Baptisée Ape Heart Project, une étude lancée conjointement par l’université de Nottingham et le zoo de Twycross (Royaume-Uni) souhaite mieux comprendre les causes des maladies cardiovasculaires affectant les gorilles, les chimpanzés, les orangs-outans et les bonobos captifs. Ces affections constitueraient en effet « une cause majeure » de mortalité chez plusieurs espèces de grands singes maintenus dans des établissements zoologiques. Malheureusement, les connaissances sur ces pathologies – et donc les moyens de les prévenir et de les soigner – restent lacunaires.

Le projet anglais a été lancé après un recensement des grands singes morts dans les établissements européens entre le 1er janvier 2004 et le 31 décembre 2014. Les données recueillies portent sur 151 gorilles, 384 chimpanzés, 120 orangs-outans e t47 bonobos. Pour l’heure, ces travaux n’ayant pas encore fait l’objet d’une publication, le zoo de Twycross ne souhaite pas communiquer les taux de mortalité précis liés aux maladies et aux troubles cardiovasculaires. Néanmoins, ceux-ci seraient significatifs pour trois des quatre taxons de grands singes, a révélé l’établissement anglais à BIOFAUNE.

ORANG-OUTAN DE BORNEO AU ZOO DE TWYCROSS

Orang-outan de Bornéo photographié en juin 2008 au zoo anglais de Twycross, dans les Midlands de l'Est (photoPrincess Bala Vera).

Initié à l’échelle européenne pour une durée de dix ans et soutenu par l’association européenne des zoos et aquariums (EAZA), le programme est dirigé par le Dr. Sharon Redrobe, directrice générale du zoo anglais et primatologue de renommée internationale. Elle est notamment la conseillère vétérinaire du groupe des spécialistes des grands singes (Great Ape Taxon Advisory Group) de l’EAZA.

L’objectif de ces travaux auxquels participe une équipe composée de vétérinaires, de cardiologues et de chercheurs est notamment de déterminer la cause et la nature exacte des pathologies cardiaques affectant les grands singes en captivité.

Ces recherches sont ouvertes aux zoos membres de l’EAZA mais aussi à d’autres établissements du Vieux Continent n’appartenant pas à cette association et même à des institutions et des sanctuaires animaliers non européens.

Causes mal connues

« Pour le moment, nous ignorons pourquoi ces hominoïdes développent de telles affections en captivité », explique le Dr. Victoria Strong, de l’école vétérinaire et de Biosciences del’université de Nottingham.  « Nous devons aussi découvrir si les individus sauvages sont touchés au même degré », précise la première des doctorants à avoir travaillé sur le projet.

Selon cette vétérinaire, ces maladies cardiaques ne seraient pas liées, comme chez l’homme, au mode de vie et au régime alimentaire. « Chez les humains, on constate souvent une accumulation de corps gras, à l’origine de l’athérosclérose, provoquée par une nourriture déséquilibrée et un manque d’activité physique. Or,  à ce jour, ce n’est pas ce que nous constatons chez ces primates. »

BONOBO A LA VALLEE DES SINGES

Bonobo en mai 2014 à La Vallée des Singes, établissement situé à Romagne, dans la Vienne (photo Ph. Aquilon).

« Protégés des prédateurs, des braconniers et des maladies infectieuses, ces espèces vivent plus longtemps dans les zoos que dans la nature », relève Victoria Strong. « La dégénérescence liée à l’âge est donc l’une des pistes possibles pour expliquer la fréquence des affections cardiovasculairesChez les grands singes, on observe la mort du muscle cardiaque alors remplacé par un tissu cicatriciel. Pour l’heure, nous n’avons pas déterminé les causes de cette dégénérescence du tissu cardiaque et nous nous intéressons  à l’implication possible de facteurs génétiques, de l’alimentation voire de virus. »

Examens systématiques

Depuis octobre 2010, un programme intitulé Great Ape Heart Project (GAHP) a été lancé sous l’égide du zoo d’Atlanta, en Géorgie (États-Unis), pour répondre au besoin de la communauté zoologique de mieux cerner les pathologiques cardiovasculaires chez les grands singes. Néanmoins, il concerne essentiellement les parcs animaliers nord-américains et très peu d’investigations ont été conduites pour mesurer la portée des cardiopathies chez les grands singes élevés en captivité en Europe. La nécessité d’une étude dédiée à ces populations s’est donc fait jour. Le zoo de Twycross travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec l’équipe américaine,  le Dr. Sharon Redrobe siégeant au comité exécutif du GAHP et participant à ses réunions.

GORILLE A L'ESPACE ZOOLOGIQUE DE SAINT-MARTIN-LA-PLAINE

Gorille des plaines de l’Ouest à l’Espace zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, dans la Loire, en mai 2015 (photo Ph. Aquilon).

D’ores et déjà,  les responsables du Ape Heart Project ont émis quelques recommandations visant à améliorer la santé des grands singes hébergés dans les parcs animaliers européens. Lors d’interventions vétérinaires sous anesthésie, ils préconisent systématiquement une mesure de la pression artérielle et une échocardiographie. Celles-ci doivent permettre d’identifier les individus présentant des problèmes cardiaques et la mise en place de traitements appropriés.

Voici une vidéo en anglais présentant l’étude conduite par l’université de Nottingham et le zoo de Twycross :

Le site du Ape Heart Project propose aux professionnels intéressés toutes les informations et les documents téléchargeables nécessaires pour participer à cette étude : https://twycrosszoo.org/conservation/research-at-twycross-zoo/current-research/ape-heart-project/