Avec plus de 500 couples, la population d’aigles royaux se rapproche désormais des valeurs « historiques » en Écosse. Selon le quatrième recensement mené durant le premier semestre 2015 par la société royale pour la protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds - RSPB) et l’organisme public chargé de la gestion du patrimoine naturel (Scottish Natural Heritage -SNH), le nombre de rapaces s’est envolé de 15 % depuis la précédente étude conduite en 2003, passant de 442 à 508 couples.

L’espèce poursuit ainsi son rétablissement régulier et atteint le seuil lui accordant un statut de conservation favorable en Écosse. Plus de 700 sites traditionnellement connus pour abriter des aigles royaux ont été explorés lors de cette enquête.

AIGLE ROYAL

Aigle royal (photo Ph. Aquilon).

Jadis commun en Grande-Bretagne, l’aigle royal (Aquila chrysaetos) s’est éteint au milieu du XIXème siècle en Angleterre et au pays de Galles, victime de persécutions généralisées. Dans les années 1960, une partie de la population survivant en Écosse a subi un brutal déclin de son taux de reproduction à cause des pesticides organochlorés, responsables d’une stérilité élevée et d’une fragilité anormale des coquilles d’œufs, devenues trop minces.

Actuellement, l’Écosse hébergerait la totalité de la population d’aigles royaux du Royaume-Uni. En effet, l’unique spécimen d’Angleterre, vivant depuis 2001/02 à proximité du lac artificiel d’Haweswater dans le parc national du Lake Districk au nord-ouest de la nation, est présumé mort. Il n’a plus été aperçu depuis le printemps 2016.

Un tableau très contrasté

Le nord de la chaîne montagneuse des Highlands et l’axe central reliant la faille du Great Glen au comté de Stirling ont enregistré les plus fortes progressions d’effectifs d’aigles royaux entre 2003 et 2015, les rapaces appréciant les régions isolées. Depuis 2003, le sud des Highlands centrales, où de vastes étendues de landes sont entretenues pour les lagopèdes, a ainsi enregistré une hausse record de 70 % des territoires occupés. Des augmentations plus modérées ont également été relevées dans les îles et dans les Highlands occidentales. Toutefois, cette embellie ne concerne pas l’ensemble du territoire écossais.

La population d’aigles dans la contrée des Highlands située à l’ouest d’Inverness est restée stable entre 2003 et 2015. Or une chute significative du nombre des territoires occupés par le rapace y avait été observée entre 1982 et 1992. Cette absence de restauration de l’espèce s'expliquerait par plusieurs facteurs. Jusqu’ici, les spécialistes mettaient en cause le pâturage intensif des cerfs réduisant l’habitat des proies de l’aigle, l’exploitation forestière, le dérangement provoqué par les activités de loisir et les actes de malveillance. Aujourd’hui, ils pointent aussi du doigt les mauvaises conditions météorologiques au printemps et en été, lesquelles auraient un impact négatif sur la reproduction des rapaces, plus particulièrement dans l’ouest de l’Écosse.

LAGOPEDE D'ECOSSE

Lagopède d’Écosse dans le sud des Highlands  (photo Nick Bramhall).

Le fléau de braconnage

Enfin, les aigles royaux demeurent absents d’une grande partie des Highlands orientales où un seul couple est actuellement présent sur un secteur couvrant un peu moins d’un tiers de l’aire de répartition traditionnelle du rapace. Et aucun oiseau n’a été recensé sur plus de 30 % de la distribution originelle de l’espèce. Cet habitat est pourtant considéré comme particulièrement adapté à l’aigle royal. Son absence pourrait être liée à la chasse intensive au lagopède d’Écosse (Lagopus lagopus scotica), pratiquée dans la plupart des zones abandonnées par le rapace. Entre 2009 et 2013, quatre aigles équipés d’émetteurs par satellite ont été abattus illégalement dans les Highlands centrales et orientales. En août 2016, la RSPB a annoncé que huit aigles avaient disparu en moins de cinq ans dans les monts Monadhliath, au sud-est du Loch Ness. Pour les ornithologues, ces oiseaux ont sans doute été abattus près des zones de chasse au lagopède et leurs émetteurs détruits.

MASSIF DES MONADHLIATH

Vue de pentes embrumées du mont Càrn Dearg, point culminant du massif des Monadhliath (photo Paul Birrell).

« Dans de nombreuses régions d’Écosse, les mentalités ont évolué », souligne Duncan Orr-Ewing, responsable de la gestion des espèces et des espaces naturels pour la RSPB. « Les gens respectent désormais ces rapaces magnifiques et  ont un point de vue plus éclairé sur les oiseaux de proie. »

« Le rétablissement de l’aigle dans des zones où le braconnage constituait par le passé une menace majeure est très encourageant », renchérit Andrew Bachell, directeur  stratégique du SNH. « Les situations locales se révèlent cependant très inégales et nous espérons que les choses s’amélioreront dans l’est des Highlands. Nous poursuivons donc nos efforts avec l’organisation Partnership for Action Against Wildlife Crime Scotland (PAW Scotland). »

« La disparition de l’aigle royal dans diverses régions d’Écosse orientale demeure une source d’inquiétude et un important travail reste à mener », confirme Duncan Orr-Ewing. « Développer le suivi satellitaire des aigles et adopter des peines plus lourdes pour les crimes contre la faune sauvage peuvent dissuader les braconniers. »

Voici une vidéo, mise en ligne sur le site YouTube du SNH, dévoilant des aigles royaux en vol dans le ciel écossais :