Pour sa troisième édition, le prix national de la Fondation du patrimoine pour la biodiversité, décerné ce jeudi 26 février 2015 au Salon international de l’agriculture de Paris, prend l’accent du Sud-Ouest. En effet, le jury a récompensé cette année trois projets valorisant des races domestiques à faible effectif de la région : la vache béarnaise, le porc gascon et le poney landais. Elles succèdent au palmarès aux poules noire du Berry, Marans et de Barbezieux, au mouton avranchin, à la vache maraîchine, aux chèvres poitevine et des fossés, au chien berger de la Crau et à la brebis brigasque.

Rebaptisée blonde des Pyrénées

Doté de 10.000 €, le premier prix est décerné à Gilles Delas, éleveur de vaches béarnaises à Herrère, dans les Pyrénées-Atlantiques. Ce jeune agriculteur souhaite pérenniser la race en valorisant sa viande, notamment celle du veau de lait élevé au pis.

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Arborant une robe froment uniforme avec une zone plus pâle sur l'épine dorsale, sous le ventre et au plat des cuisses, la vache béarnaise mesure en moyenne 1,25 m au garrot pour une masse de 600 kilos. Le taureau atteint 1,30 m et le bœuf jusqu’à 1,40 m voire davantage. Les mâles pèsent entre 800 à 1 000 kilos (photo Gilles Delas – Fondation du patrimoine).

Avec un cheptel de 252 têtes, labéarnaise est l’une des races bovines françaises les plus menacées. D’origine très ancienne et appartenant au rameau aquitain, elle fut frappée au XVIIIème siècle par une grave épizootie de fièvre aphteuse. La race se serait reconstituée à partir de bovins élevés dans la vallée de Barétous, la plus occidentale des trois vallées des Pyrénées béarnaises. Jusqu’au XIXème siècle, certains auteurs distinguent toutefois trois variétés : la vache basque d'Urt, la basquaise d'Aspe et d'Ossau, et la basquaise de Barétous.

Au début du XXème, la population totale, regroupée sous le nom de blonde des Pyrénées, compte entre 260.000 et 300.000 spécimens dont environ 30.000 individus dans le Béarn.

Emblème du Béarn

L’abandon de la traction animale au lendemain de la Seconde guerre mondiale marque le déclin de la race. Réputés rapides et infatigables, les bœufs étaient jusqu’alors utilisés pour transport de marchandises par la route. En 1962, la race fusionne avec la garonnaise et la race du Quercy pour donner naissance à l’actuelle blonde d’Aquitaine. Seule une trentaine de vaches et de quelques taureaux survivent alors en vallée d’Aspe et d’Ossau.

VACHES BEARNAISES 01

De format moyen, la béarnaise possède un corps allongé, près de terre avec une attache de la queue saillante, un fanon descendu, une poitrine profonde et un garrot épais. Légères chez les vaches et très fortes chez les bœufs, les grandes cornes blanches sont vrillées en spirale et très relevées (photo Gilles Delas – Fondation du patrimoine).

Sauvée de l’extinction par l’Institut de l’élevage, la race reprendra finalement son appellation de béarnaise en 1978. Toutefois, l’avenir de cette vache à la robe froment reste fragile, même si elle orne le blason du Béarn et malgré le folklore entourant ses bœufs aux immenses cornes en forme de lyre. Ces derniers contribuent notamment à la renommée des fêtes locales.

BLASON DU BEARN

Blason du Béarn (crédit Peter17).

Race mixte capable de fournir un veau, du lait, et d’être utilisée pour le travail, la béarnaise s’avère extrêmement rustique. Elle peut vivre dans un environnement difficile et joue un rôle important dans la conservation de certains milieux naturels.

Rescapé de la brucellose

Avec 6.000 € à la clef, le 2ème prix est attribué à l’Association nationale de sauvegarde du porc gascon (ANSPG). Conscient de l’urgence de la préservation génétique de ce cochon, le jury a été sensible au projet de création d’une filière de grande qualité, axé autour des enjeux de prophylaxie et de variabilité génétique, indispensables à la pérennité de la race. Le porc gascon a en effet failli disparaître après un épisode de brucellose porcine ayant fragilisé son réservoir génétique.
Trois membres de l’ANSPG ont donc eu l’idée d'un site de naissage commun afin de sécuriser les apports en porcelets. Devant la nécessité d'une politique sanitaire exemplaire, cette unité bénéficiera notamment d’une zone de quarantaine permettant de valider le statut sanitaire des reproducteurs. L’association souhaite soutenir cette initiative en participant à l'achat des animaux mis à disposition du site par une convention précisant les conditions de préservation et de diffusion de ce patrimoine vivant.

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De taille moyenne, le cochon gascon mesure 75 cm au garrot pour une masse atteignant 350 kilos chez les truies et dépassant parfois les 400 kilos pour les mâles. Ses membres sont fins et solides, et sa robe uniformément noire (photo Fondation du patrimoine).

Le plus ancien porc français

Le berceau originel du porc gascon se trouve dans le Nébouzan, région enclavée entre l’Armagnac, le Comminges et la Lomagne, à cheval sur les actuels départements des Hautes-Pyrénées et de la Haute-Garonne. Descendant du très ancien rameau ibérique, ce cochon serait même le plus ancien type de porc connu sur notre territoire. À partir de la fin du XIXe siècle, il a cependant été hybridé avec le large white - ou grand porc blanc anglais – produisant de nouvelles races comme les porcs de Cazères ou de Miélan, désormais disparus. Ces croisements se traduisirent par une baisse spectaculaire du nombre de purs porcs gascons. Dans les années 1930, la race comptait près de 28.000 truies. En 1953, le nombre de reproducteurs était estimé à seulement 10.000 et il chuta à quelques centaines d’individus au début des années 1970 !

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La tête longue et fine du porc gascon est dite « tête de taupe ». Rapprochées à la base, les oreilles étroites ont une longueur égale à la moitié de celle de la tête. Portées horizontalement, elles s’inclinent légèrement au-dessus des yeux (photo Grosmond - Fondation du patrimoine).

Un programme de sauvetage sera finalement lancé en 1982, à partir de quelques truies pures et de deux verrats retrouvés l’année précédente. Selon le Conservatoire du patrimoine biologique régional de la Région Midi-Pyrénées, les 34 truies recensées en 1981 par l’Institut technique du porc (ITP) chez 20 éleveurs localisés dans la moitié nord des Hautes-Pyrénées et dans le sud de la Haute-Garonne ont permis de sauver la race. Aujourd’hui, celle-ci est surtout élevée dans les Hautes-Pyrénées. Deux variétés sont admises : la tournayaise aux oreilles plutôt courtes et au groin « pointu » et la bleue de Boulogne aux oreilles tombantes, au groin légèrement retroussé et à la robe bleutée. En 2011,  un millier de truies étaient recensées dans 70 élevages.

Apprécié pour son calme et sa rusticité, ce cochon apprécie le plein air et s’accommode aussi bien de la pluie que des fortes chaleurs. Race tardive à la croissance lente, le porc gascon est aussi très apprécié des gastronomes pour sa viande persillée.

Le spectre de la consanguinité

Enfin, le 3ème prix de 4.000 € récompense le Conservatoire des races d’Aquitaine pour son projet de sauvegarde, de valorisation et de développement du poney landais. Cette race très ancienne est aujourd’hui parmi les plus menacées à cause d’une perte de variabilité génétique et d’une dynamique de population très préoccupante. Conscients du risque à court terme, les principaux acteurs régionaux se sont réunis et ont établi trois axes de travail :
° regrouper et associer éleveurs amateurs et professionnels, clubs de sports équestres, utilisateurs des poneys, gestionnaires des espaces naturels dans le processus de développement de la race.
°  évaluer la situation génétique et démographique du poney landais afin de renforcer sa diversité génétique.
° soutenir des modes de valorisation originaux. Les éleveurs bénéficieront ainsi d’animaux produits dans les cheptels de plein air. Ils auront la charge de leur éducation pour valoriser ensuite la race dans les circuits sportifs, d’élevage et de concours.

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Mesurant entre 1,18 m à 1,48 m au garrot, le poney landais se caractérise par une tête fine, sèche et large au niveau des yeux. Son encolure est bien orientée avec une épaule oblique, un poitrail ouvert, un dos porteur et des membres secs. La queue et la crinière doivent être bien fournies. La silhouette évoque celle du cheval arabe (photo Conservatoire des races d’Aquitaine - Fondation du patrimoine).

Une histoire mouvementée

Né dans les prairies marécageuses et les forêts landaises bordant l’Adour, ce poney aurait été croisé au VIIIème siècle avec des chevaux arabes et barbes. Sa morphologie suggère aussi des croisements ultérieurs avec des chevaux espagnols, anglais et bretons. Cependant, les spécialistes estiment qu’il est difficile de déterminer dans quelle mesure ces différents croisements ont influencé l'évolution du poney landais. Par ailleurs, les historiens distinguent deux lignées ayant évolué séparément au sein de différents écosystèmes locaux : le poney de la lande ou poney des pins évoluant dans la Haute-Lande et en Gironde et le poney barthais galopant dans les prairies inondables des rives du fleuve Adour.

Au début du XIXème siècle,  l’effectif total de poneys landais avoisinait les 2.000 têtes. À l’issue de la Seconde guerre mondiale, seuls 150 spécimens avaient survécu. En outre, les trois ultimes troupeaux de poneys des pins – ceux du Porges, de Vendays et du marais de Contis – ont disparu au XXème siècle, le dernier sans doute à l’orée des années 1960.

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Le standard du poney landais admet les robes baie, noire, alezane et chocolat. Balzanes et marques en tête sont autorisées (photo Conservatoire des races d’Aquitaine - Fondation du patrimoine).

À partir de 1967, les derniers individus du rameau barthais reçurent un apport de sangs arabe et welsh pour pallier une consanguinité trop importante. Le landais devint alors un poney de sport recherché, s’illustrant dans diverses disciplines comme le dressage, le saut d'obstacles et le concours complet. Il se révéla aussi un excellent trotteur. Le standard de la race fut officialisé en 1971 et le stud-book approuvé le 15 novembre de la même année.
Rustique et bien adapté aux milieux humides, le poney  landais peut vivre toute l'année en extérieur. Le Conservatoire des races d'Aquitaine héberge d’ailleurs un troupeau de type originel sur ses pâtures. Très faible, la population actuelle de la race s’élève à 90 poulinières et une quinzaine d’étalons.

Sources : Fondation du Patrimoine, Conservatoire des races d’Aquitaine, Conservatoire du patrimoine biologique régional de la Région Midi-Pyrénées, association nationale du poney landais, LEBLOND Josette, Plan de sauvegarde du poney landais, Paris, Thèse de l'École nationale vétérinaire de Maisons-Alfort,‎ 2006, 64 p., DUBOIS Philippe J., PÉRIQUET Jean-Claude, ROUSSEAU Élisa, Nos animaux domestiques, Le tour de France d’un patrimoine menacé, Delachaux et Niestlé, 2013, 305 p..