Le nombre de pandas géants élevés en captivité dans le monde a atteint un record avec 548 individus, a annoncé jeudi 8 novembre 2018 l'administration d'État des forêts et des prairies de Chine (SFGA). L’année précédente, à la même époque, 520 de ces emblématiques ursidés étaient maintenus ex situ.

48 mise-bas hors du milieu naturel ont été enregistrées en 2018 avec un taux de survie de 93,8 %. 43 des 45 petits viables sont venus au monde en Chine, deux femelles ayant vu le jour respectivement le dimanche 14 janvier au Zoo Negara situé dans la banlieue de Kuala Lumpur (Malaisie) et le 14 août au parc Adventure World de Shirahama (Japon).

Près de la moitié des grossesses étant gémellaires chez cet ursidé, le protocole de rotation établi en 1990 à la base de recherche de Chengdu sur l'élevage du panda géant (Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding) a permis une envolée du taux de survie de 30 à 70 %. Afin que chaque bébé puisse bénéficier du lait et des soins maternel, les soigneurs s’occupent  en alternance des petits, notamment  maintenus à tour de rôle dans un incubateur. Chez les pandas sauvages, l’un des oursons est généralement abandonné.

Par ailleurs, la mise au point en 2006 de la collecte du colostrum chez des femelles donneuses a permis de réduire la mortalité des nouveau-nés, tombée depuis à moins de 10 %.

L’ingestion de ce premier lait, riche en anticorps et secrété chez les mammifères en fin de gestation, permet le transfert d’immunoglobulines A (IgA) et de cellules phagocytaires actives.  La prise du colostrum développe la flore microbienne du bébé et le protège des infections. Sans elle, la survie du petit s’avère extrêmement compromise.

Second petit conçu par la femelle Feng Yi et le mâle Fu Wa, tous deux prêtés par la Chine au Zoo Negara en 2014 et rebaptisés Liang Liang et  Xing Xing à leur arrivée en Malaisie, la femelle née le 14 janvier 2018 a été présentée au public samedi 26 mai dernier.

Les réintroductions se poursuivent

« Les scientifiques veillent à accroître la diversité génétique de la population captive grâce au choix des couples reproducteurs », a rappelé  jeudi dernier Li Chunliang, vice-directeur de la SFGA. « La Chine confie actuellement 58 pandas à 22 établissements étrangers offrant la possibilité à 17 pays de participer aux recherches sur cette espèce. »

En fait, 23 parcs zoologiques (*) hébergent des pandas en dehors de l’empire du Milieu mais, alors que tous les autres spécimens sont loués, les deux femelles Shuan Shuan et Xin Xin, nées en 1987 et 1990 au zoo de Chapultepec – première institution à réussir, en 1981, la reproduction de l’espèce hors de Chine en 1981, appartiennent au Mexique.

« Par ailleurs, nous allons continuer à réintroduire des pandas nés en captivité », a affirmé Li Chunliang. « Les pandas ne sont pas des animaux de compagnie », a renchérit Zhang Hemin, le directeur adjoint de la base de recherche de Chengdu. « Leur vraie place est dans la nature où ils peuvent faire face aux menaces. Ils s’adapteront et vivront mieux là. Notre objectif ne consiste pas à les maintenir captifs pour toujours. »

CENTRE DE RECHERCHE SUR LE PANDA GEANT DE CHENGDU

Située à une quinzaine de kilomètres au nord du centre-ville de la capitale de la province du Sichuan, la base de recherche de Chengdu sur l'élevage du panda géant a été fondée en 1987. Elle hébergeait alors six individus issus du milieu naturel (photo Kreisverkehrsampel).

Tous nés à Chengdu, neuf pandas ont été relâchés depuis 2006. Sept ont survécu. Les derniers spécimens réintroduits à ce jour, la femelle Ying Xue et le mâle Ba Xi, ont recouvré la liberté jeudi 23 novembre 2017 au cœur de la réserve naturelle de Liziping, située dans province chinoise du Sichuan, au centre-ouest du pays.

La découverte du corps du mâle Hesheng, relâché en juillet de l’année précédente dans cette même aire protégée et retrouvé mort le 27 septembre suivant, victime d’une septicémie après avoir été attaqué par un animal non identifié, avait suscité une polémique sur les réseaux sociaux, certains internautes redoutant que les pandas nés en captivité ne parviennent pas à survivre dans la nature.

Le programme de réintroduction s’est néanmoins poursuivi et un dixième individu devrait être relâché d’ici la fin 2018, a annoncé la semaine passée Li Chunliang.

Un futur parc national pour le panda géant

La prochaine étape du plan consistera à obtenir la reproduction des pandas réintroduits.

Le 1er mars 2017, une femelle baptisée Cao Cao, née en 2002 dans la nature et capturée le 1er novembre 2003, avait été temporairement relâchée dans la réserve naturelle de Wolong dans le cadre d’un plan destiné à renforcer la diversité génétique de la population captive. Après s'être accouplée avec un spécimen sauvage, elle avait donné naissance le 31 juillet suivant à un mâle, lequel n’avait cependant pas survécu.

Cette année, l’expérience a été reconduite avec quatre femelles dont toujours Cao Cao. Cette dernière, remise en liberté le 27 février dans le même secteur que l’année précédente, s’est de nouveau unie à un congénère sauvage. Rattrapée puis transférée à la base d'Hetaoping, structure du centre chinois de recherche et de conservation du panda géant (China Conservation and Research Centre for the Giant Panda) dédiée à la réintroduction, Cao Cao a mis bas des jumeaux mercredi 25 juillet dernier. Elle avait déjà marqué l’histoire de cette stratégie de la biologie de la conservation comme mère du mâle Tao Tao et de la femelle Hu Jiao. Le premier avait été relâché dans la nature le 11 octobre 2012, la seconde le 19 novembre 2015.

JIAO QING ZOO DE BERLIN

Né le 15 juillet 2010 à la base de recherche de Chengdu, le mâle Jiao Qing (ici photographié le 30 octobre 2018) a rejoint l’Allemagne le 24 juin 2017 en compagnie de la femelle Meng Meng. Ce couple a été confié au jardin zoologique de Berlin (Zoologischer Garten Berlin) pour une durée de 15 ans (cliché Ph. Aquilon).

Enfin, le projet de création du parc national pour le panda géant est désormais lancé, a confirmé jeudi dernier la  SFGA. Son financement avait été validé début mars 2018 après un accord entre Bank of China, l'une des quatre grandes banques commerciales d’État de la république populaire, et le service des forêts du Sichuan.

Incluant 67 réserves naturelles protégeant  60% de l’habitat du panda et plus de 70% des spécimens sauvages (1.864 individus selon le 4ème recensement national dévoilé en février 2015), ce parc couvrira 27.134 km2, soit presque la superficie de l’Albanie, à cheval sur les provinces du Sichuan, du Gansu et du Shaanxi. Les activités humaines devraient y être strictement limitées.

Considéré comme « en danger » d’extinction depuis 1990, le panda géant (Ailuropoda melanoleuca) a été reclassé en 2016 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

(*) Amérique du Nord : zoo de Calgary (Canada), zoo d’Atlanta, zoo de Memphis, zoo de San Diego, zoo de Washington (États-Unis), zoo de Chapultepec à Mexico (Mexique).

Europe : zoo de Berlin (Allemagne), jardin zoologique de Schönbrunn à Vienne (Autriche), Pairi Daiza (Belgique), zoo d’Édimbourg (Écosse), zoo de Madrid (Espagne), zoo d’Ähtäri (Finlande), ZooParc de Beauval (France), Ouwehands Dierenpark de Rhenen (Pays-Bas).

Asie : Everland à Yongin (Corée du Sud), Taman Safari Indonesia à Bogor (Indonésie), Adventure World  de Shirahama à Wakayama, zoo de Kobe, Ueno Zoo à Tokyo (Japon), Zoo Negara à Kuala Lumpur (Malaisie), River Safari (Singapour), zoo de Chiangmai (Thaïlande).

Océanie : zoo d’Adélaïde (Australie).

Sources : Global Times, Le Quotidien du Peuple, www.pandas.fr.