S’appuyant sur l’analyse du génome complet de 32 spécimens, une étude publiée jeudi 25 octobre 2018 dans la revue Current Biology a confirmé l’existence de six sous-espèces de tigres encore présentes sur notre planète (*).
Pourtant, en 2017, le groupe de travail de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sur la classification des félins avait confirmé la révision taxonomique préconisée en 2015 (http://biofaune.canalblog.com/archives/2015/07/17/32365349.html) et reconnaissant seulement deux sous-espèces, l’une en Asie continentale (Panthera tigris tigris), l’autre dans les îles de la Sonde (P. t. sondaica) (https://repository.si.edu/bitstream/handle/10088/32616/A_revised_Felidae_Taxonomy_CatNews.pdf?sequence=1&isAllowed=y). Toutefois, la liste rouge mondiale des espèces menacées établie par l’UICN a continué de distinguer les six sous-espèces jusqu’alors admises.

« L'absence de consensus sur le nombre de sous-espèces a partiellement entravé les mesures de sauvegarde du tigre, car la reproduction en captivité comme la gestion de l’habitat des populations sauvages exigent de plus en plus une délimitation précise des unités de conservation », souligne la biologiste Shu-Jin Luo, du laboratoire de diversité génomique et d’évolution de  l’université chinoise de Pékin. « Nos recherches sont les premières à révéler l'histoire naturelle du tigre d'un point de vue génomique. Et elles fournissent  des preuves solides de l'origine et de l'évolution de cette espèce charismatique de la mégafaune. ».
« Découverts au nord de la Chine et en Indonésie, les plus vieux restes fossiles connus du tigre remontent à 2 millions d’années », rappelle la scientifique. « Cependant, l’analyse génomique des tigres vivants ne permet de remonter qu’à -110 000 ans. »

SOUS-ESPECES TIGRES

(Liu et al. / Current Biology)

Goulot d'étranglement

Au début de la dernière période glaciaire marquant la fin du Pléistocène, les tigres subissent dont un « goulet d’étranglement génétique » et voient leurs effectifs s’effondrer jusqu’à l’achèvement de cette période de refroidissement global voici -11 700 ans.
« Tout au long de cet âge, la population de tigres, initialement homogène, a diminué et s’est fragmentée », résume Shu-Jin Luo. Il y a 67 300 ans, le tigre de Sumatra a divergé le premier, sans doute à la suite de l’éruption du supervolcan Toba, survenue il y a 73.000 ± 4.000 ans dans l'île de Sumatra. Cette catastrophe écologique a provoqué des décennies d’hiver volcanique et un refroidissement s'étendant sur près d’un millénaire.
Le tigre du Bengale s’est ensuite isolé voici 53.000 ans. Puis, il y a 45.000 ans, une nouvelle scission est apparue en Asie du Sud-Est avec le tigre d’Indochine, suivi de celui de Malaisie. Dernière sous-espèce à émerger, le tigre de Sibérie a vu le jour à l’issue de la dernière période glaciaire, à partir de quelques individus ayant gagné le nord-est de l’Asie.
L’étude internationale coordonnée par l’université de Pékin a également mis en exergue 14 gènes du tigre soumis à une « forte pression de sélection » par les contraintes de l’environnement local, en particulier le gène ADH7 lié à la taille. Ses mutations ont conféré au tigre de Sumatra une stature plus réduite que celles de ses congénères continentaux, « limitant ses besoins en énergie et lui permettant de survivre dans un milieu où les proies (cochons sauvages, cerfs) sont plus petites ».

(*) Le tigre du Bengale (Panthera tigris tigris), le tigre de Sibérie (P. t. altaica), le tigre de Chine méridionale (P. t. amoyensis), le tigre d’Indochine (P. t. corbetti), le tigre de Malaisie (P. t. jacksoni) et le tigre de Sumatra (P. t. sumatrae). Trois autres sous-espèces – les tigres de Bali (P. t. balica), de la Caspienne (P. t. virgata) et de Java (P. t. sondaica) – sont considérées comme éteintes depuis respectivement 1937, la fin des années 1970 et la décennie 1980.