Organisée chaque premier samedi de septembre, la Journée Internationale de sensibilisation aux vautours revêt une importance toute particulière à l’heure où ces charognards,indispensables aux écosystèmes pastoraux dans lesquels ils jouent un rôle d’équarrisseurs naturels évitant la propagation d’agents pathogènes, sont victimes de rumeurs et de désinformation visant à les présenter comme de redoutables prédateurs. Selon la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), sur près de 30.000 animaux domestiques qui meurent en estive dans les Pyrénées chaque année, la proportion des déclarations de dommage prétendument attribuée aux vautours n’excède pas 0,06% des pertes annuelles ! Des données bien loin des assertions alarmistes, fantaisistes et non scientifiquement étayées.

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« Les vautours n’ont pas changé de comportement au point de devenir prédateurs », souligne Olivier Duriez, ornithologue et enseignant-chercheur au Centre d’Écologie Fonctionnelle & Évolutive de Montpellier 2, dans un communiqué de la LPO du 26 juin 2014. « Certes, ils ont pu et dû s’adapter aux évolutions des modes de conduites des élevages afin de saisir les opportunités de pitances mais leur morphologie et leur comportement ne leur permettent pas de tuer un animal en bonne santé, en pleine possession de ses moyens comme le ferait tout simplement un prédateur. »

VAUTOURS DOUE

VAUTOURS BIOPARC DE DOUE

En 1983, le zoo de Doué-la-Fontaine - devenu le Bioparc en 2011 -  était le premier à confier des oiseaux à des fins de réintroduction dans les montagnes françaises. Cette année-là, un poussin vautour fauve né en captivité dans le Maine-et-Loire fut ainsi relâché dans les Cévennes. Depuis, de nombreux autres vautours – fauves et moines – élevés à Doué ont retrouvé le milieu naturel en France. À partir de 2012, des vautours fauves originaires du Bioparc ont réintroduits en Bulgarie dans le cadre de l’un des projets Nature menés par l’établissement angevin. À gauche, un vautour fauve, à droite un vautour moine (photos Ph. Aquilon).

Médicament vétérinaire mortel !

Par ailleurs, une nouvelle menace plane sur les vautours du sud-ouest de l’Europe : le diclofénac à usage vétérinaire. Dans le sous-continent indien, cet anti-inflammatoire destiné au bétail a provoqué la disparition de 97 à 99 % des populations de vautours, bouleversant les chaînes alimentaires avec, entre autres conséquences, la prolifération des chiens errants puis la propagation de la rage. En effet, ce médicament entraîne la mort par insuffisance rénale des charognards ayant consommé les dépouilles traitées. Or, malgré cette hécatombe, le diclofénac a été autorisé à la fin de l’année 2013 en Italie et en Espagne. Depuis lors, une vaste campagne a été lancée afin d’interdire définitivement ce produit sur le marché européen (*). D’ailleurs, selon une étude scientifique publiée en mai 2014 dans la revue Bird Conservation International, l’aigle des steppes (Aquila nipalensis) étant également sensible au diclofénac, tous les aigles du genre Aquila – dont l’aigle royal (Aquila chrysaetos) – seraient susceptibles d’être affectés par le diclofénac. Ces rapaces opportunistes peuvent en effet devenir charognards à l’occasion.

PERCNOPTERE

En 2012, la population de percnoptères, le plus petit vautour présent en France, s’élevait à environ 90 couples répartis sur deux aires géographiques distinctes. Les Pyrénées occidentales abritent la plus forte concentration d’oiseaux avec près de 75% de la population, la région méditerranéenne accueillant 25% des couples entre l’Hérault et les Alpes-de-Haute-Provence (photo Martien Brand).

Quatre espèces de vautours volent aujourd’hui dans le ciel français : le vautour fauve (Gyps fulvus) classé en « préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), mais dont les populations sauvages déclinent en Europe du Sud-Est ; le vautour moine (Aegypius monachus) considéré comme « quasi-menacé » et dont les effectifs régressent dans l’est du Vieux Continent ; le vautour percnoptère (Neophron percnopterus), espèce « en danger » et enfin le gypaète barbu (Gypaetus barbatus). « Quasi-menacé » sur l’ensemble de son  aire de répartition, le « casseur d'os » avait totalement disparu des montagnes françaises depuis les années 1930, avant sa réintroduction dans l’Hexagone à partir de 1987, grâce notamment au programme d’élevage en captivité mené par l’Alpenzoo d'Innsbruck en Autriche.

GYPAETE BARBU

Gypaète barbu en captivité à l’Alpenzoo d’Innsbruck en 2007 (photo Richard Bartz).

En France, le gypaète barbu et les vautours moine et percnoptère bénéficient de plans nationaux d’actions (PNA) coordonnés par la LPO au côté des directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement concernées. Les plans nationaux d’actions visent à définir les actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées.

Informations complémentaires sur la « Journée Internationale de sensibilisation aux vautours » :

http://journee-vautours.lpo.fr/participant.php (en français)

http://www.vultureday.org/2014/index.php (en anglais)

Vidéos et pétition en ligne

Voici également le lien vers trois vidéos. La première dévoile les ravages du diclofénac sur les vautours : http://vimeo.com/93067364

La deuxième évoque la réintroduction du gypaète barbu dans les Alpes : http://vimeo.com/101644787#at=1

La dernière présente le relâcher de deux vautours moines dans les gorges du Verdon. Née en captivité au Bioparc le 5 mai 2014, la femelle Lucie est le 6e vautour moine relâché par l’établissement angevin. Elle a retrouvé le milieu naturel au côté de Monaco, un mâle en provenance de la volerie du Grand Parc du Puy du Fou en Vendée.
S’inscrivant dans le plan national d’action vautour moine 2011-2016, la réintroduction de ces deux spécimens est soutenue par la LPO. Cette réintroduction est supervisée par le plan européen d'élevage (EEP) de l‘espèce coordonné par Marleen Huyghe du zoo belge de Planckendael et par la Fondation pour la Conservation des vautours (VCF). Afin de suivre leurs déplacements, les deux oiseaux ont été équipés de balises financées par le Bioparc et le Puy du Fou. Quelques plumes des ailes et de la queue ont également été décolorées pour identifier facilement ces deux rapaces en vol : https://www.youtube.com/watch?v=Hd_RjhYqK_M

(*) Pétition en ligne pour exiger l’interdiction du diclofénac : https://www.change.org/p/janez-poto%C4%8Dnik-european-union-diclofenac-the-vulture-killing-drug-is-now-available-on-eu-market-ban-it-now#share

Sources : LPO (Mission rapaces), Bioparc de Doué-la-Fontaine, Bird Conservation International, ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Energie, www.wildtier.ch, www.carnivores-rapaces.org