Biodiversité, faune & conservation

31 mars 2021

Parcs animaliers : une étude inédite éclaire la vie nocturne des éléphants

Historiquement, le comportement des espèces hébergées dans les zoos pendant les heures de fermeture et d’absence, ou de présence réduite, du personnel a été peu étudié, en grande partie faute de technologie appropriée. Cet établissement étant doté d'équipement de surveillance numérique, des chercheurs anglais ont pu analyser durant 24 heures, grâce également à la conception des installations inaugurées le 11 avril 2017, la vie des éléphants d’Asie du zoo de Whipsnade, au Royaume-Uni.

Si différents indicateurs comportementaux du bien-être ont été identifiés pour les éléphants maintenus dans les zoos, la relation entre leur attitude au repos et cet état nécessite des recherches supplémentaires. Ainsi, la position allongée constitue-t-elle vraisemblablement un signe positif de bien-être pour cette espèce, diverses études suggérant que ce critère peut être utilisé pour surveiller les conditions psychologique et physiologique de ces animaux.

Dans l’article publié mardi 16 mars 2021 dans la revue Journal of Zoological and Botanical Gardens (https://www.mdpi.com/journal/jzbg), les auteurs ont analysé le comportement des éléphants asiatiques du zoo anglais – appartenant à la Société zoologique de Londres (ZSL) et situé dans le Bedfordshire, à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale, tout particulièrement dans la tranche horaire 16 – 10 heures.

INSTALLATION INTERIEURE DES ELEPHANTS DU ZOO DE WHIPSNADE

L’installation intérieure des  éléphantes du zoo de Whipsnade couvre 700 m2. Divisée en deux parties, elle est recouverte d’un substrat de sable profond et équipée de mangeoires avec système de minuterie, ainsi que de divers enrichissements. La  superficie de l’enclos de « nuit » du mâle, actuellement Ming Jung (né le 16 avril 2007 au zoo allemand de Cologne), est de 180 m2 (photo ZSL).

Cette recherche a porté sur les cinq femelles asiatiques actuellement hébergées au zoo de Whipsnade et gérées par contact protégé. Ce groupe est formé de deux éléphantes n’étant plus en âge de se reproduire (Kaylee, née 20 juillet 1982, et Lucha (Khaing Hwia See), venue au monde le 24 mai 1982), d'une  adulte reproductrice (Karishma, née le 27 août 1998), d'une juvénile (Geetha, née le 23 juillet 2009) et d'un éléphanteau (Elizabeth, née le juin 2016).  Geetha et Elizabeth sont respectivement les filles de Kaylee et de Karishma. Leur père, Emmett (Tundi), a été transféré le 25 octobre 2019 au zoo de Blackpool, sur la côte nord-ouest de l'Angleterre. Si Lucha n’a aucun lien familial avec ses quatre congénères, elle vit cependant au côté de Kaylee depuis plus de 30 ans.

Un moment clé dans la vie du troupeau

Outre le détail des activités du troupeau entre le « tea time » et le milieu de la matinée du lendemain, ces travaux se sont particulièrement intéressés aux attitudes de chaque animal durant la phase de repos et aux interactions sociales au cours de cette période. Selon leurs conclusions, des congénères non apparentés peuvent entretenir des relations fortes pendant le repos, le vécu de chaque éléphant constituant un facteur déterminant pour appréhender la compatibilité sociale entre individus. Les scientifiques ont également démontré le rôle positif joué par les éléphanteaux et les juvéniles, à même de faciliter des associations significatives entre les membres du groupe lors du repos.

Cette étude insiste sur l’importance d'évaluer le comportement des éléphants pendant ces phases horaires peu étudiées afin d'obtenir une vision holistique du bien-être des individus captifs, soulignant aussi l'importance d’une gestion de cette espèce dans les zoos à travers dee protocoles fondés sur des preuves scientifiques.

Voici une vidéo présentant les installations des éléphants d’Asie du zoo de de Whipsnade, inaugurées le 11 avril 2017 par la reine Elizabeth II. En 1996, un précédent bâtiment avait remplacé la « maison des éléphants », conçue en 1935 par Berthold  Lubetkin (1901-1990), fondateur à Londres de l’atelier collectif Tecton (« Tecton Group ») et aujourd’hui classée comme « édifice particulièrement important ou d'un intérêt spécial » (« listed building / grade II »).


22 mars 2021

L’Inde se prépare à accueillir ses premiers guépards africains

Alors que les premiers guépards africains destinés à être relâchés sur le sous-continent sont attendus d’ici fin 2021, deux équipes de spécialistes – l'une de Namibie et l'autre d'Afrique du Sud – arriveront cette semaine en Inde afin de former les agents forestiers et les experts de la faune sauvage à la manipulation, à la réhabilitation, aux soins médicaux et aux diverses exigences de la conservation de ce grand félin. Le guépard a été déclaré éteint par le gouvernement indien en 1952, les trois derniers  individus connus ayant été abattus en 1947 par le maharaja Ramanuj Pratap Singh Deo de Koriya, une région sise dans l’actuel État du Chhattisgarh.

Le 28 janvier 2020, la Cour suprême de l’Inde a donné son accord pour la réintroduction de guépards originaires de Namibie, validant un programme initié dès 2009 (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2020/01/29/37982898.html). En 2013, la plus haute juridiction du pays avait pourtant rejeté une première demande adressée par le ministère de l'environnement, estimant alors qu'aucune étude scientifique ne recommandait cette stratégie.

GUEPARD D'AFRIQUE AUSTRALE DANS LE SUD NAMIBIEN

Guépard dans le sud de la Namibie, pays d’Afrique australe dont seront originaires les premiers spécimens relâchés dans le parc national indien de Kuno (photo Joachim Huber).

Le parc national de Kuno, premier élu

Depuis, un comité d'experts, composé notamment de représentants du Wildlife Trust of India (WTI)), de l’antenne indienne du Fonds mondial pour la conservation (WWF-India), de l'autorité nationale de conservation des tigres (National Tiger Conservation Authority / NTCA) et de fonctionnaires fédéraux comme de divers États, a terminé l’évaluation des six sites présélectionnés : la réserve de tigres de Mukundara Hills et le sanctuaire de faune de Shergarh au Rajasthan, ainsi que les parcs nationaux de Kuno, de Madhav et les sanctuaires faunistiques de Gandhi Sagar et de Nauradehi au Madhya Pradesh. Ces aires protégées, déjà été évaluées en 2010, ont été de nouveau inspectées. Finalement, le comité a retenu le parc national de Kuno, « prêt à accueillir les premiers guépards avec un minimum d’ajustements ».  Le sanctuaire faunistique de Gandhi Sagar remplit aussi les critères exigés.

Couvrant près de 750 km2, le parc national de Kuno était pressenti depuis 2006 pour la relocalisation du lion d’Asie. « Bien que guépards et lions puissent partager le même territoire, la Cour suprême avait estimé en 2013  que cela n'était pas pertinent », rappelle le Dr Yadvendradev Vikramsinh Jhala, doyen de l’Institut indien de la faune sauvage (Wildlife Institute of India / WII) et membre du comité d'experts. « Or, malgré l’injonction des magistrats, le lion n’a pas été réintroduit dans cet espace, d’où le feu vert accordé par la Cour l’an dernier. Toutefois, un unique site ne peut suffire pour maintenir une population saine de guépards en Inde. Nous allons donc améliorer les autres sites offrant des habitats favorables, afin de pouvoir relâcher des guépards dans au moins quatre ou cinq zones au cours des cinq ou six prochaines années et, à terme, de remettre en liberté 35 à 40 de ces prédateurs sur les sites identifiés. Cette année, nous commencerons par accueillir huit guépards à Kuno. »

LE MAHARAJAH RAMANUJ PRATAP SINGH DEO ET LES 3 DERNIERS GUEPARDS INDIENS ABATTUS EN 1947

Le maharajah Ramanuj Pratap Singh Deo posant devant les trois derniers guépards d’Asie connus ayant vécu à l’état sauvage en Inde. Ces félins furent abattus de nuit dans l’actuel district de Surguja (photo secrétaire privé dumaharaja Ramanuj Pratap Singh Deo).

Villages déplacés

L’aménagement des sites concernés passe notamment la relocalisation de certains villages, le contrôle du pâturage des troupeaux domestiques et l’augmentation du nombre de proies du guépard avec le transfert d’antilopes cervicapres (Antilope cervicapra), de cerfs axis (Axis axis), de chinkaras (Gazella bennettii) ou encore de sangliers indiens (Sus scrofa cristatus).

Dans l’ex-sanctuaire faunique de Kuno, en raison du projet concernant les lions du Gujarat (lire

http://biofaune.canalblog.com/archives/2021/02/24/38833794.html), le département des forêts du Madhya Pradesh a déjà déplacé un certain nombre de villages et a érigé, en  2018, cette réserve au rang de parc national, permettant « une récupération remarquable de l’habitat, une abondance de proies et la réduction des impacts anthropiques », selon l'évaluation réalisée par WII plus tôt cette année. Cet endroit abrite désormais une population viable de cerfs axis, de sambars (Rusa unicolor), de nilgauts (Boselaphus tragocamelus), de chinkaras, de sangliers et de zébus (Bos taurus indicus). Actuellement, le léopard indien (Panthera pardus fusca) et la hyène rayée (Hyaena hyaena) sont les seuls grands carnivores du parc national. Observé à Kuno depuis plusieurs années,T 38, un mâle tigre du Bengale (Panthera tigris tigris) solitaire, a en effet regagné le parc national de Ranthambore voici plusieurs mois.

L’aire de répartition du guépard asiatique (Acinonyx jubatus venaticus), classé depuis 1996 « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), s’étendait autrefois de la péninsule arabique et du Proche-Orient à l’Inde en passant par l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. Plus au nord, elle couvrait le Caucase et l’Asie centrale. Aujourd’hui, cette sous-espèce, dont la population sauvage s’élèverait à une cinquantaine de spécimens contre 200 dans les années 1970, survit uniquement dans quelques régions iraniennes.

Quatre sous-espèces africaines sont aujourd’hui admises, en l’occurrence celles d'Afrique du Nord-Ouest (A. j. hecki), d'Afrique du Nord-Est ou du Sahara (A. j. soemmeringii), d'Afrique de l'Est (A. j. raineyi) et d’Afrique australe (A. j. jubatus), à laquelle appartiennent les guépards namibiens.

06 mars 2021

Les éléphants africains officiellement scindés en deux espèces

Un article paru mardi 23 février 2021 dans la revue Oryx -The International Journal of Conservation, éditée tous les deux mois par les presses universitaires de Cambridge (Cambridge University Press) au nom de l’ONG Fauna & Flora International, valide l’existence de deux espèces d'éléphants d'Afrique : l'éléphant de savane (Loxodonta africana) et l'éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis).

Cette publication précise que le groupe de spécialistes de l'éléphant d'Afrique (GSEAf) de la Commission de sauvegarde des espèces de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN /SSC), comité de scientifiques et d'experts techniques œuvrant à la conservation et à la gestion des éléphants d'Afrique, a admis cette distinction. Cette reconnaissance figurera dans la prochaine mise à jour de la Liste rouge de l’UICN et dans la nouvelle édition du rapport sur le statut de l'éléphant d'Afrique. Ces deux documents seront publiés en 2021.

COCO, ELEPHANT DE FORET MALE

Dernier éléphant de forêt captif en Europe, « Philippe», alias « Coco », né au début des années 1960 à l’état sauvage, avait été capturé au Sierra Leone avant d'être envoyé, en juillet 1963, au parc zoologique de Paris-Vincennes. Ce mâle avait finalement été transféré en avril 2002 au parc safari espagnol La Reserva del Castillo de las Guardas, en Andalousie, où il est mort environ trois mois après son arrivée (photo Ph. Aquilon).

« Il existe désormais des preuves génétiques suffisantes pour affirmer que les éléphants d'Afrique, généralement considérés autrefois comme une seule espèce avec deux sous-espèces, constituent en fait deux espèces distinctes », assurent les auteurs. Cette reconnaissance aura des implications politiques pour les gouvernements concernés et divers traités dont celui de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), réglementant le commerce international des éléphants et de leurs parties ou produits. Interdit par cet accord, le négoce international de l'ivoire ne sera pas affecté par ce changement taxonomique.

Les jardiniers de la forêt

« Rien dans cette nouvelle classification ne réduira ou ne devrait réduire la protection accordée à l'une ou l'autre des espèces d'éléphants d'Afrique, en vertu du droit national ou international », souligne dans un communiqué la Wildlife Conservation Society (WCS), ONG états-unienne dédiée à la préservation de la nature dans le monde et particulièrement en Afrique.

« Les éléphants de forêt sont encore plus menacés que ceux de savane », précise le Dr Fiona Maisels, coauteur de cet article et scientifique de la conservation au sein du programme Afrique de la WCS. « Ils sont considérés comme des « jardiniers de la forêt ». Ils diffusent en effet les graines de diverses espèces de grands arbres, capables de séquestrer considérablement plus de carbone que des essences plus petites et contribuant donc de façon primordiale à l'atténuation du changement climatique. » « Les deux espèces d’éléphants jouent un rôle essentiel pour préserver l'intégrité des écosystèmes africains et leur conservation doit rester une priorité », insiste Mme Maisels.

TEMBO, ELEPHANT DE SAVANE MALE

« Tembo », éléphant de savane mâle né dans la nature en 1985, photographié ici en novembre 2018 au Tierpark de Berlin, en Allemagne (cliché Ph. Aquilon).

Limitée à l’Afrique centrale et de l’Ouest, l’aire de répartition de l’éléphant de forêt couvre notamment la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Gabon, le Cameroun, la République centrafricaine, le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Liberia.

Depuis 2004, l’éléphant africain (Loxodonta africana) est classé « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, sur la Liste rouge des espèces menacées établie par l’UICN.

Seuls trois éléphants de forêt, dont deux au Japon, seraient aujourd’hui maintenus en captivité à travers le monde : un mâle, prénommé « Dai », au parc safari Akiyoshidai de Yamaguchi, et deux femelles, « Mai » au parc zoologique Asa d'Hiroshima et « Can » au zoo d'Abidjan, en Côte d'Ivoire.

04 mars 2021

Les dingos, gardiens de la biodiversité du désert

Selon une étude menée par l'université australienne de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) et parue jeudi 11 février 2021 dans la revue Landscape Ecology, les effets environnementaux de l’absence des dingos dans le paysage sont visibles depuis l'espace.

Ces travaux ont analysé en parallèle des images satellite couvrant une période de 32 ans (1988-2020) et des recherches sur le terrain conduites des deux côtés de la barrière à dingos traversant le désert de Strzelecki. D’après les conclusions de ces recherches, la végétation présente une croissance à long terme plus faible dans les zones sans dingos que dans celles où subsistent ces canidés sauvages.

« Les dingos affectent indirectement la végétation en contrôlant le nombre de kangourous et de petits mammifères », explique le professeur Mike Letnic, coauteur de cet article et professeur au Centre pour la science des écosystèmes (Centre for Ecosystem Science) de l'UNSW. « Lorsque les dingos disparaissent, la population de marsupiaux augmente, avec un risque de surpâturage et des conséquences notable sur l'ensemble de l'écosystème. »

BARRIERE A DINGOS

Longue de 5.320 kilomètres des Darling Downs (Queensland) jusqu'à la péninsule d'Eyre (Australie-Méridionale), la barrière à dingos mesure 1,80 m de haut et s'enfonce 30 cm sous terre. Les poteaux en acier sont espacés de 9 m, tandis qu’une série de portes permet aux véhicules de traverser la clôture (photo Schutz).

Jusqu'à présent, la plupart des recherches sur les dingos ont été menées sur le terrain ou à l’aide de clichés obtenus par des drones. Prenant des images en continu de la région depuis 1988, le programme spatial Landsat d'observation de la Terre à des fins civiles, développé par la NASA (National Aeronautics and Space Administration) à l’initiative de l'Institut des études géologiques américain (United States Geological Survey / USGS), a permis un nouvelle approche à l'échelle du paysage. « Les différences de pression de pâturage de chaque côté de la clôture sont si prononcées qu'elles peuvent être observées depuis l'espace », indique M. Letnic.

Cascade trophique

Les images satellite ont été traitées et disséquées par le Dr. Adrian Fisher, spécialiste de la télédétection à l'UNSW et auteur principal de l'étude. Selon lui, la réaction de la végétation aux précipitations constitue l'une des principales différences entre les secteurs occupés ou non par des dingos. « La végétation ne pousse qu'après les pluies sporadiques tombant dans le désert », explique le Dr Fisher. « Alors que les précipitations ont fait pousser les plantes des deux côtés de la clôture, nous avons constaté que la végétation dans les secteurs sans dingos ne croissait pas autant, ou ne recouvrait pas une superficie aussi importante, que dans les autres endroits. »

DESERT DE STRZELECKI

Une grande partie du désert de Strzelecki bénéficie du statut de réserve régionale. Celle-ci couvre 8.100 km3 en Australie-Méridionale. Une partie de la zone orientale du désert se trouve dans le parc national Sturt, en Nouvelle-Galles du Sud (photo Joy Engelman).

L’élimination des superprédateurs, jouant un rôle crucial dans le maintien de la biodiversité, peut déclencher un effet domino sur l'écosystème concerné, un phénomène appelé cascade trophique. Ainsi l’augmentation des populations de kangourous peut-elle entraîner un surpâturage, lequel amoindrit la végétation et affaiblit la qualité du sol. Or la dégradation du couvert végétal peut menacer la survie de plus petites espèces, comme le pédionome errant ou hémipode à collier (Pedionomus torquatus), un oiseau endémique d'Australie classé depuis 2017 « en danger critique » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Déjà très réduite, la population de ce charadriiforme, victime de l’extension des cultures, du pâturage des prairies naturelles et d’événements climatiques extrêmes, a décliné de plus de 90% au cours de la dernière décennie dans ses principales aires de distribution, le centre-nord de Victoria et la Riverina de Nouvelle-Galles du Sud, une région agricole située dans la partie méridionale de cet État. Le comité scientifique australien des espèces menacées (Threatened Species Scientific Committee / TSSC) ayant estimé le nombre total d'individus matures à moins de 1.000 oiseaux en 2015, les effectifs seraient aujourd’hui compris entre 250 et 999 spécimens adultes.

PEDIONOME ERRANT MALE

Pédionome errant mâle. Uniquereprésentant de la famille des pédionomidés, cet oiseau, mesurant entre 15 et 19 cm, fréquente presque exclusivement les prairies ouvertes humides (photo Patrick_K59).

Les feuilles mortes sous l’œil des satellites

En outre, les changements de la végétation provoqués par la disparition des dingos modifient le paysage désertique en altérant la circulation du vent et les mouvements du sable. « L'élimination des prédateurs situés au sommet de la chaîne alimentaire peut avoir des effets considérables sur les écosystèmes et toucher de très vastes surfaces », relève le Pr. Letnic. « Ces incidences passent souvent inaperçues car les grands prédateurs ont disparu depuis longtemps dans de nombreuses régions. La barrière australienne pour les dingos constitue donc une occasion rare d'observer le rôle indirect d'un superprédateur. »

Traditionnellement, l'imagerie satellite s'intéresse à la photosynthèse de la végétation, c'est-à-dire aux plantes, aux arbres et à l'herbe visiblement verts. Cette fois, les chercheurs ont utilisé un modèle capable de prendre en compte la végétation non verte, comme certains arbustes, les herbes sèches, les brindilles, les branches et les feuilles mortes. « La végétation sans activité de photosynthèse possède un spectre de réflectance différent de celui de la végétation photosynthétique », souligne le Dr Fisher. « En utilisant l'image satellite et un modèle scientifique calibré mis au point par le Joint Remote Sensing Research Program [un programme visant à accroître la capacité de l'Australie à mener des recherches en télédétection pure et appliquée pour mettre en œuvre et évaluer les politiques de gestion environnementale aux échelles locale, étatique et nationale, NDLR], nous avons pu estimer la couverture de végétation non verte, un élément particulièrement important pour l'étude d'un paysage désertique. »

Bien que d'autres facteurs contribuent à différencier  la végétation, comme les régimes de précipitations et l'utilisation des terres, l'imagerie satellite et l'analyse des sites ont clairement montré que les dingos jouaient un rôle essentiel dans ces dissemblances entre les écosystèmes du désert de Strzelecki. « Les dingos ne sont peut-être pas la seule explication, mais d’évidence la principale », assure le Dr. Fisher.

DINGO

La taxonomie du dingo divise les scientifiques (Photo Katjung).

En 2019, une session du groupe des spécialistes des canidés de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN (IUCN SSC Canid Specialist Group) a considéré que le dingo, comme le chien chanteur de Nouvelle-Guinée, étaient des chiens féraux (Canis familiaris) et devaient être retirés de la Liste rouge établie par l’organisation mondiale. Depuis 2008, le dingo figurait parmi les taxons « vulnérables », c’est-à-dire confrontés à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage. En 2014, une étude australienne avait suggéré que le dingo, introduit en Australie entre 3.000 et 5.000 ans avant notre ère, soit érigé au statut d’espèce à part entière et non plus considéré comme une sous-espèce du loup gris (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/04/14/29656894.html).

24 février 2021

Quand les lions indiens sortent de leur réserve

Après l’incursion d’une lionne vendredi 12 février 2021 sur le parking d’un hôtel quatre étoiles puis dans des zones résidentielles de la ville de Junâgadh, le débat sur la relocalisation des grands félins vivant à l’extérieur du parc national et sanctuaire faunique de Gir a resurgi à la Une de la presse indienne. Selon le département des forêts de l’État du Gujarat, près de la moitié des lions d’Asie sauvages évoluent désormais en dehors de cette aire protégée de 1.153 km2 se trouvant à l’ouest de l’Inde.

En effet, la population vivant dans les forêts du Gujarat a augmenté de 29% entre 2015 et 2020, passant de 523 à 674 individus, malgré une épizootie de maladie de Carré ayant provoqué la mort de 36 spécimens en 2018. En 1968, l'Inde comptait seulement 177 lions survivant dans le milieu naturel.

COUPLE DE LIONS ASIATIQUES DANS LE PARC NATIONAL DE GIR

Lions asiatiques s’accouplant dans le parc national de Gir (photoSumeet Moghe).

Le dernier recensement a eu vendredi 5 et samedi 6 juin 2020. Recourant à la méthode de comptage par blocs et à un logiciel de statistiques, il a mobilisé quelque 1.400 personnes et a utilisé la localisation par satellite, les marques d'identification individuelle ainsi que les données des colliers émetteurs. L’évaluation des effectifs de lions d’Asie a lieu tous les cinq ans. À la fin du printemps dernier, la population de ces emblématiques prédateurs s’élevait à 309 femelles, 206 mâles, 137 lionceaux et 22 individus non clairement identifiés.

Envoyés au zoo

Plusieurs voix s’élèvent aujourd’hui pour prôner le transfert d’une partie des félins évoluant hors du parc de Gir dans d’autres secteurs protégés. « Je crois souhaitable que les lions vivent dans des espaces forestiers plutôt qu’à proximité des zones urbaines, au risque de voir les conflits homme-faune s’intensifier », estime ainsi Priyvrat Gadhvi, membre du conseil d'État du Gujarat pour la faune sauvage. « Il est grand temps de songer au sanctuaire de Barda », renchérit Bhushan Pandya, membre du conseil national de la faune sauvage. « Le département des forêts devrait déplacer certains félins dans ce territoire apte à les accueillir. Il est préférable de transférer des lions à Barda plutôt qu’au zoo de Sakkarbaug ou que de les relâcher dans un endroit déjà surpeuplé. »

Selon la presse indienne, l’établissement situé dans la ville de Junagadh abriterait actuellement près de 90 lions d’Asie ! Jeudi 28 janvier dernier, huit félins capturés dans le district de Rajkot ont été envoyés dans ce zoo où ils sont toujours maintenus malgré les protestations des défenseurs de la faune sauvage. En effet, ces animaux (parmi lesquels sept juvéniles dont six femelles) n’ont attaqué aucun habitant et ne sont porteurs d’aucune maladie. Les autorités auraient décidé de leur capture à titre préventif, à l’approche d’élections locales…

CENTRE D'ACCUEIL DU PARC NATIONAL DE GIR

Centre d’accueil du parc national et sanctuaire faunique de Gir (photo Dassharathsinh Bodana).

Le département des forêts de l’État du Gujarat espérait que les lions rejoindraient naturellement, au cours de leur dispersion, le sanctuaire de faune de Barda où leur présence était attestée jusqu’à la fin du XIXème siècle. Couvrant 192 km2 à une centaine de kilomètres à l’ouest du parc national de Gir, ce site dispose en effet d’une forte densité de proies potentielles – cerfs axis (Axis axis), sambars (Rusa unicolor) ou encore sangliers indiens (Sus scrofa cristatus) – notamment issus de centres d’élevage. Toutefois, le tracé d’une route nationale entrave les déplacements des lions, hésitant à traverser ce ruban de bitume. Par ailleurs, la présence de bovins à l’intérieur même du sanctuaire constitue une source de tensions potentielles en cas de retour des lions. Un transfert officiel de ces prédateurs nécessiterait de reloger quelque 400 familles maldhari, une communauté de bergers tribaux du Gujarat. Or cette question se semble pas d’actualité. « Pour le moment, nous n’envisageons pas de déplacer ces éleveurs », assure en substance D. T. Vasavada, conservateur en chef des forêts au Bureau de l'environnement du district de Junagadh. Un autre programme préconise le déplacement de lions vers une zone protégée de 109 km2 dans la forêt de Bhavnagar Amreli, à environ 100 km à l’est du parc de Gir.

Une affaire d’État

Initié dès 1993, le projet de la réintroduction de lions dans le Madhya Pradesh, au cœur du sous-continent, n’a jamais vu le jour, le Gujarat s’opposant à tout transfert de « ses » lions considérés comme un « trésor » d’État. La question du déplacement dans l’ancien sanctuaire faunique de Kuno – érigé au rang de parc national en 2018 est devenue un enjeu politique. Dès 2004, le gouvernement du Gujarat a ainsi refusé de se séparer des 19 félins prévus pour la relocalisation, le ministre d'État aux forêts de l'époque  déclarant publiquement qu’« il n’était pas nécessaire de déplacer les lions de Gir et que les autorités du Gujarat assuraient leur survie sur place ».

Face cette opposition, le département des forêts du Madhya Pradesh a envisagé, en 2009, d’accueillir dans le sanctuaire de Kuno des lions asiatiques élevés dans des zoos. Là encore, le gouvernement du Gujarat a combattu cette suggestion, avançant plusieurs arguments dont l’absence d’une densité de proies suffisantes dans cette zone, l’inefficacité du Madhya Pradesh à protéger efficacement les tigres présents dans le parc national de Panna ou encore le projet de relâcher à Kuno des guépards africains, un dessein jugé incompatible avec la réintroduction de lions (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2020/01/29/37982898.html).

La position du Gujarat a subi un revers lorsque, le 15 avril 201, la Cour suprême d'Inde a estimé que le transfert vers Kuno relevait de l’intérêt supérieur des animaux. La plus haute juridiction du pays balayait les objections du gouvernement du Gujarat et ordonnait même que la relocalisation ait lieu dans un délai de six mois. Le 1er juillet 2013, le gouvernement du Gujarat demandait à la Cour suprême de revoir son arrêt, proposant en contrepartie la création d’une seconde aire protégée dédiée dans cet État frontalier du Pakistan. La réticence persistante des autorités du Gujarat à se séparer de quelques lions avait été alors très critiquée par certains écologistes.

La requête en révision contre le déplacement des lions sauvages de la forêt de Gir vers le Madhya Pradesh a été finalement été rejetée par la Cour suprême le 14 août 2014 mais, à ce jour, aucun transfert n’a eu lieu. Longtemps farouchement opposés au départ de lions vers la « province du Centre », des activistes du Gujarat défendent aujourd’hui cette solution, préférable à leurs yeux au maintien en captivité dans l'enceinte du zoo de Sakkarbaug.

LION D'ASIE MALE

Anatomiquement, le lion d’Asie se distingue par une poche de peau s’étendant sous le ventre jusqu'aux pattes postérieures. Ce gousset est rarement développé chez les lions africains. En outre, le crâne des lions persans présente des bulles tympaniques moins gonflées et un foramen infra-orbitaire plus souvent divisé (photo Impvjoshi).

Malgré les actuelles controverses taxonomiques, le lion d’Asie est toujours reconnu comme une sous-espèce à part entière (Panthera leo persica) par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Après avoir été considéré comme en « danger critique » entre 2000 et 2008,  il est aujourd’hui classé « en danger ». En Europe, le programme d’élevage en captivité (EEP / « EAZA Ex situ Programmes ») de ce félin est géré, sous l’égide de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), par le zoo d’Aalborg, au Danemark.

Selon le site Zootierliste, cette sous-espèce est visible dans presque une cinquantaine d’établissements du Vieux Continent. Elle est hébergée en France par le parc animalier du Pal (03), le Zooparc de Trégomeur (22), les zoos de Besançon (25), Montpellier (34), La-Boissière-du-Doré (44), Maubeuge (59), Lyon (69) et Mulhouse (68), ainsi que par le Parc des félins de Lumigny-Nesles-Ormeaux (77). Elle est maintenue en Suisse par le zoo de Zurich et, en Belgique, par celui de Planckendael.


12 février 2021

Les vipères aspic et péliade (enfin) intégralement protégées en France

Publié jeudi 11 février 2021 au Journal officiel, l’arrêté ministériel du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire français et les modalités de leur protection acte l'interdiction de tuer ou maltraiter l’ensemble des serpents dont, désormais, les vipères. Mis en consultation publique en novembre 2019, le texte n’avait pas connu de mise à jour depuis 2007 (https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=etQVwTnr_fngrhTfub4e99CWae1u63ZO6Nh5ySR3wgs).

« La version en consultation eavait choqué le monde naturaliste tant les ajustements proposés étaient marginaux au regard de la multiplication des cris d’alarme des scientifiques sur l’effondrement de la biodiversité auquel les reptiles et amphibiens n’échappent pas », souligne la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) dans un communiqué. « Après 14 ans d’alerte sur les carences et erreurs du texte de 2007, une forte mobilisation collective au côté de la Société herpétologique de France a permis d’attirer l’attention du ministère de la Transition écologique […] et débouche sur la protection de toutes les espèces de serpents. Tout contrevenant s’expose à 2 ans d’emprisonnement et 150.000 € d’amende. Leurs milieux de vie sont également préservés et devront dorénavant être pris en compte dans l’aménagement de nos territoires », se félicite la LPO.

Le projet d’arrêté prévoyait en effet que les vipères aspic et péliade pouvaient encore être détruites malgré leur état de conservation « alarmant » pour la Société herpétologique de France (SHF). « Les études réalisées montrent un déclin sévère de la vipère aspic en France et en Italie », précise la SHF. « Très vulnérable aux changements climatiques, la vipère péliade devrait voir sa population réduire fortement dans les années à venir. »

VIPERE PELIADE

Vipère péliade (photo Benny Trapp)

Selon la SHF, l’argument de sécurité mis en avant pour justifier l’autorisation de destruction de ces vipères ne tient pas, « les cas de morsures étant extrêmement rares en France et qu’aucun décès n’ayant été enregistré depuis 2003 ». Au contraire, « tenter de tuer une vipère expose justement au risque de morsure quand la meilleure attitude à adopter face à ce reptile reste de lui laisser prendre la fuite ». « Plusieurs pays européens comme la Belgique (1973), l’Allemagne (1976) ou la Suisse (1991) protègent  ces deux espèces depuis plusieurs années sans qu’aucune augmentation du nombre d’envenimation n’ait été enregistrée ».

Les grenouilles devront attendre

Par ailleurs, le projet d’arrêté permettait d’accorder des autorisations de 3 ans aux structures pratiquant la pêche et la capture de la grenouille rousse à des fins commerciales. Or « ces prélèvements représentent plusieurs millions d’individus collectés chaque année dans les milieux naturels alors même que l’espèce souffre déjà de l’assèchement de certaines zones humides, de la disparition des sites de pontes et de l’introduction des poissons dans les lacs de montagne », rappelle la SHF.

Hydride entre la grenouille rieuse et la grenouille de Lessona, la grenouille commune s’avère particulièrement difficile à distinguer, même aux yeux des spécialistes. Pourtant, le texte initial envisageait sa collecte à des fins non commerciales, malgré les forts risques de confusion avec les deux autres espèces, intégralement protégées. « Ces pêches fragilisent non seulement la viabilité de ces amphibiens sur le long terme mais aussi celle d’espèces voisines », estime la LPO.

GRENOUILLE ROUSSE

Grenouille rousse (photo Onésime)

En attendant la révision législative espérée, des recherches sur l’impact de l’exploitation commerciale de la grenouille rousse, notamment en région Bourgogne-Franche-Comté, ont été engagées. Et le ministère doit lancer une étude juridique sur la cohérence entre les dispositions réglementaires encadrant la pêche des grenouilles rousses et vertes et un statut de protection plus fort de ces taxons. D’ici la conclusion de ces travaux, le collectif d’associations mobilisées pour une législation défendant plus efficacement de ces anoures appelle les préfets à ne pas publier d’arrêté autorisant leur capture.

Le genre Vipera regroupe une vingtaine d’espèces réparties en Europe, en Asie et en Afrique du Nord. Quatre d'entre elles sont présentes en France métropolitaine : la vipère aspic (Vipera aspis), la vipère péliade (V. berus), la vipère de Séoane (V. seoanei) et la vipère d’Orsini (V. ursinii).

Si la vipère aspic est considérée comme une « préoccupation mineure » sur la liste rouge hexagonale établie par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), les vipères péliade et de Séoane sont jugées « vulnérables » – c’est-à-dire confrontées à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, la vipère d’Orsini étant estimée « en danger ». La vipère aspic figure toutefois dans la catégorie « vulnérable » sur les listes rouges des ex-régions Aquitaine et Midi-Pyrénées.

Les grenouilles rousse (Rana temporaria), rieuse (Pelophylax ridibundus) et commune (Pelophylax kl. esculentus) sont globalement classées en «préoccupation mineure », la grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae) étant « quasi menacée ».

Les statuts des  reptiles et amphibiens de métropole ont été actualisés en 2015.

08 février 2021

Léopard de Perse : des observations porteuses d’espoir en Arménie

Un nouveau léopard de Perse vient d’être identifié en Arménie, grâce à des images prises par des pièges photographiques dans le refuge de la faune sauvage du Caucase (Caucasus Wildlife Refuge / CWR), situé au sud-ouest du pays.

Cet individu est le cinquième recensé dans cet État du Petit Caucase depuis 2013 et la mise en place du suivi des grands félins par la Fondation pour la préservation de la vie sauvage et des biens culturels (Foundation for the Preservation of Wildlife and Cultural Assets / FPWC).

En outre, son arrivée offre l’espoir de l’installation d’une population reproductrice, le spécimen observé étant probablement une femelle. « Cela signifierait un réel espoir pour l’avenir de cette sous-espèce en Arménie », s’enthousiasme Ruben Khachatryan, le directeur de la FPWC. Baptisée Nova, la nouvelle panthère a en effet été repérée dans la même zone du CWR qu’un jeune mâle prénommé Neo. Pour les spécialistes, il est improbable que deux mâles évoluent aussi près l’un de l’autre. Et ces deux spécimens ont également été photographiés par l’antenne arménienne du Fonds mondial pour la nature (WWF-Armenia) dans la réserve d'État de la forêt de Khosrov, contiguë au CWR. La dernière trace d’une femelle dans cette aire protégée, fondée en 1958, remonte à l’époque où l’Arménie se trouvait sous domination soviétique.

PANTHERE DE PERSE EN ARMENIE

Léopard de Perse en Arménie (Photo FPWC)

Jadis répandu dans toute l’Arménie, le léopard de Perse (Panthera pardus saxicolor) a longtemps été persécuté avant d’être légalement protégé seulement à partir de 1987. Malgré l’interdiction de la chasse, sa population n’a cessé de décliner depuis, « en raison de la fragmentation de son habitat et de la raréfaction de ses proies à cause du braconnage », souligne M. Khachatryan. En outre, la seconde guerre du Haut-Karabagh, du 27 septembre au 10 novembre 2020, s’est déroulée dans des secteurs hébergeant des léopards. « Les bombardements ont dévasté des écosystèmes importants mais le CWR a été heureusement épargné », précise M. Khachatryan.

Créé en 2010 par le FPWC en tant que zone protégée privée, le refuge de la faune sauvage du Caucase s'étend sur 26.300 hectares de la frontière avec la République autonome du Nakhitchevan, en Azerbaïdjan, au Haut-Karabakh, en passant par les régions d'Ararart et de Vayots Dzor. Ce point chaud de la biodiversité en Transcaucasie abrite en particulier des mouflons d’Arménie (Ovis gmelini gmelini) et des chèvres égagres (Capra aegagrus), deux caprins classés « quasi menacés » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Mise en ligne jeudi 4 février par la FPWC, cette vidéo dévoile quelques images de Neo et de Nova, cette (probable) femelle tant espérée…

Estimations à revoir

Depuis la mise à jour de la liste rouge mondiale de l'UICN en 2016, aucun statut n’est attribué à la panthère de Perse dans l’attente de données fiables concernant ce taxon qui était considéré comme « en danger » depuis 1996.

Sur la foi des estimations nationales, le nombre total d’individus matures était alors évalué entre 871 et 1.290. Les recensements « bruts » (adultes, subadultes et juvéniles) mentionnaient 550 à 850 spécimens en Iran, de 200 à 300 en Afghanistan, entre 78 et 90 au Turkménistan, moins de 10 à 13 en Arménie et en Azerbaïdjan, 3 ou 4 léopards dans le Haut-Karabakh, moins de 5 en Géorgie comme en Turquie et moins de 10 dans le Caucase du Nord russe où les premières réintroductions ont eu lieu durant l’été 2016 (http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/09/26/34362558.html).

Le morcellement de son territoire, avec des sous-populations éloignées et trop petites dont aucune ne dépasserait cent adultes, constitue aujourd’hui la principale menace pour la survie du léopard de Perse. L’aménagement de corridors dans le Caucase fait figure d’urgence. En raison de l’anthropisation de leur milieu, les panthères sont contraintes de se réfugier dans des étendues montagneuses, naturellement discontinues et inadaptées à leurs besoins. Ce phénomène renforce les effets du fractionnement de leur distribution. Lors de leur dispersion, les sudadultes doivent traverser des environnements hostiles, risquant en particulier d’être abattus pour avoir attaqué, effectivement ou non, du bétail.

Le braconnage direct reste rare mais a un impact important sur la viabilité des sous-populations, notamment dans la chaîne du Caucase où la disparition d’un seul individu compromet la stabilité démographique.

En Europe, le programme d’élevage en captivité (EEP / « EAZA Ex situ Programmes ») de ce félin est géré, sous l’égide de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), par le zoo portugais de Lisbonne.

Selon le site Zootierliste, cette sous-espèce est maintenue dans une quarantaine d’établissements du Vieux Continent. Elle est hébergée en France par le ZooParc de Beauval (41), les zoos de Champrepus (50) et d’Amnéville (57) et le Parc des félins de Lumigny-Nesles-Ormeaux (77) et, en Suisse, par le parc zoologique Dählhölzli, à Berne.

Sources : Panorama,  FPWC, UICN, Zootieliste.

Voici une seconde vidéo présentant des images de panthères de Perse prises durant l’année 2020, dans la réserve d'État de la forêt de Khosrov, au sein du parc national d'Arevik, à la pointe méridionale de l’Arménie, et dans la région du Tavush, au nord-est du pays :

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18 janvier 2021

Nouvelle étape dans la lutte pour sauver le rhinocéros blanc du Nord

Jeudi 14 janvier 2021, le Kenya a annoncé la création, fin décembre, de deux nouveaux embryons de rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni) par une équipe internationale menée par le Pr Thomas B. Hildebrandt, de l'Institut Leibniz de recherches zoologiques et pour les animaux sauvages de Berlin (Allemagne). Cette sous-espèce est désormais uniquement représentée par deux femelles, Najin et Fatu, une mère et sa fille respectivement âgées de 31 et 20 ans.

Dimanche 13 décembre dernier, les scientifiques ont prélevé 14 ovocytes des ovaires de Fatu, née le 29 juin 2000 au zoo tchèque de Dvůr Králové et vivant désormais dans la réserve kényane d’Ol Pejeta. Les gamètes femelles ont été incubés au laboratoire Avantea, à Crémone (Italie). Huit d'entre eux ont été fécondés avec le sperme de Suni, venu au monde le 8 juin1980 – lui aussi dans le parc animalier d'Europe centrale – et mort de causes naturelles le 17 octobre 2014 à Ol Pejeta. Deux ovocytes se sont développés en embryons viables et sont actuellement stockés dans de l'azote liquide au côté des trois produits lors de précédentes interventions, en attendant d’être transférés dans l'utérus de mères porteuses de la sous-espèce australe (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2020/01/18/37949787.html).

En revanche, aucun embryon n'a été produit à partir des ovocytes de Najin, sans doute en raison de son âge avancé. « En outre, cette femelle  présente  une grosse tumeur abdominale », précisent les chercheurs. « Au stade actuel, celle-ci ne provoque pas de soucis de santé aigus mis peut toutefois entraver le fonctionnement des organes reproducteurs. »

Par ailleurs, si les prélèvements d’ovocytes ont pris du retard l’an passé à cause de la pandémie de Covid-19, le programme ne devrait plus connaître d’interruption cette année. La prochaine étape consistera à préparer l’implantation des embryons dans l’utérus de femelles rhinocéros blanc du Sud (C. s. simum).Dans cette perspective, un mâle reproducteur a été transféré en novembre 2020 du sanctuaire kényan Lewa Wildlife Conservancyà Ol Pejeta, où il a été stérilisé au moyen d’un procédé non chirurgical peu invasif. Dès la confirmation du succès de l’opération en mars prochain, cet individu sera constamment surveillé. En effet, son comportement devrait indiquer de manière fiable, et sans risque de fécondation, le cycle de reproduction des mères porteuses potentielles, un critère crucial afin de transférer les précieux embryons au moment le plus approprié.

Voici la vidéo d’un reportage réalisé novembre dernier par la chaîne de télévision française France 24 sur la tentative des scientifiques d’éviter l’extinction du rhinocéros blanc du Nord :

01 janvier 2021

Belle et heureuse année 2021

VOEUX BIOFAUNE 2021

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28 février 2020

Une étude génétique valide l’existence de deux espèces de pandas roux

Selon un article publié mercredi 26 février 2020 dans la revue Science Advances, la population de pandas roux comprend deux espèces distinctes, l’un dite de l'Himalaya (Ailurus fulgens), l’autre de Chine (A. styani).

Si deux sous-espèces étaient admises sur la base de différences morphologiques et biogéographiques – certains auteurs défendant même l’existence de deux espèces, cette classification demeurait controversée en raison d'un manque de preuves génétiques, compromettant d’après certains les efforts de sauvegarde de ce mammifère.

Pour combler cette lacune, une équipe conduite par Yibo Hu, biologiste à l’institut de zoologique de l'Académie des sciences de Pékin (Chine), a séquencé l'ensemble du génome de 65 individus, conservés dans des musées ou maintenus en captivité, en extrayant leur ADN d'échantillons de sang, de muscle ou de peau. « Les analyses de ce matériel, de 49 chromosomes Y et de 49 génomes mitochondriaux attestent génétiquement de la divergence des espèces de pandas roux », assurent les auteurs de ces travaux. Ce phénomène serait advenu voici quelque 220.000 ans, lors du premier goulot d'étranglement génétique des deux espèces provoqué par l'avant-dernière période glaciaire.

En outre, le panda de l'Himalaya aurait subi une réduction drastique de sa population à trois reprises, dont la dernière il y a 90.000 ans, avec à la clé une diversité génétique réduite ainsi qu’un déséquilibre de liaison et une charge génétique élevés.

De son côté, le petit panda « chinois » a connu deux déclins notables de ses effectifs, vraisemblablement liés à des phases de glaciation, dont il s’est rétabli à chaque fois. De taille légèrement supérieure, il possède un crâne plus large et plus long, avec une convexité frontale davantage prononcée. Sa robe présente une teinte rouge plus soutenue avec moins de blanc sur la face et une queue aux anneaux bien marqués. 

PANDA ROUX DE L'HIMALAYA

Panda roux, présenté comme appartenant à la (sous-)espèce « himalayenne »,  en captivité au parc animalier et botanique de Branféré, dans le Morbihan (photo Ph. Aquilon).

Nouvelle frontière

Jusqu’à présent, il était établi que l’aire de répartition du panda de l’Himalaya couvrait le Népal, le Bhoutan, le nord de l’Inde et de la Birmanie, le Tibet et l’ouest de la province chinoise du Yunnan, celle de son congénère se limitant à cette dernière division administrative et à celle du Sichuan. La Salouen, deuxième plus long fleuve d’Asie prenant sa source sur le plateau tibétain pour se jeter après 2.815 km en mer d'Andaman, était considérée comme la frontière naturelle entre les deux (sous-)espèces.

Les conclusions de ces recherches remettent en cause ces distributions et leur délimitation par le cours de la Salouen.  En effet,  les individus vivant au sud-est du Tibet et dans la partie septentrionale du Myanmar appartiendraient à la population dite chinoise, les spécimens habitant dans le sud-est du Tibet et au nord du Myanmar faisant partie de l’himalayenne. Dès lors, le Yalu Zangbu – le cours du Brahmapoutre au Tibet de sa source principale au glacier d’Angsi à son entrée en Inde – « constitue très probablement la démarcation géographique  entre les deux espèces ». Cette hypothèse demande toutefois confirmation avec l’examen de prélèvements supplémentaires en provenance du Bhoutan comme d'Inde.

« Bien qu'il existe une différenciation génétique évidente entre les populations étudiées, en l’absence d’échantillons provenant de ces deux zones, il reste difficile d’affirmer l’existence de deux espèces distinctes », estime Jon Slate, professeur en génétique évolutive à l'Université de Sheffield, au Royaume-Uni.

YALY ZANGBU

Vue du Yalu Zangbu depuis le monastère de Ganden, situé à près de 4.300 m d’altitude et à une quarantaine de km au nord-est de Lhassa, dans le district administratif de Dagzê (photo Antoine Taveneaux).

« Afin de préserver l'unicité génétique des deux taxons, nous devons éviter leur croisement en captivité », souligne de son côté M. Hu, prônant également la mise en place de trois unités de gestion différentes pour la protection in situ du petit panda « chinois ». En effet, les tests ont mis en évidence trois groupes génétiques au sein de cette population, dont celui de la région de Qionglai, dans le Sichuan, « à la plus faible diversité génomique. « Son potentiel d'évolution génétique requiert donc une grande vigilance. »

D’après la base de données Zootierliste, l’ensemble des petits pandas maintenus dans les parcs animaliers du Vieux Continent appartiennent à la (sous-)espèce himalayenne. Ils bénéficient d’un programme d’élevage en captivité (EEP) de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), géré par le zoo de Rotterdam, aux Pays-Bas.

Principalement menacé par la perte, la fragmentation et l'anthropisation de son habitat, le changement climatique et le braconnage, le panda roux, alors jugé « vulnérable », a été reclassé en 2015 « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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