Une nouvelle population de dragons de Komodo a été identifiée lors d’une étude de terrain lancée en 2015 sur l’île indonésienne de Florès par le Komodo Survival Program (KSP), ONG indonésienne créée en mars 2007, et la campagne de conservation Act for Wildlife gérée par la Société zoologique du nord de l'Angleterre (North of England Zoological Society). Cette dernière a été fondée en 1934 par George Mottershead (1894-1978), le père du zoo de Chester, et veille toujours aux destinées du parc animalier du nord-ouest de la nation constitutive.

Longue de 360 kilomètres, Florès s’étend sur 15.175 km2 - soit environ la moitié de la Belgique - dans l’archipel des petites îles de la Sonde, à proximité de la ligne Wallace séparant les écozones indomalaise et australasienne. Le champ de prospection du KSP et d’Act for Wildlife comprend également des petites îles proches de Florès.

VARAN DANS LE PARC NATIONAL DE KOMODO

Varan dans le parc national de Komodo en 2015 (photo Charlesjsharp).

La découverte de cette nouvelle population de varans aurait d’ailleurs au lieu début  2016 sur l’une d’entre elles, baptisée Longos et située non loin de la côte nord-ouest de Florès. Les chercheurs y auraient également recensé une population jusqu’alors jamais décrite de cacatoès soufrés (Cacatua sulphurea), un psittaciforme de taille moyenne classé « en danger critique » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Pièges photographiques

En 2013, des recherches entreprises conjointement par un centre indonésien de conservation des ressources naturelles (Balai Konservasi Sumber Daya Alam / BKSDA), l’association de protection des oiseaux Burung Indonesia et le KSP avait permis d’identifier, à l’aide de sept pièges photographiques, une nouvelle population de varans à l’extrémité occidentale de Florès. Placés du 30 juin au 3 juillet 2013 près du village de Golo Mori puis du 24 au 27 septembre de la même année près de celui de Tanjung Kerita Mese, ces appareils ont prouvé la présence respective d’au moins cinq et sept sauriens.

Incluses dans le kabupaten de Manggarai occidental, ces zones proches du mont Mbeliling (1.325 m.) abritent aussi quatre espèces d’oiseaux endémiques, le corbeau de Florès (Corvus florensis), le coryllis ou loricule de Wallace (Loriculus flosculus),  le petit-duc de Florès (Otus alfredi) et le monarque de Florès (Monarcha sacerdotum), tous classés « en danger » d’extinction par l’UICN.

MONT MBELILING SUR L'ILE INDONESIENNE DE FLORES

Vue du mont Mbeliling, à la pointe occidentale de Florès où une nouvelle population de varans a été identifiée en 2013 (photo Lofor).

L’aide de répartition actuelle des varans couvre les îles de Florès,Komodo, Rinca, Nusa Kode, Gili Motang et Padar, ces cinq dernières étant incluses dans le parc national de Komodo. Inaugurée en 1980, cette réserve de biosphère est inscrite depuis 1991 sur la liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).   

Des dragons « nains »

Sur Florès, les sauriens vivent notamment au sein des réserves naturelles de Wae Wuul, Wolo Tado et Riung. La première se trouve à la pointe ouest de l’île, les deux autres étant plus septentrionales.

Une recherche a été récemment initiée aux alentours de Riung, localité de la côte nord, où les dragons ont jusqu’à présent été très peu étudiés. Ces travaux ont été conduits par le KSP avec le concours du zoo de Chester représenté par Matt Cook, soigneur en chef du département d’herpétologie de l’établissement anglais. Les varans locaux se sont avérés beaucoup plus petits que ceux de l’île de Komodo. Ce phénomène serait lié à l’absence de proies de grande taille comme le cerf rusa (Cervustimorensis) ou le buffle domestique (Bubalus bubalis). Le régime alimentaire de ces dragons reste cependant méconnu. Cette population « naine » devrait faire l’objet de plus amples investigations dans un futur proche. Les premiers éléments recueillis suggèrent toutefois qu’elle serait en bonne santé même si son habitat n’est pas légalement protégé. Le KSP travaille actuellement auprès des communautés autochtones pour y parvenir.

JEUNE VARAN DE KOMODO DEVORANT LA CARCASSE D'UN BUFFLE DOMESTIQUE

Jeune dragon de Komodo dévorant une carcasse de buffle domestique en 2005 sur l’île de Rinca (photo Mats Stafseng Einarsen / GFDL and CC-BY 2.5).

Depuis 1996, le varan de Komodo (Varanus komodoensis), dont les plus impressionnants spécimens atteignent jusqu’à 3 mètres pour une masse de 70 kilos, est considéré comme vulnérable par l’UICN. Le nombre exact d’individus reste encore incertain même si ceux du parc national de Komodo sont précisément recensés.

Des proies trop braconnées

Vendredi  5 mars 2016, Margareta Priska, la porte-parole du parc, a annoncé que cette population de varans avait diminué, passant de 3.222 individus en 2013 à 3.092 l’année suivante et à 3.014 en 2015, soit – 6,5 % en deux ans. Selon Achmad Ariefiandy, chercheur pour le KSP, ce déclin affecte essentiellement les reptiles vivant sur les plus petites îles, en l’occurrence Nusa Kode, Gili Motang et Padar. En revanche, les populations de Komodo et Rinca resteraient stables. Pour cet expert, l’une des explications tiendrait à la raréfaction de l’une des proies principales des dragons, le cerf rusa. M. Ariefiandy appelle donc les autorités à prendre les mesures nécessaires pour réduire le braconnage du ruminant et même à envisager sa réintroduction sur Gili Motang et Padar.

Chef de la division technique du BKSDA, Maman Surahman exhorte aussi les habitants à ne plus chasser des cerfs et les sangliers (Sus scrofa vittatus) et à ne pas laisser divaguer leurs chiens dans les bois où ils perturbent les varans. Certains activistes prônent également une limitation du tourisme et surtout du nombre de paquebots admis dans le parc national de Komodo. Ce dernier a officiellement accueilli 100.868 visiteurs indonésiens et étrangers entre 2010 et février 2016. En 2015, 29 navires de croisière ont amené sur place 15.230 touristes.

ENTREE DU PARC NATIONAL DE KOMODO SUR L'ILE DE RINCA

Entrée du parc national de Komodo, sur l’île de Rinca (photo Torbenbrinker).

Depuis 2001, le varan de Komodo bénéficie d'un programme européen d’élevage en captivité (EEP) géré par le zoo anglais de Chester.

Actuellement, cette espèce est visible dans deux établissements français : la Ferme aux crocodiles de Pierrelatte (26) et le zoo de Thoiry (78).

En 2016, 33 établissements européens présentent des dragons de Komodo dont le Tropiquarium de Servion (Suisse), le zoo d’Anvers (Belgique) et le Durrell Wildlife de Jersey.

Sources : UICN, Burung Indonesia, The Jarkarta Post, The Telegraph, Act for Wildlife.