« Trop nombreux sont ceux qui doutent encore de leur utilité. » Alors que l’existence même des parcs animaliers se retrouve aujourd’hui sur la sellette, Laurence Paoli a choisi de plaider leur cause dans un petit livre très documenté - Zoos, un nouveau pacte avec la nature - publié ce printemps aux éditions Buchet/Chastel.

Fondatrice du premier service de communication spécialisé dans la sauvegarde de la biodiversité animale au sein du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Laurence Paoli  a ensuite collaboré avec de nombreux établissements à travers le monde. Témoin privilégiée de leur fonctionnement, au fait de leurs forces comme de leurs faiblesses, elle développe son argumentaire en s’appuyant sur les trois rôles dévolus aux zoos contemporains : le maintien d’une population captive viable, la recherche et la sensibilisation du grand public à la défense de la biodiversité. Étayée de nombreux exemples, sa réflexion entend tout à la fois démontrer comment ces lieux sont devenus des acteurs importants, sinon essentiels, de la sauvegarde des espèces et souligner les progrès leur restant à accomplir, notamment pour accéder à la reconnaissance des scientifiques. L’auteure présente aussi les débats agitant la communauté des « conservationnistes », entre tenants d’une approche anthropocentrique et partisans d’une vision biocentrique, dont les zoos sont quelquefois le reflet.

ZOOS, UN NOUVEAU PACTE AVEC LA NATURE

Face aux questions légitimes soulevées par la captivité animale, elle opte pour une approche résolument constructive de la conservation ex situ et de ses enjeux. Cet ouvrage s’ouvre ainsi sur la réintroduction réussie, dans les montagnes du Caucase russe, de la panthère de Perse (Panthera pardus saxicolor) grâce au concours de l’association européenne des zoos et aquariums (EAZA).

Exigences commerciales vs reconnaissance scientifique

N’ignorant rien des critiques adressées, à juste titre ou non, aux zoos, Laurence Paoli préfère mettre en exergue leur mue au cours des dernières décennies et leurs missions à l’heure de la sixième extinction de masse des espèces. Toutefois, elle n’élude pas leurs talons d’Achille, notamment en France où les trois quarts des parcs, malgré des statuts juridiques très divers, demeurent des structures privées dont la survie reste étroitement liée à la fréquentation. Or si les zoos doivent en priorité (voire par essence) élever des taxons pour lesquels le maintien d’une population captive est crucial, il paraît impossible pour ces établissements d’échapper à la logique « commerciale » à l’heure de penser leur collection animale.

En outre, « la gestion d’institutions zoologiques sous forme de sociétés de bienveillance ou de fondations leur permet de recevoir massivement des dons », relève Laurence Paoli. Et à l’étranger, « la recherche de subsides est en général reconnue comme une activité légitime des parcs animaliers ». « D’un pays à l’autre, l’enjeu commercial est donc très différent. »

VALLEE DES RHINOCEROS DOUE

La vallée des rhinocéros du Bioparc de Doué-la-Fontaine, dans le Maine-et-Loire, en juillet 2013 (photo Ph. Aquilon).

L’image superficielle des zoos, « largement entretenue par la médiatisation à outrance d’un lien affectif avec les animaux captifs, tout en attirant les visiteurs les empêche de prendre conscience des avancées dont les parcs animaliers font bénéficier la conservation de la nature », regrette la consultante en environnement, créatrice du tout récent Institut Unlimited Nature, songeant en particulier aux progrès de la médecine vétérinaire. « De surcroît, elle offre un boulevard aux anti-zoos, complique les relations avec les politiques, les administrations et même les organismes internationaux qui rechignent à aller puiser chez eux un savoir et une expertise bien réels. » Néanmoins, environ 10 % des groupes de spécialistes de la commission de la sauvegarde des espèces (Species Survival Commission) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont officiellement initié des collaborations avec des parcs animaliers.

La contribution des zoos aux programmes de recherche s’avère parfois déterminante. Présidé par le biologiste Arnaud Desbiez, coordinateur au Brésil de plusieurs programmes de conservation sur le terrain, l’Instituto de Conservação de Animais Silvestres (ICAS) fonctionne avec un budget dont 80 % est versé par une trentaine de zoos. Cette manne lui a permis de lancer une étude destinée à mieux comprendre le rôle du tatou géant (Priodontes maximus) dans son écosystème et à le protéger plus efficacement. Pourtant aucun parc, en Europe ou aux États-Unis, n’héberge ce dasypodidé…

Croyant en un « cercle vertueux de la conservation », Laurence Paoli  est convaincue du rôle majeur que les zoos ont à jouer dans la sauvegarde de la faune sauvage et se veut confiante en leur avenir. « La communauté zoologique est définitivement en train de gagner ses lettres de noblesse au sein du monde de la conservation de terrain. »

PAOLI Laurence, Zoos, un nouveau pacte avec la nature, Éditions Buchet/Chastel, mars 2019, 128 p., 12 €.