Biodiversité, faune & conservation

12 juin 2019

Le changement climatique contraint les koalas à boire

Selon un article publié mercredi 29 mai 2019 dans la revue PLOS One, la mise à disposition de points d’eau artificiels pourrait contribuer à la survie des koalas lors des périodes de sécheresse. En effet, les chercheurs ont découvert que ces marsupiaux arboricoles étaient capables de boire de l’eau stagnante. Jusqu’alors, la consommation de feuilles d’eucalyptus était considérée comme leur source quasi exclusive d’hydratation.

« Des abreuvoirs aideraient les koalas à surmonter les épisodes de sécheresse et atténueraient les effets du changement climatique sur ces animaux », estime Valentina Mella, chercheuse postdoctorale en sciences de l'environnement ayant dirigé cette étude menée par une équipe de l’université de Sydney, la plus ancienne d’Australie( lire https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0216964). De telles installations seraient aussi bénéfiques à d’autres espèces, folivores ou non, dont le phalanger volant (Petaurus breviceps), le phalanger-renard (Trichosurus vulpecula), l’acrobate pygmée (Acrobates pygmaeus), l'échidné à nez court (Tachyglossus aculeatus) ou encore le kangourou géant (Macropus giganteus).

KOALA S'ABREUVANT DANS UNE VASQUE

Koala s'abreuvant dans une vasque (photo université de Sydney).

La population s’effondre

En 2016, la population totale de koalas, estimée à une dizaine de millions avant l’arrivée des colons européens, était évaluée à 329.000 individus (dans une fourchette comprise entre 144.000 et 605.000 spécimens) avec un déclin moyen de 24 % en quinze à vingt ans, soit trois générations. Les effectifs de phascolarctidés auraient respectivement chuté de 53 %, 2 6%, 14 % et 3 % dans les États du Queensland, de Nouvelle-Galles du Sud, de Victoria et d’Australie-Méridionale.

Publiée en mai 2017 par l’antenne australienne du Fonds mondial pour la nature (WWF), une étude réalisée par Christine Adams-Hosking, biologiste de la conservation à l’université du Queensland, mentionnait un déclin, susceptible d’entraîner l’extinction locale des emblématiques marsupiaux, de 80,25 % entre 1996 et 2014 dans la « Koala Coast », zone située à 20 km au sud-est de Brisbane.

La dégradation et la fragmentation de leur habitat, les collisions routières, la prédation par des espèces invasives (dont les renards, les chats harets ou les chiens errants) constituent quelques-unes des principales menaces pour la survie des koalas, en outre décimés par une épizootie de chlamydia. Actuellement, il  n'existe aucun traitement contre cette maladie sexuellement transmissible, susceptible d’entraîner la cécité, la stérilité puis la mort des animaux infectés.

Niche écologique

Souffrant de stress thermique et parce que les eucalyptus dont ils se nourrissent sont touchés par les modifications des températures et des régimes pluviométriques, les koalas s’avèrent également directement affectés par les conséquences du changement climatique.

Dévoilée lundi 2 juillet 2018 dans le mensuel Nature Genetics, l'analyse du génome du koala, fruit des travaux d’environ 50 chercheurs originaires de sept pays, a permis de découvrir 26.558 gènes, décryptant l'ensemble du matériel génétique du phascolarctidé « avec une précision de 95,1 %, comparable à celle du génome humain ». « Ce séquençage nous a aidés à documenter et à comprendre la diversité génétique des koalas et contribuera aux efforts de conservation », assurait alors la généticienne Rebecca Johnson, coauteure de cette publication et directrice de l’institut de recherche de l’Australian Museum de Sydney.

Le patrimoine génétique des « paresseux australiens » leur permet notamment de digérer les feuilles, toxiques pour l’immense majorité des animaux, de certaines (entre 30 et une centaine selons les sources) des quelque 600 essences d’eucalyptus connues. « Cette adaptation évolutive leur a probablement permis de trouver une niche pour survivre », précisait Mme Johnson. « Ils pouvaient compter sur une source de nourriture avec peu de concurrence, les autres espèces n'étant pas capables de se désintoxiquer aussi efficacement. »

VALENTINA MELLA

Valentina Mella, chercheuse postdoctorale en sciences de l'environnement (photo université de Sydney).

Excès de toxines

Pour autant, limités par la quantité de toxines que leur organisme peut supporter, les koalas ne peuvent pas consommer davantage de feuilles pour compenser la réduction de la teneur en eau de leur aliment préféré. « La hausse des émissions de CO2 devrait accrroître le taux des composés phénoliques et des tanins dans les feuilles d'eucalyptus », souligne Valentina Mella. « Les koalas auront besoin de nouvelles stratégies pour se désaltérer et nous sommes à même de les aider en leur fournissant de l'eau potable. »

La jeune scientifique a effectué ses recherches à  Gunnedah dans la région des North West Slopes en Nouvelle-Galles du Sud où, en 2009, une vague de chaleur a provoqué la disparition de 25 %  des effectifs de koalas. « Nous n'étions pas sûrs que des abreuvoirs puissent atténuer l'impact des phénomènes météorologiques extrêmes sur les koalas », admet Valentina Mella.

Les observations ont démontré que les marsupiaux utilisaient régulièrement ces équipements pour satisfaire leurs besoins hydriques. Au cours des 12 premiers mois de l'étude, le Dr Mella et son équipe ont ainsi enregistré 605 déplacements vers dix points d’eau dont 401 avec consommation. Le nombre de visites et la durée totale d’hydratation ont doublé durant l'été par rapport aux autres saisons. « Un accès fréquent à l’eau peut s’avérer vital pour les koalas en facilitant leur thermorégulation lors de très fortes chaleurs », souligne la biologiste.

Suivant les recommandations de ces travaux, plusieurs localités australiennes ont déjà installé des points d’eau afin de sauver les fragiles diprotodontes.

Auparavant considéré comme une préoccupation mineure, le koala (Phascolarctos cinereus) a été reclassé en 2014  « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Sources principales : université de Sydney, Daily Mail, Australian Koala Foundation,UICN.

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03 juin 2019

« Zoos, un nouveau pacte avec la nature » réhabilite les parcs animaliers

« Trop nombreux sont ceux qui doutent encore de leur utilité. » Alors que l’existence même des parcs animaliers se retrouve aujourd’hui sur la sellette, Laurence Paoli a choisi de plaider leur cause dans un petit livre très documenté - Zoos, un nouveau pacte avec la nature - publié ce printemps aux éditions Buchet/Chastel.

Fondatrice du premier service de communication spécialisé dans la sauvegarde de la biodiversité animale au sein du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Laurence Paoli  a ensuite collaboré avec de nombreux établissements à travers le monde. Témoin privilégiée de leur fonctionnement, au fait de leurs forces comme de leurs faiblesses, elle développe son argumentaire en s’appuyant sur les trois rôles dévolus aux zoos contemporains : le maintien d’une population captive viable, la recherche et la sensibilisation du grand public à la défense de la biodiversité. Étayée de nombreux exemples, sa réflexion entend tout à la fois démontrer comment ces lieux sont devenus des acteurs importants, sinon essentiels, de la sauvegarde des espèces et souligner les progrès leur restant à accomplir, notamment pour accéder à la reconnaissance des scientifiques. L’auteure présente aussi les débats agitant la communauté des « conservationnistes », entre tenants d’une approche anthropocentrique et partisans d’une vision biocentrique, dont les zoos sont quelquefois le reflet.

ZOOS, UN NOUVEAU PACTE AVEC LA NATURE

Face aux questions légitimes soulevées par la captivité animale, elle opte pour une approche résolument constructive de la conservation ex situ et de ses enjeux. Cet ouvrage s’ouvre ainsi sur la réintroduction réussie, dans les montagnes du Caucase russe, de la panthère de Perse (Panthera pardus saxicolor) grâce au concours de l’association européenne des zoos et aquariums (EAZA).

Exigences commerciales vs reconnaissance scientifique

N’ignorant rien des critiques adressées, à juste titre ou non, aux zoos, Laurence Paoli préfère mettre en exergue leur mue au cours des dernières décennies et leurs missions à l’heure de la sixième extinction de masse des espèces. Toutefois, elle n’élude pas leurs talons d’Achille, notamment en France où les trois quarts des parcs, malgré des statuts juridiques très divers, demeurent des structures privées dont la survie reste étroitement liée à la fréquentation. Or si les zoos doivent en priorité (voire par essence) élever des taxons pour lesquels le maintien d’une population captive est crucial, il paraît impossible pour ces établissements d’échapper à la logique « commerciale » à l’heure de penser leur collection animale.

En outre, « la gestion d’institutions zoologiques sous forme de sociétés de bienveillance ou de fondations leur permet de recevoir massivement des dons », relève Laurence Paoli. Et à l’étranger, « la recherche de subsides est en général reconnue comme une activité légitime des parcs animaliers ». « D’un pays à l’autre, l’enjeu commercial est donc très différent. »

VALLEE DES RHINOCEROS DOUE

La vallée des rhinocéros du Bioparc de Doué-la-Fontaine, dans le Maine-et-Loire, en juillet 2013 (photo Ph. Aquilon).

L’image superficielle des zoos, « largement entretenue par la médiatisation à outrance d’un lien affectif avec les animaux captifs, tout en attirant les visiteurs les empêche de prendre conscience des avancées dont les parcs animaliers font bénéficier la conservation de la nature », regrette la consultante en environnement, créatrice du tout récent Institut Unlimited Nature, songeant en particulier aux progrès de la médecine vétérinaire. « De surcroît, elle offre un boulevard aux anti-zoos, complique les relations avec les politiques, les administrations et même les organismes internationaux qui rechignent à aller puiser chez eux un savoir et une expertise bien réels. » Néanmoins, environ 10 % des groupes de spécialistes de la commission de la sauvegarde des espèces (Species Survival Commission) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont officiellement initié des collaborations avec des parcs animaliers.

La contribution des zoos aux programmes de recherche s’avère parfois déterminante. Présidé par le biologiste Arnaud Desbiez, coordinateur au Brésil de plusieurs programmes de conservation sur le terrain, l’Instituto de Conservação de Animais Silvestres (ICAS) fonctionne avec un budget dont 80 % est versé par une trentaine de zoos. Cette manne lui a permis de lancer une étude destinée à mieux comprendre le rôle du tatou géant (Priodontes maximus) dans son écosystème et à le protéger plus efficacement. Pourtant aucun parc, en Europe ou aux États-Unis, n’héberge ce dasypodidé…

Croyant en un « cercle vertueux de la conservation », Laurence Paoli  est convaincue du rôle majeur que les zoos ont à jouer dans la sauvegarde de la faune sauvage et se veut confiante en leur avenir. « La communauté zoologique est définitivement en train de gagner ses lettres de noblesse au sein du monde de la conservation de terrain. »

PAOLI Laurence, Zoos, un nouveau pacte avec la nature, Éditions Buchet/Chastel, mars 2019, 128 p., 12 €.

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29 mai 2019

Le dernier mâle rhinocéros de Sumatra de l'Est s’est éteint à Bornéo

Le dernier rhinocéros de Sumatra mâle connu appartenant à la sous-espèce orientale est mort, lundi 27 mai 2019 vers midi, dans l’enceinte du Borneo Rhinoceros Sanctuary, au sein de la réserve faunique de Tabin dans l’État de Sabah, en Malaisie.

Souffrant de problèmes hépatiques et rénaux liée à son âge, Kretam – surnommé Tam – avait environ 20 ans lors de sa capture, en août 2008, dans une plantation de palmiers à huile située au nord-est de Bornéo. Des soins intensifs lui ont été prodigués ces dernières semaines, a précisé John Payne, le directeur exécutif de l’organisation non gouvernementale Borneo Rhino Alliance (BORA). Fin avril dernier, Tam avait brutalement perdu l’appétit et son activité s’était considérablement réduite. D’après le vétérinaire Zainal Zahari Zainuddin, le rein droit de Tam présentait de nombreux abcès probablement liés à une infection des voies urinaires contenue avec des antibiotiques administrés par voie intraveineuse. En outre, cet organe renfermait de gros calculs entraînant la présence de sang dans l'urine et affectant la production sanguine. D'autres analyses ont révélé une rupture majeure de vaisseaux à l'intérieur de l'abdomen. Le traitement de Tam comprenait notamment des anti-inflammatoires, des perfusions de vitamines comme de minéraux, des médicaments contre l'acidité gastrique et des tranquillisants.

TAM

Selon ses soigneurs, Tam avait un comportement calme et posé même s’il se montrait parfois « un peu effronté » (photo Borneo Rhino Alliance).

Désormais, Iman, une femelle issue du milieu naturel et placée en captivité en 2014 dans la perspective d’un programme de reproduction, serait l’unique représentante du rhinocéros de Sumatra de l’Est, endémique de Bornéo. Sa santé s'est détériorée en décembre 2017, après l’éclatement de l’une des tumeurs présentes dans son utérus. Atteinte d’un cancer de la peau, sa congénère Puntung, capturée en 2011 et également maintenue au Borneo Rhinoceros Sanctuary, a été euthanasiée le 4 juin 2017. D’après divers experts, les affections ayant touché ces deux femelles et la mauvaise qualité du sperme de Tam reflèteraient la consanguinité ayant touché les rhinocéros de Bornéo au cours du XXème siècle.

Depuis 1996, le rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis) est classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Tam, Iman et Puntung sont souvent considérés comme les ultimes spécimens de leur sous-espèce (D. s. harrissoni). En avril 2015, le rhinocéros de Sumatra a été officiellement déclaré éteint dans la nature à Sabah par les autorités malaisiennes. Toutefois, quelques animaux pourraient survivre à Kalimatan, la partie indonésienne de l'île de Bornéo. En 2013, l’antenne locale du Fonds mondial pour la nature (WWF-Indonesia) avait annoncé que des pièges photographiques avaient enregistré des images d’au moins un rhinocéros dans une forêt de Kalimatan où des traces avaient été repérées en avril de la même année. Si le rôle de la déforestation est aprêment débattu entre spécialistes, tous s’accordent à reconnaître que le braconnage reste la cause principale de la raréfaction du rhinocéros à Bornéo (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/08/28/32547059.html).

La sous-espèce nomimale (D. s. sumatrensis) survit aujourd’hui seulement à Sumatra (Indonésie) tandis que la troisième (D. s. lasiotis), jadis répandue en Inde, au Bangladesh et au Bhoutan, est présumée disparue, même si une population relique pourrait subsister dans le nord de la Birmanie.

Les conservationnistes se déchirent

En avril 2013, un sommet de crise sur le rhinocéros de Sumatra, organisé au zoo de Singapour sous l’égide de l’UICN et réunissant plus de 130 scientifiques, avait révélé que la population totale de l’espèce, estimée alors entre 130 et 190 individus, était en réalité inférieure à 100 spécimens.

Par ailleurs, la mort de Tam a réveillé la controverse sur les stratégies de conservation nécessaires à la sauvegarde du plus petit des rhinocérotidés actuels et plus proche parent contemporain du rhinocéros laineux ou rhinocéros à narines cloisonnées (Coelodonta antiquitatis), disparu de la surface de la Terre voici près de 10.000 ans. « Les nombreuses occasions manquées pour sauver le genre le plus menacé au monde parmi les mammifères terrestres sont tout simplement irresponsables », a déploré M. Payne. Ce dernier a dénoncé « le manque d'intérêt des acteurs ayant pourtant accepté de collaborer afin de sauver les rhinocéros en Malaisie », évoquant en substance le document signé en mars 2012 par le gouvernement indonésien, l'International Rhino Foundation (IRF), le Fonds mondial pour la nature et l’UICN. Ce document prévoyait en particulier l’échange de matériels biologiques.

Les acteurs du sommet organisé en 2013 dans la cité-État du Sud-Est asiatique avaient décidé de considérer tous les rhinocéros de Sumatra captifs comme une seule population et de ne plus tenir compte des sous-espèces ou des propriétés nationales. Or cet engagement n’a, pour l’heure, débouché sur aucune action commune entre l’Indonésie et la Malaisie. « Malgré les inlassables efforts de la Malaisie, ces intentions n'ont pas été suivie d’effets, ni par l'Indonésie ni par ses soutiens internationaux », a estimé M. Payne dans un courriel adressé au site Mongabay.

IMAN

Même si sa condition reste préoccupante, Iman aurait montré récemment quelques signes de rétablissement (photo Borneo Rhino Alliance).

En accord avec le gouvernement malais et en collaboration avec le Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) à Berlin, BORA défendait le recours à la fécondation in vitro en utilisant le sperme d’Andalas (né en 2001 au zoo états-unien de Cincinnati et transféré en 2007 vers l’Indonésie où il s’est reproduit) et les ovocytes d'Iman. L’embryon aurait ensuite été implanté sur l’une des femelles du Sumatran Rhino Sanctuary, situé au cœur du parc national de Way Kambas dans la province de Lampung, au sud de Sumatra.

Or les autorités indonésiennes et malaisiennes prônent deux approches différentes, les premières privilégiant la reproduction naturelle, les secondes, par nécessité, donnant la priorité à la FIV. Pourtant, en avril 2018, l’Indonésie a semblé prête à s’impliquer enfin dans ce projet avant de faire volte-face six mois plus tard, arguant que les cellules ovariennes d’Iman ne seraient pas viables, ce que réfutent les partisans de la FIV. Lesquels estiment que ces atermoiements compromment les chances de succès d’une éventuelle insémination.

« Le génome de Tam a été préservé dans des cultures cellulaires », a toutefois rappelé Christina Liew, la ministre du tourisme, de la culture et de l'environnement de Sabah, dans une note d’espoir. « Grâce aux technologies émergentes, ses gènes contribueront peut-être à la survie de son espèce… »

Sources principales : Mongabay, South China Morning Post, New Straits Times, UICN.

26 avril 2019

« 50 idées fausses sur les serpents » : plaidoyer pour les mal-aimés

Cléopâtre n’a pas succombé à la morsure d’un aspic, les serpents ne sont ni froids ni visqueux et ne tètent pas davantage les vaches, les écologistes n’ont jamais largué de vipères par hélicoptère, les alcools d’espèces venimeuses ne possèdent pas la moindre vertu miraculeuse et les cobras ne cachent aucune pierre magique dans leur capuchon. Quant aux serpents de 40 mètres de long, ça n'existe pas, ça n'existe pas

En dénonçant 50 idées fausses sur les serpents, titre de son nouvel ouvrage publié aux éditions Quæ, l’herpétologue Françoise Serre-Collet « fait la peau » aux rumeurs, superstitions, préjugés et autres croyances erronées dont ont souffert, et sont encore victimes, les fascinants ophidiens.

Didactique et abondamment illustré, ce livre s’adresse à la fois au grand public ignorant tout ou presque de la physiologie comme des mœurs de ces reptiles et aux naturalistes plus avertis. Une gageure réussie par l’auteure, médiatrice scientifique au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

50 IDEES FAUSSES SUR LES SERPENTS COUVERTURE

Parmi les vérités bonnes à (re)découvrir, Françoise Serre-Collet rappelle par exemple que les serpents appartiennent à la super-classe des tétrapodes regroupant les animaux possédant ou ayant eu des pattes, que 48 mammifères à travers le monde s’alimentent, occasionnallement ou régulièrement, d’ophidiens venimeux ou encore qu’au-delà des frontières de l’Hexagone, les critères d’identification des serpents potentiellement dangereux – la pupille verticale, la queue soudainement rétrécie, les multiples petites écailles sur la tête et les deux ou trois rangées de plaques entre l’œil et la bouche caractérisant les quatre espèces de vipères présentes sur le territoire métropolitain – ne sont plus valides.

Quant au python d’Afrique australe (Python natalensis), il se distingue des autres serpents ovipares par l’attention de la femelle envers sa progéniture après l’éclosion, les soins maternels étant surtout connus chez les vivipares serpents à sonnette. Plus répandu, le cannibalisme est en particulier documenté chez les couleuvres de Montpellier (Malpolon monspessulanus), verte et jaune (Hierophis viridiflavus) et de la Caspienne (Dolichophis caspius), les bongares (Bungarus sp.) et le cobra royal (Ophiophagus hannah). Et si, contrairement à la légende, les vipères dont on coupe la tête trépassent bel et bien, l’action réflexe de ces reptiles les rend capables de mordre encore après leur mort. En 2014, un cuisinier chinois a ainsi succombé à l'attaque d’un cobra cracheur noir et blanc (Naja siamensis) qu’il avait décapité 20 minutes plus tôt.

VIPERE ASPIC FEMELLE

En France, le nombre de décès provoqués par une morsure de serpent est estimé à 0,3 par an. Ici, une femelle vipère aspic adulte (photo Orchi).

Par ailleurs, les propriétés du venin peuvent subsister longtemps après la disparition de l’animal. Celui, séché, d’un taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus) serait toujours actif un demi-siècle après avoir été prélevé. Durant ce temps, les populations des espèces de serpents étudiées ont subi une véritable hécatombe avec 80 % de pertes en moyenne, souligne en avant-propos le biologiste Xavier Bonnet, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). La majorité des 3.500 taxons vivant sur Terre aurait subi un déclin identique. Comme le relève Allain Bougrain Dubourg dans la préface, les serpents comptant aujourd'hui parmi les espèces les plus affectées par l’érosion de la biodiversité, les sauvegarder revient à protéger l’ensemble du vivant. Ce volume y contribue.

SERRE-COLLET Françoise, 50 idées fausses sur les serpents, Éditions Quæ, février 2019, 144 p., 23 €.

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01 avril 2019

Un troupeau de bisons d’Europe bientôt en liberté dans la forêt d’Orléans

Un troupeau de bisons d’Europe évoluera d’ici deux à trois ans en totale liberté dans la forêt d’Orléans, a annoncé dimanche 31 mars 2019 l’association « Bonasus » lors d’une conférence de presse organisée au sommet de l’observatoire des Caillettes, situé au cœur du massif d’Ingrannes dans le Loiret. Du haut de cette tour culminant à 24 mètres, les arbres s’étendent à perte de vue…

Le plus grand mammifère terrestre du Vieux Continent se serait éteint en France entre le VIIIème et le Xème siècle, certainement victime de la chasse. Le défrichage et le développement des activités agricoles sont parfois avancés pour expliquer sa disparition mais cette hypothèse est contredite par les historiens soulignant la progression des surfaces boisées durant le haut Moyen Âge.

La harde devrait être constituée d’un mâle et de sept ou huit femelles, tous nés en captivité et aussi éloignés génétiquement que possible.

BISONS D'EUROPE EN LIBERTE DANS LE SAUERLAND

Bisons d’Europe sauvages photographiés en décembre 2018 dans le Sauerland, région de moyennes montagnes située à l’ouest de l'Allemagne (photo Martin Lindner).

« La consanguinité constitue l’une des principales menaces planant sur l’avenir de cette espèce », rappelle Paul Auroque, instigateur de ce projet lancé en toute discrétion début 2015 sous la tutelle du ministère de l’écologie (renommé depuis de la transition écologique et solidaire) et en étroite collaboration avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

La plus grande forêt domaniale de l’Hexagone

En effet, la population actuelle descendrait de seulement 7 individus (4 mâles et 3 femelles) sur les 29 mâles et 24 femelles survivant dans les années 1920 dans quelques parcs zoologiques après le tir, en 1919 dans une forêt polonaise, du dernier représentant sauvage de la sous-espèce de plaine (Bison bonasus bonasus).

« Nous avons évalué plusieurs sites, en particulier dans le Jura, les Ardennes et le Massif central, pour finalement retenir cette forêt domaniale, la plus vaste de France métropolitaine avec ses 35.000 hectares », précise M. Auroque. Ce critère a été décisif à l’heure du choix alors que l’avenir du troupeau évoluant en liberté au sud-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne, se trouve aujourd’hui compromis par les plaintes de deux exploitants forestiers. Ces derniers entendent mettre un terme à ce projet jusqu'ici unique en Europe occidentale en exigeant des autorités l’abattage des bovidés ou leur maintien derrière des clôtures à cause des dégâts, pourtant indemnisés, que causent les ruminants dans leurs hêtraies.

En avril 2013, à l’initiative du prince Richard de Sayn Wittgenstein-Berleburg (1934-2017), huit bisons avaient été relâchés sur les terres privées, s’étendant sur 9.600 hectares dans la chaîne du Rothaargebirge, du chef de cette famille de la haute noblesse germanique. Or la harde, comptant actuellement une bonne vingtaine d’individus, a élargi son habitat pour s’aventurer dans d’autres zones des montagnes du Sauerland.

Aucun accident n’a été déploré au cours de ces six années, à l’exception d’une promeneuse accompagnée de son chien renversée en mai 2016 par une femelle suitée. La victime n’avait souffert que de simples écorchures.

FORET DOMANIALE D'ORLEANS

La forêt d'Orléans depuis l'observatoire des Caillettes, à Nibelle, dans le Loiret (Creative Commons).

Plusieurs projets en Europe occidentale

Outre le programme de restauration de l’écosystème originel (« rewilding ») désormais entériné en forêt d’Orléans, plusieurs autres pourraient aboutir à moyen terme au Danemark, aux Pays-Bas, dans le Jura suisse et, en Allemagne toujours, dans les régions du lac Müritz en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans le massif du Harz, en forêt palatine et dans la réserve de biosphère de la Spree à une centaine de kilomètres au sud-est de Berlin.

Attendus à la fin de l’été, les bisons rejoindront un enclos d’acclimatation d’une cinquantaine d’hectares, non accessible au public, près de Bouzy-la-Forêt. Ils seront notamment confiés par le domaine des grottes de Han (Belgique), le jardin zoologique de Berlin Friedrichsfelde (Allemagne), le Highland Wildlife Park (Écosse), le parc zoologique Dählhölzli de Berne (Suisse), la réserve de bisons d'Europe de Sainte-Eulalie en Lozère, le parc animalier Zoodyssée dans les Deux-Sèvres et la réserve biologique des monts d’Azur dans les Alpes-Maritimes. Leurs protecteurs envisagent de les relâcher dès le printemps 2021.

BISON D'EUROPE EN CAPTIVITE A ZOODYSSEE

Bison d’Europe en captivité à Zoodyssée, en mai 2016 (photo Ph. Aquilon).

Considéré comme « en danger » depuis 1996, le bison d’Europe a été reclassé en 2008 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon la dernière édition de l’« European Bison Pedrigree Book » publiée en 2017, sa population totale atteignait alors 7.180 individus dont 5.036 vivant à l’état sauvage au sein de 42 troupeaux, 399 élevés en semi-liberté et 1.745 maintenus en captivité.

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27 mars 2019

Un album évoque les mémoires de l’éléphant Fritz

Depuis plus d’un siècle, son regard en émail voit défiler des générations de Tourangeaux dont il a nourri l’imaginaire et les touristes intrigués par sa présence insolite. L’éléphant Fritz appartient au patrimoine local et il a droit de cité dans les guides. Dans sa cage de verre du musée des beaux-arts, face à l’immense cèdre du Liban planté en 1804, le colosse du « plus grand spectacle au monde » fascine et impressionne toujours.

« 2,90 mètres au garrot, 3 mètres jusqu’en haut de la tête, des défenses de 1,50 mètre de long, cinq tonnes, trente ans. » Tel le décrit l’écrivaine et illustratrice Isy Ochoa. Bouleversée par le destin tragique de cet éléphant de cirque, elle vient de lui consacrer un album publié à l’automne 2018 aux éditions du Rouergue. « Depuis que j’ai rencontré Fritz, il ne m’a plus quitté », avouait dans une récente interview accordée à La Nouvelle République du Centre-Ouest la peintre d'origine basque vivant aujourd’hui dans le Vendômois. « J’ai vite été scandalisée par tout ce qu’il avait vécu. »

FRITZ COUVERTURE

Étranglé devant la foule

Isy Ochoa a longuement enquêté sur l’odyssée de Fritz, de sa capture en Inde pour le compte du marchand allemand Carl Hagenbeck (1844-1913) jusqu’à sa mise à mort dans la cité des bords de Loire avant de conter son histoire à la première personne. Ce choix anthropomorphique confère une émotion particulière au récit tout en autorisant certaines licences romanesques concernant, par exemple, les sentiments éprouvés par le pachyderme.

Quelles raisons poussèrent Fritz à se rebeller dans la soirée du 11 juin 1902 alors que la parade quittait le Champ de Mars, où avaient eu lieu les représentations du Barnum & Bailey Circus, pour regagner la gare et les wagons devant conduire les pachydermes à Saumur, étape suivante de la tournée ? La rage accumulée au fil d’années de contraintes et de violences, la brûlure provoquée par la cigarette d’un spectateur imbécile comme mentionné dans les colonnes du Mémorial du Poitou ou plus sûrement un épisode de musth, cet état périodique durant lequel les mâles adultes s’avèrent particulièrement agressifs ? Aucun des quatre – Fritz, Mandarin, Don Pedro et Nick – ayant embarqué à bord du Massachusetts en 1901 ne survécut à la tournée de l’établissement américain sur le Vieux Continent… Et quelques jours avant d’arriver en Touraine, Fritz avait tué un employé de la ménagerie itinérante alors installée sur l’esplanade des Quinconces à Bordeaux.

FRITZ DANS SA CAGE DE VERRE DU MUSEE DES BEAUX-ARTS DE TOURS

Fritz dans sa loge de verre du musée des beaux-arts de Tours (photo Ph. Aquilon).

Le successeur de Jumbo

Au fond, peu importe les causes exactes du soudain accès de fureur du titan gris, le texte d’Isy Ochoa, rehaussé par ses aquarelles et acryliques, transcende les faits pour dénoncer la barbarie des hommes, prompts à décimer, maltraiter et exploiter la faune sauvage pour satisfaire leurs appétits mercantiles.

Les recherches menées par l’auteure permettent toutefois de s’interroger sur la date de naissance de Fritz, généralement présenté comme le doyen du cirque américain âgé de près de 80 ans au début du XXe siècle. Or cette hypothèse n’apparaît guère plausible avec son passage par les entrepôts de Carl Hagenbeck à Hambourg et sur la piste de son chapiteau, avant sa cession à Phinéas Taylor Barnum (1810-1891) et James Anthony Bailey (1847-1906) puis son arrivée dans leur florissante entreprise durant l’hiver 1888-1889. De fait, le mastodonte avait sans doute vu le jour vers 1870.

LE RETOUR DE FRITZ A TOURS EN 1903

La peau et les os de Fritz furent confiés au taxidermiste nantais Anatole Sautot. Ce dernier reconstitua le squelette, démontable, de l’éléphant et redonna sa forme au pachyderme à l’aide de tiges de fer, de madriers et d’une tonne de paille. L’animal naturalisé remonta le cours de la Loire à bord du vapeur Fram et accosta en Touraine le 4 mai 1903, avant de rejoindre le musée de la ville. En 1910, Fritz fut transféré dans une dépendance de l’ancien archevêché. Resté sur place, son squelette brûla lors des combats du 19 juin 1940 (coll. personnelle, photo Jacques Gabon, 1857-1925).

Ce livre évoque aussi  brièvement la vie, aussi dramatique que celle de Fritz, du célèbre Jumbo. Acheté en février 1882 par Barnum au zoo de Londres (Royaume-Uni), ce mâle africain affichant 3,23 mètres sous la toise devint l’un des stars du cirque d’outre-Atlantique avant de mourir le 15 septembre 1885, heurté par un train de marchandises en gare de St. Thomas, dans l’Ontario. Moins haut mais plus lourd que Jumbo, Fritz lui succèdera au titre de « plus grand éléphant captif au monde » avant de périr aussi tragiquement, étranglé après une longue agonie.

Enfin, la lecture de Fritz renvoie à un précédent album de littérature dite de jeunesse mais tout public. Paru en 2002, Siam, signé Daniel Conrod et François Place, relate une autre histoire vraie d’éléphant, celle d’un petit mâle né dans la jungle asiatique, vendu comme animal de travail puis acheté sur catalogue en 1952 par le cirque suisse Knie. Devenu trop dangereux lors de ses épisodes de musth, Siam sera cédé au zoo de Vincennes après un brève apparition sur le plateau du film Yoyo de Pierre Étaix (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/04/13/26905712.html). Après sa mort en septembre 1997, cet autre géant mesurant 3,07 mètres fut naturalisé. Il trône depuis 2001 dans la Grande Galerie de l’Évolution au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Comme si les trajectoires de Fritz et de Siam s’étaient rejointes afin de témoigner, par leur dépouille à l’apparence du vivant comme à travers ces deux livres, de leur existence volée.

LA MORT DE FRITZ

(Coll. personnelle, photo Constant Peigné, 1834-1916)

En mai 2016, la direction du Ringling Bros and Barnum & Bailey Circus, ainsi rebaptisé après la fusion de la société de Barnum et Bailey avec celle des frères Ringling, renonça aux numéros d’éléphants. Un an plus tard, le rideau tomba définitivement sur le plus grand cirque du monde.

OCHOA Isy, Fritz, Éditions du Rouergue, octobre 2018, 64 p., 18,50 €.

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17 février 2019

Une étude génétique valide le statut de sous-espèce du loup de l’Himalaya !

Selon les conclusions d’une étude internationale publiée en octobre 2018 dans la revue Global Ecology and Conservation, le loup de l’Himalaya a développé des adaptations uniques à son environnement et doit être admis comme un taxon génétiquement distinct. Cette reconnaissance lui permettrait de bénéficier de mesures de conservation à même de prévenir son extinction.

Présente dans une vaste region engloblant l’Himalaya, le plateau tibétain et le massif du Nyenchen Tanglha s’étendant sur 1.600 km dans la région autonome chinoise du Xizang, cette population lupine a déjà été admise dans le passé par certains auteurs comme une sous-espèce, successivement appelée Canis lupus laniger en 1847, C. l. chanco en 1863, C. l. filchneri en 1907 et enfin C. l. himalayensis en 2003 (*).

Pourtant, la classification officielle tarde toujours à reconnaître les caractéristiques spécifiques de ces loups. « Bien que les preuves génétiques de leur unicité se soient accumulées ces dernières années, nous ne disposons d’aucune estimation fiable de leurs effectifs », déplore la Suissesse Geraldine Werhahn, principale auteure de cet article, membre de l'unité de recherche sur la conservation de la faune au département de zoologie de l'université d'Oxford (Royaume-Uni) et fondatrice en 2014 de l’Himalayan Wolves Project.

LOUP DE L'HIMALAYA

Loup de l’Himalaya photographié en avril 2016 dans le district de Mustang, au sein de l’aire de conservation népalaise de l'Annapurna (photo Madhu Chetri).

Adaptés à la vie à très haute altitude

Souhaitant mieux comprendre les variations génétiques permettant aux loups himalayens de survivre à de très hautes altitudes et évaluer l’état de conservation de ces canidés, une équipe internationale a collecté 287 échantillons d’excréments et de poils dans trois secteurs du Népal, deux à l’ouest dans les districts d’Humla et de Dolpa, le troisième dans l’aire de conservation du Kangchenjunga (Kangchenjunga Conservation Area / KCA) créée en 1997 à l’est de la république démocratique fédérale. Ceux-ci ont ensuite été comparés à des fèces, des prélèvements sanguins et des tissus de loups originaires de régions voisines dont le Xinjiang, le Qinghai et la Mongolie-Intérieure en Chine, de plusieurs secteurs du Tibet  ainsi que de divers écosystèmes à travers le monde.

La différenciation génétique de cette lignée repose sur l’étude de 242 paires de bases de la boucle D et de 508 paires de bases du gène cytochrome b (ADN mitochondrial), du gène ZF des deux chromosomes sexuels, de la séquence microsatellite de 17 loci nucléaires et de quatre SNP non-synonymes dans quatre gènes nucléaires fonctionnels reliés à la voie de l’hypoxie.

MASSIF DU KANCHENJUNGA

Vue sur le massif du Kanchenjunga, le troisième plus haut sommet sur Terre dressé à la frontière indo-népalaise, depuis l’État du Sikkim, au nord-est de l'Inde (photo Madhumita Das).

Pour les scientifiques, les adaptations génétiques permettant aux loups de l’Himalaya de supporter le stress hypoxique des hautes altitudes expliqueraient pourquoi ces canidés ont divergé les premiers, entre 691.000 et 740.000 ans « avant le présent » selon les analyses de l’ADN mitochondrial et nucléaire, de leurs congénères de la zone holarctique. Ces loups bénéficieraient ainsi d’une résistance réduite à la circulation sanguine favorisant l’action hémorhéologique.

Les prospections conduites ont permis d’identifier respectivement 12, 16 et 2 individus au sein des secteurs d’Humla (384 km2), de Dolpa (1.088 km2) et de la KCA (368 km2).

Réconciliation taxonomique

« Cette publication valide ce que nous avions découvert au début des années 2000 », a déclaré au bimensuel Down To Earth Ramesh Kumar Aggarwal, professeur au centre de biologie cellulaire et moléculaire d'Hyderabad, un organisme dépendant du conseil indien de la recherche scientifique et industrielle (Council of Scientific and Industrial Research / CSIR).  « Depuis longtemps, nous demandons la classification de ces loups mais le monde de la taxonomie reste dominé par les experts occidentaux et notre voix n’a guère été écoutée », déplore-t-il. « Nous espérons que ces travaux cloront la controverse. »

Biologiste au département d’écologie animale et de biologie de la conservation au Wildlife Institute of India sis à Dehradun, au nord du sous-continent, Shivam Shrotriya avance une autre explication. Ces canidés s’étant reproduits avec d’autres groupes de loups, aucune frontière précise ne délimite leur aire de répartition. « Or l’existence d’une population viable d’hybrides compromet la reconnaissance taxonomique. C’est précisément le cas  pour les  loups de l’Himalaya. »

LOUPS DE L'HIMALAYA CAPTIFS

Individus captifs en mai 2009 au zoo indien de Darjeeling (photo S. Shankar).

Les deux spécialistes s’accordent toutefois sur l’urgence de mesures de sauvegarde des derniers loups de l’Himalaya. « Cette lignée, l’une des plus anciennes sinon la plus ancienne parmi celles des loups gris, doit être préservée », soutient Shivam Shrotriya. « Le nombre de loups de l’Himalaya génétiquement purs se situerait aujourd’hui entre seulement 200 et 300 individus », renchérit Ramesh Kumar Aggarwal. « S’ils s’éteignent, un pan entier de la biodiversité historique disparaîtra. »

Ces avis rejoignent les conclusions de l’article signé cet automne par l’équipe internationale préconisant de classer le loup de l'Himalaya parmi les taxons menacés. En outre, ces chercheurs enjoignent le Népal – dont les hauts plateaux constituent un refuge essentiel pour un pan considérable de la population de ces prédateurs – à s’investir dans la conservation de cette sous-espèce et à devenir une référence pour les autres États de sa distribution.

Selon la base de données Species360, créée en 1974 sous le nom d’International Species Information System (ISIS), seuls sept loups de l’Himalaya (C. l. himalayensis), deux mâles et cinq femelles, sont actuellement élevés en captivité. Ils sont hébergés au Padmaja Naidu Himalayan Zoological Park de la ville de Darjeeling, au Bengale-Occidental (Inde).

 (*) En 1938, le zoologiste américain Glover Morrill Allen (1879 - 1942) avait considéré C. l. filchneri et C. l. laniger comme des synonymes de C. l . chanco. Sous cette dernière appellation, la majorité des auteurs désignent aujourd’hui le loup de Mongolie.

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27 janvier 2019

Une étude génétique valide l'existence de 6 sous-espèces de tigres

S’appuyant sur l’analyse du génome complet de 32 spécimens, une étude publiée jeudi 25 octobre 2018 dans la revue Current Biology a confirmé l’existence de six sous-espèces de tigres encore présentes sur notre planète (*).
Pourtant, en 2017, le groupe de travail de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sur la classification des félins avait confirmé la révision taxonomique préconisée en 2015 (http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/07/17/32365349.html) et reconnaissant seulement deux sous-espèces, l’une en Asie continentale (Panthera tigris tigris), l’autre dans les îles de la Sonde (P. t. sondaica) (https://repository.si.edu/bitstream/handle/10088/32616/A_revised_Felidae_Taxonomy_CatNews.pdf?sequence=1&isAllowed=y). Toutefois, la liste rouge mondiale des espèces menacées établie par l’UICN a continué de distinguer les six sous-espèces jusqu’alors admises.

« L'absence de consensus sur le nombre de sous-espèces a partiellement entravé les mesures de sauvegarde du tigre, car la reproduction en captivité comme la gestion de l’habitat des populations sauvages exigent de plus en plus une délimitation précise des unités de conservation », souligne la biologiste Shu-Jin Luo, du laboratoire de diversité génomique et d’évolution de  l’université chinoise de Pékin. « Nos recherches sont les premières à révéler l'histoire naturelle du tigre d'un point de vue génomique. Et elles fournissent  des preuves solides de l'origine et de l'évolution de cette espèce charismatique de la mégafaune. ».
« Découverts au nord de la Chine et en Indonésie, les plus vieux restes fossiles connus du tigre remontent à 2 millions d’années », rappelle la scientifique. « Cependant, l’analyse génomique des tigres vivants ne permet de remonter qu’à -110 000 ans. »

SOUS-ESPECES TIGRES

(Liu et al. / Current Biology)

Goulot d'étranglement

Au début de la dernière période glaciaire marquant la fin du Pléistocène, les tigres subissent dont un « goulet d’étranglement génétique » et voient leurs effectifs s’effondrer jusqu’à l’achèvement de cette période de refroidissement global voici -11 700 ans.
« Tout au long de cet âge, la population de tigres, initialement homogène, a diminué et s’est fragmentée », résume Shu-Jin Luo. Il y a 67 300 ans, le tigre de Sumatra a divergé le premier, sans doute à la suite de l’éruption du supervolcan Toba, survenue il y a 73.000 ± 4.000 ans dans l'île de Sumatra. Cette catastrophe écologique a provoqué des décennies d’hiver volcanique et un refroidissement s'étendant sur près d’un millénaire.
Le tigre du Bengale s’est ensuite isolé voici 53.000 ans. Puis, il y a 45.000 ans, une nouvelle scission est apparue en Asie du Sud-Est avec le tigre d’Indochine, suivi de celui de Malaisie. Dernière sous-espèce à émerger, le tigre de Sibérie a vu le jour à l’issue de la dernière période glaciaire, à partir de quelques individus ayant gagné le nord-est de l’Asie.
L’étude internationale coordonnée par l’université de Pékin a également mis en exergue 14 gènes du tigre soumis à une « forte pression de sélection » par les contraintes de l’environnement local, en particulier le gène ADH7 lié à la taille. Ses mutations ont conféré au tigre de Sumatra une stature plus réduite que celles de ses congénères continentaux, « limitant ses besoins en énergie et lui permettant de survivre dans un milieu où les proies (cochons sauvages, cerfs) sont plus petites ».

(*) Le tigre du Bengale (Panthera tigris tigris), le tigre de Sibérie (P. t. altaica), le tigre de Chine méridionale (P. t. amoyensis), le tigre d’Indochine (P. t. corbetti), le tigre de Malaisie (P. t. jacksoni) et le tigre de Sumatra (P. t. sumatrae). Trois autres sous-espèces – les tigres de Bali (P. t. balica), de la Caspienne (P. t. virgata) et de Java (P. t. sondaica) – sont considérées comme éteintes depuis respectivement 1937, la fin des années 1970 et la décennie 1980.

Rescapé de l’agriculture intensive, le vanneau huppé « oiseau de l’année » en Suisse

Succédant au faucon pèlerin, le vanneau huppé a été désigné « oiseau de l’année 2019 » par l’association Birdlife Suisse. Migrateur partiel, ce limicole nichait autrefois dans les marais et les prairies humides de la Confédération avant que ces milieux n’aient pratiquement tous disparu au milieu du vingtième siècle à cause du drainage. Dans les années 1970, le millier de couples encore présents dans le pays s’est réfugié sur les terres arables mais cette situation s’est avérée catastrophique pour e charadriidé en raison d’une exploitation toujours plus intensive des sols et d’un recours accru aux pesticides.

En 2005, la population de vanneaux huppés a atteint un creux historique avec seulement 83 couples nicheurs recensés dans le pays.

L’agriculture productiviste, « avec ses multiples passages de machines dans les champs et l'utilisation massive de pesticides a conduit à la disparition presque totale du vanneau huppé en Suisse », souligne l’association de la nature, comptant plus de 65.000 membres répartis au sein de 440 sections locales, dans un communiqué publié mercredi 16 janvier dernier. En outre, le changement climatique affecte notablement cette espèce vivant en colonies et dont les jeunes meurent de faim lors des périodes sèches, leurs proies se réfugiant alors dans les profondeurs du sol.

VANNEAU HUPPE

Pesant de 150 à 300 g pour une envergure oscillant de 70 à 76 cm, le vanneau huppé se nourrit principalement d’insectes, d’araignées et de vers de terre. L’une des ses techniques de chasse consiste à frapper très rapidement le sol avec une patte pour le faire vibrer et simuler la pluie, provoquant la remontée des lombrics à la surface (photo Michael Gerber).

Le spectre de la faucheuse

Voici une quinzaine d’années, BirdLife Suisse et la Station ornithologique suisse de Sempach ont donc initié divers projets de sauvegarde avec le concours d’agriculteurs et le soutien de nombreux bénévoles. Des clôtures électriques ont ainsi été érigées autour des nids afin de les protéger des prédateurs. Dans les exploitations concernées, des protecteurs de l’environnement accompagnent les engins agricoles pour éviter la destruction des œufs ou des poussins. Des accords ont également été conclus avec les cultivateurs pour créer, après la fauche, une mosaïque de bandes herbeuses coupées et laissées sur pied offrant un refuge aux jeunes tout en leur garantissant un accès aux ressources alimentaires.

Quittant le nid quelques heures après leur éclosion, les poussins recherchent aussitôt leur nourriture de façon autonome. Durant les premières semaines de leur vie, ils se plaquent au sol en cas de danger. Efficace contre leurs ennemis naturels, cet instinct met en péril les petits échassiers face aux tracteurs et aux moissonneuses-batteuses.

JEUNE VANNEAU HUPPE

Une alternance de surfaces herbagères coupées et intactes offre les meilleures chances de survie aux jeunes vanneaux huppés (photo BirdLife Suisse).

Ces dispositifs ont permis d’enrayer le déclin du vanneau huppé en Suisse où 206 couples nicheurs ont été recensés en 2018. Toutefois, au regard de la faiblesse des effectifs actuels, ces mesures doivent être maintenues et la collaboration entre le monde paysan et les défenseurs de la faune sauvage renforcée. Dans certaines régions, le comblement des  creux humides dans les labours et des prairies inondables se poursuit. Or ces terrains constituent des sites de nourrissage importants non seulement pour les vanneaux huppés mais aussi pour d’autres nicheurs de ces écosystèmes comme le tarier des prés (Saxicola rubetra), l’alouette des champs (Alauda arvensis) ou le râle des genêts (Crex crex).

Considéré comme une « préoccupation mineure » jusqu’en 2016, le vanneau huppé (Vanellus vanellus) est désormais classé « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Voici la vidéo de BirdLife Suisse présentant « l’oiseau de l’année 2019 » dans la Confédération :

20 janvier 2019

Moins de 2 % de loups hybrides dans les Alpes suisses

Selon une étude publiée mercredi 16 janvier 2019 dans la revue Scientific Reports, moins de 2 % des loups gris détectés dans les Alpes suisses durant la période 1998-2017 s’avèrent être des hybrides.

Les analyses génétiques non invasives effectuées par le laboratoire de biologie de la conservation (LBC) de l’université suisse de Lausanne (UNIL), à partir d’échantillons régulièrement collectés depuis 1998, ont mis en évidence des traces d’hybridation chez seulement 2 des 115 spécimens considérés (1,7 %). En outre, ce mâle et cette femelle sont très certainement le fruit d’un rétrocroisement, l’un de leurs géniteurs étant un loup, l’autre un hybride ou le descendant d’un accouplement entre un chien et une louve. L’hybridation de ces individus, ayant quitté la Suisse fin 2017, remonte donc à deux ou trois générations. Enfin, aucun membre des trois meutes résidentes sur le territoire helvétique ne présente de signe de croisement avec des chiens, soulignent les auteurs.

L’équipe de l’institution vaudoise a comparé l’ADN des 115 loups, tous considérés comme potentiellement hybrides, à un groupe de référence de 70 chiens. Sur la base de simulations mathématiques et de modèles statistiques complexes, elle a établi un seuil au-dessous duquel un loup n’est plus considéré comme « pur ».

LOUP GRIS EN ITALIE

Loup de lignée italienne, parfois appelé loup des Abruzzes ou des Apennins (photo Luigi Piccirillo).

« Une hybridation très limitée, voire anecdotique »

« Nos résultats prouvent que l’hybridation chien-loup est en réalité très limitée, voire anecdotique, et que l’intégrité génétique des populations de loups sauvages vivant dans les Alpes est préservée », assure Luca Fumagalli, maître d’enseignement et de recherche au Département d’écologie et évolution de l’UNIL (DEE) et au Centre universitaire romand de médecine légale.

Les conclusions de cet article (*) rejoignent celles de précédents travaux réalisés dans d’autres pays européens et mettant en évidence la portée très limitée de l'hybridation entre les loups et les chiens sur le Vieux Continent, à l’exception d’une zone très circonscrite du nord de la chaîne italienne des Apennins, où ce phénomène se révèle plus important en raison d’un nombre élevé de chiens errants.

Une analyse confiée durant l’été 2017 au laboratoire Antagene de La tour de Salvagny (Rhône) par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a révélé que 120 des 130 canidés sauvages identifiés grâce à des échantillons collectés par le réseau ONCFS Loup/Lynx étaient bien des loups, tous de lignée italienne. Les signatures de 2 spécimens seulement correspondraient à des hybrides de 1ère génération et celles de 8 autres traduiraient une hybridation plus ancienne.

Sur la base de ces données représentatives de l’ensemble du territoire français, le phénomène d’hybridation récente affecte donc 1,5 % des individus présents dans l’Hexagone, une hybridation plus ancienne touchant 6,2 % d’entre eux tandis que 92,3 % des animaux sont de purs loups gris.

LOUP GRIS EUROPEEN EN CAPTIVITE

Loup gris européen en captivité au parc zoologique Bois de Saint-Pierre, à Smarves dans la Vienne, en avril 2014 (photo Ph. Aquilon).

Contrôler les chiens errants

Aujourd’hui, la problématique du métissage entre le loup (Canis lupus) et le chien (C. l. familiaris) fait l’objet de vives controverses et constitue un enjeu majeur des débats liés à la protection du prédateur en Suisse comme en France. Au prétexte d’une hybridation prétendument majoritaire au sein de la population lupine hexagonale, certains opposants à l'emblématique canidé, naturellement revenu dans certaines zones de son ancienne aire de répartition, voudraient autoriser l’élimination de ces animaux protégés. « Un flou juridique entoure les hybrides », rappelle M. Fumagalli. Signée le 19 septembre 1979 puis entrée en vigueur le 1er juin 1982, la Convention de Berne – visant à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe – protège en effet les loups mais non les hybrides entre les deux sous-espèces. En novembre 2014, elle a édicté une recommandation incitant les États à surveiller l'apparition de tels spécimens. Toutefois, cet instrument juridique préconise d’accorder aux hybrides un statut de protection identique à celui du loup. En Italie, les canidés suspects sont capturés. Si les tests génétiques confirment  leur hybridation, ils sont alors stérilisés et maintenus en captivité.

« La vraie préoccupation doit être celle du contrôle des chiens errants transmettant leurs gènes aux loups sauvages », estime Luca Fumagalli. Spécialiste de la génétique des populations, le biologiste tessinois prône un suivi génétique en temps réel afin d’identifier les potentiels hybrides et permettre ainsi une gestion efficace des populations de loups dans l’arc alpin.

 (*) L’article de Scientific Reports peut être consulté et téléchargé à l’adresse suivante : www.nature.com/articles/s41598-018-37331-x

Sources : Scientific Reports, UNIL, ONCFS, Le Monde.