd’hui sur la reconnaissance accordée par l’État pour obtenir des fonds européens à même de renforcer les mesures de sauvegarde du fragile bovin.

TAUREAU RACE MARINE LANDAISE

Taureau de race marine landaise au parc animalier René Canivenc, à Gradignan, en Gironde (photo PA).

(*) Mardi 17 juillet 2018, un arrêté du ministère de l’agriculture et de l'alimentation a officiellement reconnu la marine landaise. En 1987, la découverte d’un petit troupeau à la forte consanguinité dans une forêt mitoyenne de la Gironde et des Landes a permis de sauver cette race, considérée comme disparue dans les années 1970 et paissant jadis au sein des dunes, des forêts et des zones humides du littoral aquitain. Grâce à l’engagement de la société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest  (Sepanso) et du conservatoire des races d’Aquitaine, la population de marines landaises s’élève actuellement à quelque 160 individus répartis au sein d’une quinzaine de troupeaux.

Désormais, le ministère de l’agriculture répertorie 53 races bovines, dont 32 locales et 24 menacées d’être perdues pour l’agriculture. Si la marine est landaise figure parmi ces dernières, le zébu mahorais en est exclu.

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05 janvier 2019

L’armée au secours des derniers tigres de Malaisie

Selon les organisations de protection de la nature, moins de 250 tigres de Malaisie survivent aujourd’hui à l’état sauvage, certains spécialistes les estimant moins nombreux encore. La population de ces félins aurait chuté de moitié depuis une décennie et le lancement par les autorités de l’époque du « Plan d'action national pour le tigre » destiné à doubler les effectifs du prédateur d’ici 2020. « Cette sous-espèce a atteint un seuil critique », a déclaré, en décembre 2018 à la chaîne Al Jazeera, Mark Rayan Darmaraj, responsable du programme de sauvegarde de l’habitat du tigre conduit par l’antenne malaisienne du Fonds mondial pour la nature (WWF).

TIGRE DE MALAISIE TIERPARK BERLIN

Tigre de Malaisie en captivité au Tierpark de Berlin (Allemagne), en octobre 2018 (photo Ph. Aquilon).

D’après une récente étude de l’institut de recherche forestière de Malaisie, les forêts naturelles du pays ont diminué d'environ 2.000 km2 entre 2010 et 2015, soit l’équivalent ou presque de la superficie du département des Yvelines. Cruciaux pour la survie des animaux, les corridors biologiques permettant aux tigres de se déplacer entre les différentes zones de leur aire de répartition ont été détruits. Par ailleurs, le développement de chemins dans des régions jadis isolées a permis aux braconniers d’accéder à des secteurs autrefois très difficilement accessibles.

Désormais, les tigres sont principalement confinés au sein de trois aires protégées : les parcs nationaux de Taman Negara et d’Endau-Rompin – respectivement fondés en 1938/1939 et en 1993 au centre et au sud du pays – et le parc régional de Royal Belum, créé en mai 2007 et bordant la frontière thaïlandaise à l’extrême nord de la Malaisie.

Le modèle népalais

« Avec seulement 150 individus, le tigre de Malaisie est proche de la disparition dans le milieu naturel », renchérit  Kae Kawanishi, fondatrice de la « Malaysian Conservation Alliance for Tigers » regroupant plusieurs associations luttant pour la survie de l’emblématique félin dans la péninsule du Sud-Est asiatique. « L’extinction du tigre est la crise la plus grave de toute l’histoire de la conservation en Malaisie », a averti la biologiste dans une tribune publiée le mois dernier par plusieurs médias locaux. 

Pour l'instant, entre les gardes des parcs nationaux rémunérés par l’État et les membres, non armés et ne disposant d’aucun pouvoir d’arrestation, des patrouilles organisées par le WWF, à peine une centaine de personnes assurent la protection des grands félins sur le terrain. « Le braconnage est devenu un fléau majeur en Malaisie », relève Elizabeth John, responsable de la communication pour le réseau mondial de surveillance du commerce de faune et de flore sauvages TRAFFIC.

Par ailleurs, les défenseurs du tigre exigent des sanctions pénales réellement dissuasives à l’encontre des trafiquants.

TAMAN NEGARA

Vue du parc national de Taman Negara, nommé ainsi en 1957 lors de l’indépendance de la Malaisie. Couvrant à présent 4.343 km2, il portait auparavant le nom de George V, souverain de l'Empire britannique du 6 mai 1910 jusqu'à sa mort survenue le 20 janvier 1936 (photo Vladimir Yu. Arkhipov).

Arrivé à la tête de l’État en mai 2018 après la défaite de la coalition au pouvoir depuis 61 ans, le nouveau gouvernement envisage de déployer l'armée dans la jungle afin de combattre les braconniers, pour beaucoup originaires de Thaïlande, du Vietnam et du Cambodge. Au Népal, cette approche a permis de quasiment multiplier par deux en dix ans la population de tigres, passée de 121 individus en 2009 à 235 spécimens en 2018. Espérant disposer du renfort de quelque 1.500 militaires, Xavier Jayakumar, le ministre de l'eau, de la terre et des ressources naturelles, a annoncé que les premiers soldats pourraient être à pied d’œuvre dès le premier trimestre 2019.

Scientifiquement dénommé en l’honneur de  l’écrivain et photographe anglais Peter Jackson (1926-2016) qui dirigea notamment le groupe des spécialistes des félins de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le tigre de Malaisie (Panthera tigris jacksoni) est classé depuis 2014 « en danger critique » d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’ONG de conservation de la nature.

En Europe, cette sous-espèce est actuellement présentée dans neuf établissements zoologiques dont, en France, le Natur'Zoo de Mervent (85), le Parc des félins à Lumigny-Nesles-Ormeaux (77) et Planète Sauvage à Port-Saint-Père (44). Le tigre de Malaisie ne bénéficie toutefois d’aucun programme d'élevage européen en captivité (EEP).

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