Biodiversité, faune & conservation

08 septembre 2019

Parc animalier d’Auvergne : « Le public réalise que nous participons à la sauvegarde des espèces menacées » (3/3)

À la tête du parc animalier d’Auvergne, situé à Ardes-sur-Couze (Puy-de-Dôme), Pascal Damois a accordé un long entretien à Biofaune dans lequel ce dirigeant atypique dévoile sa vision du zoo contemporain. Entre soutien à la conservation in situ, bien-être animal, pédagogie et contraintes économiques…

° Votre zoo se trouve dans une zone relativement isolée du Parc naturel régional des volcans d'Auvergne, sans important bassin de population à proximité. Quel objectif de fréquentation espérez-vous atteindre à terme alors que votre établissement a franchi l’an dernier le seuil des 100.000 visiteurs ?

Le bassin de population n’est pas si désespérant ! Dans un rayon de deux heures de route, le nombre d’habitants est comparable à la zone de chalandise de la Vallée des singes, un établissement attirant près de 170.000 personnes par saison. Sincèrement, ce n’est pas notre objectif, les primates ayant un pouvoir d’attraction unique.

Nous allons terminer cet hiver la rénovation du parc avant d’attaquer une seconde vague d’investissements pour les cinq prochaines années avec l’espoir raisonnable d’atteindre 130.000 entrées en 2025. Si nous sommes inspirés, peut-être parviendrons-nous au cap des 150.000 visiteurs…

PASCAL DAMOIS 03 (PHOTO MARIE DEMOULIN - PARC ANIMALIER D'AUVERGNE)

(Photo  Marie Demoulin / Parc animalier d'Auvergne).

° Le parc animalier d’Auvergne a-t-il vocation à s’étendre ou sa superficie vous semble-t-elle raisonnable ?

Nous disposons d’une petite réserve foncière, ayant récemment acquis 5 hectares sur le haut du parc. Une zone très pentue mais avec de belles perspectives scéniques. Nous respecterons l’aspect du site comme nous l’avons fait ailleurs. Je trouve l’enclos des chamois et des bouquetins magique bien que ces deux espèces ne soient ni rares ni menacées. Mais les remplacer par d’autres permettant une même immersion en toute sécurité, ce n’est pas gagné !

Nous avons la possibilité de nous étendre un peu. Après, même si nous sommes assez isolés, acheter des terrains n’est pas toujours simple et, surtout, cela doit se justifier. Nous hébergeons environ 65 espèces et nous ne passerons pas à 300 dans six ans. Nous voulons conserver notre identité avec une majorité d’animaux rares, menacés et adaptés à notre climat. Comme nous n’avons pas d’oiseaux et de reptiles, le choix devient forcément limité. Nous n’avons pas vocation à nous agrandir sur 80 hectares.

° Comment est née l’idée de l’« euro nature » destiné à la Passerelle Conservation, votre fonds de dotation soutenant une quinzaine de programmes à travers le monde (*) ?

La Passerelle Conservation a été créée en 2013 sous forme d’association puis transformée en fonds de dotation en 2015. Jusqu’à l’hiver dernier, elle versait entre 20.000 et 30.000 euros de dons par an. Ce n’était pas suffisant, il fallait faire plus. Séduits par le principe du franc volontaire instauré par le zoo de Bâle en 2016, mais également le concept du « Quarter for Conservation » lancé par certains zoos américains, nous avons rencontré les responsables de l’institution suisse et osé le même pari. Le prix d’entrée dépassant maintenant la barrière symbolique des 20 euros en haute saison, nous craignions la réaction de certains visiteurs. La Passerelle Conservation a donc engagé des étudiants chargés d’expliquer, dans la file d’attente, à quoi est destiné cet euro, la nature des programmes soutenus et leurs actions sur le terrain. Le retour des gens est extraordinaire. Beaucoup veulent nous soutenir davantage. Nous sommes très en avance sur nos prévisions de parrainages alors que nous redoutions le contraire. Cette action a des effets ultra-positifs sur l’image des parcs zoologiques. Le public réalise soudain que nous participons concrètement à la sauvegarde des animaux dans la nature.

BOUQUETIN ET CHAMOIS AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Situé au sommet du parc, l’enclos d’immersion accueillant chamois et bouquetins a été créé dès 2012, l’année de la reprise du parc (photo Ph. Aquilon).

° La Passerelle Conservation épaule également des associations naturalistes auvergnates. Quelles actions son aide financière a-t-elle permises ?

Nous avons notamment financé le rachat puis la réhabilitation d’une ancienne gare dans le Cantal devenue un refuge pour les chauves-souris. À Ardes-sur-Couze, où le clocher avait été fermé par des grillages, nous avons installé une chiroptière autorisant l’accès aux chauves-souris mais pas aux pigeons. Une réussite, des traces de guano ayant été depuis observées.

Nous avons également cocréé la maison de la nature auvergnate à Orbeil, près d’Issoire. Elle abrite non seulement les locaux de La Passerelle Conservation mais aussi ceux du groupe mammalogique d’Auvergne, de Chauve-Souris Auvergne et l’observatoire des reptiles d’Auvergne. Le conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne (CEN Auvergne) l’utilise également lors de ses réunions pour le sud du Puy-de-Dôme et les départements du Cantal ou de la Haute-Loire.

° Pouvez-vous nous dire quelques mots sur « Biodiv’Educ », le nouveau projet pédagogique de La Passerelle Conservation ?

Nous avons constaté que la traditionnelle sortie scolaire en forêt revêt un aspect plutôt rébarbatif pour les enfants d’aujourd’hui. Nous espérons réveiller leur curiosité en recourant à leurs outils de prédilection, c’est-à-dire les écrans, et à des activités ludiques comme la chasse aux trésors. Nous ne prétendons pas transformer les écoliers en petits naturalistes mais simplement les sensibiliser à la biodiversité environnante. Cette initiative a suscité l’intérêt de la Région et, fin juin, le Fonds européen de développement régional (FEDER) nous a confirmé son concours. C’est tout chaud ! Cela nous permettra de créer deux postes pour les trois prochaines années.

Dans un premier temps, « Biodiv’Educ » s’adressera aux élèves du primaire de lAgglo Pays d'Issoire puis élargira son action jusqu’à Clermont-Ferrand avec l’espoir de couvrir, par cercles concentriques, toute l’Auvergne. Dans l’avenir, nous espérons également agir auprès des collégiens.

Si tout se passe comme prévu, nous monterons nos premiers ateliers pédagogiques au mois d’octobre pour les vacances de la Toussaint.

ANCIEN SANATORIUM AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Construit à la fin du XIXème siècle mais n’ayant jamais accueilli de malades, l’ancien sanatorium abrite la deuxième plus grande colonie auvergnate de grands murins (Myotis myotis). Un millier de femelles mettent bas chaque année dans la même salle. Des petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros) et des murins de Daubenton (Myotis daubentonii) occupent également cette ruine ayant servi de carrière de pierre durant la Première guerre mondiale. Les visiteurs peuvent entendre les chiroptères mais l’accès à la bâtisse est interdit pour ne pas déranger ces mammifères étudiés par l’association Chauve-Souris Auvergne (photo Ph. Aquilon).

° Un parc et/ou un homme inspire(nt)-ils particulièrement votre vision du zoo de demain ?

Mon regard sur lesparcs zoologiques a changé après ma rencontre avec Pierre Gay, le directeur général du Bioparc de Doué-la-Fontaine. Ensuite, j’admire Emmanuel Mouton, le fondateur de la Réserve zoologique de Calviac. J’ai rarement vu un parc aussi imprégné des convictions philosophiques de son créateur.
À l’étranger, certains établissements m’impressionnent par leur inventivité, comme le zoo de Chester en Angleterre. Depuis des années, nous nous arrachons les cheveux pour innover dans notre approche pédagogique. Tout le monde sait que rares sont les visiteurs lisant les panneaux installés devant les enclos. Pour y remédier, le zoo anglais les a éclatés avec une simple fiche d’identité et plein de petites pancartes fourmillant d’anecdotes et posées tout autour de l’installation. Une façon intelligente et efficace de revisiter l’affichage.

Cette année, les responsables de ce parc ont réussi à convaincre la ville de Chester de s’approvisionner uniquement avec de l’huile de palme durable. Comment ne pas se sentir inspiré !

(*) Antongil Conservation, Arctictis Binturong Conservation (ABC), Barbary Macaque Conservation Awareness (BMAC), Big Life Foundation, Free The Bears, Giraffe Conservation Foundation (GCF), Initiative Corozal pour un Avenir Durable (CSFI), Kulanstep, Lowland Tapir Conservation Initiative (LTCI), Project Anoulak, Proyecto Caparo, Red Panda Network, Snow Leopard Trust et Wildcats Conservation Alliance.

(Propos recueillis par Philippe Aquilon)

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04 septembre 2019

Parc animalier d’Auvergne : « Nous voulons aménager un centre d’élevage dédié à la réintroduction » (2/3)

À la tête du parc animalier d’Auvergne, situé à Ardes-sur-Couze (Puy-de-Dôme), Pascal Damois a accordé un long entretien à Biofaune dans lequel ce dirigeant atypique dévoile sa vision du zoo contemporain. Entre soutien à la conservation in situ, bien-être animal, pédagogie et contraintes économiques…

° Quelles espèces rêvez-vous d’accueillir dans votre parc ? Le cas échéant pourquoi ?

Si j’étais seul décisionnaire, le rhinocéros indien est sûrement la grosse espèce que je privilégierais. Après, nous n’avons aucun reptile mais j’ai en tête des présentations mixtes assez spectaculaires… Honnêtement, je suis obligé de tourner autour du pot. En janvier dernier, l’équipe de direction a lancé une réflexion stratégique pour la période 2020-2025. Pour l’heure, nous sommes en plein milieu du processus avec les chefs d’équipe du parc. Nous espérons arriver au terme de cette démarche en septembre.

PASCAL DAMOIS 02 (PHOTO MARIE DEMOULIN - PARC ANIMALIER D'AUVERGNE)

(Photo  Marie Demoulin / Parc animalier d'Auvergne).

° Certains établissements ont construit des installations non accessibles au public dans l’optique de faciliter la réintroduction d’animaux nés en captivité. Pourriez-vous l’envisagez à votre tour ?

Tout à fait ! Nous y songeons. Les plans de réintroduction intéressants sont de plus en plus nombreux. C’est le cas de celui du bison d’Europe, très en vue cette année. Nous n’élevons pas ce grand ruminant qui doit idéalement disposer de plusieurs hectares mais d’autres programmes sur de plus petits mammifères et impliquant des individus nés en captivité sont en passe d’être finalisés. À ce stade, je ne peux pas vous dévoiler l’espèce concernée mais nous sommes prêts à financer l’un d’eux et à aménager un petit centre d’élevage non visible du public ainsi qu’un enclos de présentation pour sensibiliser nos visiteurs.

Nous sommes parmi les parcs contribuant le plus à la conservation in situ proportionnellement à leur chiffre d’affaires. Grâce à l’initiative « euro nature » [sur chaque ticket d’entrée, un euro est directement reversé aux associations soutenues par le parc animalier d’Auvergne et le fond de dotation Passerelle Conservation] et aux différents événements organisés cette année comme le trail du 12 octobre, nous espérons récolter plus de 100.000 euros en 2019. À cette somme, il faut rajouter les 80.000 euros du projet « Biodiv’Educ » pour les scolaires. Soit un total de 180.000 euros versés à la conservation ce qui représente un peu moins de 10 % de notre chiffre d’affaires s’élevant à 1,9 million d’euros.

° Beaucoup de vos nouvelles installations (gloutons, ours noirs du Tibet, tigres) bénéficient de doubles enclos ou d’enclos de séparation. Ce choix est-il inscrit dans le cahier des charges « éthique » du parc animalier d’Auvergne ?

Cela devient presque obligatoire. Les zoos sont victimes de leur succès avec des naissances toujours plus nombreuses. Pour certains programmes d’élevage, placer les jeunes devient un vrai casse-tête. Disposer de pré-parcs procure des avantages substantiels. Ils permettent de séparer si nécessaire mâle et femelle en période de reproduction, d’isoler une mère avant la mise-bas afin de réduire son stress ou de garder dans de bonnes conditions des individus ne pouvant partir. Nous en prévoyons quasi systématiquement dans tous nos nouveaux enclos.

Tenez, un cas concret. Après la disparition de nos actuels pensionnaires d’origine inconnue, nous accueillerons une pure sous-espèce de tigres. Toutefois, pour le programme d’élevage des tigres de l’Amour et dans une moindre mesure pour celui des tigres de Sumatra, la coordinatrice peine à confier certains animaux faute de structures disponibles à cause du nombre élevé d’hybrides en captivité.

Nous avons donc proposé de recevoir un individu, une femelle « pure » par exemple. Soit nous parvenons à la faire cohabiter avec nos tigres, soit nous les laissons séparés pendant quelque temps, notre couple étant vraiment très âgé. Notre installation le permet. Nous pouvons ainsi aider l’EEP (*) tout en respectant les animaux auxquels nous avons offert un sanctuaire.

Ceci dit, s’il y avait moins de tigres blancs, on verrait davantage de tigres de Sibérie…

INSTALLATION DES TIGRES AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Inaugurée en juin dernier, l’installation des tigres accueillera, à terme, des individus appartenant à une « pure » sous-espèce (photo Ph. Aquilon).

° La collection du parc animalier d’Auvergne compte peu d’oiseaux. Prévoyez-vous d’en élever davantage ? Si oui, quels critères seront privilégiés pour le choix des futurs taxons ?

Au départ, cela s’explique administrativement, le certificat de notre capacitaire étant valable seulement pour les mammifères et les ratites. Par conséquent, nous n’avions pas d’autres oiseaux. À cela s’est greffée une réflexion d’ordre philosophique. Ou nous construisions d’immenses volières comme celles de Doué-la-Fontaire au sein desquelles les animaux peuvent voler ou nous n’accueillions pas d’oiseaux.

Par ailleurs, à notre demande, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Auvergne a recensé plus de cinquante espèces dans le ciel du parc, en particulier des milans noirs et royaux pour lesquels La Passerelle Conservation, notre fondation, a construit une plateforme de nourrissage. Afin de valoriser ce patrimoine vivant, elle a également installé des nichoirs, des mangeoires et des petits panneaux d’information sur la faune aviaire locale en différents endroits du parc.

Un jour peut-être, nous présenterons d’autres oiseaux  à la condition expresse qu’ils puissent exprimer leur comportement naturel. Nous avons déjà listé quelques phasianidés menacés présents dans les milieux montagneux.

KULANS AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Parmi les taxons menacés et méconnus élevés par le parc animalier d’Auvergne figure le kulan (Equus hemionus kulan), l’une des cinq sous-espèces généralement reconnues de l’hémione. L’EEP de cet âne sauvage d’Asie centrale, considéré depuis 2015 comme « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature, est géré par le zoo polonais de Wrocław (photo Ph. Aquilon).

° Plusieurs espèces sont présentées en cohabitation, par exemple les cerfs de Thorold avec les urials, les bouquetins des Alpes avec les chamois ou encore les takins au côté des markhors. Vous souhaitez privilégier ce mode de présentation ?

Il a toujours été important pour nous, même si cela ne fonctionne pas à chaque fois. Sur le modèle du zoo de Goldau en Suisse, nous avons tenté de réunir ours noirs d’Amérique et loups du Canada. Après plus d’un an, nous avons dû renoncer.

La cohabitation est positive pour l’animal obligé, comme à l’état sauvage, de faire attention à son environnement. Difficile de trouver mieux comme enrichissement naturel. Et c’est aussi bénéfique pour les visiteurs dans un parc comme le nôtre dont 90 % des animaux figurant au plan de collection sont inconnus ou méconnus du grand public.

Notre enclos sud-américain regroupe six espèces, saïmiri de Bolivie, capybara, tapir terrestre, pudu, coendou et nandou de Darwin. S’il était occupé uniquement par des pudus, les visiteurs passeraient, repasseraient puis s’éloigneraient rapidement sans distinguer les plus petits cervidés du monde, cachés dans un coin. Là, ils vont forcément s’arrêter en voyant les tapirs et les nandous. Avec de la chance, ils découvriront un pudu ou notre coendu qui sort de temps en temps. L’arrivée de ce dernier a occupé les saïmiris pendant des jours ! Les bienfaits de ce type de présentation sont notables, tant sur les animaux que pour les visiteurs ayant tendance à être en mode « j’arrive, je ne vois pas tout de suite d’animal, hop je m’en vais »…

Nous préparons de nouveaux panneaux précisant, avec la date du jour, le nombre d’individus maintenus dans chaque enclos. En incitant les gens à ouvrir les yeux et à chercher, nous espérons les retenir plus longtemps et leur faire adopter une autre attitude. L’un des reproches récurrents sur les réseaux sociaux concerne la soi-disant absence d’animaux dans le parc ! C’est très frustrant puisque, justement, nous avons aménagé de grands espaces pour que les animaux puissent se soustraire aux regards.

° Une troisième espèce était d’ailleurs annoncée avec takins et markhors. Peut-on la connaître ?

Il s’agissait de primates. Recueillant des animaux saisis, le centre AAP aux Pays-Bas abritait à ce moment-là plusieurs macaques rhésus et nous avons envisagé de les introduire dans cet enclos, sa surface s’y prêtant. Mais le couvert forestier et l’emplacement des bâtiments offraient trop de points de sortie aux singes. Cela exigeait d’importants aménagements. Nous avons préféré ne courir aucun risque. L’idée n’est cependant pas complètement abandonnée.

(*) programme d'élevage européen en captivité.

À suivre...

(Propos recueillis par Philippe Aquilon)

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01 septembre 2019

Parc animalier d’Auvergne : « J’ai soudain pris conscience du rôle des zoos pour la conservation ! » (1/3)

À la tête du parc animalier d’Auvergne, situé à Ardes-sur-Couze (Puy-de-Dôme), Pascal Damois a accordé un long entretien à Biofaune dans lequel ce dirigeant atypique dévoile sa vision du zoo contemporain. Entre soutien à la conservation in situ, bien-être animal, pédagogie et contraintes économiques…

Comment devient-on, en 2012, directeur et copropriétaire du parc animalier et de loisirs du Cézallier sans avoir jamais rêvé de posséder son propre zoo ?

Je suis arrivé dans ce métier un peu par hasard en découvrant, grâce à mes enfants, l’univers des parcs zoologiques du XXIème siècle. Jusqu’alors, j’avais du mal à admettre le bien-fondé de la captivité des animaux sauvages. Soudain, j’ai pris conscience du rôle des programmes d’élevage, du soutien à la conservation in situ, de toutes ces choses qui n’existaient pas lorsque j’allais au zoo dans mes jeunes années. Etfinalement, je suis revenu à mes premières amours. J’ai longtemps voulu être vétérinaire…

À cette époque, je possédais une société d’objets publicitaires et cherchais une nouvelle aventure dans un secteur qui fasse sens à mes yeux, au-delà des challenges quotidiens de l’entrepreneuriat. J’ai déclaré un jour avoir été « anti-zoo » avant de visiter le Bioparc de Doué-la-Fontaine et la Vallée des singes, à Romagne. Avec mon associé, Rémy Gaillot, nous avons eu la chance de rencontrer très tôt leurs dirigeants, Pierre Gay et Emmanuel Le Grelle. Nous nous sommes très bien entendus et ils nous ont dévoilé leur vision de ce métier.

PASCAL DAMOIS 01 (PHOTO MARIE DEMOULIN - PARC ANIMALIER D'AUVERGNE)

(Photo Marie Demoulin / Parc animalier d'Auvergne).

° Quelle est votre position face aux campagnes en faveur du bien-être animal dont beaucoup remettent en cause l’existence même des zoos ?

À mon sens, c’est méconnaître leur univers actuel. Pour certaines espèces, comme les grands singes et les éléphants, la question est complexe et n’appelle pas de réponse tranchée. Rien n’est tout blanc ou tout noir. Au regard des pressions pesant sur la faune dans la nature, avoir une vision manichéenne ne résout rien.

Si ceux qui critiquent les zoos au nom du bien-être animal venaient observer comme cela se passe dans notre parc, peut-être ouvriraient-ils les yeux. Je n’ai rien à cacher. Chez nous, c’est toujours « open door ». Nous limitons sciemment notre activité « soigneur d’un jour » à deux personnes afin qu’elles puissent poser toutes les questions voulues, accéder à l’intégralité des coulisses et voir à quoi un soigneur occupe ses journées. Nos détracteurs se rendraient compte du temps que nous consacrons aux enrichissements, lequel ne cesse d’ailleurs d’augmenter. Il y a 20 ans, le travail d’un soigneur consistait presque exclusivement à nettoyer les enclos et les bâtiments, le reste étant consacré au nourrissage. Depuis, les choses ont beaucoup changé.

° Très vite, votre établissement a été admis au sein de l’EAZA (association européenne des zoos et aquariums). Selon vous, le rôle de cette instance doit-il être renforcé ?

Complètement. Nous nous inscrivons à 200 % dans l’action de l’EAZA, essentielle pour accroître le niveau de compétence et l’efficacité des parcs zoologiques. Très exigeantes, les évaluations pratiquées par cette association sont aussi extrêmement formatrices. Les remarques et les conseils des professionnels lors des deux inspections que nous avons déjà subies nous ont fait gagner des années de travail. Évidemment, il faut être capable d’accepter les critiques et avoir une vision lucide de son établissement.

Je conçois l’EAZA comme une communauté partageant ses connaissances à travers, par exemple, les guidelines présentant les bonnes pratiques à suivre pour assurer et accroître le bien-être de nos pensionnaires. Les animaux ne sont pas des machines et ce qui fonctionne avec un individu ne marchera pas avec un autre. Vous pouvez pratiquer le medical-training avec certains mais pas avec leurs congénères. Grâce à l’EAZA, nous sommes informés de tous les cas auxquels nos confrères ont dû faire face.

Voici un peu plus d’un an, nous avons enregistré la naissance d’un bébé siamang. Il y a quelques mois, le père a enlevé le petit à la mère et l’élève depuis. Nous avons échangé avec le coordinateur de cette espèce puis avec ceux des autres gibbons. C’était la première fois qu’ils entendaient parler d’un tel comportement. Si demain celui-ci se reproduit ailleurs, nous pourrons expliquer comment nous avons géré les conflits, la mère ayant mal réagi au début.

Ce partage de connaissances offert par l’EAZA s’avère d’une telle richesse qu’en raisonnant de façon puriste, je dirais que tous les zoos devraient appartenir à cette association. L’EAZA montre la voie, à nous de la suivre.

GORAL AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Caprin originaire des montagnes du nord-est de l'Inde, de Chine et d'Indochine septentrionale (Birmanie, Thaïlande et Viêt Nam), le goral gris (Naemorhedus griseus) est classé depuis 1996 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (photo Ph. Aquilon).

° Vous présidez le comité des spécialistes des caprins (Caprinae Taxon Advisory Group) de l’EAZA. Quelle est la mission de cette instance ?

Les TAG regroupent les programmes d’élevage d’un groupe ou d’une (sous-)famille d’animaux. J’ai en charge les chèvres et les moutons sauvages pour celui des caprinés. Certes, ces espèces ne sont pas les plus emblématiques mais peuvent être vraiment menacées. Nous coordonnons notamment les programmes des takins, des markhors, des turs du Caucase, des tahrs de l'Himalaya et des bœufs musqués. Nous menons des projets de fond. En 2020, nous allons revoir le plan de collection (Collection Regional Planning) européen des caprins, l’EAZA ayant récemment redéfini ses programmes d’élevage. Durant les huit ou neuf prochains mois, nous passerons toutes les espèces au tamis pour retenir les caprins sur lesquels concentrer nos efforts lors des cinq années à venir.

° Certains se sont étonnés de votre choix d’accueillir des girafes dans un parc dédié aux animaux des sommets du monde. Que leur répondez-vous ?

Je gère un parc privé et me dois d’être pragmatique. L’arrivée des girafes a eu un impact évident sur la fréquentation. La même année qu’elles, nous avons reçu plusieurs espèces menacées dont les takins et les markhors. Grâce aux girafes, nous pouvons parler à davantage de visiteurs des dangers pesant sur des animaux moins charismatiques, comme le glouton, le goral ou le binturong.

Nos girafes disposent d’un bâtiment de 500 m2 leur offrant un espace digne de ce nom pour l’hiver. Elles restent à l’intérieur uniquement lorsque les températures deviennent très basses. En Auvergne, les périodes de grand froid s'avèrent de plus en plus courtes. Par 7 degrés et un temps ensoleillé, nos girafes sortent en libre accès et ont le choix entre regagner leur bâtiment ou rejoindre l’enclos extérieur couvrant plus de deux hectares.

Par ailleurs, les groupes reproducteurs étant généralement composés d’un mâle au côté de deux ou trois femelles, la population captive connaît un surplus de mâles. Cette conjoncture a entraîné des cas comme celui de Marius [euthanasié en 2014 au zoo de Copenhague, NDLR]. Actuellement, près de la moitié des parcs européens hébergent des groupes de mâles. Nous étions volontaires pour en recevoir un avec un projet pédagogique parallèle. Maintenir uniquement des mâles permet de présenter, dans un même espace, des spécimens de plusieurs (sous-)espèces alors que, pour l’immense majorité des gens, une girafe est une girafe. Nos visiteurs peuvent constater à l’œil nu les différences entre girafes réticulées, de Rothschild et du Kordofan.

ENTREEE DU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Avant même d’entrer dans l’enceinte du parc, les visiteurs sont sensibilisés aux programmes de conservation soutenus par l’établissement (photo Ph. Aquilon).

° Et le cas de votre hippopotame Jules ?

Depuis presque quatre ans, nous cherchons à le placer avec l’aide du coordinateur. Une nouvelle piste se dessine et nous espérons une solution d’ici quelques mois. Confier un mâle de 28 ans s’avère d’une complexité sans nom. Et pourtant, au début, nous étions optimistes ! Nous avions eu plusieurs contacts dont le plus très sérieux remonte à l’automne dernier. Mais trois jours avant le transfert pour l’Algérie, le zoo intéressé nous a fait faux bond. Un an de travail pour l’obtention des documents administratifs est brusquement tombé à l’eau ! Ensuite un parc italien a tergiversé avant que nous ne décidions de clore les discussions car les informations que nous avions reçues entre-temps sur cet établissement n’étaient pas fameuses.

La situation est désormais claire. Soit Jules nous quitte pour le parc avec lequel nous négocions et que notre vétérinaire a récemment visité, soit il demeure chez nous jusqu’à la fin de ses jours. Dans ce cas, cet hiver ou plus sûrement le suivant, nous referons complètement son bâtiment, lequel sera conçu en fonction des espèces destinées à occuper ultérieurement l’enclos.

Nous n’avons pas vocation à maintenir des hippopotames amphibies. Outre la construction de bassins intérieurs, il est désormais recommandé de maintenir ces animaux grégaires en famille de trois, quatre ou cinq individus au minimum. Il nous est apparu que, jamais, nous ne pourrions garder dans de bonnes conditions un tel groupe d’hippopotames.

À suivre...

(Propos recueillis par Philippe Aquilon)

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22 juillet 2019

La population de saïgas a augmenté de moitié en un an !

En l’espace d’un an, la population totale de saïgas au Kazakhstan a augmenté de 119.300 individus. Elle s’élève aujourd’hui à 334.400 spécimens contre 215.100 en 2018, soit une hausse de 55,4%, a annoncé fin juin Saken Dildahmet, le porte-parole du comité de la faune et de la flore du ministère de l'agriculture de cet État situé à la jonction de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale. « À l’issue de enquête aérienne menée en 2019, 111.500 antilopes ont été recensées dans la steppe du Betpak-Dala, 217.000 dans la région de l’Oural et 5.900 sur le plateau d'Oust-Ourt. »

Après les naissances de ce printemps, des terres agricoles se trouvant à l’ouest du pays ont été envahies par les ongulés, suscitant la colère des paysans. La chasse au saïga est cependant interdite au Kazakhstan, avec un moratoire en vigueur jusqu'au 31 décembre 2020.

TROUPEAU DE SAIGAS AU KAZAKHSTAN

Troupeau de saïgas au Kazakhstan occidental en 2017 (photo Yakov Fedorov).

En 2004, à peine 48.300 de ces bovidés survivaient à l’état sauvage en Russie et au Kazakhstan. Grâce aux mesures de protection adoptées par les autorités locales, les effectifs sont repartis à la hausse pour atteindre 295.000 têtes en 2015 dans l’ex-république soviétique. Cette année là, au cours des seuls mois de mai et juin, près de 200.000 antilopes kazakhes ont succombé à une maladie infectieuse, la pasteurellose.

D’après une étude publiée mercredi 17 janvier 2018 dans la revue Science Advances, cette épizootie a été provoquée par une bactérie, habituellement inoffensive et naturellement présente dans les voies respiratoires des saïgas mais devenue mortelle à cause de phénomènes climatiques exceptionnels. « Nos recherches confirment les enquêtes conduites en 2015 et aboutissent à la même conclusion, celle d’une infection par le bacille Pasteurella multocida sérotype B », avait alors précisé Richard Kock, coauteur de l’article et professeur au Royal Veterinary College, la plus ancienne des sept écoles vétérinaires du Royaume-Uni.

L’humidité et la température anormalement élevées auraient constitué des « déclencheurs » de la septicémie. Des circonstances météorologiques identiques avaient d’ailleurs été observées lors de précédents épisodes de mortalité de masse, moins prononcés, survenus en 1981 puis en 1988. Jusqu’alors les experts expliquaient cette hécatombe d’une ampleur inédite par une « combinaison de facteurs biologiques et écologiques ». « Notre étude ne met pas en cause le réchauffement climatique, puisque nous n’avons pas une vision assez fine de ses impacts dans la région », avait souligné M. Kock. « Mais force est de constater que la tendance est à des conditions plus chaudes et plus humides… »

 Cornes prétendument aphrodisiaques

Selon la Saiga Conservation Alliance interrogée par Biofaune, le Kazakhstan abrite actuellement 97 % de la population totale de saïgas, la Russie 2 % et la Mongolie 1%. Officiellement créé en 2006, ce réseau regroupe des scientifiques et des défenseurs de l’environnement souhaitant mieux connaître et protéger l’unique antilope eurasiatique et son habitat.

Jadis, la distribution du saïga s’étendait des steppes et des zones semi-désertiques du sud-est de l'Europe et de l'Asie centrale jusqu'en Mongolie et au nord-ouest de la Chine.L’espèce s’est éteinte dès le XVIIIème siècle en Ukraine et a disparu de l’« empire du Milieu » dans les années 1960. En 1958, son aire de répartition couvrait quelque 2,5 millions de km2. Deux-sous espèces sont admises : la nominale (Saiga tatarica tatarica) en Russie comme au Kazakhstan et la mongole (S. t. mongolica), endémique de l’ouest du « pays du Ciel bleu ».

SAIGA MALE

Annelées, les cornes des saïgas peuvent dépasser 30 cm chez les mâles russes et kazakhs. En revanche, celles de leurs congénères de Mongolie mesurent une vingtaine de cm (photo Navinder Singh).

En 1993,1.124.000 saïgas évoluaient sur le territoire de l’ancienne URSS dont la chute entraîna le délabrement des économies rurales avec, à la clef, la recrudescence du braconnage des antilopes pour la consommation de viande et le trafic de cornes. Arborés uniquement par les mâles, ces attributs s’avèrent en effet très prisés de la médecine traditionnelle chinoise, laquelle leur confère des vertus identiques à celles des protubérances en kératine des rhinocéros. En outre, la réouverture progressive de la frontière avec la Chine favorisa la contrebande. En 2014, le prix d’une corne était évalué à environ 4.600 dollars (4.100 euros). Les chasseurs abattant essentiellement des mâles adultes, le nombre de ces derniers s’effondra de façon spectaculaire limitant de ce fait les accouplements durant le rut et donc la reproduction.

Depuis 2002, le saïga est classé en « danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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12 juin 2019

Le changement climatique contraint les koalas à boire

Selon un article publié mercredi 29 mai 2019 dans la revue PLOS One, la mise à disposition de points d’eau artificiels pourrait contribuer à la survie des koalas lors des périodes de sécheresse. En effet, les chercheurs ont découvert que ces marsupiaux arboricoles étaient capables de boire de l’eau stagnante. Jusqu’alors, la consommation de feuilles d’eucalyptus était considérée comme leur source quasi exclusive d’hydratation.

« Des abreuvoirs aideraient les koalas à surmonter les épisodes de sécheresse et atténueraient les effets du changement climatique sur ces animaux », estime Valentina Mella, chercheuse postdoctorale en sciences de l'environnement ayant dirigé cette étude menée par une équipe de l’université de Sydney, la plus ancienne d’Australie( lire https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0216964). De telles installations seraient aussi bénéfiques à d’autres espèces, folivores ou non, dont le phalanger volant (Petaurus breviceps), le phalanger-renard (Trichosurus vulpecula), l’acrobate pygmée (Acrobates pygmaeus), l'échidné à nez court (Tachyglossus aculeatus) ou encore le kangourou géant (Macropus giganteus).

KOALA S'ABREUVANT DANS UNE VASQUE

Koala s'abreuvant dans une vasque (photo université de Sydney).

La population s’effondre

En 2016, la population totale de koalas, estimée à une dizaine de millions avant l’arrivée des colons européens, était évaluée à 329.000 individus (dans une fourchette comprise entre 144.000 et 605.000 spécimens) avec un déclin moyen de 24 % en quinze à vingt ans, soit trois générations. Les effectifs de phascolarctidés auraient respectivement chuté de 53 %, 2 6%, 14 % et 3 % dans les États du Queensland, de Nouvelle-Galles du Sud, de Victoria et d’Australie-Méridionale.

Publiée en mai 2017 par l’antenne australienne du Fonds mondial pour la nature (WWF), une étude réalisée par Christine Adams-Hosking, biologiste de la conservation à l’université du Queensland, mentionnait un déclin, susceptible d’entraîner l’extinction locale des emblématiques marsupiaux, de 80,25 % entre 1996 et 2014 dans la « Koala Coast », zone située à 20 km au sud-est de Brisbane.

La dégradation et la fragmentation de leur habitat, les collisions routières, la prédation par des espèces invasives (dont les renards, les chats harets ou les chiens errants) constituent quelques-unes des principales menaces pour la survie des koalas, en outre décimés par une épizootie de chlamydia. Actuellement, il  n'existe aucun traitement contre cette maladie sexuellement transmissible, susceptible d’entraîner la cécité, la stérilité puis la mort des animaux infectés.

Niche écologique

Souffrant de stress thermique et parce que les eucalyptus dont ils se nourrissent sont touchés par les modifications des températures et des régimes pluviométriques, les koalas s’avèrent également directement affectés par les conséquences du changement climatique.

Dévoilée lundi 2 juillet 2018 dans le mensuel Nature Genetics, l'analyse du génome du koala, fruit des travaux d’environ 50 chercheurs originaires de sept pays, a permis de découvrir 26.558 gènes, décryptant l'ensemble du matériel génétique du phascolarctidé « avec une précision de 95,1 %, comparable à celle du génome humain ». « Ce séquençage nous a aidés à documenter et à comprendre la diversité génétique des koalas et contribuera aux efforts de conservation », assurait alors la généticienne Rebecca Johnson, coauteure de cette publication et directrice de l’institut de recherche de l’Australian Museum de Sydney.

Le patrimoine génétique des « paresseux australiens » leur permet notamment de digérer les feuilles, toxiques pour l’immense majorité des animaux, de certaines (entre 30 et une centaine selons les sources) des quelque 600 essences d’eucalyptus connues. « Cette adaptation évolutive leur a probablement permis de trouver une niche pour survivre », précisait Mme Johnson. « Ils pouvaient compter sur une source de nourriture avec peu de concurrence, les autres espèces n'étant pas capables de se désintoxiquer aussi efficacement. »

VALENTINA MELLA

Valentina Mella, chercheuse postdoctorale en sciences de l'environnement (photo université de Sydney).

Excès de toxines

Pour autant, limités par la quantité de toxines que leur organisme peut supporter, les koalas ne peuvent pas consommer davantage de feuilles pour compenser la réduction de la teneur en eau de leur aliment préféré. « La hausse des émissions de CO2 devrait accrroître le taux des composés phénoliques et des tanins dans les feuilles d'eucalyptus », souligne Valentina Mella. « Les koalas auront besoin de nouvelles stratégies pour se désaltérer et nous sommes à même de les aider en leur fournissant de l'eau potable. »

La jeune scientifique a effectué ses recherches à  Gunnedah dans la région des North West Slopes en Nouvelle-Galles du Sud où, en 2009, une vague de chaleur a provoqué la disparition de 25 %  des effectifs de koalas. « Nous n'étions pas sûrs que des abreuvoirs puissent atténuer l'impact des phénomènes météorologiques extrêmes sur les koalas », admet Valentina Mella.

Les observations ont démontré que les marsupiaux utilisaient régulièrement ces équipements pour satisfaire leurs besoins hydriques. Au cours des 12 premiers mois de l'étude, le Dr Mella et son équipe ont ainsi enregistré 605 déplacements vers dix points d’eau dont 401 avec consommation. Le nombre de visites et la durée totale d’hydratation ont doublé durant l'été par rapport aux autres saisons. « Un accès fréquent à l’eau peut s’avérer vital pour les koalas en facilitant leur thermorégulation lors de très fortes chaleurs », souligne la biologiste.

Suivant les recommandations de ces travaux, plusieurs localités australiennes ont déjà installé des points d’eau afin de sauver les fragiles diprotodontes.

Auparavant considéré comme une préoccupation mineure, le koala (Phascolarctos cinereus) a été reclassé en 2014  « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Sources principales : université de Sydney, Daily Mail, Australian Koala Foundation,UICN.

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03 juin 2019

« Zoos, un nouveau pacte avec la nature » réhabilite les parcs animaliers

« Trop nombreux sont ceux qui doutent encore de leur utilité. » Alors que l’existence même des parcs animaliers se retrouve aujourd’hui sur la sellette, Laurence Paoli a choisi de plaider leur cause dans un petit livre très documenté - Zoos, un nouveau pacte avec la nature - publié ce printemps aux éditions Buchet/Chastel.

Fondatrice du premier service de communication spécialisé dans la sauvegarde de la biodiversité animale au sein du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Laurence Paoli  a ensuite collaboré avec de nombreux établissements à travers le monde. Témoin privilégiée de leur fonctionnement, au fait de leurs forces comme de leurs faiblesses, elle développe son argumentaire en s’appuyant sur les trois rôles dévolus aux zoos contemporains : le maintien d’une population captive viable, la recherche et la sensibilisation du grand public à la défense de la biodiversité. Étayée de nombreux exemples, sa réflexion entend tout à la fois démontrer comment ces lieux sont devenus des acteurs importants, sinon essentiels, de la sauvegarde des espèces et souligner les progrès leur restant à accomplir, notamment pour accéder à la reconnaissance des scientifiques. L’auteure présente aussi les débats agitant la communauté des « conservationnistes », entre tenants d’une approche anthropocentrique et partisans d’une vision biocentrique, dont les zoos sont quelquefois le reflet.

ZOOS, UN NOUVEAU PACTE AVEC LA NATURE

Face aux questions légitimes soulevées par la captivité animale, elle opte pour une approche résolument constructive de la conservation ex situ et de ses enjeux. Cet ouvrage s’ouvre ainsi sur la réintroduction réussie, dans les montagnes du Caucase russe, de la panthère de Perse (Panthera pardus saxicolor) grâce au concours de l’association européenne des zoos et aquariums (EAZA).

Exigences commerciales vs reconnaissance scientifique

N’ignorant rien des critiques adressées, à juste titre ou non, aux zoos, Laurence Paoli préfère mettre en exergue leur mue au cours des dernières décennies et leurs missions à l’heure de la sixième extinction de masse des espèces. Toutefois, elle n’élude pas leurs talons d’Achille, notamment en France où les trois quarts des parcs, malgré des statuts juridiques très divers, demeurent des structures privées dont la survie reste étroitement liée à la fréquentation. Or si les zoos doivent en priorité (voire par essence) élever des taxons pour lesquels le maintien d’une population captive est crucial, il paraît impossible pour ces établissements d’échapper à la logique « commerciale » à l’heure de penser leur collection animale.

En outre, « la gestion d’institutions zoologiques sous forme de sociétés de bienveillance ou de fondations leur permet de recevoir massivement des dons », relève Laurence Paoli. Et à l’étranger, « la recherche de subsides est en général reconnue comme une activité légitime des parcs animaliers ». « D’un pays à l’autre, l’enjeu commercial est donc très différent. »

VALLEE DES RHINOCEROS DOUE

La vallée des rhinocéros du Bioparc de Doué-la-Fontaine, dans le Maine-et-Loire, en juillet 2013 (photo Ph. Aquilon).

L’image superficielle des zoos, « largement entretenue par la médiatisation à outrance d’un lien affectif avec les animaux captifs, tout en attirant les visiteurs les empêche de prendre conscience des avancées dont les parcs animaliers font bénéficier la conservation de la nature », regrette la consultante en environnement, créatrice du tout récent Institut Unlimited Nature, songeant en particulier aux progrès de la médecine vétérinaire. « De surcroît, elle offre un boulevard aux anti-zoos, complique les relations avec les politiques, les administrations et même les organismes internationaux qui rechignent à aller puiser chez eux un savoir et une expertise bien réels. » Néanmoins, environ 10 % des groupes de spécialistes de la commission de la sauvegarde des espèces (Species Survival Commission) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont officiellement initié des collaborations avec des parcs animaliers.

La contribution des zoos aux programmes de recherche s’avère parfois déterminante. Présidé par le biologiste Arnaud Desbiez, coordinateur au Brésil de plusieurs programmes de conservation sur le terrain, l’Instituto de Conservação de Animais Silvestres (ICAS) fonctionne avec un budget dont 80 % est versé par une trentaine de zoos. Cette manne lui a permis de lancer une étude destinée à mieux comprendre le rôle du tatou géant (Priodontes maximus) dans son écosystème et à le protéger plus efficacement. Pourtant aucun parc, en Europe ou aux États-Unis, n’héberge ce dasypodidé…

Croyant en un « cercle vertueux de la conservation », Laurence Paoli  est convaincue du rôle majeur que les zoos ont à jouer dans la sauvegarde de la faune sauvage et se veut confiante en leur avenir. « La communauté zoologique est définitivement en train de gagner ses lettres de noblesse au sein du monde de la conservation de terrain. »

PAOLI Laurence, Zoos, un nouveau pacte avec la nature, Éditions Buchet/Chastel, mars 2019, 128 p., 12 €.

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29 mai 2019

Le dernier mâle rhinocéros de Sumatra de l'Est s’est éteint à Bornéo

Le dernier rhinocéros de Sumatra mâle connu appartenant à la sous-espèce orientale est mort, lundi 27 mai 2019 vers midi, dans l’enceinte du Borneo Rhinoceros Sanctuary, au sein de la réserve faunique de Tabin dans l’État de Sabah, en Malaisie.

Souffrant de problèmes hépatiques et rénaux liée à son âge, Kretam – surnommé Tam – avait environ 20 ans lors de sa capture, en août 2008, dans une plantation de palmiers à huile située au nord-est de Bornéo. Des soins intensifs lui ont été prodigués ces dernières semaines, a précisé John Payne, le directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale Borneo Rhino Alliance (BORA). Fin avril dernier, Tam avait brutalement perdu l’appétit et son activité s’était considérablement réduite. D’après le vétérinaire Zainal Zahari Zainuddin, le rein droit de Tam présentait de nombreux abcès probablement liés à une infection des voies urinaires contenue avec des antibiotiques administrés par voie intraveineuse. En outre, cet organe renfermait de gros calculs entraînant la présence de sang dans l'urine et affectant la production sanguine. D'autres analyses ont révélé une rupture majeure de vaisseaux à l'intérieur de l'abdomen. Le traitement de Tam comprenait notamment des anti-inflammatoires, des perfusions de vitamines comme de minéraux, des médicaments contre l'acidité gastrique et des tranquillisants.

TAM

Selon ses soigneurs, Tam avait un comportement calme et posé même s’il se montrait parfois « un peu effronté » (photo Borneo Rhino Alliance).

Désormais, Iman, une femelle issue du milieu naturel et placée en captivité en 2014 dans la perspective d’un programme de reproduction, serait l’unique représentante du rhinocéros de Sumatra de l’Est, endémique de Bornéo. Sa santé s'est détériorée en décembre 2017, après l’éclatement de l’une des tumeurs présentes dans son utérus. Atteinte d’un cancer de la peau, sa congénère Puntung, capturée en 2011 et également maintenue au Borneo Rhinoceros Sanctuary, a été euthanasiée le 4 juin 2017. D’après divers experts, les affections ayant touché ces deux femelles et la mauvaise qualité du sperme de Tam reflèteraient la consanguinité ayant touché les rhinocéros de Bornéo au cours du XXème siècle.

Depuis 1996, le rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis) est classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Tam, Iman et Puntung sont souvent considérés comme les ultimes spécimens de leur sous-espèce (D. s. harrissoni). En avril 2015, le rhinocéros de Sumatra a été officiellement déclaré éteint dans la nature à Sabah par les autorités malaisiennes. Toutefois, quelques animaux pourraient survivre à Kalimatan, la partie indonésienne de l'île de Bornéo. En 2013, l’antenne locale du Fonds mondial pour la nature (WWF-Indonesia) avait annoncé que des pièges photographiques avaient enregistré des images d’au moins un rhinocéros dans une forêt de Kalimatan où des traces avaient été repérées en avril de la même année. Si le rôle de la déforestation est aprêment débattu entre spécialistes, tous s’accordent à reconnaître que le braconnage reste la cause principale de la raréfaction du rhinocéros à Bornéo (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/08/28/32547059.html).

La sous-espèce nomimale (D. s. sumatrensis) survit aujourd’hui seulement à Sumatra (Indonésie) tandis que la troisième (D. s. lasiotis), jadis répandue en Inde, au Bangladesh et au Bhoutan, est présumée disparue, même si une population relique pourrait subsister dans le nord de la Birmanie.

Les conservationnistes se déchirent

En avril 2013, un sommet de crise sur le rhinocéros de Sumatra, organisé au zoo de Singapour sous l’égide de l’UICN et réunissant plus de 130 scientifiques, avait révélé que la population totale de l’espèce, estimée alors entre 130 et 190 individus, était en réalité inférieure à 100 spécimens.

Par ailleurs, la mort de Tam a réveillé la controverse sur les stratégies de conservation nécessaires à la sauvegarde du plus petit des rhinocérotidés actuels et plus proche parent contemporain du rhinocéros laineux ou rhinocéros à narines cloisonnées (Coelodonta antiquitatis), disparu de la surface de la Terre voici près de 10.000 ans. « Les nombreuses occasions manquées pour sauver le genre le plus menacé au monde parmi les mammifères terrestres sont tout simplement irresponsables », a déploré M. Payne. Ce dernier a dénoncé « le manque d'intérêt des acteurs ayant pourtant accepté de collaborer afin de sauver les rhinocéros en Malaisie », évoquant en substance le document signé en mars 2012 par le gouvernement indonésien, l'International Rhino Foundation (IRF), le Fonds mondial pour la nature et l’UICN. Ce document prévoyait en particulier l’échange de matériels biologiques.

Les acteurs du sommet organisé en 2013 dans la cité-État du Sud-Est asiatique avaient décidé de considérer tous les rhinocéros de Sumatra captifs comme une seule population et de ne plus tenir compte des sous-espèces ou des propriétés nationales. Or cet engagement n’a, pour l’heure, débouché sur aucune action commune entre l’Indonésie et la Malaisie. « Malgré les inlassables efforts de la Malaisie, ces intentions n'ont pas été suivie d’effets, ni par l'Indonésie ni par ses soutiens internationaux », a estimé M. Payne dans un courriel adressé au site Mongabay.

IMAN

Même si sa condition reste préoccupante, Iman aurait montré récemment quelques signes de rétablissement (photo Borneo Rhino Alliance).

En accord avec le gouvernement malais et en collaboration avec le Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) à Berlin, BORA défendait le recours à la fécondation in vitro en utilisant le sperme d’Andalas (né en 2001 au zoo états-unien de Cincinnati et transféré en 2007 vers l’Indonésie où il s’est reproduit) et les ovocytes d'Iman. L’embryon aurait ensuite été implanté sur l’une des femelles du Sumatran Rhino Sanctuary, situé au cœur du parc national de Way Kambas dans la province de Lampung, au sud de Sumatra.

Or les autorités indonésiennes et malaisiennes prônent deux approches différentes, les premières privilégiant la reproduction naturelle, les secondes, par nécessité, donnant la priorité à la FIV. Pourtant, en avril 2018, l’Indonésie a semblé prête à s’impliquer enfin dans ce projet avant de faire volte-face six mois plus tard, arguant que les cellules ovariennes d’Iman ne seraient pas viables, ce que réfutent les partisans de la FIV. Lesquels estiment que ces atermoiements compromment les chances de succès d’une éventuelle insémination.

« Le génome de Tam a été préservé dans des cultures cellulaires », a toutefois rappelé Christina Liew, la ministre du tourisme, de la culture et de l'environnement de Sabah, dans une note d’espoir. « Grâce aux technologies émergentes, ses gènes contribueront peut-être à la survie de son espèce… »

Sources principales : Mongabay, South China Morning Post, New Straits Times, UICN.

26 avril 2019

« 50 idées fausses sur les serpents » : plaidoyer pour les mal-aimés

Cléopâtre n’a pas succombé à la morsure d’un aspic, les serpents ne sont ni froids ni visqueux et ne tètent pas davantage les vaches, les écologistes n’ont jamais largué de vipères par hélicoptère, les alcools d’espèces venimeuses ne possèdent pas la moindre vertu miraculeuse et les cobras ne cachent aucune pierre magique dans leur capuchon. Quant aux serpents de 40 mètres de long, ça n'existe pas, ça n'existe pas

En dénonçant 50 idées fausses sur les serpents, titre de son nouvel ouvrage publié aux éditions Quæ, l’herpétologue Françoise Serre-Collet « fait la peau » aux rumeurs, superstitions, préjugés et autres croyances erronées dont ont souffert, et sont encore victimes, les fascinants ophidiens.

Didactique et abondamment illustré, ce livre s’adresse à la fois au grand public ignorant tout ou presque de la physiologie comme des mœurs de ces reptiles et aux naturalistes plus avertis. Une gageure réussie par l’auteure, médiatrice scientifique au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

50 IDEES FAUSSES SUR LES SERPENTS COUVERTURE

Parmi les vérités bonnes à (re)découvrir, Françoise Serre-Collet rappelle par exemple que les serpents appartiennent à la super-classe des tétrapodes regroupant les animaux possédant ou ayant eu des pattes, que 48 mammifères à travers le monde s’alimentent, occasionnallement ou régulièrement, d’ophidiens venimeux ou encore qu’au-delà des frontières de l’Hexagone, les critères d’identification des serpents potentiellement dangereux – la pupille verticale, la queue soudainement rétrécie, les multiples petites écailles sur la tête et les deux ou trois rangées de plaques entre l’œil et la bouche caractérisant les quatre espèces de vipères présentes sur le territoire métropolitain – ne sont plus valides.

Quant au python d’Afrique australe (Python natalensis), il se distingue des autres serpents ovipares par l’attention de la femelle envers sa progéniture après l’éclosion, les soins maternels étant surtout connus chez les vivipares serpents à sonnette. Plus répandu, le cannibalisme est en particulier documenté chez les couleuvres de Montpellier (Malpolon monspessulanus), verte et jaune (Hierophis viridiflavus) et de la Caspienne (Dolichophis caspius), les bongares (Bungarus sp.) et le cobra royal (Ophiophagus hannah). Et si, contrairement à la légende, les vipères dont on coupe la tête trépassent bel et bien, l’action réflexe de ces reptiles les rend capables de mordre encore après leur mort. En 2014, un cuisinier chinois a ainsi succombé à l'attaque d’un cobra cracheur noir et blanc (Naja siamensis) qu’il avait décapité 20 minutes plus tôt.

VIPERE ASPIC FEMELLE

En France, le nombre de décès provoqués par une morsure de serpent est estimé à 0,3 par an. Ici, une femelle vipère aspic adulte (photo Orchi).

Par ailleurs, les propriétés du venin peuvent subsister longtemps après la disparition de l’animal. Celui, séché, d’un taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus) serait toujours actif un demi-siècle après avoir été prélevé. Durant ce temps, les populations des espèces de serpents étudiées ont subi une véritable hécatombe avec 80 % de pertes en moyenne, souligne en avant-propos le biologiste Xavier Bonnet, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). La majorité des 3.500 taxons vivant sur Terre aurait subi un déclin identique. Comme le relève Allain Bougrain Dubourg dans la préface, les serpents comptant aujourd'hui parmi les espèces les plus affectées par l’érosion de la biodiversité, les sauvegarder revient à protéger l’ensemble du vivant. Ce volume y contribue.

SERRE-COLLET Françoise, 50 idées fausses sur les serpents, Éditions Quæ, février 2019, 144 p., 23 €.

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01 avril 2019

Un troupeau de bisons d’Europe bientôt en liberté dans la forêt d’Orléans

Un troupeau de bisons d’Europe évoluera d’ici deux à trois ans en totale liberté dans la forêt d’Orléans, a annoncé dimanche 31 mars 2019 l’association « Bonasus » lors d’une conférence de presse organisée au sommet de l’observatoire des Caillettes, situé au cœur du massif d’Ingrannes dans le Loiret. Du haut de cette tour culminant à 24 mètres, les arbres s’étendent à perte de vue…

Le plus grand mammifère terrestre du Vieux Continent se serait éteint en France entre le VIIIème et le Xème siècle, certainement victime de la chasse. Le défrichage et le développement des activités agricoles sont parfois avancés pour expliquer sa disparition mais cette hypothèse est contredite par les historiens soulignant la progression des surfaces boisées durant le haut Moyen Âge.

La harde devrait être constituée d’un mâle et de sept ou huit femelles, tous nés en captivité et aussi éloignés génétiquement que possible.

BISONS D'EUROPE EN LIBERTE DANS LE SAUERLAND

Bisons d’Europe sauvages photographiés en décembre 2018 dans le Sauerland, région de moyennes montagnes située à l’ouest de l'Allemagne (photo Martin Lindner).

« La consanguinité constitue l’une des principales menaces planant sur l’avenir de cette espèce », rappelle Paul Auroque, instigateur de ce projet lancé en toute discrétion début 2015 sous la tutelle du ministère de l’écologie (renommé depuis de la transition écologique et solidaire) et en étroite collaboration avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

La plus grande forêt domaniale de l’Hexagone

En effet, la population actuelle descendrait de seulement 7 individus (4 mâles et 3 femelles) sur les 29 mâles et 24 femelles survivant dans les années 1920 dans quelques parcs zoologiques après le tir, en 1919 dans une forêt polonaise, du dernier représentant sauvage de la sous-espèce de plaine (Bison bonasus bonasus).

« Nous avons évalué plusieurs sites, en particulier dans le Jura, les Ardennes et le Massif central, pour finalement retenir cette forêt domaniale, la plus vaste de France métropolitaine avec ses 35.000 hectares », précise M. Auroque. Ce critère a été décisif à l’heure du choix alors que l’avenir du troupeau évoluant en liberté au sud-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne, se trouve aujourd’hui compromis par les plaintes de deux exploitants forestiers. Ces derniers entendent mettre un terme à ce projet jusqu'ici unique en Europe occidentale en exigeant des autorités l’abattage des bovidés ou leur maintien derrière des clôtures à cause des dégâts, pourtant indemnisés, que causent les ruminants dans leurs hêtraies.

En avril 2013, à l’initiative du prince Richard de Sayn Wittgenstein-Berleburg (1934-2017), huit bisons avaient été relâchés sur les terres privées, s’étendant sur 9.600 hectares dans la chaîne du Rothaargebirge, du chef de cette famille de la haute noblesse germanique. Or la harde, comptant actuellement une bonne vingtaine d’individus, a élargi son habitat pour s’aventurer dans d’autres zones des montagnes du Sauerland.

Aucun accident n’a été déploré au cours de ces six années, à l’exception d’une promeneuse accompagnée de son chien renversée en mai 2016 par une femelle suitée. La victime n’avait souffert que de simples écorchures.

FORET DOMANIALE D'ORLEANS

La forêt d'Orléans depuis l'observatoire des Caillettes, à Nibelle, dans le Loiret (Creative Commons).

Plusieurs projets en Europe occidentale

Outre le programme de restauration de l’écosystème originel (« rewilding ») désormais entériné en forêt d’Orléans, plusieurs autres pourraient aboutir à moyen terme au Danemark, aux Pays-Bas, dans le Jura suisse et, en Allemagne toujours, dans les régions du lac Müritz en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans le massif du Harz, en forêt palatine et dans la réserve de biosphère de la Spree à une centaine de kilomètres au sud-est de Berlin.

Attendus à la fin de l’été, les bisons rejoindront un enclos d’acclimatation d’une cinquantaine d’hectares, non accessible au public, près de Bouzy-la-Forêt. Ils seront notamment confiés par le domaine des grottes de Han (Belgique), le jardin zoologique de Berlin Friedrichsfelde (Allemagne), le Highland Wildlife Park (Écosse), le parc zoologique Dählhölzli de Berne (Suisse), la réserve de bisons d'Europe de Sainte-Eulalie en Lozère, le parc animalier Zoodyssée dans les Deux-Sèvres et la réserve biologique des monts d’Azur dans les Alpes-Maritimes. Leurs protecteurs envisagent de les relâcher dès le printemps 2021.

BISON D'EUROPE EN CAPTIVITE A ZOODYSSEE

Bison d’Europe en captivité à Zoodyssée, en mai 2016 (photo Ph. Aquilon).

Considéré comme « en danger » depuis 1996, le bison d’Europe a été reclassé en 2008 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon la dernière édition de l’« European Bison Pedrigree Book » publiée en 2017, sa population totale atteignait alors 7.180 individus dont 5.036 vivant à l’état sauvage au sein de 42 troupeaux, 399 élevés en semi-liberté et 1.745 maintenus en captivité.

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27 mars 2019

Un album évoque les mémoires de l’éléphant Fritz

Depuis plus d’un siècle, son regard en émail voit défiler des générations de Tourangeaux dont il a nourri l’imaginaire et les touristes intrigués par sa présence insolite. L’éléphant Fritz appartient au patrimoine local et il a droit de cité dans les guides. Dans sa cage de verre du musée des beaux-arts, face à l’immense cèdre du Liban planté en 1804, le colosse du « plus grand spectacle au monde » fascine et impressionne toujours.

« 2,90 mètres au garrot, 3 mètres jusqu’en haut de la tête, des défenses de 1,50 mètre de long, cinq tonnes, trente ans. » Tel le décrit l’écrivaine et illustratrice Isy Ochoa. Bouleversée par le destin tragique de cet éléphant de cirque, elle vient de lui consacrer un album publié à l’automne 2018 aux éditions du Rouergue. « Depuis que j’ai rencontré Fritz, il ne m’a plus quitté », avouait dans une récente interview accordée à La Nouvelle République du Centre-Ouest la peintre d'origine basque vivant aujourd’hui dans le Vendômois. « J’ai vite été scandalisée par tout ce qu’il avait vécu. »

FRITZ COUVERTURE

Étranglé devant la foule

Isy Ochoa a longuement enquêté sur l’odyssée de Fritz, de sa capture en Inde pour le compte du marchand allemand Carl Hagenbeck (1844-1913) jusqu’à sa mise à mort dans la cité des bords de Loire avant de conter son histoire à la première personne. Ce choix anthropomorphique confère une émotion particulière au récit tout en autorisant certaines licences romanesques concernant, par exemple, les sentiments éprouvés par le pachyderme.

Quelles raisons poussèrent Fritz à se rebeller dans la soirée du 11 juin 1902 alors que la parade quittait le Champ de Mars, où avaient eu lieu les représentations du Barnum & Bailey Circus, pour regagner la gare et les wagons devant conduire les pachydermes à Saumur, étape suivante de la tournée ? La rage accumulée au fil d’années de contraintes et de violences, la brûlure provoquée par la cigarette d’un spectateur imbécile comme mentionné dans les colonnes du Mémorial du Poitou ou plus sûrement un épisode de musth, cet état périodique durant lequel les mâles adultes s’avèrent particulièrement agressifs ? Aucun des quatre – Fritz, Mandarin, Don Pedro et Nick – ayant embarqué à bord du Massachusetts en 1901 ne survécut à la tournée de l’établissement américain sur le Vieux Continent… Et quelques jours avant d’arriver en Touraine, Fritz avait tué un employé de la ménagerie itinérante alors installée sur l’esplanade des Quinconces à Bordeaux.

FRITZ DANS SA CAGE DE VERRE DU MUSEE DES BEAUX-ARTS DE TOURS

Fritz dans sa loge de verre du musée des beaux-arts de Tours (photo Ph. Aquilon).

Le successeur de Jumbo

Au fond, peu importe les causes exactes du soudain accès de fureur du titan gris, le texte d’Isy Ochoa, rehaussé par ses aquarelles et acryliques, transcende les faits pour dénoncer la barbarie des hommes, prompts à décimer, maltraiter et exploiter la faune sauvage pour satisfaire leurs appétits mercantiles.

Les recherches menées par l’auteure permettent toutefois de s’interroger sur la date de naissance de Fritz, généralement présenté comme le doyen du cirque américain âgé de près de 80 ans au début du XXe siècle. Or cette hypothèse n’apparaît guère plausible avec son passage par les entrepôts de Carl Hagenbeck à Hambourg et sur la piste de son chapiteau, avant sa cession à Phinéas Taylor Barnum (1810-1891) et James Anthony Bailey (1847-1906) puis son arrivée dans leur florissante entreprise durant l’hiver 1888-1889. De fait, le mastodonte avait sans doute vu le jour vers 1870.

LE RETOUR DE FRITZ A TOURS EN 1903

La peau et les os de Fritz furent confiés au taxidermiste nantais Anatole Sautot. Ce dernier reconstitua le squelette, démontable, de l’éléphant et redonna sa forme au pachyderme à l’aide de tiges de fer, de madriers et d’une tonne de paille. L’animal naturalisé remonta le cours de la Loire à bord du vapeur Fram et accosta en Touraine le 4 mai 1903, avant de rejoindre le musée de la ville. En 1910, Fritz fut transféré dans une dépendance de l’ancien archevêché. Resté sur place, son squelette brûla lors des combats du 19 juin 1940 (coll. personnelle, photo Jacques Gabon, 1857-1925).

Ce livre évoque aussi  brièvement la vie, aussi dramatique que celle de Fritz, du célèbre Jumbo. Acheté en février 1882 par Barnum au zoo de Londres (Royaume-Uni), ce mâle africain affichant 3,23 mètres sous la toise devint l’un des stars du cirque d’outre-Atlantique avant de mourir le 15 septembre 1885, heurté par un train de marchandises en gare de St. Thomas, dans l’Ontario. Moins haut mais plus lourd que Jumbo, Fritz lui succèdera au titre de « plus grand éléphant captif au monde » avant de périr aussi tragiquement, étranglé après une longue agonie.

Enfin, la lecture de Fritz renvoie à un précédent album de littérature dite de jeunesse mais tout public. Paru en 2002, Siam, signé Daniel Conrod et François Place, relate une autre histoire vraie d’éléphant, celle d’un petit mâle né dans la jungle asiatique, vendu comme animal de travail puis acheté sur catalogue en 1952 par le cirque suisse Knie. Devenu trop dangereux lors de ses épisodes de musth, Siam sera cédé au zoo de Vincennes après un brève apparition sur le plateau du film Yoyo de Pierre Étaix (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/04/13/26905712.html). Après sa mort en septembre 1997, cet autre géant mesurant 3,07 mètres fut naturalisé. Il trône depuis 2001 dans la Grande Galerie de l’Évolution au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Comme si les trajectoires de Fritz et de Siam s’étaient rejointes afin de témoigner, par leur dépouille à l’apparence du vivant comme à travers ces deux livres, de leur existence volée.

LA MORT DE FRITZ

(Coll. personnelle, photo Constant Peigné, 1834-1916)

En mai 2016, la direction du Ringling Bros and Barnum & Bailey Circus, ainsi rebaptisé après la fusion de la société de Barnum et Bailey avec celle des frères Ringling, renonça aux numéros d’éléphants. Un an plus tard, le rideau tomba définitivement sur le plus grand cirque du monde.

OCHOA Isy, Fritz, Éditions du Rouergue, octobre 2018, 64 p., 18,50 €.

Posté par PhilValais à 17:54 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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