« Le Concours universel de 1856 restera dans les annales de l’agriculture européenne comme une des exhibitions les plus complètes et les plus intéressantes des richesses agricoles de notre siècle », écrivit à l’époque le journaliste Victor Borie (1818-1880), spécialiste des questions d'économie rurale.

Organisée au Palais de l'Industrie et des Beaux-arts de Paris, à l’emplacement où s’élèvent aujourd’hui les Petit et Grand Palais, cette manifestation mettait à l’honneur les principales races bovines européennes.

Le ministère de l’agriculture confia à Émile Baudement (1816-1863), grand nom de la zootechnie naissance, le soin d’immortaliser l’événement à travers un ouvrage luxueux. Intitulé Les races bovines au concours universel de Paris en 1856, ce dernier comprend 87 planches d’animaux reproducteurs, signées par des artistes aussi célèbres que Rosa (1822-1899) et Isidore Bonheur (1827-1901) ou Antoine-Louis Barye (1795-1875). Toutes sont inspirées des photos d’Adrien Tournachon dit Nadar jeune (1825-1903) dont les précieux clichés furent pris dans un décor neutre.

LES VACHES ONT UNE HISTOIRE NAISSANCE DES RACES BOVINES

Cette publication constitue la toile de fond du beau livre Les vaches ont une histoire. Naissance des races bovines, paru aux éditions Delachaux et Niestlé et que son auteur a tenu à cosigner avec Émile Baudement.

Vétérinaire, président de la société d’ethnozootechnie et membre de l’Académie d’agriculture, Bernard Denis a axé son propos sur le XIXème siècle, époque à laquelle de nombreuses races domestiques ont officiellement vu le jour. Issues d’une longue différenciation régionale, elles ne disposaient jusqu'alors d’aucun standard. Beaucoup n’avaient  jamais été sélectionnées.

« Anglomanie » et résistances régionales

L’auteur évoque notamment la vague d’«anglomanie » submergeant une partie de l’élevage français entre 1840 et 1880, avec l’importation de bétail d’outre-Manche, en particulier de spécimens de la race baptisée « shorthorn improved » plus connue sous le nom de durham. « Une erreur épistémologique fut alors commise », souligne le professeur honoraire de l’école nationale vétérinaire de Nantes (Loire-Atlantique). « On partit du principe que le facteur limitant de l’accroissement des productions était la qualité de l’animal et non pas la qualité de l’environnement (sols, engrais, alimentation etc.). »

Soulignant d’ailleurs l’échec de la « durhamination » parfois présentée comme la résistance des petits paysans à la « race des notables », Bernard Denis passe également en revue le cheptel bovin national au temps de l’enquête agricole de 1862, de la bretonne (race la plus fréquemment citée lors de cette étude) au bétail auvergnat – dont l’ensemble, ferrandaise exceptée, fut ensuite absorbé par la salers – en passant la flamande et ses deux variétés de Bergue et Cassel, sans oublier bien d’autres races aujourd’hui disparues comme la champenoise, la meusienne ou la bourguignonne dont les identités ne furent cependant guère affirmées. Une carte de répartition établie en 1881 permet de situer la plupart d’entre elles.

Cet ouvrage à la très riche iconographe intéressa non seulement les lecteurs férus de la science et de l’histoire de l’élevage mais aussi les défenseurs des races bovines à faibles effectifs, richesse de notre patrimoine vivant si souvent oubliée.

DENIS Bernard, BAUDEMENT Émile, Les vaches ont une histoire. Naissance des races bovines, Delachaux et Niestlé, septembre 2016, 240 p., 38 €.