Selon les organisations de protection de la nature, moins de 250 tigres de Malaisie survivent aujourd’hui à l’état sauvage, certains spécialistes les estimant moins nombreux encore. La population de ces félins aurait chuté de moitié depuis une décennie et le lancement par les autorités de l’époque du « Plan d'action national pour le tigre » destiné à doubler les effectifs du prédateur d’ici 2020. « Cette sous-espèce a atteint un seuil critique », a déclaré, en décembre 2018 à la chaîne Al Jazeera, Mark Rayan Darmaraj, responsable du programme de sauvegarde de l’habitat du tigre conduit par l’antenne malaisienne du Fonds mondial pour la nature (WWF).

TIGRE DE MALAISIE TIERPARK BERLIN

Tigre de Malaisie en captivité au Tierpark de Berlin (Allemagne), en octobre 2018 (photo Ph. Aquilon).

D’après une récente étude de l’institut de recherche forestière de Malaisie, les forêts naturelles du pays ont diminué d'environ 2.000 km2 entre 2010 et 2015, soit l’équivalent ou presque de la superficie du département des Yvelines. Cruciaux pour la survie des animaux, les corridors biologiques permettant aux tigres de se déplacer entre les différentes zones de leur aire de répartition ont été détruits. Par ailleurs, le développement de chemins dans des régions jadis isolées a permis aux braconniers d’accéder à des secteurs autrefois très difficilement accessibles.

Désormais, les tigres sont principalement confinés au sein de trois aires protégées : les parcs nationaux de Taman Negara et d’Endau-Rompin – respectivement fondés en 1938/1939 et en 1993 au centre et au sud du pays – et le parc régional de Royal Belum, créé en mai 2007 et bordant la frontière thaïlandaise à l’extrême nord de la Malaisie.

Le modèle népalais

« Avec seulement 150 individus, le tigre de Malaisie est proche de la disparition dans le milieu naturel », renchérit  Kae Kawanishi, fondatrice de la « Malaysian Conservation Alliance for Tigers » regroupant plusieurs associations luttant pour la survie de l’emblématique félin dans la péninsule du Sud-Est asiatique. « L’extinction du tigre est la crise la plus grave de toute l’histoire de la conservation en Malaisie », a averti la biologiste dans une tribune publiée le mois dernier par plusieurs médias locaux. 

Pour l'instant, entre les gardes des parcs nationaux rémunérés par l’État et les membres, non armés et ne disposant d’aucun pouvoir d’arrestation, des patrouilles organisées par le WWF, à peine une centaine de personnes assurent la protection des grands félins sur le terrain. « Le braconnage est devenu un fléau majeur en Malaisie », relève Elizabeth John, responsable de la communication pour le réseau mondial de surveillance du commerce de faune et de flore sauvages TRAFFIC.

Par ailleurs, les défenseurs du tigre exigent des sanctions pénales réellement dissuasives à l’encontre des trafiquants.

TAMAN NEGARA

Vue du parc national de Taman Negara, nommé ainsi en 1957 lors de l’indépendance de la Malaisie. Couvrant à présent 4.343 km2, il portait auparavant le nom de George V, souverain de l'Empire britannique du 6 mai 1910 jusqu'à sa mort survenue le 20 janvier 1936 (photo Vladimir Yu. Arkhipov).

Arrivé à la tête de l’État en mai 2018 après la défaite de la coalition au pouvoir depuis 61 ans, le nouveau gouvernement envisage de déployer l'armée dans la jungle afin de combattre les braconniers, pour beaucoup originaires de Thaïlande, du Vietnam et du Cambodge. Au Népal, cette approche a permis de quasiment multiplier par deux en dix ans la population de tigres, passée de 121 individus en 2009 à 235 spécimens en 2018. Espérant disposer du renfort de quelque 1.500 militaires, Xavier Jayakumar, le ministre de l'eau, de la terre et des ressources naturelles, a annoncé que les premiers soldats pourraient être à pied d’œuvre dès le premier trimestre 2019.

Scientifiquement dénommé en l’honneur de  l’écrivain et photographe anglais Peter Jackson (1926-2016) qui dirigea notamment le groupe des spécialistes des félins de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le tigre de Malaisie (Panthera tigris jacksoni) est classé depuis 2014 « en danger critique » d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’ONG de conservation de la nature.

En Europe, cette sous-espèce est actuellement présentée dans neuf établissements zoologiques dont, en France, le Natur'Zoo de Mervent (85), le Parc des félins à Lumigny-Nesles-Ormeaux (77) et Planète Sauvage à Port-Saint-Père (44). Le tigre de Malaisie ne bénéficie toutefois d’aucun programme d'élevage européen en captivité (EEP).