Dédier la journée la plus longue de l’année –dans l’hémisphère nord– au plus grand animal terrestre afin de sensibiliser l’opinion publique aux menaces planant sur cette icône des savanes africaines : le vœu de la Giraffe Conservation Fundation, organisation non gouvernementale créée en 2009, devient réalité ce samedi 21 juin 2014 avec la première édition de la Journée mondiale  de la girafe.

WORLD GIRAFFE DAY

 

En l’espace d’une quinzaine d’années, le nombre de girafes a chuté de 43 % et l’espèce a déjà disparu de sept pays. En 1998, l’Union internationale pour la nature (UICN) estimait leur population totale à environ 140.000 individus. Un recensement coordonné en 2012 par la GCF l’évaluait à seulement 80.000 spécimens.

À l’exception notable de la Namibie et du Niger, les girafes sont en déclin partout en Afrique, principalement à cause du braconnage, de la destruction ou de la fragmentation de leurs habitats et des guerres civiles. Si l’espèce est encore considérée comme une préoccupation mineure par l’UICN, deux sous-espèces ont récemment été classées en danger, c’est-à-dire confrontées à un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage.

AIRES DE REPARTITION ACTUELLES DES SOUS-ESPECES DE GIRAFE

Aires de répartition actuelles des neuf sous-espèces communément admises (document Mysid & UICN).

Curieusement, peu de recherches ont jusqu’à présent été consacrées aux girafes dans leur milieu naturel. La girafe serait même le grand mammifère d’Afrique le moins étudié -un handicap pour initier d’efficaces programmes de sauvegarde in situ. Heureusement l’intérêt des scientifiques pour les girafes s’accroît peu à peu. Pourtant, bien des questions -notamment de taxonomie- restent en suspens. La question des sous-espèces est d’ailleurs l’objet de controverses entre spécialistes même si neuf sous-espèces sont généralement reconnues. Des études en cours suggèrent toutefois une possible révision de la classification communément admise avec l’éventuelle fusion de certaines sous-espèces et l’avènement d’autres au statut d’espèce à part entière.

GIRAFE DU CAP

Les différentes sous-espèces de girafes sont identifiables par leur robe. Selon les cas, les taches recouvrent totalement ou en partie les pattes des animaux. Ici, une femelle de la sous-espèce du Cap aux dessins caractéristiques, dans la réserve naturelle de Groenkloof à Pretoria en Afrique du Sud (photo JMK).

Revue de détail

Cette journée internationale est l’occasion de se pencher sur la situation de ces diverses sous-espèces souvent identifiables aux taches de leur robe.

Officiellement, les deux plus menacées sont la girafe du Niger(Giraffa camelopardalis peralta) et la girafe de Rothschild (G. c. rothschildi), classées en danger par l’UICN respectivement depuis 2008 et 2010.

Autrefois répandue du Sénégal au Nigéria, la girafe d’Afrique de l’Ouest est présente uniquement au Niger où sa population est passée d’une cinquantaine d’individus en 1996 à quelque 300 aujourd’hui. En 2007, des analyses génétiques ont révélé que seules les girafes vivant à l’ouest du lac Tchad appartiennent à cette sous-espèce dont aucun spécimen n’est hébergé en captivité. Ces études ont ainsi permis de distinguer G. c. peralta de la girafe de Kordofan (G. c. antiquorum) dont l’aire de répartition couvre le sud du Tchad, la République centrafricaine, le nord du Cameroun et de la République démocratique du Congo. Selon les estimations, moins de 3.000 girafes de Kordofan subsistent encore dans ces régions ravagées par les conflits armés. En captivité, elles seraient une soixantaine, surtout hébergées dans des établissements français.

GIRAFE DE KORDOFAN DOUE LA FONTAINE

Girafe de Kordofan au Bioparc de Doué-la-Fontaine (photo Ph. Aquilon).

Également appelée girafe de Baringo ou girafe d’Ouganda, la girafe de Rothschild se limite au Kenya et à l’Ouganda, où à peine 1.100 spécimens survivent dans la nature. Plus de 450 de ces girafes -soit plus d’un tiers de la population totale- seraient élevées au sein de zoos. La « pureté » génétique d’une partie du troupeau captif reste toutefois à confirmer.

Malgré son nom, la girafe d’Angola (G. c. angolensis) est probablement éteinte dans ce pays et se trouve seulement en Namibie, au sud-ouest de la Zambie, au nord du Botswana et sans doute dans l’ouest du Zimbabwe, sous réserve de confirmations génétiques. Moins de 20.000 girafes d’Angola vivent toujours en liberté et une vingtaine sont hébergées dans des institutions zoologiques.

GIRAFES DE ROTSCHILD AU ZOO DE LA BOISSIERE-DU-DORE

Troupeau de girafes présentées comme appartenant à la sous-espèce dite de Rothschild au zoo de la Boissière-du-Doré (photo Ph. Aquilon).

Quand la génétique s’en mêle

La sous-espèce la plus représentée de nos jours est la girafe masaï (G. c. tippelskirchi) -aussi baptisée girafe du Kilimandjaro- avec 37.000 spécimens répartis entre le centre et le sud du Kenya,  la Tanzanie et le Rwanda où une population a été transférée. Selon la base de données ISIS (International Species Information System), les zoos abritent une centaine de girafes masaï.

Un millier de girafes de Thornicroft (G. c. thornicrofti) survivent dans la vallée de la Luangwa, au nord-est de la Zambie. Parfois présentée comme la girafe de Rhodésie, cette sous-espèce est éloignée de toute autre population de girafes par plus de 400 kilomètres. Pourtant, selon de récentes études génétiques, la girafe de Thornicroft serait étroitement apparentée à G. c. tippelskirchi. En attendant la confirmation ou la révision de son statut, cette sous-espèce semble génétiquement viable. Aucun spécimen n’est, apparemment, détenu en captivité.

GIRAFE DE THORNICROFT

Spécimen de la sous-espèce de Thornicroft au sein du parc national du sud Luangwa en Zambie (photo Hans Hillewaert).

Présente en Afrique du Sud, au sud du Botswana et du Zimbabwe, la girafe du Cap ou d’Afrique du Sud (G. c. giraffa) pourrait être réintroduite au Mozambique. Certains spécialistes suspectent de précédentes réintroductions de cette sous-espèce (et de girafes d’Angola) dans le nord de l’Afrique du Sud et au sud du Botswana et du Zimbabwe d’avoir provoqué des hybridations ! La girafe d’Afrique du Sud a également été réintroduite en Zambie, en Angola et au Sénégal. Sa population s’élève à moins de 12.000 individus à l’état sauvage et à environ 45 animaux dans les parcs zoologiques.

Les effectifs de girafes réticulées en chute libre

L’aire de répartition actuelle de la girafe réticulée (G. c. reticulata), aisément identifiable à sa robe, couvre le nord-est du Kenya, le sud de la Somalie et vraisemblablement le sud de l’Éthiopie. Le nombre de girafes réticulées a chuté de 28.000 en 1998 à 4.700 aujourd’hui ! Avec quelque 450 spécimens, cette sous-espèce reste l’une des plus représentées en captivité.

GIRAFES RETICULEES

Girafes réticulées dans la réserve nationale de Samburu au Kenya (photo Snakes3yes).

Enfin, la girafe de Nubie, sous-espèce nominale (G. c. camelopardalis), compterait à peine 650 individus dont moins de 200 au sud de l’Éthiopie et environ 450 au Soudan du Sud où de grands troupeaux de girafes ont été signalés. Pour l’heure, il a été impossible de déterminer si ces derniers regroupent des girafes de Nubie, de Kordofan, réticulées ou de Rothschild. Le zoo d'Al Ain aux Émirats arabes unis abriterait 11 individus susceptibles d’être des girafes de Nubie. Des prélèvements sur des spécimens sauvages sont désormais nécessaires pour établir avec exactitude la sous-espèce de ces girafes captives.

Sources : Giraffe Conservation Fundation, UICN.