La première réintroduction dans la nature d’escargots appartenant au genre Partula a eu lieu en septembre 2016 en Polynésie française. Coordonnée par le zoo de Londres (Royaume-Uni), l'un de ces relâchés a concerné 1.700 spécimens remis en liberté dans plusieurs sites surveillés de Tahiti et et d’autres plus petites îles comme Moorea et Raiatea.

Ces escargots terrestres appartiennent à trois espèces, Partula dentifera, P. tristis et P. mooreana, déclarées éteintes dans le milieu naturel par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). 

Les spécimens réintroduits ont été confiés par cinq institutions zoologiques anglaises (Bristol, Marwell, Londres, Chester et Whipsnade) et par le zoo de Thoiry (Yvelines) où sont nés 134 d’entre eux.

Par ailleurs, outre des individus appartenant à P. mooreana, le zoo d’Édimbourg (Écosse) a envoyé en Polynésie, dans le cadre de ce projet mais lors d'un transfert distinct, des escargots appartenant à quatre autres (sous-)espèces : Partula affinis, P. suturalis vexillum, P. tohiveana and P. taeniata simulans. Ces trois dernières sont considérées comme disparues dans la nature,  P. affinis étant classé « en danger critique d’extinction » par l’UICN.

ESCARGOTS PARTULA

Escargots Partula de retour dans le milieu naturel (photo © Zoological Society of London).

Durant 14 ans et jusqu’en août 2016, le zoo de Thoiry a eu la responsabilité de l’élevage, en France, de six espèces d’escargots Partula, en l’occurrence P. gibba, P. hyalina, P. dentifera, P. mooreana, P. tristis, et P. suturalis. Cette dernière est également éteinte dans la nature, P. hyalina etP. gibba figurant  respectivement comme « vulnérable » et « en danger critique d’extinction » sur la Liste rouge de l’UICN.

Quelque 31.000 individus ont vu le jour dans l’établissement francilien pendant cette période, permettant la constitution d’un « réservoir »  génétiquement viable  pour ces différentes espèces de gastéropodes arboricoles dont trois   Partula affinis, P.hyalina et P. nodosa – ont déjà été réintroduites en octobre 2013 dans une réserve protégée tahitienne (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/10/07/28163602.html).

Une lutte biologique désastreuse

Présentes uniquement dans le Pacifique Sud, plus de 125 espèces d’escargots du genre Partula vivaient autrefois en Polynésie, en Micronésie et en Mélanésie. Leur soudain et brutal déclin a été provoqué par la décision des autorités de recourir à l’euglandine, un escargot carnivore originaire de Floride (États-Unis), pour lutter contre un autre gastéropode, l’achatine (Achatina fulica). Importé à des fins alimentaires à Tahiti en 1967, ce dernier s’est révélé être un redoutable ravageur des cultures vivrières et maraîchères. Introduit  à Tahiti en 1974, à Moorea en 1977 puis  sur d’autres îles à partir de 1980 dans l’espoir d’éradiquer l’achatine, l’euglandine (Euglandina rosea) a en fait décimé les escargots Partula.

ESCARGOT PARTULA

(Photo ©Arthus Boutin / Parc et Château de Thoiry)

Sur les îles de la Société, seules cinq ou six espèces sur 60 (ou 61 selon les sources) ont survécu. À Moorea, sept espèces sur huit se sont éteintes. À Tahiti, quatre ou cinq espèces sur huit ont disparu. Les 33 espèces de Raiatea, les quatre de Huahine, les six de Tahaa et l’unique de Bora Bora ont été exterminées.

Se nourrissant de matières végétales en décomposition, ces escargots jou(ai)ent un rôle essentiel dans  l’écologie de leurs forêts d’origines. L’extinction des Partula constitue sans doute l’un des cas les mieux documentés de l’impact sur la biodiversité d’une lutte biologique mal contrôlée. Une dizaine d’espèces survivaient jusqu’ici uniquement dans des institutions zoologiques.

Estimant sa mission de conservation accomplie à l’issue de la réintroduction de septembre dernier, le zoo de Thoiry a choisi se retirer du programme d’élevage en captivité (EEP) de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), géré depuis 1996 par le zoo de Londres (Royaume-Uni). Il reste toutefois très impliqué dans la sauvegarde des invertébrés à travers un projet de reproduction ex situ et de réintroduction du criquet de Crau (Prionotropis rhodanica). Endémique de la plaine de Crau dans les Bouches-du-Rhône, cet orthoptère est considéré comme « en danger critique d’extinction » par l’UICN (voir http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/08/25/32534737.html).

« Lorsque nous avons commencé à nous impliquer dans ce programme, très peu de parcs s’intéressaient à ces escargots », a précisé à BIOFAUNE l'une des responsables du zoo fondé en 1968 par Paul de La Panouse. Progressivement, en l’espace de plus d’une décennie, d’autres institutions européennes se sont à leur tour engagées en faveur de ces fragiles gastéropodes. « La situation en captivité est nettement moins critique qu’à l’époque. Étant un établissement complètement privé et disposant donc de moyens limités, Thoiry préfère concentrer ses efforts sur des espèces dont la situation est davantage problématique aujourd’hui, comme le criquet  de Crau. Nous sommes l’unique parc zoologique à travailler sur cette espèce ! »