Biodiversité, faune & conservation

24 février 2021

Quand les lions indiens sortent de leur réserve

Après l’incursion d’une lionne vendredi 12 février 2021 sur le parking d’un hôtel quatre étoiles puis dans des zones résidentielles de la ville de Junâgadh, le débat sur la relocalisation des grands félins vivant à l’extérieur du parc national et sanctuaire faunique de Gir a resurgi à la Une de la presse indienne. Selon le département des forêts de l’État du Gujarat, près de la moitié des lions d’Asie sauvages évoluent désormais en dehors de cette aire protégée de 1.153 km2 se trouvant à l’ouest de l’Inde.

En effet, la population vivant dans les forêts du Gujarat a augmenté de 29% entre 2015 et 2020, passant de 523 à 674 individus, malgré une épizootie de maladie de Carré ayant provoqué la mort de 36 spécimens en 2018. En 1968, l'Inde comptait seulement 177 lions survivant dans le milieu naturel.

COUPLE DE LIONS ASIATIQUES DANS LE PARC NATIONAL DE GIR

Lions asiatiques s’accouplant dans le parc national de Gir (photoSumeet Moghe).

Le dernier recensement a eu vendredi 5 et samedi 6 juin 2020. Recourant à la méthode de comptage par blocs et à un logiciel de statistiques, il a mobilisé quelque 1.400 personnes et a utilisé la localisation par satellite, les marques d'identification individuelle ainsi que les données des colliers émetteurs. L’évaluation des effectifs de lions d’Asie a lieu tous les cinq ans. À la fin du printemps dernier, la population de ces emblématiques prédateurs s’élevait à 309 femelles, 206 mâles, 137 lionceaux et 22 individus non clairement identifiés.

Envoyés au zoo

Plusieurs voix s’élèvent aujourd’hui pour prôner le transfert d’une partie des félins évoluant hors du parc de Gir dans d’autres secteurs protégés. « Je crois souhaitable que les lions vivent dans des espaces forestiers plutôt qu’à proximité des zones urbaines, au risque de voir les conflits homme-faune s’intensifier », estime ainsi Priyvrat Gadhvi, membre du conseil d'État du Gujarat pour la faune sauvage. « Il est grand temps de songer au sanctuaire de Barda », renchérit Bhushan Pandya, membre du conseil national de la faune sauvage. « Le département des forêts devrait déplacer certains félins dans ce territoire apte à les accueillir. Il est préférable de transférer des lions à Barda plutôt qu’au zoo de Sakkarbaug ou que de les relâcher dans un endroit déjà surpeuplé. »

Selon la presse indienne, l’établissement situé dans la ville de Junagadh abriterait actuellement près de 90 lions d’Asie ! Jeudi 28 janvier dernier, huit félins capturés dans le district de Rajkot ont été envoyés dans ce zoo où ils sont toujours maintenus malgré les protestations des défenseurs de la faune sauvage. En effet, ces animaux (parmi lesquels sept juvéniles dont six femelles) n’ont attaqué aucun habitant et ne sont porteurs d’aucune maladie. Les autorités auraient décidé de leur capture à titre préventif, à l’approche d’élections locales…

CENTRE D'ACCUEIL DU PARC NATIONAL DE GIR

Centre d’accueil du parc national et sanctuaire faunique de Gir (photo Dassharathsinh Bodana).

Le département des forêts de l’État du Gujarat espérait que les lions rejoindraient naturellement, au cours de leur dispersion, le sanctuaire de faune de Barda où leur présence était attestée jusqu’à la fin du XIXème siècle. Couvrant 192 km2 à une centaine de kilomètres à l’ouest du parc national de Gir, ce site dispose en effet d’une forte densité de proies potentielles – cerfs axis (Axis axis), sambars (Rusa unicolor) ou encore sangliers indiens (Sus scrofa cristatus) – notamment issus de centres d’élevage. Toutefois, le tracé d’une route nationale entrave les déplacements des lions, hésitant à traverser ce ruban de bitume. Par ailleurs, la présence de bovins à l’intérieur même du sanctuaire constitue une source de tensions potentielles en cas de retour des lions. Un transfert officiel de ces prédateurs nécessiterait de reloger quelque 400 familles maldhari, une communauté de bergers tribaux du Gujarat. Or cette question se semble pas d’actualité. « Pour le moment, nous n’envisageons pas de déplacer ces éleveurs », assure en substance D. T. Vasavada, conservateur en chef des forêts au Bureau de l'environnement du district de Junagadh. Un autre programme préconise le déplacement de lions vers une zone protégée de 109 km2 dans la forêt de Bhavnagar Amreli, à environ 100 km à l’est du parc de Gir.

Une affaire d’État

Initié dès 1993, le projet de la réintroduction de lions dans le Madhya Pradesh, au cœur du sous-continent, n’a jamais vu le jour, le Gujarat s’opposant à tout transfert de « ses » lions considérés comme un « trésor » d’État. La question du déplacement dans l’ancien sanctuaire faunique de Kuno – érigé au rang de parc national en 2018 est devenue un enjeu politique. Dès 2004, le gouvernement du Gujarat a ainsi refusé de se séparer des 19 félins prévus pour la relocalisation, le ministre d'État aux forêts de l'époque  déclarant publiquement qu’« il n’était pas nécessaire de déplacer les lions de Gir et que les autorités du Gujarat assuraient leur survie sur place ».

Face cette opposition, le département des forêts du Madhya Pradesh a envisagé, en 2009, d’accueillir dans le sanctuaire de Kuno des lions asiatiques élevés dans des zoos. Là encore, le gouvernement du Gujarat a combattu cette suggestion, avançant plusieurs arguments dont l’absence d’une densité de proies suffisantes dans cette zone, l’inefficacité du Madhya Pradesh à protéger efficacement les tigres présents dans le parc national de Panna ou encore le projet de relâcher à Kuno des guépards africains, un dessein jugé incompatible avec la réintroduction de lions (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2020/01/29/37982898.html).

La position du Gujarat a subi un revers lorsque, le 15 avril 201, la Cour suprême d'Inde a estimé que le transfert vers Kuno relevait de l’intérêt supérieur des animaux. La plus haute juridiction du pays balayait les objections du gouvernement du Gujarat et ordonnait même que la relocalisation ait lieu dans un délai de six mois. Le 1er juillet 2013, le gouvernement du Gujarat demandait à la Cour suprême de revoir son arrêt, proposant en contrepartie la création d’une seconde aire protégée dédiée dans cet État frontalier du Pakistan. La réticence persistante des autorités du Gujarat à se séparer de quelques lions avait été alors très critiquée par certains écologistes.

La requête en révision contre le déplacement des lions sauvages de la forêt de Gir vers le Madhya Pradesh a été finalement été rejetée par la Cour suprême le 14 août 2014 mais, à ce jour, aucun transfert n’a eu lieu. Longtemps farouchement opposés au départ de lions vers la « province du Centre », des activistes du Gujarat défendent aujourd’hui cette solution, préférable à leurs yeux au maintien en captivité dans l'enceinte du zoo de Sakkarbaug.

LION D'ASIE MALE

Anatomiquement, le lion d’Asie se distingue par une poche de peau s’étendant sous le ventre jusqu'aux pattes postérieures. Ce gousset est rarement développé chez les lions africains. En outre, le crâne des lions persans présente des bulles tympaniques moins gonflées et un foramen infra-orbitaire plus souvent divisé (photo Impvjoshi).

Malgré les actuelles controverses taxonomiques, le lion d’Asie est toujours reconnu comme une sous-espèce à part entière (Panthera leo persica) par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Après avoir été considéré comme en « danger critique » entre 2000 et 2008,  il est aujourd’hui classé « en danger ». En Europe, le programme d’élevage en captivité (EEP / « EAZA Ex situ Programmes ») de ce félin est géré, sous l’égide de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), par le zoo d’Aalborg, au Danemark.

Selon le site Zootierliste, cette sous-espèce est visible dans presque une cinquantaine d’établissements du Vieux Continent. Elle est hébergée en France par le parc animalier du Pal (03), le Zooparc de Trégomeur (22), les zoos de Besançon (25), Montpellier (34), La-Boissière-du-Doré (44), Maubeuge (59), Lyon (69) et Mulhouse (68), ainsi que par le Parc des félins de Lumigny-Nesles-Ormeaux (77). Elle est maintenue en Suisse par le zoo de Zurich et, en Belgique, par celui de Planckendael.


12 février 2021

Les vipères aspic et péliade (enfin) intégralement protégées en France

Publié jeudi 11 février 2021 au Journal officiel, l’arrêté ministériel du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire français et les modalités de leur protection acte l'interdiction de tuer ou maltraiter l’ensemble des serpents dont, désormais, les vipères. Mis en consultation publique en novembre 2019, le texte n’avait pas connu de mise à jour depuis 2007 (https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=etQVwTnr_fngrhTfub4e99CWae1u63ZO6Nh5ySR3wgs).

« La version en consultation eavait choqué le monde naturaliste tant les ajustements proposés étaient marginaux au regard de la multiplication des cris d’alarme des scientifiques sur l’effondrement de la biodiversité auquel les reptiles et amphibiens n’échappent pas », souligne la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) dans un communiqué. « Après 14 ans d’alerte sur les carences et erreurs du texte de 2007, une forte mobilisation collective au côté de la Société herpétologique de France a permis d’attirer l’attention du ministère de la Transition écologique […] et débouche sur la protection de toutes les espèces de serpents. Tout contrevenant s’expose à 2 ans d’emprisonnement et 150.000 € d’amende. Leurs milieux de vie sont également préservés et devront dorénavant être pris en compte dans l’aménagement de nos territoires », se félicite la LPO.

Le projet d’arrêté prévoyait en effet que les vipères aspic et péliade pouvaient encore être détruites malgré leur état de conservation « alarmant » pour la Société herpétologique de France (SHF). « Les études réalisées montrent un déclin sévère de la vipère aspic en France et en Italie », précise la SHF. « Très vulnérable aux changements climatiques, la vipère péliade devrait voir sa population réduire fortement dans les années à venir. »

VIPERE PELIADE

Vipère péliade (photo Benny Trapp)

Selon la SHF, l’argument de sécurité mis en avant pour justifier l’autorisation de destruction de ces vipères ne tient pas, « les cas de morsures étant extrêmement rares en France et qu’aucun décès n’ayant été enregistré depuis 2003 ». Au contraire, « tenter de tuer une vipère expose justement au risque de morsure quand la meilleure attitude à adopter face à ce reptile reste de lui laisser prendre la fuite ». « Plusieurs pays européens comme la Belgique (1973), l’Allemagne (1976) ou la Suisse (1991) protègent  ces deux espèces depuis plusieurs années sans qu’aucune augmentation du nombre d’envenimation n’ait été enregistrée ».

Les grenouilles devront attendre

Par ailleurs, le projet d’arrêté permettait d’accorder des autorisations de 3 ans aux structures pratiquant la pêche et la capture de la grenouille rousse à des fins commerciales. Or « ces prélèvements représentent plusieurs millions d’individus collectés chaque année dans les milieux naturels alors même que l’espèce souffre déjà de l’assèchement de certaines zones humides, de la disparition des sites de pontes et de l’introduction des poissons dans les lacs de montagne », rappelle la SHF.

Hydride entre la grenouille rieuse et la grenouille de Lessona, la grenouille commune s’avère particulièrement difficile à distinguer, même aux yeux des spécialistes. Pourtant, le texte initial envisageait sa collecte à des fins non commerciales, malgré les forts risques de confusion avec les deux autres espèces, intégralement protégées. « Ces pêches fragilisent non seulement la viabilité de ces amphibiens sur le long terme mais aussi celle d’espèces voisines », estime la LPO.

GRENOUILLE ROUSSE

Grenouille rousse (photo Onésime)

En attendant la révision législative espérée, des recherches sur l’impact de l’exploitation commerciale de la grenouille rousse, notamment en région Bourgogne-Franche-Comté, ont été engagées. Et le ministère doit lancer une étude juridique sur la cohérence entre les dispositions réglementaires encadrant la pêche des grenouilles rousses et vertes et un statut de protection plus fort de ces taxons. D’ici la conclusion de ces travaux, le collectif d’associations mobilisées pour une législation défendant plus efficacement de ces anoures appelle les préfets à ne pas publier d’arrêté autorisant leur capture.

Le genre Vipera regroupe une vingtaine d’espèces réparties en Europe, en Asie et en Afrique du Nord. Quatre d'entre elles sont présentes en France métropolitaine : la vipère aspic (Vipera aspis), la vipère péliade (V. berus), la vipère de Séoane (V. seoanei) et la vipère d’Orsini (V. ursinii).

Si la vipère aspic est considérée comme une « préoccupation mineure » sur la liste rouge hexagonale établie par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), les vipères péliade et de Séoane sont jugées « vulnérables » – c’est-à-dire confrontées à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, la vipère d’Orsini étant estimée « en danger ». La vipère aspic figure toutefois dans la catégorie « vulnérable » sur les listes rouges des ex-régions Aquitaine et Midi-Pyrénées.

Les grenouilles rousse (Rana temporaria), rieuse (Pelophylax ridibundus) et commune (Pelophylax kl. esculentus) sont globalement classées en «préoccupation mineure », la grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae) étant « quasi menacée ».

Les statuts des  reptiles et amphibiens de métropole ont été actualisés en 2015.

08 février 2021

Léopard de Perse : des observations porteuses d’espoir en Arménie

Un nouveau léopard de Perse vient d’être identifié en Arménie, grâce à des images prises par des pièges photographiques dans le refuge de la faune sauvage du Caucase (Caucasus Wildlife Refuge / CWR), situé au sud-ouest du pays.

Cet individu est le cinquième recensé dans cet État du Petit Caucase depuis 2013 et la mise en place du suivi des grands félins par la Fondation pour la préservation de la vie sauvage et des biens culturels (Foundation for the Preservation of Wildlife and Cultural Assets / FPWC).

En outre, son arrivée offre l’espoir de l’installation d’une population reproductrice, le spécimen observé étant probablement une femelle. « Cela signifierait un réel espoir pour l’avenir de cette sous-espèce en Arménie », s’enthousiasme Ruben Khachatryan, le directeur de la FPWC. Baptisée Nova, la nouvelle panthère a en effet été repérée dans la même zone du CWR qu’un jeune mâle prénommé Neo. Pour les spécialistes, il est improbable que deux mâles évoluent aussi près l’un de l’autre. Et ces deux spécimens ont également été photographiés par l’antenne arménienne du Fonds mondial pour la nature (WWF-Armenia) dans la réserve d'État de la forêt de Khosrov, contiguë au CWR. La dernière trace d’une femelle dans cette aire protégée, fondée en 1958, remonte à l’époque où l’Arménie se trouvait sous domination soviétique.

PANTHERE DE PERSE EN ARMENIE

Léopard de Perse en Arménie (Photo FPWC)

Jadis répandu dans toute l’Arménie, le léopard de Perse (Panthera pardus saxicolor) a longtemps été persécuté avant d’être légalement protégé seulement à partir de 1987. Malgré l’interdiction de la chasse, sa population n’a cessé de décliner depuis, « en raison de la fragmentation de son habitat et de la raréfaction de ses proies à cause du braconnage », souligne M. Khachatryan. En outre, la seconde guerre du Haut-Karabagh, du 27 septembre au 10 novembre 2020, s’est déroulée dans des secteurs hébergeant des léopards. « Les bombardements ont dévasté des écosystèmes importants mais le CWR a été heureusement épargné », précise M. Khachatryan.

Créé en 2010 par le FPWC en tant que zone protégée privée, le refuge de la faune sauvage du Caucase s'étend sur 26.300 hectares de la frontière avec la République autonome du Nakhitchevan, en Azerbaïdjan, au Haut-Karabakh, en passant par les régions d'Ararart et de Vayots Dzor. Ce point chaud de la biodiversité en Transcaucasie abrite en particulier des mouflons d’Arménie (Ovis gmelini gmelini) et des chèvres égagres (Capra aegagrus), deux caprins classés « quasi menacés » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Mise en ligne jeudi 4 février par la FPWC, cette vidéo dévoile quelques images de Neo et de Nova, cette (probable) femelle tant espérée…

Estimations à revoir

Depuis la mise à jour de la liste rouge mondiale de l'UICN en 2016, aucun statut n’est attribué à la panthère de Perse dans l’attente de données fiables concernant ce taxon qui était considéré comme « en danger » depuis 1996.

Sur la foi des estimations nationales, le nombre total d’individus matures était alors évalué entre 871 et 1.290. Les recensements « bruts » (adultes, subadultes et juvéniles) mentionnaient 550 à 850 spécimens en Iran, de 200 à 300 en Afghanistan, entre 78 et 90 au Turkménistan, moins de 10 à 13 en Arménie et en Azerbaïdjan, 3 ou 4 léopards dans le Haut-Karabakh, moins de 5 en Géorgie comme en Turquie et moins de 10 dans le Caucase du Nord russe où les premières réintroductions ont eu lieu durant l’été 2016 (http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/09/26/34362558.html).

Le morcellement de son territoire, avec des sous-populations éloignées et trop petites dont aucune ne dépasserait cent adultes, constitue aujourd’hui la principale menace pour la survie du léopard de Perse. L’aménagement de corridors dans le Caucase fait figure d’urgence. En raison de l’anthropisation de leur milieu, les panthères sont contraintes de se réfugier dans des étendues montagneuses, naturellement discontinues et inadaptées à leurs besoins. Ce phénomène renforce les effets du fractionnement de leur distribution. Lors de leur dispersion, les sudadultes doivent traverser des environnements hostiles, risquant en particulier d’être abattus pour avoir attaqué, effectivement ou non, du bétail.

Le braconnage direct reste rare mais a un impact important sur la viabilité des sous-populations, notamment dans la chaîne du Caucase où la disparition d’un seul individu compromet la stabilité démographique.

En Europe, le programme d’élevage en captivité (EEP / « EAZA Ex situ Programmes ») de ce félin est géré, sous l’égide de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), par le zoo portugais de Lisbonne.

Selon le site Zootierliste, cette sous-espèce est maintenue dans une quarantaine d’établissements du Vieux Continent. Elle est hébergée en France par le ZooParc de Beauval (41), les zoos de Champrepus (50) et d’Amnéville (57) et le Parc des félins de Lumigny-Nesles-Ormeaux (77) et, en Suisse, par le parc zoologique Dählhölzli, à Berne.

Sources : Panorama,  FPWC, UICN, Zootieliste.

Voici une seconde vidéo présentant des images de panthères de Perse prises durant l’année 2020, dans la réserve d'État de la forêt de Khosrov, au sein du parc national d'Arevik, à la pointe méridionale de l’Arménie, et dans la région du Tavush, au nord-est du pays :

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18 janvier 2021

Nouvelle étape dans la lutte pour sauver le rhinocéros blanc du Nord

Jeudi 14 janvier 2021, le Kenya a annoncé la création, fin décembre, de deux nouveaux embryons de rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni) par une équipe internationale menée par le Pr Thomas B. Hildebrandt, de l'Institut Leibniz de recherches zoologiques et pour les animaux sauvages de Berlin (Allemagne). Cette sous-espèce est désormais uniquement représentée par deux femelles, Najin et Fatu, une mère et sa fille respectivement âgées de 31 et 20 ans.

Dimanche 13 décembre dernier, les scientifiques ont prélevé 14 ovocytes des ovaires de Fatu, née le 29 juin 2000 au zoo tchèque de Dvůr Králové et vivant désormais dans la réserve kényane d’Ol Pejeta. Les gamètes femelles ont été incubés au laboratoire Avantea, à Crémone (Italie). Huit d'entre eux ont été fécondés avec le sperme de Suni, venu au monde le 8 juin1980 – lui aussi dans le parc animalier d'Europe centrale – et mort de causes naturelles le 17 octobre 2014 à Ol Pejeta. Deux ovocytes se sont développés en embryons viables et sont actuellement stockés dans de l'azote liquide au côté des trois produits lors de précédentes interventions, en attendant d’être transférés dans l'utérus de mères porteuses de la sous-espèce australe (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2020/01/18/37949787.html).

En revanche, aucun embryon n'a été produit à partir des ovocytes de Najin, sans doute en raison de son âge avancé. « En outre, cette femelle  présente  une grosse tumeur abdominale », précisent les chercheurs. « Au stade actuel, celle-ci ne provoque pas de soucis de santé aigus mis peut toutefois entraver le fonctionnement des organes reproducteurs. »

Par ailleurs, si les prélèvements d’ovocytes ont pris du retard l’an passé à cause de la pandémie de Covid-19, le programme ne devrait plus connaître d’interruption cette année. La prochaine étape consistera à préparer l’implantation des embryons dans l’utérus de femelles rhinocéros blanc du Sud (C. s. simum).Dans cette perspective, un mâle reproducteur a été transféré en novembre 2020 du sanctuaire kényan Lewa Wildlife Conservancyà Ol Pejeta, où il a été stérilisé au moyen d’un procédé non chirurgical peu invasif. Dès la confirmation du succès de l’opération en mars prochain, cet individu sera constamment surveillé. En effet, son comportement devrait indiquer de manière fiable, et sans risque de fécondation, le cycle de reproduction des mères porteuses potentielles, un critère crucial afin de transférer les précieux embryons au moment le plus approprié.

Voici la vidéo d’un reportage réalisé novembre dernier par la chaîne de télévision française France 24 sur la tentative des scientifiques d’éviter l’extinction du rhinocéros blanc du Nord :

01 janvier 2021

Belle et heureuse année 2021

VOEUX BIOFAUNE 2021

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28 février 2020

Une étude génétique valide l’existence de deux espèces de pandas roux

Selon un article publié mercredi 26 février 2020 dans la revue Science Advances, la population de pandas roux comprend deux espèces distinctes, l’un dite de l'Himalaya (Ailurus fulgens), l’autre de Chine (A. styani).

Si deux sous-espèces étaient admises sur la base de différences morphologiques et biogéographiques – certains auteurs défendant même l’existence de deux espèces, cette classification demeurait controversée en raison d'un manque de preuves génétiques, compromettant d’après certains les efforts de sauvegarde de ce mammifère.

Pour combler cette lacune, une équipe conduite par Yibo Hu, biologiste à l’institut de zoologique de l'Académie des sciences de Pékin (Chine), a séquencé l'ensemble du génome de 65 individus, conservés dans des musées ou maintenus en captivité, en extrayant leur ADN d'échantillons de sang, de muscle ou de peau. « Les analyses de ce matériel, de 49 chromosomes Y et de 49 génomes mitochondriaux attestent génétiquement de la divergence des espèces de pandas roux », assurent les auteurs de ces travaux. Ce phénomène serait advenu voici quelque 220.000 ans, lors du premier goulot d'étranglement génétique des deux espèces provoqué par l'avant-dernière période glaciaire.

En outre, le panda de l'Himalaya aurait subi une réduction drastique de sa population à trois reprises, dont la dernière il y a 90.000 ans, avec à la clé une diversité génétique réduite ainsi qu’un déséquilibre de liaison et une charge génétique élevés.

De son côté, le petit panda « chinois » a connu deux déclins notables de ses effectifs, vraisemblablement liés à des phases de glaciation, dont il s’est rétabli à chaque fois. De taille légèrement supérieure, il possède un crâne plus large et plus long, avec une convexité frontale davantage prononcée. Sa robe présente une teinte rouge plus soutenue avec moins de blanc sur la face et une queue aux anneaux bien marqués. 

PANDA ROUX DE L'HIMALAYA

Panda roux, présenté comme appartenant à la (sous-)espèce « himalayenne »,  en captivité au parc animalier et botanique de Branféré, dans le Morbihan (photo Ph. Aquilon).

Nouvelle frontière

Jusqu’à présent, il était établi que l’aire de répartition du panda de l’Himalaya couvrait le Népal, le Bhoutan, le nord de l’Inde et de la Birmanie, le Tibet et l’ouest de la province chinoise du Yunnan, celle de son congénère se limitant à cette dernière division administrative et à celle du Sichuan. La Salouen, deuxième plus long fleuve d’Asie prenant sa source sur le plateau tibétain pour se jeter après 2.815 km en mer d'Andaman, était considérée comme la frontière naturelle entre les deux (sous-)espèces.

Les conclusions de ces recherches remettent en cause ces distributions et leur délimitation par le cours de la Salouen.  En effet,  les individus vivant au sud-est du Tibet et dans la partie septentrionale du Myanmar appartiendraient à la population dite chinoise, les spécimens habitant dans le sud-est du Tibet et au nord du Myanmar faisant partie de l’himalayenne. Dès lors, le Yalu Zangbu – le cours du Brahmapoutre au Tibet de sa source principale au glacier d’Angsi à son entrée en Inde – « constitue très probablement la démarcation géographique  entre les deux espèces ». Cette hypothèse demande toutefois confirmation avec l’examen de prélèvements supplémentaires en provenance du Bhoutan comme d'Inde.

« Bien qu'il existe une différenciation génétique évidente entre les populations étudiées, en l’absence d’échantillons provenant de ces deux zones, il reste difficile d’affirmer l’existence de deux espèces distinctes », estime Jon Slate, professeur en génétique évolutive à l'Université de Sheffield, au Royaume-Uni.

YALY ZANGBU

Vue du Yalu Zangbu depuis le monastère de Ganden, situé à près de 4.300 m d’altitude et à une quarantaine de km au nord-est de Lhassa, dans le district administratif de Dagzê (photo Antoine Taveneaux).

« Afin de préserver l'unicité génétique des deux taxons, nous devons éviter leur croisement en captivité », souligne de son côté M. Hu, prônant également la mise en place de trois unités de gestion différentes pour la protection in situ du petit panda « chinois ». En effet, les tests ont mis en évidence trois groupes génétiques au sein de cette population, dont celui de la région de Qionglai, dans le Sichuan, « à la plus faible diversité génomique. « Son potentiel d'évolution génétique requiert donc une grande vigilance. »

D’après la base de données Zootierliste, l’ensemble des petits pandas maintenus dans les parcs animaliers du Vieux Continent appartiennent à la (sous-)espèce himalayenne. Ils bénéficient d’un programme d’élevage en captivité (EEP) de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), géré par le zoo de Rotterdam, aux Pays-Bas.

Principalement menacé par la perte, la fragmentation et l'anthropisation de son habitat, le changement climatique et le braconnage, le panda roux, alors jugé « vulnérable », a été reclassé en 2015 « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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25 février 2020

L’histoire évolutive du chien : entre mystères et controverses

Que sait-on de la domestication du chien ? Quelle influence a-t-elle eu sur ses transformations au fil des millénaires ?

Afin de retracer l’histoire évolutive ayant conduit de l’apparition des canidés dans la branche des mammifères à la naissance de Canis lupus familiaris, sous-espèce du loup gris, l’émission La Méthode scientifique, diffusée du lundi au vendredi de 16 à 17 heures sur France Culture, a accueilli lundi 13 janvier 2020 Eva-Maria Geigl, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et coresponsable d’une équipe de paléogénomique à l’institut Jacques-Monod de Paris, et Christophe Hitte, ingénieur de recherche au sein de l’institut Génétique et développement de l’Université Rennes 1 (www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-emission-du-lundi-13-janvier-2020).

La découverte du corps congelé d’un jeune canidé dans le pergélisol durant l’été 2018 par des chasseurs de défenses au nord-est de la ville russe de Yakoutsk, en Sibérie centrale, a mis la communauté scientifique en émoi. Baptisé Dogor (« ami » en yakoute), cet animal – à la fourrure, aux dents et même aux cils intacts – est mort à l’âge de deux mois voici 18.000 ans, ont révélé lundi 25 novembre 2019 les chercheurs du centre de paléogénétique de Stockholm (Suède) ayant effectué une datation par le radiocarbone.

Vivant dans la fourchette estimée de la divergence, à une époque peut-être proche de la distinction des lignées, Dogor pourrait être un loup moderne ou un très jeune chien du Pléistocène tardif, voire témoigner d’un cul-de-sac évolutif.

DOGOR

Découvert par des chasseurs d’ivoire près du fleuve de l’Indiguirka, dans la République de Sakha (ex-Iakoutie), en Sibérie centrale, Dogor a été présenté lundi 2 décembre 2019 au Musée du mammouth, à Iakoutsk (photo Sergey Fedorov / Université fédérale du Nord-Est Ammosov).

Les premières analyses génétiques n’ont pas permis de résoudre cette énigme paléozoologique. L’occasion pour l’archéozoologue et biologiste Jean-Denis Vigne, directeur de recherche au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), de présenter au micro de France Culture les outils pluridisciplinaires aujourd’hui à la disposition des chercheurs pour mieux cerner les origines et les étapes de la domestication.

S’il est désormais établi que le chien descend bien du loup et non du chacal ou du coyote, de nombreuses interrogations restent en suspens.

Les controverses entre paléontologues, archéozoologues et génomociens sur la date de domestication restent vives, certains la situant vers 14.000 ans, d’autres la faisant remonter à 33.000 ans. Les chercheurs ayant séquencé l’ADN ancien d’un spécimen baptisé loup de Taimyr, vieux de plus de 30.000 ans et ayant une forte proximité avec le loup comme avec le chien modernes, évaluent par exemple aux alentours de 27.000 ans la séparation de ces deux lignées. Au regard des périodes considérées et des marges d’erreur, la possibilité d’une domestication par l'homme de Néandertal reste d’ailleurs ouverte, admet Christophe Hitt.

« Il est très difficile d’établir une date, souligne de son côté Eva-Maria Geig. Cela dépend de la qualité du génome produit et des méthodes statistiques utilisées pour calculer des divergencesLe doute subsiste toujours. Nous avons une idée des dates mais il est impossible actuellement d’être plus précis. »

Une image incomplète               

La question d’une éventuelle double origine géographique de la domestication divise également les scientifiques. Selon un article paru mardi 18 juillet 2017 dans la revue britannique Nature Communications, tous les chiens descendraient d'une même population de loups domestiqués voici 20.000 à 40.000 ans. « Nos données montrent que tous les chiens modernes dispersés à travers le monde ont été domestiqués à partir d'une unique population de loups », notait alors Krishna Veeramah, coauteur de ces travaux et généticien à l'université de Stony Brook à Brookhaven (États-Unis).

Les chercheurs avaient analysé le génome de deux chiens du Néolithique découverts en Allemagne, l'un vieux de 7.000 ans, l'autre de 4.700 ans. Ils avaient aussi examiné les informations fournies par un chien âgé de 5.000 ans retrouvé en Irlande.
L’équipe avait ensuite comparé ces séquences de génomes anciens avec des données génétiques provenant de 6.649 canidés dont des chiens modernes et des loups.

D’après les conclusions de cette étude, chiens et loups ont divergé génétiquement entre 36.900 ans et 41.500 ans, les chiens de l’Est et de l’Ouest se séparant voici 17.500 à 23.900 ans. La phase de domestication aurait eu lieu entre ces deux événements. En outre, le foyer de domestication d’Europe occidentale se serait éteint, la lignée actuelle de chiens domestiques descendant seulement de celle née en Asie.

Ces résultats contredisent notamment l’hypothèse d’une double domestication du chien défendue par une publication de Science en 2016.

PHENOTYPIE DU CHIEN MODERNE

Le chien moderne présente de très importantes variations phénotypiques comme en témoignent ces quatre races (de gauche à droite et de haut en bas) : le komodor, l’airedale, le shiba et le petit basset griffon vendéen (photos Nikki68 / Wesl90 / Havenkennels et Nathan150).

Comparant des séquences génétiques de 59 chiens anciens dont celui d’Irlande, cette dernière en avait déduit que les populations canines orientales et occidentales s’étaient scindées dans une fourchette comprise entre 6.400 et 14.000 ans. Cet événement étant survenu des milliers d’années après la première apparition du chien connue en Europe et en Asie de l’Est, les auteurs avaient suggéré que le processus de domestication s’était produit à peu près simultanément.

Face à la controverse pour établir où et quand le meilleur ami de l’homme est apparu, « de l’ADN supplémentaire issu du génome d’autres chiens anciens pourrait résoudre définitivement le problème », avait jugé M. Veeramah. « Si nous pouvions obtenir de nouveaux échantillons provenant des quatre coins du monde, cela nous fournirait une image plus complète sur l’histoire des populations de chiens et, probablement, sur leur origine », précisait Adam Boyko, généticien à l’université Cornell dans l’État de New York. « Cependant, nous avons besoin d’échantillons variés, non seulement géographiquement mais aussi dans le temps. »

« Ces deux études incluent certains auteurs communs, souligne Mme Geigl. C’est la science ! On avance, on peut se contredire ! On émet des hypothèses puis on les teste avec les outils à notre disposition. Ces derniers évoluant, on pratique alors de nouveaux tests et on obtient des résultats différents. » « L’abondance d’échantillons nous permettra de synthétiser et d’obtenir des réponses plus consensuelles », assure Christophe Hitte. Les futures analyses génétiques de Dogor permettront peut-être de lever un nouveau coin du voile sur le mystère des origines du chien.

Introgression et plasticité génomique

L’émission aborde également le sujet de l’hétérochonie – la modification de la durée et de la vitesse du développement d’un organisme par rapport à celles de ses ancêtres, en l’occurrence l’extrême rapidité de la variabilité phénotypique à partir d’un patrimoine génétique commun – chez Canis lupus familiaris. « Le chien a été domestiqué très tôt, bien longtemps avant le cheval, la chèvre ou le mouton, rappelle M. Hitte. Les pressions de sélection sont donc très anciennes. Ensuite, le processus de domestication s’avère extrêmement complexe avec des phénomènes d’introgression durant 15.000 ou 20.000 ans et une grande diversité génétique issue de diverses sous-espèces de loups. La sélection purement humaine des chiens moderne remonte, elle, à ces derniers siècles. »

« Dès l’Antiquité, le chien occupe de nombreuses fonctions pour la garde, la chasse ou la guerre. Au Moyen Âge, des variétés de chiens de chasse ont été sélectionnées pour leurs aptitudes et leurs techniques, comme les retrievers, les chiens d’arrêt, les braques ou les limiers. La fixation des caractères s’est produite assez récemment, à partir des XVème et XVIème siècles. Cette notion de standard aboutissant aux races actuelles s’affinera au XIXème siècle avec l’essor de la cynophilie dans les années 1860. Et aujourd’hui le chien est passé d’un emploi purement utilitaire à un registre affectif. »

DOGUE DE FORTE RACE

« Le dogue de forte race », illustration de Jacques de Sève (actif de 1742 à 1788) publiée dans L’Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788).

Composée de 99 pays membres et partenaires, la Fédération cynologique internationale (FCI) reconnaît actuellement 349 races de chiens repartis au sein de dix grands groupes (*).

D’après des travaux conduits par des chercheurs des universités de Princeton et d’Oregon (États-Unis) et publiés mercredi 19 juillet 2017 dans le journal Science Advances, des variations de deux gènes (GTF2I et GTF2IRD1) expliqueraient la grande sociabilité des chiens, davantage que la socialisation acquise au contact des humains. Ces investigations ont toutefois porté sur un nombre très restreint d’individus.

Enfin, la plasticité du génome a permis de créer des chiens morphologiquement très éloignés mais « elle n’a pas encore été bien comprise fondamentalement », conclut Christophe Hitte.

L’histoire du meilleur ami de l’homme recèle bien des mystères.

(*) Groupe 1 : chiens de berger et de bouvier (sauf chiens de bouvier suisses),
groupe 2 : chiens de type pinscher et schnauzer - molossoïdes - chiens de montagne et de bouvier suisses et autres races,
groupe 3 : terriers,
groupe 4 : teckels,
groupe 5 : chiens de type spitz et de type primitif,
groupe 6 : chiens courants, chiens de recherche au sang et races apparentées,
groupe 7 : chiens d’arrêt,
groupe 8 : chiens rapporteurs de gibier - chiens leveurs de gibier - chiens d’eau,
groupe 9 : chiens d’agrément et de compagnie,
et groupe 10 : lévriers.

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01 février 2020

Une tortue génétiquement proche d’une espèce éteinte découverte aux Galápagos

Une expédition scientifique vient de découvrir dans l'archipel équatorien une tortue géante étroitement apparentée à l’espèce disparue de l’île Pinta (Chelonoidis abingdonii), a annoncé vendredi 31 janvier 2020 le parc national équatorien des Galápagos (PNG).

Le dernier représentant connu de ce taxon, officiellement déclaré éteint en 2016 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), était le célèbre « George le Solitaire », capturé en 1971 sur l’île Pinta et mort le 24 juin 2012 au centre de recherche Charles-Darwin, à Puerto Ayora, sur l'île Santa Cruz.

Considérée comme « une grande priorité », cette jeune femelle possède « une importante charge génétique de l'espèce Chelonoidis abingdonii », précisent les autorités du PNG. Cet animal a été identifié lors de recherches conduites aux abords du volcan Wolf (1.710 m), se dressant au nord de l'île Isabela. Entre 10.000 et 12.000 chéloniens vivraient aujourd’hui dans cette zone d’environ 600 km2. Pour les scientifiques, la femelle récemment caractérisée « pourrait descendre directement d'un spécimen pur survivant dans les parages du volcan ».

TORTUE HYBRIDE DE L'ILE PINTA

Cette jeune femelle pourrait descendre d’une pure tortue de l’île Pinta, susceptible de survivre dans le nord de l'île Isabela (photo Galapagos Conservancy).

Durant dix jours, 45 gardes forestiers et scientifiques du PLG et de l'ONG, répartis au sein de 12 groupes, ont sillonné près de 200 km2, prélevant 50 échantillons de sang sur les tortues localisées pour la première fois afin de déterminer leur ascendance génétique. Tous ces reptiles ont été équipés d’une micropuce de reconnaissance.

Une importante population d’hybrides est présente dans cette région abritant des tortues descendant de différentes espèces, dont certaines éteintes. L’explication la plus plausible remonte au XIXème siècle, lorsque les marins, en particulier les chasseurs de baleines, abandonnaient sur le rivage de la baie Banks les animaux capturés ailleurs dans l’archipel lorsqu’ils n’avaient pas besoin de les consommer.

De possibles survivantes

Ces travaux ont permis de localiser 29 autres individus –18 femelles et 11 mâles – présentant un « lignage partiel » avec Chelonoidis niger, la tortue géante de l'île Floreana, considérée comme éteinte depuis le milieu du XIXème siècle et déclarée comme telle depuis 1996. Toutefois, quelques adultes captifs possèdent du matériel génétique « historique » de cette espèce, jusqu’à 80 % du génome considéré pour au moins un animal.

En outre, de précédentes analyses, notamment ADN, avaient déjà permis d’établir qu’entre 100 et 200 tortues évoluant sur les pentes du volcan Wolf possédaient une ascendance partielle de Chelonoidis niger . Aujourd’hui encore, certains spécialistes estiment même possible la survie de spécimens purs.

GEORGE LE SOLITARE

« George le Solitaire », immortalisé ici en 2007, partagea notamment son enclos avec deux femelles génétiquement proches, originaires de l’île Española. Malheureusement, toutes les tentatives de reproduction échouèrent (photo putneymark ).

Les trente tortues récupérées durant cette expédition ont été transférées au centre d'élevage « Fausto Llerena », situé dans l’enceinte de la station Charles-Darwin. À l’issue d’une période de quarantaine, les individus apparentés à Chelonoidis niger rejoindront le programme de reproduction en captivité. Aucune décision n’a encore été prise concernant la jeune parente de « Georges le solitaire ».

Longtemps classés comme des sous-espèces de Chelonoidis nigra, la plupart des lignées phylogénétiques de tortues des Galápagos ont aujourd’hui été érigées au rang d’espèces à part entière.

Sources principales : Galapagos Conservancy, UICN.

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29 janvier 2020

Inde : la Cour suprême valide la réintroduction de guépards africains

Afin d’établir si ces félins peuvent s'adapter à l'environnement du sous-continent, la Cour suprême indienne a autorisé, mardi 28 janvier 2020, une réintroduction expérimentale de guépards originaires d’Afrique. La requête avait été déposée par l'autorité nationale de conservation des tigres (National Tiger Conservation Authority/NTCA), organe statutaire du ministère de l'environnement, des forêts et du changement climatique.

Une première demande avait été rejetée en 2013 au motif qu'aucune étude scientifique ne recommandait alors cette stratégie. En outre, selon un rapport commandé par les juges, l’Inde ne disposait pas d'habitats ayant une densité de proies suffisante pour une telle initiative. En 2018, le gouvernement de l’État du Madhya Pradesh, situé au centre du pays, avait néanmoins demandé à la NTCA de relancer ce projet.

GUEPARD IRANIEN

Arborant une crinière plus saillante sur la nuque et la gorge que ses « cousins » africains, le guépard asiatique se caractérise également par sa queue plus épaisse et la netteté des taches sur son pelage (photo Ehsan Kamali/Tasnim News Agency).

Fort de l’aval de la plus haute juridiction indienne, le gouvernement central doit maintenant identifier les zones susceptibles d’accueillir les relâchés, en particulier au regard de la disponibilité en ressources alimentaires et des risques de conflits avec les habitants.

Parmi différents sites évoqués, un groupe d’experts a déjà relevé le sanctuaire faunique de Palpur-Kuno, dans le district de Sheopur au nord-ouest du Madhya Pradesh, le parc national de Velavadar/Blackbuck couvrant 34 km2 dans le district de Bhavnagar à l’ouest du Gujarat, et le sanctuaire de Tal Chhapar dans le district de Churu,aunord du Rajasthan.

Le coup de grâce de la révolution iranienne

Jadis très répandu – l’empereur moghol Akbar (1542-1605) en ayant possédé jusqu’à un millier, les guépards indiens ont été décimés par la chasse et la perte de leur milieu. Ils ont été officiellement déclarés éteints en 1952, cinq ans après la mort du dernier individu connu.

Dans les années 1970, des négociations ont été menées pour transférer des félins depuis l’Iran tandis que, parallèlement, des mesures étaient adoptées pour accroître les effectifs de gazelles indiennes (Gazella bennettii) et d’antilopes cervicapres (Antilope cervicapra), les proies locales préférées du plus rapide mammifère de la planète. Les négociations ont été interrompues au lendemain de la révolution islamique de 1979.

Des tentatives de clonage ayant ensuite échoué, les partisans de la réintroduction du prédateur ont donc envisagé d’importer des guépards africains, bien que ces derniers appartiennent à des sous-espèces distinctes (*) du guépard asiatique (Acinonyx jubatus venaticus).

L’aire de répartition de cette sous-espèce, classée depuis 1996 « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), s’étendait jadis de la péninsule arabique et du Proche-Orient à l’Inde en passant par l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. Plus au nord, elle couvrait le Caucase et l’Asie centrale. Aujourd’hui, le guépard asiatique, dont la population sauvage s’élèverait à une cinquantaine de spécimens contre 200 dans les années 1970, survit uniquement dans quelques régions iraniennes.

LES GUEPARDS DU MAHARAJA SAYAJIRAO GAEKWAD III

Guépards appartenant à Sayajirao Gaekwad III, maharaja de l'État de Baroda de 1875 à 1939. Ce cliché aurait été pris vers 1890 (photo DR).

« Jusqu’à présent, nous trouvions encore des guépards dans trois grandes zones protégées, déclarait fin 2017 Urs Breitenmoser, coprésident du groupe des spécialistes des félins de l’UICN. Aujourd’hui, ces félins ont disparu du parc national de Kavir. Au sud, ils sont désormais trop rares pour se rencontrer et se reproduire. Les seuls signes d’une présence assez importante pour maintenir une population pérenne se trouvent dans le nord de l’Iran, dans l’enceinte du parc national de Khar Turan et dans le refuge pour la faune sauvage de Miandasht. »

Appartenant à la sous-espèce d’Afrique australe, les individus envisagés dans le cadre du programme indien devraient être transférés depuis la Namibie.

Polémique et priorités de sauvegarde

Ce plan suscite toutefois de vives controverses parmi les défenseurs de l’environnement et les scientifiques. Le degré des différences génétiques entre le guépard asiatique et son cousin d’Afrique méridionale divise ainsi les experts. « Implanter des guépards namibiens en Inde équivaudrait à relâcher un lion d’Afrique dans un parc naturel européen, estime en substance Pamela Burger, chercheuse au laboratoire « Génétique des populations et conservation » de l'Université de médecine vétérinaire de Vienne, en Autriche. Ce sera un lion africain vivant en Europe, mais pas un lion européen. » Les guépards asiatiques auraient divergé de leurs congénères du continent africain voici 32 000 à 67 000 ans.

Par ailleurs, pour certains conservationnistes, aucun des lieux (ne dépassant pas 1.000 km2) suggérés pour les réintroductions ne sera assez vaste ou densément peuplé en proies. « Nous sommes incapables de délocaliser les lions du Gir décimés par le virus de la maladie de Carré mais nous voulons réintroduire des guépards avec lesquels nous n'avons aucune expérience », déplore le biologiste Ravi Chellam.

« Caractéristique des priorités mal placées, ce dessein va nuire aux efforts de sauvegarde des espèces en danger déjà présentes en Inde », renchérit Ritwick Dutta, avocat spécialisé dans la protection de la nature et cofondateur, en 2005, de l'Initiative juridique pour la forêt et l'environnement (Legal Initiative for Forest and Environment/LIFE).

GUEPARD DANS LE SUD NAMIBIEN

Guépard marquant son territoire par un jet d’urine dans le sud de la Namibie (photo Joachim Huber).

Déplacer de vulnérables guépards africains au sein de nouveaux milieux favorisera leur viabilité à long terme, soutiennent d’autres écologistes. Créé en 1990 par Laurie Marker, le fonds de conservation du guépard (Cheetah Conservation Fund/CCF), dont le centre de recherche et d’éducation se trouve à Otjiwarongo dans l’est namibien, pourrait sélectionner les félins les plus aptes à la réintroduction en Inde. Ces derniers seraient choisis parmi les animaux ne s’attaquant pas aux troupeaux et les plus méfiants envers les superprédateurs. « Les guépards s’avèrent très adaptables », assure Laurie Marker, assez optimiste sur la réussite d’une éventuelle réintroduction.

Celle-ci débutera uniquement lorsque les habitats potentiels auront été soigneusement évalués, promettent en outre ses partisans, au premier rang desquels figure l'ancien ministre de l'environnement, Jairam Ramesh, ayant lancé ce programme en 2010. « Le mot anglais pour guépard, "cheetah ", vient du terme sanscrit "chitra" signifiant tacheté, a twitté M.Ramesh. Il est le seul mammifère traqué jusqu'à l'extinction dans l'Inde moderne. »

(*) Quatre sous-espèces africaines sont aujourd’hui admises, en l’occurrence celles d'Afrique du Nord-Ouest (Acinonyx jubatus hecki), d'Afrique du Nord-Est ou du Sahara (A. j. soemmeringii), d'Afrique de l'Est (A. j. raineyi) et d’Afrique australe (A. j. jubatus).

Sources principales : Hindustan Times, The Guardian, The Atlantic, UICN.

18 janvier 2020

Rhinocéros blanc du Nord : un troisième embryon conçu par fécondation in vitro

Le mois dernier, des chercheurs ont de nouveau prélevé des ovocytes de rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni) et fécondé avec succès l’un deux dans l’espoir de sauver cette sous-espèce désormais uniquement représentée par deux femelles, a annoncé mercredi 15 janvier 2020 l'Institut Leibniz pourla recherche sur la faune sauvage et de zoo (IZW) de Berlin, en Allemagne.

Une opération similaire avait déjà réussi en août 2019. La fécondation artificielle de sept cellules sexuelles issues des deux survivantes par du sperme congelé de deux mâles disparus - baptisés Saut et Suni - avait permis le développement de deux « purs » embryons viables.

Cette intervention a donc été répétée mercredi 17 décembre 2019. Vivant dans la réserve kényane d’Ol Pejeta, Fatu et Najin ont subi une anesthésie générale avant le prélèvement de neuf ovocytes : trois à Najin, née le 11 juillet 1989 au zoo tchèque de Dvůr Králové, et six à sa fille Fatu, venue au monde le 29 juin 2000 dans ce même établissement animalier d'Europe centrale.

Comme la première fois, ces cellules sexuelles ont ensuite été envoyées au laboratoire italien spécialisé Avantea. Là, à Crémone, elles ont été incubées puis mises au contact de spermatozoïdes.

« Un ovule de Fatu fécondé avec du sperme de Suni est devenu un embryon viable, précise l'IZW. Sûre et reproductible, la procédure peut être effectuée régulièrement », assure l’organisme de recherche créé en 1973 sous l'égide de l'Académie des sciences de la République démocratique allemande (RDA). Cet embryon est désormais conservé dans de l'azote liquide avec les deux autres produits en août 2019. Tous trois ont été obtenus avec des ovocytes de Fatu et la semence de Suni, mort de causes naturelles le 17 octobre 2014 à Ol Pejeta.

« La production de ce troisième embryon provenant de Fatu prouve que le programme BioRescue est sur la bonne voie, se félicite le Pr Thomas B. Hildebrandt, chef du département « gestion de la reproduction » de l’IZW. Désormais, notre équipe va tout mettre en œuvre pour parvenir au même résultat avec Najin, avant qu'il ne soit trop tard pour elle. Et nous sommes bien déterminés à transférer un embryon de rhinocéros blanc du Nord dans une mère porteuse dès 2020 afin d’assurer la survie de cette sous-espèce. »

SUDAN

Baptisé Sudan, le dernier rhinocéros mâle du Nord s’est éteint lundi 19 mars 2018 à l’âge de 45 ans dans la réserve kényane d’OI Pejeta. Né en 1973, il fut capturé en février 1975 dans l’actuel Soudan du Sudavec un autre mâle (Saut, alors âgé de 3 ans) et quatre femelles (Nola, Nuri, Nadi et Nesari) pour le compte du zoo de Dvůr Králové. Il y devint le père de Nabire et Najin, respectivement venues au monde en 1983 et 1989, avant d’être transféré le 20 décembre 2009 à la réserve d'Ol Pejeta en compagnie de sa fille Najin, de sa petite-fille Fatu et de Suni, né le 8 juin 1980 dans le parc animalier tchèque (photo Lengai101 avant l’autorisation de Michael Dalton-Smith).

Une affaire de famille

Tous ses pairs ne souscrivent cependant pas à l’optimisme du chercheur. Selon Jacques Rigoulet, vétérinaire et ancien directeur de la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris (2004-2009), la survie du rhinocéros blanc du Nord relève de l’utopie, faute d’une diversité génétique suffisante. « Sauver cette sous-espèce était envisageable il y a vingt ans, lorsqu’elle comptait encore deux ou trois dizaines de spécimens mais, désormais, il est beaucoup trop tard », assurait en 2018 cet expert auprès de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites).

Un avis alors partagé parTerri Roth, en charge du centre pour la conservation et la recherche sur les espèces menacées d'extinction (Center for Conservation and Research of Endangered Wildlife / CREW), et William Swanson, directeur de la recherche animale au sein de cette structure créée en 1986 par le jardin zoologique et botanique de Cincinnati, dans l’Ohio (États-Unis).« Il est improbable qu'une population viable de rhinocéros blancs du Nord soit restaurée », estimaient en substance ces spécialistes n'ayant pas participé aux travaux conduits par l’IZW. « Des résultats impressionnants dans une boîte de Pétri ne signifient pas forcément un troupeau de petits en bonne santé... »

De fait, les trois embryons ont été conçus avec les gamètes d’individus très étroitement apparentés. Issu du milieu naturel et mort en août 2006 au zoo de Dvůr Králové, Saut est en effet le père de Fatu et Suni. Et la génitrice de ce dernier, Nasima, est aussi celle de Najin, la mère de Fatu…

Toutefois des travaux sont actuellement menés à partir de cellules souches de tissus congelés d’autres spécimens pour fabriquer des gamètes artificiels et diversifier ainsi le pool génique.

Pour autant, cette consanguinité ne tempère pas l’enthousiasme des autorités kényanes. « Nous sommes heureux que le projet de fécondation in vitro mené par un consortium de scientifiques et d'écologistes du Kenya, de la République tchèque, d'Allemagne et d'Italie soit parvenu à produire trois purs embryons de rhinocéros blancs du Nord prêts à être implantés dans l’utérus d’une femelle rhinocéros blanc du Sud », s'est réjoui le ministère local du tourisme et de la faune. 

Souffrant pour la première d’une fragilité de l’arrière-train et de lésions dégénératives de l'utérus pour la seconde, Najin et Fatu ne sont plus en mesure de devenir gestantes. Envisagée dès cette année, la prochaine étape consistera donc à sélectionner une mère porteuse au sein de la population de rhinocéros blanc du Sud (C. s. simum). Si celui-ci est considéré comme « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), son « cousin » septentrional est classé depuis 1996 « en danger critique » d’extinction sur la liste rouge de l’ONG mondiale.

À terme, l'objectif est de réintroduire des rhinocéros blancs du Nord dans certaines zones protégées de leur aire de répartition originelle. S’il aboutit, ce projet pourrait prendre plusieurs décennies.

Tournée jeudi 22 août 2019, cette vidéo présente le prélèvement, à l'aide d'une sonde guidée par des ultrasons, de dix ovocytes - cinq par femelle - sur Najin et Fatu. Sept ont pu être inséminés artificiellement grâce à des échantillons de sperme cryogénisé.