Selon une étude publiée mercredi 16 janvier 2019 dans la revue Scientific Reports, moins de 2 % des loups gris détectés dans les Alpes suisses durant la période 1998-2017 s’avèrent être des hybrides.

Les analyses génétiques non invasives effectuées par le laboratoire de biologie de la conservation (LBC) de l’université suisse de Lausanne (UNIL), à partir d’échantillons régulièrement collectés depuis 1998, ont mis en évidence des traces d’hybridation chez seulement 2 des 115 spécimens considérés (1,7 %). En outre, ce mâle et cette femelle sont très certainement le fruit d’un rétrocroisement, l’un de leurs géniteurs étant un loup, l’autre un hybride ou le descendant d’un accouplement entre un chien et une louve. L’hybridation de ces individus, ayant quitté la Suisse fin 2017, remonte donc à deux ou trois générations. Enfin, aucun membre des trois meutes résidentes sur le territoire helvétique ne présente de signe de croisement avec des chiens, soulignent les auteurs.

L’équipe de l’institution vaudoise a comparé l’ADN des 115 loups, tous considérés comme potentiellement hybrides, à un groupe de référence de 70 chiens. Sur la base de simulations mathématiques et de modèles statistiques complexes, elle a établi un seuil au-dessous duquel un loup n’est plus considéré comme « pur ».

LOUP GRIS EN ITALIE

Loup de lignée italienne, parfois appelé loup des Abruzzes ou des Apennins (photo Luigi Piccirillo).

« Une hybridation très limitée, voire anecdotique »

« Nos résultats prouvent que l’hybridation chien-loup est en réalité très limitée, voire anecdotique, et que l’intégrité génétique des populations de loups sauvages vivant dans les Alpes est préservée », assure Luca Fumagalli, maître d’enseignement et de recherche au Département d’écologie et évolution de l’UNIL (DEE) et au Centre universitaire romand de médecine légale.

Les conclusions de cet article (*) rejoignent celles de précédents travaux réalisés dans d’autres pays européens et mettant en évidence la portée très limitée de l'hybridation entre les loups et les chiens sur le Vieux Continent, à l’exception d’une zone très circonscrite du nord de la chaîne italienne des Apennins, où ce phénomène se révèle plus important en raison d’un nombre élevé de chiens errants.

Une analyse confiée durant l’été 2017 au laboratoire Antagene de La tour de Salvagny (Rhône) par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a révélé que 120 des 130 canidés sauvages identifiés grâce à des échantillons collectés par le réseau ONCFS Loup/Lynx étaient bien des loups, tous de lignée italienne. Les signatures de 2 spécimens seulement correspondraient à des hybrides de 1ère génération et celles de 8 autres traduiraient une hybridation plus ancienne.

Sur la base de ces données représentatives de l’ensemble du territoire français, le phénomène d’hybridation récente affecte donc 1,5 % des individus présents dans l’Hexagone, une hybridation plus ancienne touchant 6,2 % d’entre eux tandis que 92,3 % des animaux sont de purs loups gris.

LOUP GRIS EUROPEEN EN CAPTIVITE

Loup gris européen en captivité au parc zoologique Bois de Saint-Pierre, à Smarves dans la Vienne, en avril 2014 (photo Ph. Aquilon).

Contrôler les chiens errants

Aujourd’hui, la problématique du métissage entre le loup (Canis lupus) et le chien (C. l. familiaris) fait l’objet de vives controverses et constitue un enjeu majeur des débats liés à la protection du prédateur en Suisse comme en France. Au prétexte d’une hybridation prétendument majoritaire au sein de la population lupine hexagonale, certains opposants à l'emblématique canidé, naturellement revenu dans certaines zones de son ancienne aire de répartition, voudraient autoriser l’élimination de ces animaux protégés. « Un flou juridique entoure les hybrides », rappelle M. Fumagalli. Signée le 19 septembre 1979 puis entrée en vigueur le 1er juin 1982, la Convention de Berne – visant à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe – protège en effet les loups mais non les hybrides entre les deux sous-espèces. En novembre 2014, elle a édicté une recommandation incitant les États à surveiller l'apparition de tels spécimens. Toutefois, cet instrument juridique préconise d’accorder aux hybrides un statut de protection identique à celui du loup. En Italie, les canidés suspects sont capturés. Si les tests génétiques confirment  leur hybridation, ils sont alors stérilisés et maintenus en captivité.

« La vraie préoccupation doit être celle du contrôle des chiens errants transmettant leurs gènes aux loups sauvages », estime Luca Fumagalli. Spécialiste de la génétique des populations, le biologiste tessinois prône un suivi génétique en temps réel afin d’identifier les potentiels hybrides et permettre ainsi une gestion efficace des populations de loups dans l’arc alpin.

 (*) L’article de Scientific Reports peut être consulté et téléchargé à l’adresse suivante : www.nature.com/articles/s41598-018-37331-x

Sources : Scientific Reports, UNIL, ONCFS, Le Monde.