À la tête du parc animalier d’Auvergne, situé à Ardes-sur-Couze (Puy-de-Dôme), Pascal Damois a accordé un long entretien à Biofaune dans lequel ce dirigeant atypique dévoile sa vision du zoo contemporain. Entre soutien à la conservation in situ, bien-être animal, pédagogie et contraintes économiques…

° Votre zoo se trouve dans une zone relativement isolée du Parc naturel régional des volcans d'Auvergne, sans important bassin de population à proximité. Quel objectif de fréquentation espérez-vous atteindre à terme alors que votre établissement a franchi l’an dernier le seuil des 100.000 visiteurs ?

Le bassin de population n’est pas si désespérant ! Dans un rayon de deux heures de route, le nombre d’habitants est comparable à la zone de chalandise de la Vallée des singes, un établissement attirant près de 170.000 personnes par saison. Sincèrement, ce n’est pas notre objectif, les primates ayant un pouvoir d’attraction unique.

Nous allons terminer cet hiver la rénovation du parc avant d’attaquer une seconde vague d’investissements pour les cinq prochaines années avec l’espoir raisonnable d’atteindre 130.000 entrées en 2025. Si nous sommes inspirés, peut-être parviendrons-nous au cap des 150.000 visiteurs…

PASCAL DAMOIS 03 (PHOTO MARIE DEMOULIN - PARC ANIMALIER D'AUVERGNE)

(Photo  Marie Demoulin / Parc animalier d'Auvergne).

° Le parc animalier d’Auvergne a-t-il vocation à s’étendre ou sa superficie vous semble-t-elle raisonnable ?

Nous disposons d’une petite réserve foncière, ayant récemment acquis 5 hectares sur le haut du parc. Une zone très pentue mais avec de belles perspectives scéniques. Nous respecterons l’aspect du site comme nous l’avons fait ailleurs. Je trouve l’enclos des chamois et des bouquetins magique bien que ces deux espèces ne soient ni rares ni menacées. Mais les remplacer par d’autres permettant une même immersion en toute sécurité, ce n’est pas gagné !

Nous avons la possibilité de nous étendre un peu. Après, même si nous sommes assez isolés, acheter des terrains n’est pas toujours simple et, surtout, cela doit se justifier. Nous hébergeons environ 65 espèces et nous ne passerons pas à 300 dans six ans. Nous voulons conserver notre identité avec une majorité d’animaux rares, menacés et adaptés à notre climat. Comme nous n’avons pas d’oiseaux et de reptiles, le choix devient forcément limité. Nous n’avons pas vocation à nous agrandir sur 80 hectares.

° Comment est née l’idée de l’« euro nature » destiné à la Passerelle Conservation, votre fonds de dotation soutenant une quinzaine de programmes à travers le monde (*) ?

La Passerelle Conservation a été créée en 2013 sous forme d’association puis transformée en fonds de dotation en 2015. Jusqu’à l’hiver dernier, elle versait entre 20.000 et 30.000 euros de dons par an. Ce n’était pas suffisant, il fallait faire plus. Séduits par le principe du franc volontaire instauré par le zoo de Bâle en 2016, mais également le concept du « Quarter for Conservation » lancé par certains zoos américains, nous avons rencontré les responsables de l’institution suisse et osé le même pari. Le prix d’entrée dépassant maintenant la barrière symbolique des 20 euros en haute saison, nous craignions la réaction de certains visiteurs. La Passerelle Conservation a donc engagé des étudiants chargés d’expliquer, dans la file d’attente, à quoi est destiné cet euro, la nature des programmes soutenus et leurs actions sur le terrain. Le retour des gens est extraordinaire. Beaucoup veulent nous soutenir davantage. Nous sommes très en avance sur nos prévisions de parrainages alors que nous redoutions le contraire. Cette action a des effets ultra-positifs sur l’image des parcs zoologiques. Le public réalise soudain que nous participons concrètement à la sauvegarde des animaux dans la nature.

BOUQUETIN ET CHAMOIS AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Situé au sommet du parc, l’enclos d’immersion accueillant chamois et bouquetins a été créé dès 2012, l’année de la reprise du parc (photo Ph. Aquilon).

° La Passerelle Conservation épaule également des associations naturalistes auvergnates. Quelles actions son aide financière a-t-elle permises ?

Nous avons notamment financé le rachat puis la réhabilitation d’une ancienne gare dans le Cantal devenue un refuge pour les chauves-souris. À Ardes-sur-Couze, où le clocher avait été fermé par des grillages, nous avons installé une chiroptière autorisant l’accès aux chauves-souris mais pas aux pigeons. Une réussite, des traces de guano ayant été depuis observées.

Nous avons également cocréé la maison de la nature auvergnate à Orbeil, près d’Issoire. Elle abrite non seulement les locaux de La Passerelle Conservation mais aussi ceux du groupe mammalogique d’Auvergne, de Chauve-Souris Auvergne et l’observatoire des reptiles d’Auvergne. Le conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne (CEN Auvergne) l’utilise également lors de ses réunions pour le sud du Puy-de-Dôme et les départements du Cantal ou de la Haute-Loire.

° Pouvez-vous nous dire quelques mots sur « Biodiv’Educ », le nouveau projet pédagogique de La Passerelle Conservation ?

Nous avons constaté que la traditionnelle sortie scolaire en forêt revêt un aspect plutôt rébarbatif pour les enfants d’aujourd’hui. Nous espérons réveiller leur curiosité en recourant à leurs outils de prédilection, c’est-à-dire les écrans, et à des activités ludiques comme la chasse aux trésors. Nous ne prétendons pas transformer les écoliers en petits naturalistes mais simplement les sensibiliser à la biodiversité environnante. Cette initiative a suscité l’intérêt de la Région et, fin juin, le Fonds européen de développement régional (FEDER) nous a confirmé son concours. C’est tout chaud ! Cela nous permettra de créer deux postes pour les trois prochaines années.

Dans un premier temps, « Biodiv’Educ » s’adressera aux élèves du primaire de lAgglo Pays d'Issoire puis élargira son action jusqu’à Clermont-Ferrand avec l’espoir de couvrir, par cercles concentriques, toute l’Auvergne. Dans l’avenir, nous espérons également agir auprès des collégiens.

Si tout se passe comme prévu, nous monterons nos premiers ateliers pédagogiques au mois d’octobre pour les vacances de la Toussaint.

ANCIEN SANATORIUM AU PARC ANIMALIER D'AUVERGNE

Construit à la fin du XIXème siècle mais n’ayant jamais accueilli de malades, l’ancien sanatorium abrite la deuxième plus grande colonie auvergnate de grands murins (Myotis myotis). Un millier de femelles mettent bas chaque année dans la même salle. Des petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros) et des murins de Daubenton (Myotis daubentonii) occupent également cette ruine ayant servi de carrière de pierre durant la Première guerre mondiale. Les visiteurs peuvent entendre les chiroptères mais l’accès à la bâtisse est interdit pour ne pas déranger ces mammifères étudiés par l’association Chauve-Souris Auvergne (photo Ph. Aquilon).

° Un parc et/ou un homme inspire(nt)-ils particulièrement votre vision du zoo de demain ?

Mon regard sur lesparcs zoologiques a changé après ma rencontre avec Pierre Gay, le directeur général du Bioparc de Doué-la-Fontaine. Ensuite, j’admire Emmanuel Mouton, le fondateur de la Réserve zoologique de Calviac. J’ai rarement vu un parc aussi imprégné des convictions philosophiques de son créateur.
À l’étranger, certains établissements m’impressionnent par leur inventivité, comme le zoo de Chester en Angleterre. Depuis des années, nous nous arrachons les cheveux pour innover dans notre approche pédagogique. Tout le monde sait que rares sont les visiteurs lisant les panneaux installés devant les enclos. Pour y remédier, le zoo anglais les a éclatés avec une simple fiche d’identité et plein de petites pancartes fourmillant d’anecdotes et posées tout autour de l’installation. Une façon intelligente et efficace de revisiter l’affichage.

Cette année, les responsables de ce parc ont réussi à convaincre la ville de Chester de s’approvisionner uniquement avec de l’huile de palme durable. Comment ne pas se sentir inspiré !

(*) Antongil Conservation, Arctictis Binturong Conservation (ABC), Barbary Macaque Conservation Awareness (BMAC), Big Life Foundation, Free The Bears, Giraffe Conservation Foundation (GCF), Initiative Corozal pour un Avenir Durable (CSFI), Kulanstep, Lowland Tapir Conservation Initiative (LTCI), Project Anoulak, Proyecto Caparo, Red Panda Network, Snow Leopard Trust et Wildcats Conservation Alliance.

(Propos recueillis par Philippe Aquilon)