Succédant au faucon pèlerin, le vanneau huppé a été désigné « oiseau de l’année 2019 » par l’association Birdlife Suisse. Migrateur partiel, ce limicole nichait autrefois dans les marais et les prairies humides de la Confédération avant que ces milieux n’aient pratiquement tous disparu au milieu du vingtième siècle à cause du drainage. Dans les années 1970, le millier de couples encore présents dans le pays s’est réfugié sur les terres arables mais cette situation s’est avérée catastrophique pour e charadriidé en raison d’une exploitation toujours plus intensive des sols et d’un recours accru aux pesticides.

En 2005, la population de vanneaux huppés a atteint un creux historique avec seulement 83 couples nicheurs recensés dans le pays.

L’agriculture productiviste, « avec ses multiples passages de machines dans les champs et l'utilisation massive de pesticides a conduit à la disparition presque totale du vanneau huppé en Suisse », souligne l’association de la nature, comptant plus de 65.000 membres répartis au sein de 440 sections locales, dans un communiqué publié mercredi 16 janvier dernier. En outre, le changement climatique affecte notablement cette espèce vivant en colonies et dont les jeunes meurent de faim lors des périodes sèches, leurs proies se réfugiant alors dans les profondeurs du sol.

VANNEAU HUPPE

Pesant de 150 à 300 g pour une envergure oscillant de 70 à 76 cm, le vanneau huppé se nourrit principalement d’insectes, d’araignées et de vers de terre. L’une des ses techniques de chasse consiste à frapper très rapidement le sol avec une patte pour le faire vibrer et simuler la pluie, provoquant la remontée des lombrics à la surface (photo Michael Gerber).

Le spectre de la faucheuse

Voici une quinzaine d’années, BirdLife Suisse et la Station ornithologique suisse de Sempach ont donc initié divers projets de sauvegarde avec le concours d’agriculteurs et le soutien de nombreux bénévoles. Des clôtures électriques ont ainsi été érigées autour des nids afin de les protéger des prédateurs. Dans les exploitations concernées, des protecteurs de l’environnement accompagnent les engins agricoles pour éviter la destruction des œufs ou des poussins. Des accords ont également été conclus avec les cultivateurs pour créer, après la fauche, une mosaïque de bandes herbeuses coupées et laissées sur pied offrant un refuge aux jeunes tout en leur garantissant un accès aux ressources alimentaires.

Quittant le nid quelques heures après leur éclosion, les poussins recherchent aussitôt leur nourriture de façon autonome. Durant les premières semaines de leur vie, ils se plaquent au sol en cas de danger. Efficace contre leurs ennemis naturels, cet instinct met en péril les petits échassiers face aux tracteurs et aux moissonneuses-batteuses.

JEUNE VANNEAU HUPPE

Une alternance de surfaces herbagères coupées et intactes offre les meilleures chances de survie aux jeunes vanneaux huppés (photo BirdLife Suisse).

Ces dispositifs ont permis d’enrayer le déclin du vanneau huppé en Suisse où 206 couples nicheurs ont été recensés en 2018. Toutefois, au regard de la faiblesse des effectifs actuels, ces mesures doivent être maintenues et la collaboration entre le monde paysan et les défenseurs de la faune sauvage renforcée. Dans certaines régions, le comblement des  creux humides dans les labours et des prairies inondables se poursuit. Or ces terrains constituent des sites de nourrissage importants non seulement pour les vanneaux huppés mais aussi pour d’autres nicheurs de ces écosystèmes comme le tarier des prés (Saxicola rubetra), l’alouette des champs (Alauda arvensis) ou le râle des genêts (Crex crex).

Considéré comme une « préoccupation mineure » jusqu’en 2016, le vanneau huppé (Vanellus vanellus) est désormais classé « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Voici la vidéo de BirdLife Suisse présentant « l’oiseau de l’année 2019 » dans la Confédération :