Âgé de huit ans et baptisé Nyaru, un orang-mâle du zoo de Perth quittera l’Australie mardi 10 mai 2016 pour rejoindre un sanctuaire sur l’île indonésienne de Sumatra, où il sera ensuite relâché dans le parc national de Bukit Tigapuluh.

« Nous avons mis en place une « école de la jungle » pour lui faire découvrir ce dont il aura besoin dans la nature », a précisé Holly Thompson, la responsable des primates du zoo de l'État d'Australie-Occidentale, au quotidien régional West Australian.

Pour faciliter son acclimatation, les soigneurs de l’établissement animalier lui ont notamment fourni une alimentation variable pour l’habituer au cycle « d’abondance-disette » des fruits dans la nature.

NYARU

Nyaru est né le 20 octobre 2007 au zoo de Perth (photo Geoff Scales / zoo de Perth).

Nyaru a également pu développer ses compétences en brachiation grâce aux aménagements aériens de son enclos, s’entraîner à la confection d’un nid avec la matriarche Puan - âgée de 63 ans - et enrichir son comportement social avec Teliti, une femelle de six ans. Le futur orang-outan sauvage a également eu accès à un figuier afin d’y perfectionner ses talents de grand singe arboricole et de constructeur de nid.

Le parc maintient habituellement ces primates solitaires dans des installations séparées mais les contacts de Nyaru avec ses congénères ont été accrus pour que le jeune mâle sache adopter un comportement adéquat lorsqu’il croisera d’autres orangs-outans dans les forêts de Sumatra.

« Nyaru est préparé depuis sa naissance à son retour dans son milieu originel », souligne Susan Hunt, la directrice du zoo de Perth.

Libre de disparaître dans la forêt

Une fois arrivé à Sumatra, Nyaru poursuivra son apprentissage sur place. « Il bénéficiera d’une acclimatation progressive à son nouvel environnement, grimpera aux arbres et découvrira les ressources disponibles dans la forêt », précise le Dr. Peter Pratje, responsable du Bukit Tigapuluh Orangutan Project. « Il s’adaptera ainsi au milieu forestier puis quittera les abords du centre. De lui-même, il décidera de s’éloigner du lieu du relâché et nos équipes le suivront là où il désire aller. » Nyaru sera équipé d’une balise radio permettant de suivre ses déplacements dans la forêt.

« Nous sommes particulièrement fiers d’être le seul établissement au monde à réintroduire des orangs-outans de Sumatra dans la nature ! », se réjouit Susan Hunt. « Notre objectif final est que Nyaru se reproduise et contribue à augmenter le nombre d’individus de cette espèce fascinante et à accroître la diversité génétique d’une population sauvage fragile.»

PETER PRATJE

Le Dr. Peter Pratje, ici en mars 2008 dans le parc national de Bukit Tigapuluh. Ce biologiste travaillant pour la société zoologique de Francfort est le responsable de l’Orangutan Project fondé en 1998 par Leif Cocks. Celui-ci est notamment le curateur  des espèces exotiques au zoo de Perth (photo Norbert Guthier).

Nyaru deviendra ainsi le troisième orang-outan élevé au zoo de Perth - après la femelle Temara en 2006 puis le mâle Semeru en 2011 - à retrouver son milieu d'origine dans le cadre de la coopération entre l’établissement australien et le programme de conservation du parc national de Bukit Tigapuluh. Ce dernier est le fruit d’un partenariat initié entre le gouvernement indonésien et la société zoologique allemande de Francfort dans le but de protéger les dernières populations d’éléphants d’Asie et d’orangs-outans, de tigres et de rhinocéros de Sumatra.

Une bonne nouvelle trompeuse

Selon une étude publiée vendredi 4 mars 2016 dans la revue Science Advances, le nombre d’orangs-outans vivant dans les forêts de Sumatra dépasserait largement les données jusqu’à alors avancées par les spécialistes. L’équipe de chercheurs européens et indonésiens à l’origine de cette publication a établi à 14.613 très exactement le nombre d’anthropoïdes encore présents sur l'île. Leur population était jusqu’alors estimée à environ 6.600 individus.

Cette différence s’explique par l’élargissement du champ des recherches à des zones encore non explorées en raison d’une altitude présumée trop élevée pour ces grands singes.

Les scientifiques appellent d’ailleurs à la prudence. Désignant comme principale menace la déforestation pour la culture du palmier à huile, ils prévoient toujours un « fort déclin » du nombre d’orangs-outans à Sumatra, où la population aurait déjà chuté de 80 % au cours des 75 dernières années.

DEFORESTATION PRES DU PARC NATIONAL DE BUKIT TIGAPULUH

Déforestation pour la culture du palmier à huile dans la zone tampon du parc national de Bukit Tigapuluh en 2005 (photo Aidenvironment).

Le programme de réintroduction des orangs-outans au sein du parc national de Bukit Tigapuluh - couvrant 143.143 hectares au centre-est de Sumatra - a débuté en 2002. La grande majorité des 160 individus déjà relâchés étaient des orphelins rescapés du trafic illégal. Évalué à 70 %, leur taux de survie est considéré comme « excellent » par la société zoologique de Francfort.

L’orang-outan de Sumatra (Pongo abelii) est classé « en danger critique d'extinction » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Actuellement, 31 établissements - dont les zoos français de La Boissière-du-Doré (44) et d’Amnéville (57) - participent au programme d’élevage en captivité (EEP) de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), géré par le zoo allemand de Karlsruhe .

Sources : The Guardian, West Australian, zootierliste.de