Faune, conservation, zoos & biodiversité

17 août 2017

Les excréments des éléphants révèlent leur niveau de stress !

Selon les conclusions d’un article publié mardi 27 juin 2017 dans la revue Conservation Physiology, l’analyse des hormones présentes dans les excréments des pachydermes indique le degré de stress des éléphants d’Asie sauvages.

Plus largement, cette méthode non invasive pourrait contribuer à juger de la pertinence des méthodes de conservation destinées à la sauvegarde des espèces menacées.

Générant la sécrétion de glucocorticoïdes, le stress s’avère bénéfique pour les animaux en leur permettant d’échapper à certaines menaces. En revanche, s’il se prolonge, cet état est susceptible d’affecter la reproduction et la santé des individus concernés, voire de compromettre leur survie.

Les scientifiques de l’Institut indien des sciences (Indian Institute of Science) de Bengalore ont relevé les modifications de l’apparence corporelle, au cours des saisons sèche et humide, de 261 pachydermes vivant au sein des réserves d’éléphants de Mysore et des Nilgiris, au sud du pays.

ELEPHANTS INDIENS DANS LE PARC NATIONAL DE MUDUMALAI

Éléphants sauvages dans le parc national de Mudumalai  (photo Mahendra Pal Singh).

À cette fin, ils ont conçu une échelle graduée de 1 (pour les spécimens les plus maigres) à 5 d’après la visibilité des os des proboscidiens.En parallèle, ils ont recensé les taux de métabolites de glucocorticoïdes fécaux (fGCM) dans les excréments frais des spécimens observés afin de déterminer si les hormones du stress constituaient un indicateur fiable de la condition physique des animaux au fil des saisons. En outre, pour définir des tendances annuelles, neuf éléphantes ont été suivies durant sept ans dans le parc national de Mudumalai, situé dans l'État méridional du Tamil Nadu.

Évaluer les mesures de sauvegarde

Les résultats obtenus révèlent une forte corrélation entre la détérioration de la condition physique des éléphants pendant la période sèche et le pic du niveau d’hormones du stress, en particulier chez les femelles.

« De nombreux travaux s’intéressent au comportement des animaux face au dérangement, estime Sanjeeta Sharma Pokharel, principale auteure de ces recherches. En revanche, ils n’abordent guère les conséquences de ces perturbations sur la santé des animaux. Mesurer les taux de métabolites de glucocorticoïdes fécaux nous renseignera sur la façon dont les éléphants sont affectés à la fois par des facteurs intrinsèques et extrinsèques. Nous sommes les premiers à étudier cela chez des éléphants d’Asie sauvages. »

Les variations soudaines des niveaux de fGCM devraient notamment refléter l’efficacité des programmes de gestion de l’environnement. Victimes de la disparition de leur habitat, les éléphants du sous-continent sont confrontés à une insuffisance de ressources alimentaires et à des bouleversements accrus de leur environnement.

ELEPHANTS D'ASIE AU PARC ANIMALIER BELGE DE PLANCKENDAEL

Éléphants d’Asie en captivité en mai 2017 au parc animalier de Planckendael, près de Malines, en Belgique (Photo Ph. Aquilon).

De telles analyses pourraient aussi utilement contribuer à améliorer la condition des éléphants captifs en jugeant du bien-fondé des aménagements et enrichissements proposés.

Depuis 1986, l’éléphant d’Asie est classé « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette espèce bénéficie d’un programme d'élevage européen en captivité (EEP) initié en 1993 et géré par le zoo néerlandais de Rotterdam (Diergaarde Blijdorp).

Sources : Conservation physiology, The Hindu.

Posté par PhilValais à 08:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


14 août 2017

Bête du Gévaudan : une nouvelle piste préhistorique !

Comme beaucoup d’autres avant lui, Pierric Guittaut prétend lever le voile sur le mystère entourant depuis plus de 250 ans l’identité de « la Bête » ayant terrorisé durant près de trois années l’ancienne province du Gévaudan, au sud du Massif central.

Responsable qualité dans l'industrie aéronautique, cet auteur de romans policiers « ruraux » s’est plongé dans les archives relatives à cette affaire puis a passé au crible les principales hypothèses avant d’échafauder sa propre théorie, inédite.

LA DEVOREUSE

Paru en mai dernier, La Dévoreuse se distingue par la rigueur de l’approche et du travail de recherche, malgré l’absence de notes en bas de page, de bibliographie et de cartographie. Et si l’écrivain sacrifie parfois au style romanesque en relatant les attaques ou la traque de la Bête, ce choix n’altère pas l’intérêt de son enquête.

Pour Pierric Guittaut, les formules dentaires des animaux abattus le 20 septembre 1765 par François Antoine dans un bois proche de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-des-Chazes et le 19 juin 1767 par Jean Chastel à la Sogne d'Auvers sur le versant nord du mont Mouchet apportent la preuve que le ou les Bêtes appartenaient à la famille des canidés. Néanmoins, l’auteur ne croit ni à la culpabilité du loup ni à celle d’un hybride chien x loup, éventuellement dressé à tuer.

Les interrogations critiques à l’endroit de ces deux conjectures constituent peut-être les chapitres les plus intéressants de cet ouvrage. Celles adressées aux accusateurs du loup portent notamment sur les nombreux témoignages directs et crédibles assurant ne pas reconnaître un loup dans la Bête.  « Les paysans d’antan étaient habitués à la présence du loup […] qu’ils avaient l’habitude de voir de très près », souligne M. Guittaut, stigmatisant chez certains historiens « un présupposé sur l’ignorance des populations d’autrefois ».

À plein feu sur la cuirasse

Chasseur et tireur à la poudre noire, l’auteur a également en ligne de mire la supposée cuirasse portée par la Bête, censée la protéger des armes à feu d’après les partisans d’un hybride apprivoisé. À en croire les tests réalisés par Pierric Guittaut, cette assertion vole en éclats à l’épreuve des balles. Quant aux accusations sans la moindre preuve portées à l’encontre du comte de Morangiès et de Jean-Antoine Chastel, elles ne résistent pas à l’examen des sources, comme l’avait déjà démontré Guy Crouzet (1). Tant pis pour les tenants du complot sadique, lequel relève de la fiction…

En revanche, la démonstration visant à infirmer la possible implication d’un hybride « naturel » apparaît moins convaincante. Les ressemblances physiques et comportementales entre les « Bêtes » ayant sévi au XVIIIème siècle dans le Val de Loire (1742-1754), dans le Lyonnais (1754-1756) puis dans le Gévaudan n’impliquent pas forcément une hybridation avec un(e) chien(ne) d’une même race. Il faudra en effet attendre la seconde partie du XIXème siècle pour assister à la standardisation des races canines. Et si la littérature vétérinaire du siècle des Lumières distingue effectivement diverses races, celles-ci doivent « plutôt être considérées comme des types morphologiques car les descriptions étaient sommaires et les types n’étaient pas fixés, rappelle le Dr Hélène Nunes dans sa thèse soutenue en 2005 (2). Les descriptions du chien de berger étaient peu détaillées et assez semblables… [Ils] étaient des mâtins plus petits, au poil plus long et aux oreilles droites. » Le standard de ces derniers, tout comme celui des dogues, « n’était pas bien défini » même si, selon Daubenton (1716-1799), « le train arrière [des mâtins] était plus haut que l’avant » - une caractéristique souvent attribuée à la Bête.

CANIS DIRUS

Squelette de Canis dirus exposé au musée George C. Page de Hancock Park, dans l’enceinte du muséum d’histoire naturelle de Los Angeles, aux États-Unis (photo lora_313).

Fossiles nord-américains

Pierre Guittaut s’engage sur une piste plus hasardeuse en désignant comme coupable les descendants d’un canidé disparu voici près de 10.000 ans et dont les fossiles ont uniquement été retrouvés en Amérique du Nord. S’appuyant en particulier sur une acception qu’il juge oubliée du terme de loup-cervier, l’auteur estime que la ou les Bêtes seraient des canidés porteurs de gènes du « chien redoutable » (Canis dirus). De purs spécimens de cette espèce éteinte ou des individus hybridés avec le loup gris (Canis lupus) auraient traversé le détroit de Béring et se seraient répandus en Eurasie. M. Guittaut suggère ainsi que les canidés attaquant l’homme étaient en fait « des loups communs porteurs de séquences génétiques spécifiques responsables de ce phénotype [celui de Canis dirus] héritées par hybridation ».

Mais alors pourquoi de tels canidés, aux apparitions sporadiques mais pas rarissimes, n’ont-ils pas été clairement identifiés par leurs contemporains comme une « espèce » à part ? Pourquoi ces spécimens aussi « remarquables » n’ont-ils pas été classés au sein d’un taxon propre par les savants de ces temps ? Pourquoi des chasseurs aguerris n’ont-ils pas d’emblée décrit les animaux aperçus, tirés ou abattus comme des loups-cerviers ?

Pierric Guittaut assure avoir trouvé la clef de l’énigme au musée de la nature du Valais de Sion, en Suisse. Cet établissement abrite un canidé naturalisé surnommé le « monstre du Valais ». Abattue par un éleveur du village d’Eischoll le 27 novembre 1947, cette « bête féroce » avait attaqué de nombreux troupeaux dans ce canton méridional à partir du 26 avril 1946. Pour l’auteur, cet animal – dont le squelette est détenu par le muséum d'histoire naturelle de Genève mais dont le crâne est visible à Sion – serait en effet un loup-cervier dont il présenterait les principales caractéristiques morphologiques.

MONSTRE DU VALAIS

Surnommé le « monstre du Valais », le loup d’Eischoll est visible au musée de la nature du Valais, à Sion (photo Nicolas Kramar).

Pourtant, l'examen réalisé par le taxidermiste chargé de  la naturalisation du « monstre » a établi que ce canidé était bien un loup mâle pesant 43 kilos, levant ainsi les doutes des personnes présentes lorsque le cadavre fut déposé au poste de police de Sion. Celles-ci, dont un naturaliste reconnu, n’avaient su affirmer s’il s’agissait d’un loup, d’un chien ou d’un chien-loup. Aux yeux du biologiste et éthologue helvétique Jean-Marc Landry, le « monstre du Valais » présente bien un phénotype de loup européen (3) même si seule une analyse génétique permettrait de trancher définitivement la controverse. Dans l’Italie voisine, l’hybridation du loup avec le chien domestique est aujourd’hui avérée, un phénomène d’ailleurs observé depuis des siècles dans l’aire de répartition du loup. La preuve ultime avancée par M. Guittaut ne semble donc pas de nature à emporter l’intime conviction du lecteur.

Par les questions légitimes qu’il soulève et le sérieux de sa démarche, ce livre mérite de figurer dans la bibliothèque de tout passionné de la Bête.

GUITTAUT Pierric, La Dévoreuse, De Borée, mai 2017, 336 p., 21,50 €.

(1) CROUZER Guy, Quand sonnait le glas au pays de la Bête, Annales du Centre régional de documentation pédagogique de Clermont-Ferrand,  1987, 97 p.

(2) NUNES Hélène, Les races de chiens dans la littérature vétérinaire française du XVIIIe siècle, École nationale vétérinaire d'Alfort, 2005, 102 p.

(3) LANDRY Jean-Marc, « Historique du loup en France », Le Courrier de la Nature, no 278 - Spécial Loup,‎ 2013, p. 18.

Posté par PhilValais à 10:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

18 juillet 2017

Un documentaire dénonce le trafic des bélugas captifs !

La chaîne télévision franco-allemande Arte diffusera, mardi 18  juillet 2017 en prime time, un documentaire inédit consacré aux coulisses du commerce des bélugas captifs.

Émues de la lettre ouverte adressée par l’actrice Kim Basinger au président Vladimir Poutine dénonçant le projet d’importation aux États-Unis de 18 « baleines blanches » capturées en mer d'Okhotsk, trois journalistes et apnéistes russes ont voulu lever le voile sur ce négoce très rentable notamment alimenté, semble-t-il, par le laboratoire d’un biologiste marin en quête de subventions publiques (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/08/20/30447821.html et http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/12/08/33037115.html).

«  Il n’y a pas de mal à ce que nos animaux dressés travaillent pour gagner leur poisson et permettent d’amasser des fonds pour la recherche », estime en substance son responsable...

BELUGAS

(Photo DR)

Au fil de leurs investigations, les trois enquêtrices « dévoilent les coulisses sordides d’un marché lucratif, à mille lieues de ce qui est montré au public lors des spectacles aquatiques », précise le dossier de presse du film. « Des images inédites exposent les impitoyables méthodes employées pour s’emparer de ces mammifères et les conséquences des mauvais traitements qui leur sont infligés tout au long de leur détention. » Les inspecteurs chargés de surveiller la capture des bélugas fermeraient ainsi les yeux en échange d’argent et/ou de caviar.

Si la présence des cétacés dans les établissements zoologiques occidentaux semble aujourd’hui condamnée à plus ou moins brève échéance, le développement des parcs aquatiques en Chine stimule la demande. La Russie serait aujourd’hui le premier fournisseur des delphinariums de l’empire du Milieu.

Classé  « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) jusqu’en 2008, le béluga (Delphinapterus leucas) est désormais considéré comme « quasi menacé ».

° « La souffrance pour seul avenir : les bélugas et leur marchandisation » de Gayane Petrosyan (GB, 2017), 96 mn, Arte, mardi 18 juillet 2017 à 20 h 50. Rediffusion jeudi 27 juillet 2017 à 9 h 40.

Posté par PhilValais à 02:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 mai 2017

Pollution aux PCB : contamination record chez une orque échouée en Écosse !

Selon le communiqué publié mardi 9 mai 2017 par le Scottish Marine Animal Stranding Scheme, le cadavre de l’orque échouée début 2016 en Écosse présentait l’une des plus fortes concentrations de polychlorobiphényles (PCB) jamais observées chez un mammifère marin.

La nécropsie a révélé des niveaux extrêmement toxiques de biphényles polychlorés dans la graisse du cétacé.

Le corps de cet épaulard mesurant 6,20 mètres avait été découvert dimanche 3 janvier 2016 sur une plage de l’île de Tiree, dans l’archipel des Hébrides intérieures méridionales (Royaume-Uni).

Baptisée Lulu et âgée d’au moins une vingtaine d’années, cette femelle appartenait à l’unique groupe d’épaulards de la côte ouest de l'Écosse (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/01/16/33216332.html). Elle avait été identifiée grâce à sa nageoire dorsale et à sa tache oculaire. Sa mort a vraisemblablement été causée par un enchevêtrement chronique dans un filet de pêche. S’apparentant à celles provoquées par les cordes de chaluts sur les baleines, les lésions constatées suggéraient en effet la présence d’un cordage enroulé autour de la nageoire caudale.

FEMELLE ORQUE ECHOUEE EN JANVIER 2016 SUR UNE ILE DES HEBRIDES

L’orque Lulu a été découverte par l’ornithologiste John Bowler, agent de la Société royale de protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds) sur l’île de Tiree (photo avec son aimable autorisation John Bowler, RSPB Scotland).

 Ce cas était le premier recensé sur une « baleine tueuse » depuis le lancement, en 1990, du programme d’analyse des échouages sur les côtes du Royaume-Uni.

« Des précédentes études ont mis en évidence des taux de PCB très élevés chez certaines populations d’épaulards, mais les niveaux décelés chez Lulu sont parmi les plus importants que nous ayons jamais enregistrés », assure le Dr. Andrew Brownlow, chef du Scottish Marine Animal Stranding Scheme et vétérinaire pathologiste au Collège rural d'Écosse (Scotland's Rural College / SRUC).

« Nous savons que Lulu est morte empêtrée mais, au regard de nos connaissances sur les effets des PCB, nous devons envisager qu’une telle intoxication ait affecté sa santé et ses capacités reproductrices. »

Incapables de se reproduire

La contamination par les PCB affaiblit les systèmes immunitaires des cétacés et provoque des avortements et une mortalité anormale des veaux.

L’apparente infertilité de Lulu inquiète d’ailleurs les experts, pessimiste sur les chances de survie de la population résidente britannique. « En l’absence de nouvelles naissances, il est de plus en plus probable que ce groupe finisse par s’éteindre, estime le Dr. Brownlow. Le niveau de contamination élevé de ces épaulards par des polluants organiques persistants expliquerait notamment leur vraisemblable incapacité à se reproduire. »

La mort de cette femelle compromet encore un peu plus l’avenir de la communauté résidente britannique. Sur les dix épaulards initialement répertoriés par l’Hebridean Whale and Dolphin Trust (HWDT), huit (quatre mâles et autant de femelles) seraient encore en vie même si certains individus ont pu échapper aux recherches. Aucune naissance n’a été observée au sein de cette population étudiée depuis 23 ans. Et les orques des Hébrides n’ont actuellement aucun contact avec leurs congénères originaires d’Islande, de Norvège, des îles Orcades ou de l’archipel subarctique des Shetland.

« L’élimination des PCB présents dans le milieu marin s’avère très difficile, voire impossible. Ces polluants persistent dans l’environnement et s’accumulent dans la chaîne alimentaire, » rappelle Andrew Brownlow. La graisse de Lulu recélait une concentration en PCB de 957 mg/kg de lipides. « Le seuil au-delà duquel les PCB ont des effets physiologiques chez les mammifères marins est estimé entre 20 et 40 mg/kg ! »

MALE EPAULARD EN NORVEGE

Épaulard mâle adulte dans un fjord norvégien (photo Pcb21).

Selon une étude publiée jeudi 14 janvier 2016 dans la revue Scientific Reports et menée sous l’égide de la Société zoologique de Londres (ZSL), les dauphins et les orques européens, notamment ceux vivant en Méditerranée occidentale et au large de la péninsule ibérique, seraient les cétacés les plus imprégnés de PCB au monde (www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4725908).

Présentées comme les plus importantes jamais conduites sur le taux d’imprégnation des mammifères marins par les PCB,  les recherches menées par le Dr. Paul Jepson, vétérinaire spécialiste de la faune sauvage, avaient porté sur quatre cétacés, le dauphin bleu et blanc ou dauphin bleu (Stenella coeruleoalba), le marsouin commun (Phocoena phocoena), le grand dauphin également appelé souffleur ou tursiops  (Tursiops truncatus) et l’orque (Orcinus orca). Elles ont porté sur 1.081 individus, dont 929 échoués.

Des concentrations de PCB totaux bien au-delà du seuil entravant la reproduction avaient été trouvées dans le lard de ces espèces, à l’exception du marsouin commun. Les épaulards étaient les plus affectés avec des taux moyens de 220 mg/kg de lipides. Par ailleurs, les côtes espagnoles étaient apparues comme particulièrement touchées par cette pollution. Les dauphins bleus et les grands dauphins présents dans les eaux ibériques affichaient des niveaux de PCB entre 62 et 525 mg/kg !

Situées au sommet de la chaîne alimentaire et dotées d’une longue espérance de vie, ces espèces sont exposées au phénomène de bioaccumulation.

Les  femelles n’allaitent plus

« La majorité des mers européennes, comme la Baltique, la Méditerranée ou la mer du Nord, longent des États très industrialisés avec de fortes densités de population expliquant en partie les taux élevés aux PCB détectés », avançaient les auteurs de l’article paru au début de l’année dernière.

« De rares populations côtières d’orques subsistent en Europe occidentale », précisait alors le Dr. Jepson, évoquant la disparition de celles de Méditerranée et de la mer du Nord. « Les survivantes comptent très peu d’individus et leur taux de reproduction est très faible, voire nulLe risque de les voir disparaître à cause de leur imprégnation par les PCB est réel. » Depuis plus de dix ans, aucune naissance n’a par exemple été observée au sein d’un groupe de 36 orques évoluant à proximité du détroit de Gibraltar.

Ces recherches ont également révélé des niveaux de contaminations équivalents chez les deux sexes. Or, lors de l’allaitement, les femelles transmettent aux veaux 90% des PCB contenus dans leur organisme ! Celles aux taux identiques à ceux des mâles n’ont donc pas mis bas au cours des années précédentes.

GRAND DAUPHIN DANS LES EAUX CROATES

Grand dauphin au large de la côte croate, en 2009 (photo MickMorton).

« Les PCB sont les marqueurs chimiques d’un échec de la reproduction », précise Paul Jepson.

Suivie depuis près de quatre décennies, la population de grands dauphins de l’estuaire du Sado, au sud-ouest du Portugal, compterait  actuellement 29 individus contre 40 en 1986. Les naissances enregistrées en août puis en octobre 2016 font figure d’exception. Par ailleurs, des observations de fœtus morts et d’avortements sont fréquemment rapportées lors d’autopsies de marsouins.

D’après un rapport réalisé par le Groupe d'étude des cétacés du Cotentin (GECC) et publié jeudi 31 août 2016 sur le site de l’association, la population de grands dauphins – estimée entre 300 et 400 individus – du golfe normand-breton dans l’ouest de la Manche est, en l’état actuel des connaissances, l’une des plus contaminées au monde par les PCB (https://gecc50.files.wordpress.com/2014/08/rapport-gecc-contamination-biopsies-aout-20162.pdf).

Cette étude livre « un état des lieux préoccupant de la contamination en mer de la Manche » par les PCB et le mercure « hérités d'anciennes pratiques agricoles et industrielles », constate Cyrielle  Zanuttini, ingénieure en écotoxicologie et auteure de ces recherches.

« Sans nouvelles mesures pour réduire cette pollution, des populations d’orques et de dauphins s’éteindront à cause des PCB au cours des prochaines décennies », a prévenu de son côté le Dr. Paul Jepson dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian.

Les mangeurs de harengs moins contaminés

Un autre constat accrédite la thèse impliquant les PCB dans l'affaiblissement de certains groupes de cétacés.

En effet, la meilleure santé de la population de plusieurs milliers d’épaulards vivant au large des côtes de l’Islande et de la Norvège septentrionale confirme que les PCB sont à l’origine du déclin de leurs congénères évoluant dans des eaux plus méridionales. Alors que ces derniers dévorent de gros poissons et des mammifères marins, en particulier les phoques, les orques de l’Arctique se nourrissent quasi exclusivement de harengs consommateurs de plancton. Grâce à ce régime alimentaire leur épargnant les effets de la bioaccumulation, ces orques du Nord présentant un taux de PCB dix fois moindre que celui relevé chez les orques australes.

Outre un contrôle plus strict des rejets et des décharges, les spécialistes prônent la mise en œuvre de  techniques de dragage évitant de libérer les PCB contenus dans les fonds des zones portuaires.

Apparus au début du XXe siècle, les polychlorobiphényles ont été utilisés par l’industrie depuis les années 1930 pour leurs propriétés isolantes et pour leur stabilité chimique et physique. Sur les quelque 1.200 millions de tonnes de PCB produites dans le monde, 400 millions ont été émises dans la nature. Chimiquement stables et peu biodégradables, ces composés aromatiques organochlorés sont classés parmi les polluants organiques persistants. Ils s'accumulent progressivement dans l'environnement, notamment dans les sédiments marins. Lipophiles, ces molécules s'accumulent au fil de la chaîne alimentaire, se concentrant particulièrement dans les tissus graisseux.

Les PCB ont été interdits en 1972 au Japon, en 1979 aux États-Unis, deux ans plus tard au Royaume-Uni  et seulement en 1987 dans l’Hexagone.

DAUPHINS BLEUS ET BLANCS EN MER TYRRHENIENNE

Dauphins bleus et blancs dans la mer Tyrrhénienne, entre les îles italiennes de Panarea et Stromboli (Ghost-in-the-Shell).

Depuis 2008, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) considère les données insuffisantes pour évaluer, directement ou indirectement, les risques d’extinction auxquels sont confrontées les orques.

Si le grand dauphin est globalement considéré comme une préoccupation mineure par l’UICN, sa population méditerranéenne est classée « vulnérable » depuis 2012.

Le dauphin bleu et blanc et le marsouin commun figurent également parmi les « préoccupations mineures » de l’UICN. Toutefois, depuis 2008, la sous-espèce du marsouin de la mer Noire (P. p. relicta) est estimée « en danger » d’extinction, tandis que la sous-population de marsouins de la Baltique figure comme « en danger critique » sur la Liste rouge des espèces menacées, en particulier à cause de son infertilité probablement liée à une importante contamination par les PCB.

Sources : Scottish Marine Animal Stranding Scheme, Hebridean Whale and Dolphin Trust, The Guardian, AFP, Journal de l'Environnement, SciencePost, phys.org, GEEC, UICN.

15 mai 2017

Révision taxonomique : vers trois sous-espèces de panthères des neiges ?

La conclusion de travaux parus jeudi 4 mai 2017 dans la revue Journal of Heredity, publiée par les Presses universitaires d'Oxford, suggère de scinder la population de panthères des neiges ou onces (Panthera uncia) en trois sous-espèces.

Utilisant une technique non invasive fondée sur l’analyse d’excréments, cette étude génétique est présentée comme la première menée à aussi grande échelle sur ce félin asiatique vivant dans des zones montagneuses, parfois inaccessibles, situées entre 600 mètres et près de 6.000 mètres d’altitude, au-delà de la limite de la flore arborescente.

PANTHERE DES NEIGES DANS LE PARC NATIONAL INDIEN DE HEMIS

Once dans le parc national de Hemis situé au Ladakh occidental, dans l'État du Jammu-et-Cachemire, au nord de l’Inde (photo Snow Leopard Conservancy/Jammu & Kashmir Wildlife Protection Department).

Les scientifiques ont procédé au génotypage de 33 microsatellites et au séquençage de 683 paires de bases d’ADN mitochondrial chez 70 individus.

Les onces présentent une faible diversité des microsatellites et pratiquement aucune variation de l'ADN mitochondrial. Durant l’Holocène, il y a environ 8.000 ans, l’espèce a connu un goulet d’étranglement lors d’une période de hausse des températures et des précipitations, également caractérisée par une augmentation de l’altitude de la limite des arbres sur le plateau tibétain.

Les multiples analyses effectuées mettent en évidence trois groupes génétiques fondamentaux : un premier au Nord dans l’Altaï, un deuxième au centre dans le noyau constitué de l’Himalaya et du plateau tibétain et un troisième à l’Ouest, dans les monts Tian, le Pamir et les régions de la chaîne transhimalayenne.

Effets de barrière

S’appuyant sur les différences génétiques relevées, les faibles taux de mélange, l’existence avérée de plusieurs populations et leur espacement géographique, les auteurs de ces travaux distinguent donc trois sous-espèces, la septentrionale (P. u. irbis), la centrale (P. u. uncioides) et l’occidentale (P. u. uncia).

PANTHERE DES NEIGES EN AFGHANISTAN

Panthère des neiges photographiée en mai 2010 dans le district de Wakhan, à l’est de l’Afghanistan (photo USAID Afghanistan).

Selon les chercheurs, les variations observées correspondent aux effets de barrière inhérents au désert de Gobi – isolant la sous-espèce septentrionale présente en Mongolie – et à la chaîne transhimalayenne séparant la sous-espèce centrale (dont l’aire de répartition couvre le Qinghai, le Tibet, le Bhoutan et le Népal) de la sous-espèce occidentale présente en Inde, au Pakistan, au Tadjikistan et au Kirghizstan.

L’analyse de modèles bayésiens hiérarchiques révèle une subdivision minimale en six unités de gestion – la Mongolie occidentale, la Mongolie méridionale, les monts Tian, le Pamir, le Tibet et la province chinoise du Qinghai – avec une autocorrélation spatiale suggérant un potentiel de connectivité jusqu’à 400 kilomètres grâce à la dispersion d’individus.

« Les fantômes de l’Himalaya »

Pour leurs auteurs, ces travaux jettent les fondements d’une protection globale des sous-espèces de panthères (ou léopards) des neiges et ouvrent la voie à des études génétiques et génomiques plus approfondies.

Cette éventuelle révision taxonomique poserait la question du devenir des plans de conservation ex situ. Ceux-ci seraient-ils toujours pertinents si les trois sous-espèces venaient à être officiellement admises ? A contrario, le maintien d’une population captive potentiellement « hybride » ne se justifierait-il pas pleinement au regard des menaces planant sur l’espèce dans son ensemble ?

Pour l’heure, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ne reconnaît aucune sous-espèce chez la panthère des neiges, classée « en danger » d’extinction depuis 1986.

PANTHERE DES NEIGES AU BIOPARC DE DOUE LA FONTAINE

Panthère des neiges dans la nouvelle zone « les fantômes de l'Himalaya » du Bioparc de Doué-la-Fontaine, en Anjou (photo Bioparc).

En 1984, l’association américaine des zoos et aquariums (American Zoo and Aquarium Association / AZA) initiait un premier plan pour la survie des espèces (Species Survival Plan / SSP), actuellement géré par le Miller Park Zoo de Bloomington, dans l’Illinois (États-Unis).

Trois ans plus tard, l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA) lançait son programme d’élevage en captivité (EEP), confié aujourd’hui à Nordens Ark, établissement zoologique situé à Hunnebostrand, en Suède.

Des initiatives similaires ont vu le jour dans les années 1990 au Japon, en Australie, en Russie puis en Inde.

Près d’une centaine d’établissements zoologiques européens hébergent aujourd’hui des panthères des neiges.

En avril dernier, le Bioparc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) a ouvert  une nouvelle installation dédiée aux onces dans la zone « les fantômes de l'Himalaya », officiellement inaugurée jeudi 4 mai 2017.


12 mai 2017

L’iguane marin des Galápagos compte cinq nouvelles sous-espèces !

Parue mercredi 10 mai 2017 dans la revue Zoological Journal of the Linnean Society (Oxford University Press), une étude propose une nouvelle classification de l’iguane marin des Galápagos, saurien endémique de l’archipel équatorien et unique représentant du genre Amblyrhynchus.

Des données morphologiques et génétiques collectées depuis quelques années sur ces reptiles herbivores se nourrissant presque exclusivement d'algues marines démontrent l’existence de plusieurs populations divergentes, jamais identifiées jusqu’alors.

Les chercheurs ont donc distingué cinq nouvelles sous-espèces, portant à onze le total de ces dernières.

IGUANE DES GALAPAGOS

Uniques au sein des squamates modernes, ces lézards amphibies paissent dans l'eau froide de l'océan Pacifique. Ces animaux ectothermes passent l’essentiel de leurs journées à se réchauffer au soleil afin de réguler leur température (Photo Lieutenant Elizabeth Crapo, NOAA Corps).

Parmi  les cinq taxons récemment décrits figure une sous-espèce de grande taille, présente uniquement au nord de l'île de San Cristóbal. Les scientifiques l’ont baptisée Amblyrhynchus cristatus godzilla, en référence au célèbre monstre cinématographique japonais créé en 1954 par le producteur Tomoyuki Tanaka (1910 – 1997).

Cette révision taxonomique « devrait à terme permettre la mise en œuvre de mesures de conservation spécifiques, prenant davantage en compte la diversité génétique de cette espèce si remarquablement adaptée au monde marin », précise le Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN).

Membre de l’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (unité Centre national de la recherche scientifique du MNHN), l’herpétologiste et phylogénéticien français Aurélien Miralles a participé à ces travaux menés par une équipe internationale.

Les « lutins des ténèbres » de Darwin

Capables de plongées à 15 mètres de profondeur pouvant se prolonger une demi-heure, ces iguanes atteignent à l’âge adulte jusqu'à 1,70 mètre pour les mâles et 1 mètre pour les femelles. Les individus les plus imposants pèsent une quinzaine de kilos.

La taille de ces reptiles varie selon l’île où ils vivent. Les plus grands sont recensés sur Fernandina et Isabela, les plus petits se trouvant sur Genovesa.

Par ailleurs, durant la saison de la reproduction, les mâles des îles du sud comme Española ou Floreana s’avèrent les plus colorés avec une robe rouge et bleu-vert. En revanche, les individus présents sur Santa Cruz prennent une teinte brique et noire, ceux de Fernandina se distinguant par leur apparence rouge brique et verdâtre.

IGUANE DES GALAPAGOS SUR L'ILE ESPANOLA

Un représentant de la sous-espèce A. c venustissimus vivant sur l’île Española, la plus méridionale des Galápagos (photo Gregory "Slobirdr" Smith).

Lors de son séjour aux Galápagos en 1835, le naturaliste anglais Charles Darwin (1809 – 1882) qualifia les iguanes de « lutins des ténèbres » (Imps of Darkness). « Les pierres de lave noire de la plage sont très fréquentées par de grands (2-3 pieds) et dégoûtants lézards maladroits. Ils sont aussi noirs que les roches poreuses sur lesquelles ils rampent [...]. Je les appelle les lutins des ténèbres ».

Depuis 1996, l’iguane des Galápagos (Amblyrhynchus cristatus) est classé « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La classification révisée est la suivante :

°  A. cristatus cristatus sur Fernandina et Isabela (A. c. albemarlensis étant considéré un synonyme plus récent).

 ° A. c. godzilla subsp. nov. sur San Cristóbal (Punta Pitt).

° A. c. hassi sur Santa Cruz.

° A. c. hayampi subsp. nov. sur Marchena.

°  A. c. jeffreysi subsp. nov. sur Wolf and Darwin.

° A. c. mertensi sur San Cristóbal.

°  A. c. nanus sur Genovesa.

° A. c. sielmanni sur Pinta.

° A. c. trillmichi subsp. nov. sur Santa Fé..

 ° A. c. venustissimus sur Española.

° A. c. wikelskii subsp. nov. sur Santiago.

Posté par PhilValais à 05:45 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

31 janvier 2017

Suisse : le cincle plongeur, ambassadeur des milieux humides urbains

Désigné « oiseau de l’année » par BirdLife Suisse, le cincle plongeur sera durant douze mois le porte-drapeau de la campagne lancée par cette association en faveur de « la biodiversité dans les agglomérations ». En 2017, celle-ci portera plus particulièrement sur les habitats humides en milieu urbain (*).

En effet, le cincle plongeur (Cinclus cinclus), parfois surnommé « merle d’eau », est le seul passereau à plonger afin de chercher sa nourriture dans le lit des rivières. Mesurant environ 18 cm de long pour une masse oscillant entre 50 et 75 grammes, il vit à proximité des cours d’eau rapides, depuis les régions de plaine jusqu’à 2.500 mètres d’altitude. L’hiver, il fréquente également les rives rocheuses des lacs.

CINCLE PLONGEUR OISEAU SUISSE DE L'ANNEE 2017

Le plastron blanc du cincle plongeur lui procure un efficace camouflage à la surface de l’eau (photo © Werner Scheuber).

Unique représentante européenne de la famille des cinclidés, cette espèce a besoin d’eaux propres et riches en oxygène. Tolérant la présence humaine sur son territoire, elle peut se reproduire sur les berges des rivières situées dans les secteurs habités à condition de ne pas être trop dérangée. Promeneurs et chiens peuvent la conduire à abandonner ses sites de nidification. « Le cincle est donc un bon ambassadeur pour la renaturation des rivières », estime l’association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO/ BirdLife), regroupant plus de 63.000 adhérents répartis au sein de 450 sections locales.

La raréfaction ou la disparition des populations de cincles trahissent un appauvrissement des zones humides et/ou leur pollution.

Cœur au ralenti

« Il est parfaitement possible de concilier par une planification adéquate les besoins de l’homme et ceux de la biodiversité des milieux aquatiques jusqu’au cœur de nos agglomérations », assure François Turrian, directeur romand de BirdLife.

Possédant une glande uropygienne particulièrement développée, le cincle plongeur peut entretenir la parfaite étanchéité de son plumage. Grâce à la densité de ce dernier et à la présence d’une sous-couche de duvet très fournie, le passereau supporte les eaux glacées des torrents. Cet oiseau trapu parvient à résister à la force du courant grâce à ses griffes et à la puissante musculature de sa poitrine. En outre, il abaisse son rythme cardiaque lors des phases d’immersion. Par ailleurs, la concentration d'hémoglobine dans son sang est plus élevée que chez les autres passereaux de taille comparable. Une autre adaptation remarquable concerne le cristallin de l’œil dont la déformation en plongée offre au cincle une parfaite vision dans l’élément liquide.

CINCLE PLONGEUR OISEAU DE L'ANNEE 2017 EN SUISSE

Excellent « bio-indicateur », le cincle plongeur exige des cours d’eau propres et bien oxygénés (© Michael Gerber).

Volant dans l’eau pendant plusieurs secondes, le « merle d’eau » débusque alors entre les pierres des insectes aquatiques et leurs larves, de petits crustacés et des mollusques. Ne présentant pas de dimorphisme sexuel marqué, ce nageur se nourrit également de têtards, de petits poissons voire de vers de terre.

Au-delà de son rôle d’ambassadeur de la biodiversité urbaine helvétique, le cincle plongeur – oiseau national norvégien – apparaît  aujourd’hui comme l’un des emblèmes de la sauvegarde des écosystèmes humides du Vieux continent.

Voici  la vidéo (en allemand) de BirdLife Suisse présentant « l’oiseau de l’année 2017 » dans la Confédération :

(*) La Journée mondiale des zones humides (JMZH) sera célébrée jeudi 2 février 2017.

28 janvier 2017

Des scientifiques préparent le retour du tigre en Asie centrale

Publiée dans le numéro de janvier 2017 de la revue Biological Conservation, une étude menée par le Collège des sciences de l'environnement et de la foresterie de l'université d'État de New York aux États-Unis (SUNY-ESF) et l’antenne russe du Fonds mondial pour la nature (WWF) dévoile les grandes lignes d’un programme de réintroduction du tigre en Asie centrale.

Toutefois, ce projet ne concerne pas le retour dans son milieu originel d’une (sous-)espèce localement disparue. En effet, cette région était autrefois l’habitat du tigre de la Caspienne (Panthera tigris virgata), également appelé tigre de Touran ou tigre de Perse et déclaré éteint en 2003 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Le dernier spécimen vivant à l’état sauvage aurait été observé en février 1970 dans la province de Hakkari, à l’extrême sud-est de la Turquie, au cœur du Kurdistan. À en croire une enquête par questionnaire, des félins auraient néanmoins été abattus chaque année dans cette zone jusqu’au milieu des années 1980. Pour certains, des tigres survivaient encore dans la région au début de la décennie suivante. Une rumeur, qui n’est étayée par aucune preuve, évoque aussi la capture de deux tigres de Perse en avril 1997 dans la province orientale de Laghmân, en Afghanistan.

TIGRE DE LA CASPIENNE AU ZOO DE BERLIN

Tigre de la Caspienne photographié en 1899 au zoo de Berlin, en Allemagne (photo DR).

D’après certaines sources, les derniers tigres de la Caspienne captifs, maintenus dans le zoo privé du shah d’Iran, auraient été tués à la fin de l’année 1978 au cours de la révolution islamique. D’autres auteurs considèrent que l’ultime représentant de cette sous-espèce en captivité s’est éteint en 1960 au Tierpark Hagenbeck, en Allemagne. Originaire d’Iran et baptisée Soraya, cette femelle vivait depuis 1955 dans l’établissement situé dans le quartier de Stellingen, à Hambourg. Une autre tigresse de Touran, apprivoisée et prénommée Theresa, a été hébergée de 1924 à 1942 au parc zoologique de Moscou (Russie). Elle avait été offerte à l’ambassadeur soviétique en Iran. En Europe, les zoos de Berlin (Allemagne), d’Anvers (Belgique) et peut-être de Rotterdam (Pays-Bas) auraient également détenu des tigres de la Caspienne à la fin du XIXème et/ou au début du siècle dernier.

Le programme de retour du tigre en Asie centrale envisage donc de recourir à une sous-espèce proche, en l’occurrence le tigre de Sibérie (P. t. altaica), classé « en danger d’extinction » depuis 2008 par l’UICN.

(Très) proches parents

Selon la conclusion de travaux parus en 2009 dans la revue PLOS ONE et portant sur les haplotypes d'ADN mitochondrial de 20 spécimens conservés dans divers musées, le tigre de la Caspienne serait étroitement apparenté à celui de l’Amour. Des analyses phylogéographiques complémentaires ont d’ailleurs établi que le plus proche ancêtre commun de ces deux sous-espèces remontait à seulement 10.000 ans.

Originaire de l'est de la Chine, ce dernier aurait colonisé l'Asie centrale à la fois par la Sibérie et le corridor du Hexi, passage situé entre le plateau tibétain et le désert de Gobi.

Les félins auraient cessé d’emprunter ce corridor écologique voici seulement 200 ans en raison d’une présence humaine croissante.

TIGRE DE PERSE AU ZOO D'ANVERS EN BELGIQUE

Tigre de Perse au zoo d’Anvers, en Belgique. Cette sous-espèce était l’une des plus grandes avec celles de Sibérie et du Bengale. Les mâles pouvaient atteindre 2,95 mètres de long pour une masse proche de 240 kilos (coll. personnelle).

« Ces découvertes plaident pour un repeuplement de l’Asie centrale avec des tigres de l’Amour », déclarait en 2015 au magazine National Geographic le biologiste Igor Chestin, directeur général de l’antenne russe du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Publiées en juin 2015 dans la revue Science Advances,  les conclusions controversées de chercheurs du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) de Berlin suggère même de regrouper les six espèces de tigres continentaux aujourd’hui admises au sein d’une seule (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/07/17/32365349.html).

Perle rare

L’aire de répartition originelle du tigre de Touran aurait couvert entre 800.000 et 900.000 km2. Elle s’étendait de la Turquie orientale au nord-ouest de la Chine en passant par le sud du Caucase, l’Irak, et l’Iran septentrional avec des poches isolées en Asie centrale. Le félin vivait essentiellement dans des forêts-galeries et des écosystèmes lacustres couverts de roseaux avec une densité atteignant 2 à 3 tigres par km2.

Des analyses spatiales fondées sur des données de télédétection révèlent la rareté des régions susceptibles d’accueillir de nouveau des tigres en Asie centrale. Cependant les scientifiques ont identifié au moins deux sites, l’un et l’autre au Kazakhstan, et d’une superficie totale inférieure à 20.000 km2. Le plus prometteur englobe le delta de l’Ili, rivière endoréique prenant sa source à l’ouest de la Chine et se jetant dans le lac Balkhach, et la rive méridionale de ce dernier.

LE LAC BALKHACH VU PAR SATELLITE

Vue par satellite du lac Balkhach, le plus vaste du Kazakhstan et le troisième d'Asie, en avril 1991. Situé au sud-est du pays et au nord de la ville d'Almaty, il mesure plus de 600 km de long. Le delta de l’Ili est bien visible au centre du cliché (photo NASA).

D’après les modèles de populations des proies du tigre – en particulier le sanglier (Sus scrofa nigripes), le chevreuil de Sibérie (Capreolus pygargus) et le cerf de Bactriane (Cervus elaphus bactrianus), cette zone d’environ 7.000 km2 pourrait abriter entre 64 et 98 tigres d’ici un demi-siècle si 40 à 55 spécimens y sont transférés depuis l'Extrême-Orient russe et si le régime hydrologique actuel de l’Ili se maintient.

Soutien gouvernemental

Les chercheurs du Collège des sciences de l'environnement et de la foresterie de l'université de New York ont identifié les principales causes de la disparition du tigre de la Caspienne. Jusqu’aux années 1930, des primes ont été offertes pour empoisonner les grands félins sur le territoire de l’ancienne Union soviétique. Des plans d’irrigation ont aussi détruit les forêts-galeries, les zones humides et les roselières où vivaient les prédateurs rayés. Enfin, les proies se sont raréfiées à cause du développement économique détruisant la végétation des écosystèmes lacustres et côtiers.

TIGRE DE TOURAN TUE AU NORD DE L'IRAN

Tigre de la Caspienne abattu au nord de l’Iran au début des années 1940 (photo DR).

Pour les partisans du retour du tigre dans l'ex-république de l’URSS, assurant disposer du soutien du gouvernement kazakh, la réussite du programme dépendra de plusieurs facteurs.

« En premier lieu, il est nécessaire de mettre un terme à la dégradation des zones concernées par des feux incontrôlés, souligne le biologiste Mikhail Paltsyn, l’un des coauteurs de ces travaux. Puis il sera primordial de reconstituer les populations locales d’ongulés sauvages. Cela pourrait prendre juqu'à 15 ans. Enfin, il faudra tenir compte de la sécurité et des intérêts socio-économiques des communautés locales si l’on veut assurer un avenir durable à la fois aux tigres et aux habitants, poursuit cet expert ès conservation. En outre, la consommation d’eau provenant de l’Ili devra être régulée tant en Chine qu’au Kazakhstan afin de maintenir le niveau d’eau du Balkhach dont ont besoin les forêts-galeries et les roselières. »

Espèce parapluie

« Le Fonds mondial pour la nature et le gouvernement kazakh semblent prêts à relever tous ces défis pour que le retour des tigres en Asie centrale devienne une réalité », conclut M. Paltsyn.

Au-delà de l’éventuelle « renaissance » du grand félin, espèce-parapluie dont la protection du territoire profiterait à toute une faune moins emblématique, cette initiative permettrait ainsi la sauvegarde et/ou la restauration d’écosystèmes fragiles et menacés.

TIGRE DE SIBERIE AU PARC DES FELINS

Tigre de Sibérie en octobre 2015 au Parc des félins de Lumigny-Nesles-Ormeaux, en Seine-et-Marne (photo Ph. Aquilon).

En revanche, à l’heure où la réintroduction du léopard de Perse dans le Caucase russe initiée notamment avec des individus issus d’établissements zoologiques semble sur la voie du succès (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/09/26/34362558.html), cette étude ne mentionne pas le relâché de tigres de Sibérie provenant de lignées captives. Pourtant, des plans d’élevage, dont la réintroduction dans le milieu naturel constitue la finalité, sont aujourd’hui menés sous l’égide d’associations internationales de parcs animaliers. En Amérique du Nord, le Species Survival Plan (SSP) de l’Association of Zoos and Aquariums (AZA) a été créé dès 1981. Son équivalent européen – le programme européen pour les espèces menacées (EEP) – remonte à 1985. Il est actuellement géré par le zoo de Londres (Royaume-Uni).

Associer les efforts conduits dans le cadre de la conservation ex situ à ce projet constituerait pourtant un formidable défi.

23 janvier 2017

Un beau livre retrace la naissance de nos races bovines

« Le Concours universel de 1856 restera dans les annales de l’agriculture européenne comme une des exhibitions les plus complètes et les plus intéressantes des richesses agricoles de notre siècle », écrivit à l’époque le journaliste Victor Borie (1818-1880), spécialiste des questions d'économie rurale.

Organisée au Palais de l'Industrie et des Beaux-arts de Paris, à l’emplacement où s’élèvent aujourd’hui les Petit et Grand Palais, cette manifestation mettait à l’honneur les principales races bovines européennes.

Le ministère de l’agriculture confia à Émile Baudement (1816-1863), grand nom de la zootechnie naissance, le soin d’immortaliser l’événement à travers un ouvrage luxueux. Intitulé Les races bovines au concours universel de Paris en 1856, ce dernier comprend 87 planches d’animaux reproducteurs, signées par des artistes aussi célèbres que Rosa (1822-1899) et Isidore Bonheur (1827-1901) ou Antoine-Louis Barye (1795-1875). Toutes sont inspirées des photos d’Adrien Tournachon dit Nadar jeune (1825-1903) dont les précieux clichés furent pris dans un décor neutre.

LES VACHES ONT UNE HISTOIRE NAISSANCE DES RACES BOVINES

Cette publication constitue la toile de fond du beau livre Les vaches ont une histoire. Naissance des races bovines, paru aux éditions Delachaux et Niestlé et que son auteur a tenu à cosigner avec Émile Baudement.

Vétérinaire, président de la société d’ethnozootechnie et membre de l’Académie d’agriculture, Bernard Denis a axé son propos sur le XIXème siècle, époque à laquelle de nombreuses races domestiques ont officiellement vu le jour. Issues d’une longue différenciation régionale, elles ne disposaient jusqu'alors d’aucun standard. Beaucoup n’avaient  jamais été sélectionnées.

« Anglomanie » et résistances régionales

L’auteur évoque notamment la vague d’«anglomanie » submergeant une partie de l’élevage français entre 1840 et 1880, avec l’importation de bétail d’outre-Manche, en particulier de spécimens de la race baptisée « shorthorn improved » plus connue sous le nom de durham. « Une erreur épistémologique fut alors commise », souligne le professeur honoraire de l’école nationale vétérinaire de Nantes (Loire-Atlantique). « On partit du principe que le facteur limitant de l’accroissement des productions était la qualité de l’animal et non pas la qualité de l’environnement (sols, engrais, alimentation etc.). »

Soulignant d’ailleurs l’échec de la « durhamination » parfois présentée comme la résistance des petits paysans à la « race des notables », Bernard Denis passe également en revue le cheptel bovin national au temps de l’enquête agricole de 1862, de la bretonne (race la plus fréquemment citée lors de cette étude) au bétail auvergnat – dont l’ensemble, ferrandaise exceptée, fut ensuite absorbé par la salers – en passant la flamande et ses deux variétés de Bergue et Cassel, sans oublier bien d’autres races aujourd’hui disparues comme la champenoise, la meusienne ou la bourguignonne dont les identités ne furent cependant guère affirmées. Une carte de répartition établie en 1881 permet de situer la plupart d’entre elles.

Cet ouvrage à la très riche iconographe intéressa non seulement les lecteurs férus de la science et de l’histoire de l’élevage mais aussi les défenseurs des races bovines à faibles effectifs, richesse de notre patrimoine vivant si souvent oubliée.

DENIS Bernard, BAUDEMENT Émile, Les vaches ont une histoire. Naissance des races bovines, Delachaux et Niestlé, septembre 2016, 240 p., 38 €.

Posté par PhilValais à 05:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13 janvier 2017

Le cerf élaphe, animal de l’année 2017 en Suisse !

En désignant le cerf élaphe (Cervus elaphus) « animal de l’année 2017 » en Suisse, l’association helvétique pour la protection de la nature Pro Natura souhaite alerter le grand public sur la nécessité de corridors écologiques pour la faune sauvage.

Victime de la chasse et de la réduction de son habitat, le cervidé avait été pratiquement exterminé de la Confédération au milieu du XIXème siècle. Seuls quelques spécimens ayant échappé aux fusils survivaient dans le canton des Grisons, le plus oriental du pays. L’espèce fit d’ailleurs son retour à partir de 1870 depuis l’Autriche voisine.

Le cerf a alors bénéficié de la loi fédérale sur la chasse adoptée le 23 octobre 1875. Celle-ci a limité les périodes de tir, protégé les biches et instauré les premiers districts francs afin de favoriser « la protection et la conservation des mammifères et oiseaux sauvages rares et menacés ainsi que la protection et la conservation de leurs biotopes ».

LE CERF ELAPHE ANIMAL DE L'ANNEE 2017 EN SUISSE

(Photo: Prisma / Bernhardt Reiner)

Aujourd’hui, la population suisse de cerfs est estimée à quelque 35.000 individus. Pour autant, le grand ruminant n’a pas encore reconquis l’ensemble de son aire de répartition originelle. Le repeuplement s’étant effectué par le Tyrol,  la majorité des hardes vivent dans le sud-est  des Alpes. D’autres noyaux de population sont présents sur le Plateau et dans le Jura.

« Le cerf est freiné dans son expansion naturelle par les obstacles souvent infranchissables que constituent les autoroutes, les voies ferrées et les agglomérations », relève Pro Natura. Ces écueils perturbent également les déplacements saisonniers et quotidiens du « roi des forêts ».

« Dans nos paysages  toujours plus fragmentés, il est urgent de recréer davantage de corridors faunistiques dans lesquels les animaux sauvages pourront à nouveau évoluer librement », souligne le biologiste Andreas Boldt. La nouvelle campagne de Pro Natura sur ce thème a été baptisée « Voie libre pour la faune sauvage ! ».

« Léthargie hivernale »

Par ailleurs, le choix du cerf comme « animal de l’année 2017 » permet à l’association de souligner l’importance du respect des zones de tranquillité. Celles-ci ont été  établies pour protéger la faune des dérangements liées aux activités de loisir.

Afin de survivre à la saison froide, les animaux ont en effet développé des stratégies destinées à réduire leurs dépenses énergétiques et à préserver leurs réserves de graisse. Le métabolisme du cerf élaphe est ainsi considérablement réduit en hiver. La contenance de la panse diminue alors de 20 à 25 %  en raison d’une nourriture peu abondante et pauvre en éléments nutritifs. Les villosités du rumen s’atrophient également. L’animal baisse aussi sa température corporelle et son rythme cardiaque. À la fin de l’hiver, ce dernier est jusqu’à 60 % inférieur au maximum annuel, mesuré début juin.

LE CERF ELAPHE ANIMAL DE L'ANNEE 2017 POUR PRO NATURA

En hiver, la fuite engendrée par un dérangement provoque une importante et brutale dépense d’énergie (Photo  Eric Dragesco).

Par ailleurs, le cerf  est capable de réduire l’irrigation sanguine de ses membres et des parties externes de son corps avec, à la clef, une baisse de la température des régions concernées. Il peut maintenir jusqu'à neuf heures cet état de « léthargie hivernale » offrant une économie d’énergie estimée entre 13 et 17 %.

Chaque fuite contraint l’animal à relancer son métabolisme en quelques fractions de seconde, entraînant une énorme dépense énergétique. Les effets des dérangements hivernaux sur le cerf, et vraisemblablement  sur d’autres ongulés, auraient été jusqu’à présent sous-estimés.

Posté par PhilValais à 05:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,