Un troupeau de bisons d’Europe évoluera d’ici deux à trois ans en totale liberté dans la forêt d’Orléans, a annoncé dimanche 31 mars 2019 l’association « Bonasus » lors d’une conférence de presse organisée au sommet de l’observatoire des Caillettes, situé au cœur du massif d’Ingrannes dans le Loiret. Du haut de cette tour culminant à 24 mètres, les arbres s’étendent à perte de vue…

Le plus grand mammifère terrestre du Vieux Continent se serait éteint en France entre le VIIIème et le Xème siècle, certainement victime de la chasse. Le défrichage et le développement des activités agricoles sont parfois avancés pour expliquer sa disparition mais cette hypothèse est contredite par les historiens soulignant la progression des surfaces boisées durant le haut Moyen Âge.

La harde devrait être constituée d’un mâle et de sept ou huit femelles, tous nés en captivité et aussi éloignés génétiquement que possible.

BISONS D'EUROPE EN LIBERTE DANS LE SAUERLAND

Bisons d’Europe sauvages photographiés en décembre 2018 dans le Sauerland, région de moyennes montagnes située à l’ouest de l'Allemagne (photo Martin Lindner).

« La consanguinité constitue l’une des principales menaces planant sur l’avenir de cette espèce », rappelle Paul Auroque, instigateur de ce projet lancé en toute discrétion début 2015 sous la tutelle du ministère de l’écologie (renommé depuis de la transition écologique et solidaire) et en étroite collaboration avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

La plus grande forêt domaniale de l’Hexagone

En effet, la population actuelle descendrait de seulement 7 individus (4 mâles et 3 femelles) sur les 29 mâles et 24 femelles survivant dans les années 1920 dans quelques parcs zoologiques après le tir, en 1919 dans une forêt polonaise, du dernier représentant sauvage de la sous-espèce de plaine (Bison bonasus bonasus).

« Nous avons évalué plusieurs sites, en particulier dans le Jura, les Ardennes et le Massif central, pour finalement retenir cette forêt domaniale, la plus vaste de France métropolitaine avec ses 35.000 hectares », précise M. Auroque. Ce critère a été décisif à l’heure du choix alors que l’avenir du troupeau évoluant en liberté au sud-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne, se trouve aujourd’hui compromis par les plaintes de deux exploitants forestiers. Ces derniers entendent mettre un terme à ce projet jusqu'ici unique en Europe occidentale en exigeant des autorités l’abattage des bovidés ou leur maintien derrière des clôtures à cause des dégâts, pourtant indemnisés, que causent les ruminants dans leurs hêtraies.

En avril 2013, à l’initiative du prince Richard de Sayn Wittgenstein-Berleburg (1934-2017), huit bisons avaient été relâchés sur les terres privées, s’étendant sur 9.600 hectares dans la chaîne du Rothaargebirge, du chef de cette famille de la haute noblesse germanique. Or la harde, comptant actuellement une bonne vingtaine d’individus, a élargi son habitat pour s’aventurer dans d’autres zones des montagnes du Sauerland.

Aucun accident n’a été déploré au cours de ces six années, à l’exception d’une promeneuse accompagnée de son chien renversée en mai 2016 par une femelle suitée. La victime n’avait souffert que de simples écorchures.

FORET DOMANIALE D'ORLEANS

La forêt d'Orléans depuis l'observatoire des Caillettes, à Nibelle, dans le Loiret (Creative Commons).

Plusieurs projets en Europe occidentale

Outre le programme de restauration de l’écosystème originel (« rewilding ») désormais entériné en forêt d’Orléans, plusieurs autres pourraient aboutir à moyen terme au Danemark, aux Pays-Bas, dans le Jura suisse et, en Allemagne toujours, dans les régions du lac Müritz en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans le massif du Harz, en forêt palatine et dans la réserve de biosphère de la Spree à une centaine de kilomètres au sud-est de Berlin.

Attendus à la fin de l’été, les bisons rejoindront un enclos d’acclimatation d’une cinquantaine d’hectares, non accessible au public, près de Bouzy-la-Forêt. Ils seront notamment confiés par le domaine des grottes de Han (Belgique), le jardin zoologique de Berlin Friedrichsfelde (Allemagne), le Highland Wildlife Park (Écosse), le parc zoologique Dählhölzli de Berne (Suisse), la réserve de bisons d'Europe de Sainte-Eulalie en Lozère, le parc animalier Zoodyssée dans les Deux-Sèvres et la réserve biologique des monts d’Azur dans les Alpes-Maritimes. Leurs protecteurs envisagent de les relâcher dès le printemps 2021.

BISON D'EUROPE EN CAPTIVITE A ZOODYSSEE

Bison d’Europe en captivité à Zoodyssée, en mai 2016 (photo Ph. Aquilon).

Considéré comme « en danger » depuis 1996, le bison d’Europe a été reclassé en 2008 « vulnérable », c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon la dernière édition de l’« European Bison Pedrigree Book » publiée en 2017, sa population totale atteignait alors 7.180 individus dont 5.036 vivant à l’état sauvage au sein de 42 troupeaux, 399 élevés en semi-liberté et 1.745 maintenus en captivité.