Fragiles emblèmes des Alpes, le tétras-lyre, le lagopède alpin et la perdrix bartavelle invitent à poser sur la montagne un autre regard que celui dicté par notre mode de vie et à appréhender cet univers avec un infini respect pour ses hôtes.

Publié aux éditions de La Salamandre, Les gardiens de l’Alpe dévoile au fil des clichés et des saisons les comportements naturels de ces veilleurs ailés des écosystèmes d’altitude où se succèdent forêts et anciennes futaies résineuses, landes, pelouses et combes rocailleuses.

Après avoir accompagné des expéditions scientifiques destinées à mieux connaître et protéger le gavial du Gange, l’addax ou la tortue sillonnée, le photographe vaudois Olivier Born consacre aujourd’hui son temps libre à immortaliser les trésors naturels de la Suisse.

LES GARDIENS DE L'ALPE COUVERTURE

Il a ainsi immortalisé les spectaculaires combats des mâles tétras-lyres s’affrontant au paroxysme de l’excitation, caroncules gorgées de sang et queue étalée, dans la poudreuse printanière. Naturellement absente des Pyrénées, des Vosges et de l’arc jurassien, cette espèce a déjà localement disparu de plusieurs zones du massif alpin.

Olivier Born est également parvenu à surprendre la discrète et monogame bartavelle dont les Alpes forment la frontière septentrionale de l’aire de répartition. Immortaliser cet oiseau robuste capable de courir sur les versants rocailleux et presque invisible dans les éboulis requiert de la patience, un œil de lynx et une ouïe avertie de son chant haut perché.

Dans sa quête du lagopède, dont la livrée hivernale immaculée se mue en plumage marbré l’été venu, le photographe a aussi surpris dans son téléobjectif le prudent lièvre variable (Lepus timidus), saisissant la convergence d’adaptations réunissant l’oiseau et le mammifère, rescapés de la dernière époque glaciaire.

Consacrées chacune à un oiseau, les trois parties – « Et dansent les coqs », « Une perdrix sur l’adret » et « L’oiseau de tout en haut » – bénéficient d’un texte d’introduction signé Bertrand Posse, biologiste et rédacteur pour la revue helvétique Nos Oiseaux.

Message d'alerte

Le lecteur découvrira ainsi que la bartavelle, à l’espérance de vie réduite à environ cinq ans, est menacée par les débuts d’été froids et humides engendrant une hécatombe chez les poussins, ou que la mise en place de couloirs d’avalanche à moyenne altitude la prive d’herbes dont elle se nourrit. Et que préserver les alpages de l’embuissonnement s’avère un enjeu majeur pour l’avenir des tétras-lyres ou coqs des bouleaux dans le domaine subalpin.

De son côté, le lagopède, occupant le haut de l'étage alpin et l'étage nival, est désormais confronté au réchauffement climatique. La « perdrix des neiges » abandonne progressivement les stations les plus basses pour coloniser des sites plus élevés (*).

Enfin, le chapitre initial rend hommage au grand tétras, « relique des cathédrales boisées » aux mythiques parades printanières. « La perte d’une sentinelle comme le grand coq de bruyère nous adresse un message vibrant : celui d’un déséquilibre en marche… » Mesurant jusqu’à 90 cm pour une masse pouvant atteindre 5 kg, ce splendide phasianidé a en effet déserté les Alpes françaises et suisses romandes.

Les magnifiques photos et la pertinence des textes de cet ouvrage grand format constituent un éloquent plaidoyer pour la sauvegarde des gallinacés alpestres et des milieux les abritant. Ce (très) beau livre devrait d’ailleurs être consultable dans tous les offices de tourisme des stations alpestres…

BORN Olivier, POSSE Bertrand, Les gardiens de l’Alpe. Tétras-lyre, bartavelle et lagopède, La Salamandre, septembre 2016, 160 pages, 34 €.

(*) Le tétras-lyre (Lyrurus tetrix), la perdrix bartavelle (Alectoris graeca) et le lagopède alpin (Lagopus muta) figurent comme « quasi menacés » sur la liste rouge nationale des espèces menacées établie par le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d’histoire naturel (MNHN).

Le grand tétras (Tetrao urogallus) est classé « vulnérable » dans les Pyrénées et «  en danger » d’extinction dans les Vosges, le Jura et les Cévennes.
Les statuts des oiseaux nicheurs de France métropolitaine ont été actualisés en septembre 2016.

 Pour découvrir le travail d’Olivier Born : www.olivierborn.ch/