De tous les continents, l’Europe est le berceau du plus grand nombre de races de chevaux. Quelques-unes sont mondialement célèbres comme le pur-sang, le lipizzan, le frison, le percheron ou le lusitanien. D’autres, trop nombreuses, se trouvent au bord de l’extinction et risquent de s’éteindre dans l’indifférence quasi générale. « Quand une race disparaît, c’est un pan génétique entier de l’espèce « cheval » qui disparaît », souligne Élise Rousseau, auteure du Guide des chevaux d’Europe, récemment paru aux éditions Delachaux et Niestlé. « Aujourd’hui, les protecteurs de l’environnement, tout d’abord sceptiques à l’idée de protéger des animaux domestiques, intègrent de plus en plus l’idée de l’importance de la sauvegarde de ces races », relève la journaliste et « biodiversitaire » (*).

GUIDE DES CHEVAUX D'EUROPE

Si distinguer certains chevaux aux caractéristiques marquantes s’avère relativement aisé, reconnaître la plupart des autres est un exercice délicat, notamment pour les chevaux dit « de sport ».  La présentation pays par pays choisie pour ce livre de petit format doit permettre une identification aussi sûre que possible, bien des races n’ayant jamais franchi les frontières de leur région de naissance.

En recensant près de 300 chevaux du très à la mode irish cob au primitif dülmen en passant le menacé trait vladimir, le baroque napolitain ou le cleveland bay cher à la reine d’Angleterre, cette somme exhaustive a préféré, par souci de cohérence, le dessin à la photo. Signées Yann Le Bris, les illustrations sont d'ailleurs d’une précision remarquable.

Un patrimoine fragile

Au terme arbitraire de poneys, Élise Rousseau a délibérément préféré celui de petits chevaux. Un pictogramme est ainsi attribué aux races toisant moins de 1,48 m au garrot. Des symboles distinguent également les populations férales, les chevaux de trait, les races possédant au moins une allure supplémentaire (amble ou tölt) et celles considérées comme rares ou très rares, c’est-à-dire comptant respectivement moins de 5.000 ou de 1.000 individus à travers la planète. Les races sont par ailleurs désignées selon leur nom le plus couramment utilisé ou, le cas échéant, par une transcription fidèle à la prononciation dans la langue originelle.

La dernière partie du livre est consacrée aux chevaux natifs d’autres zones géographiques mais néanmoins présents sur le Vieux Continent où d’aucuns sont très communs – le quarter horse, l’arabe ou le miniature américain par exemple – ou au contraire plus exceptionnels, tels l’akhal-téké ou le marwari indien.

KNABSTRUP

Malgré sa robe spectaculaire, le knabstrup danois reste une race rare, ayant frôlé la disparition. Les croisements pratiqués avec le pur sang ont toutefois contribué à son regain de popularité (photo Paul Hermans).

Évoquant dans une introduction très complète la difficulté à parfois trancher entre races et types, Élise Rousseau évoque aussi les critères et préjugés du monde équestre européen, relatifs notamment à la taille, aux allures ou aux robes, loin d’être universellement partagés.

Soulignant la situation alarmante de diverses races à un sabot du gouffre, cette encyclopédie de terrain se veut un vibrant un plaidoyer en faveur de la  sauvegarde de tous ces chevaux, adaptés aux climats et aux écosystèmes les ayant vus naître. L’avenir du novoalexandrovsk géogien, du leutstettener hongrois, du skyros grec, du giara sarde, du landais, de l’eriskay écossais et de tant de races européennes fragiles reflètera notre capacité à protéger et  à valoriser l’extraordinaire diversité de ce patrimoine équin menacée par le spectre de l’uniformisation. La disparition d’une race domestique scelle toujours celle d’une partie de l’histoire des hommes qui l’ont façonnée.

(*) Pour découvrir le blog « Les biodiversitaires » d’Élise Rousseau et de l’ornithologue Philippe J. Dubois : www.lesbiodiversitaires.fr/

ROUSSEAU Élise, LE BRIS Yann (illustrations), Guide des chevaux d’Europe, Delachaux et Niestlé, août 2016, 352 p., 30 €.