En l’espace d’un an, la population totale de saïgas au Kazakhstan a augmenté de 119.300 individus. Elle s’élève aujourd’hui à 334.400 spécimens contre 215.100 en 2018, soit une hausse de 55,4%, a annoncé fin juin Saken Dildahmet, le porte-parole du comité de la faune et de la flore du ministère de l'agriculture de cet État situé à la jonction de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale. « À l’issue de enquête aérienne menée en 2019, 111.500 antilopes ont été recensées dans la steppe du Betpak-Dala, 217.000 dans la région de l’Oural et 5.900 sur le plateau d'Oust-Ourt. »

Après les naissances de ce printemps, des terres agricoles se trouvant à l’ouest du pays ont été envahies par les ongulés, suscitant la colère des paysans. La chasse au saïga est cependant interdite au Kazakhstan, avec un moratoire en vigueur jusqu'au 31 décembre 2020.

TROUPEAU DE SAIGAS AU KAZAKHSTAN

Troupeau de saïgas au Kazakhstan occidental en 2017 (photo Yakov Fedorov).

En 2004, à peine 48.300 de ces bovidés survivaient à l’état sauvage en Russie et au Kazakhstan. Grâce aux mesures de protection adoptées par les autorités locales, les effectifs sont repartis à la hausse pour atteindre 295.000 têtes en 2015 dans l’ex-république soviétique. Cette année là, au cours des seuls mois de mai et juin, près de 200.000 antilopes kazakhes ont succombé à une maladie infectieuse, la pasteurellose.

D’après une étude publiée mercredi 17 janvier 2018 dans la revue Science Advances, cette épizootie a été provoquée par une bactérie, habituellement inoffensive et naturellement présente dans les voies respiratoires des saïgas mais devenue mortelle à cause de phénomènes climatiques exceptionnels. « Nos recherches confirment les enquêtes conduites en 2015 et aboutissent à la même conclusion, celle d’une infection par le bacille Pasteurella multocida sérotype B », avait alors précisé Richard Kock, coauteur de l’article et professeur au Royal Veterinary College, la plus ancienne des sept écoles vétérinaires du Royaume-Uni.

L’humidité et la température anormalement élevées auraient constitué des « déclencheurs » de la septicémie. Des circonstances météorologiques identiques avaient d’ailleurs été observées lors de précédents épisodes de mortalité de masse, moins prononcés, survenus en 1981 puis en 1988. Jusqu’alors les experts expliquaient cette hécatombe d’une ampleur inédite par une « combinaison de facteurs biologiques et écologiques ». « Notre étude ne met pas en cause le réchauffement climatique, puisque nous n’avons pas une vision assez fine de ses impacts dans la région », avait souligné M. Kock. « Mais force est de constater que la tendance est à des conditions plus chaudes et plus humides… »

 Cornes prétendument aphrodisiaques

Selon la Saiga Conservation Alliance interrogée par Biofaune, le Kazakhstan abrite actuellement 97 % de la population totale de saïgas, la Russie 2 % et la Mongolie 1%. Officiellement créé en 2006, ce réseau regroupe des scientifiques et des défenseurs de l’environnement souhaitant mieux connaître et protéger l’unique antilope eurasiatique et son habitat.

Jadis, la distribution du saïga s’étendait des steppes et des zones semi-désertiques du sud-est de l'Europe et de l'Asie centrale jusqu'en Mongolie et au nord-ouest de la Chine.L’espèce s’est éteinte dès le XVIIIème siècle en Ukraine et a disparu de l’« empire du Milieu » dans les années 1960. En 1958, son aire de répartition couvrait quelque 2,5 millions de km2. Deux-sous espèces sont admises : la nominale (Saiga tatarica tatarica) en Russie comme au Kazakhstan et la mongole (S. t. mongolica), endémique de l’ouest du « pays du Ciel bleu ».

SAIGA MALE

Annelées, les cornes des saïgas peuvent dépasser 30 cm chez les mâles russes et kazakhs. En revanche, celles de leurs congénères de Mongolie mesurent une vingtaine de cm (photo Navinder Singh).

En 1993,1.124.000 saïgas évoluaient sur le territoire de l’ancienne URSS dont la chute entraîna le délabrement des économies rurales avec, à la clef, la recrudescence du braconnage des antilopes pour la consommation de viande et le trafic de cornes. Arborés uniquement par les mâles, ces attributs s’avèrent en effet très prisés de la médecine traditionnelle chinoise, laquelle leur confère des vertus identiques à celles des protubérances en kératine des rhinocéros. En outre, la réouverture progressive de la frontière avec la Chine favorisa la contrebande. En 2014, le prix d’une corne était évalué à environ 4.600 dollars (4.100 euros). Les chasseurs abattant essentiellement des mâles adultes, le nombre de ces derniers s’effondra de façon spectaculaire limitant de ce fait les accouplements durant le rut et donc la reproduction.

Depuis 2002, le saïga est classé en « danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).