Disparus mais figés pour l’éternité sur la pellicule. Si proches mais à jamais envolés, comme un avertissement ou une accusation... Par le choc des photos et le poids de récits d’extinctions annoncées, l’artiste peintre, naturaliste et écrivain anglais Errol Fuller a choisi dans son dernier ouvrage, Animaux disparus, Histoire et archives photographiques, de rendre hommage aux oiseaux et mammifères dont il subsiste au moins une photo ou ayant, comme le pic impérial du Mexique (Campephilus imperialis), été filmés. Une gageure - nombre d’espèces s’étant éteintes au XIXème siècle ou au début du suivant.

ESPACES DISPARUES ERROL FULLER

Le travail d’enquête et de recherche de l’auteur s’est étendu sur près de vingt ans avec, à la clef, d’incroyables découvertes comme ces douze photos inédites du pic à bec d’ivoire (Campephilus principalis) conservées durant un demi-siècle par la veuve du photographe James Tanner dans le tiroir d’une commode ! Les clichés retenus par Errol Fuller ont été pris entre 1870 et 2004. Quelques-uns sont en couleurs, la plupart en noir et blanc. Un grand nombre date des temps héroïques de la photographie, lorsque la moindre prise de vue exigeait un attirail conséquent, une patience infinie et un sujet complaisant acceptant de rester immobile. Peu importe d’ailleurs la qualité technique de ces images, toutes fascinantes et porteuses d’une émotion incomparable.

La surpopulation pointée du doigt

À travers le destin tragique du drépanide mamo (Drepanis pacifica), passereau endémique d'Hawaï dont les plumes jaunes ont peut-être précipité la perte, de la marouette de Laysan (Porzana palmeri) ou de l’australienne perruche de paradis (Psephotus plucherrimus), l’auteur évoque les figures de savants, d’ornithologues et de riches passionnés occidentaux chargeant naturalistes ou collecteurs de prélever pour le compte de la science ou de leurs collections privées des spécimens rares ou inconnus. L’auteur met aussi en lumière quelques hommes et femmes ayant -en vain- consacré une partie de leur vie à sauver telle ou telle espèce, à l’image de l’Américaine Anne LaBastille (1935-2011) avec le grèbe de l’Atitlán (Podilymbus gigas) au Guatelama ou du Néo-Zélandais Don Merton (1939-2011), figure légendaire de la conservation des espèces.

Errol Fuller se penche également sur les raisons ayant conduit à la disparition des ces animaux -chasse, espèces invasives, hybridation, guerres, insistant sur la cause principale toujours d’actualité, à savoir la surpopulation humaine et son corollaire, la dégradation et/ou la perte des habitats. Ainsi, malgré l’intérêt des Chinois pour leur cétacé, l’industrialisation massive de la région Yangzi Jiang a sonné le glas du dauphin de Chine (Lipotes vexillifer) dont le dernier spécimen, un mâle baptisé Qi Qi, mourut captif en 2002.

THYLACINES

Deux spécimens de thylacine, également appelé loup marsupial ou tigre de Tasmanie, en captivité vers 1904 au parc zoologique national de Washington, États-Unis (archives de la Smithsonian Institution, photo Baker, E.J. Keller).

À lire mais aussi à écouter

Quant aux espoirs de voir resurgir du néant des espèces considérées comme éteintes, ils demeurent infimes malgré certains projets comme celui concernant le quagga (Equus quagga quagga parfois reconnu comme Equus burchellii quagga), sous-espèce disparue du zèbre des plaines. Et dérisoires sont les chances de (re)découvrir un jour des thylacines (Thylacinus cynocephalus) ou des parulines de Bachman (Vermivora bachmanii)…

En juin dernier, l’émission La Marche des sciences sur France Culture a accueilli Erroll Fuller, offrant aux auditeurs un entretien passionnant avec celui qui, fasciné par ces espèces disparues dès la prime enfance et ses visites au Musée d’histoire naturelle de Londres, décida d’écrire sur ces animaux insaisissables parce qu’il n’avait trouvé aucun ouvrage à leur sujet. Puisse, paradoxalement, ce livre passionnant et hautement recommandable susciter des vocations et surtout nous inciter à réfléchir sur notre présent et sur l’hypothétique avenir de l’espèce humaine. Au milieu du XIXème siècle, le pigeon migrateur (Ectopistes migratorius) était sans doute l’oiseau le plus répandu au monde. En l’espace de quelques décennies, sa population a fondu comme iceberg au soleil et l’espèce s’est éteinte au zoo de Cincinnati le 1er septembre 1914…

Pour podcaster jusqu’en juin 2015 ou réécouter jusqu’en 2017 l’émission La Marche des sciences, cliquer sur le lien suivant : http://www.franceculture.fr/emission-la-marche-des-sciences-focus-sur-les-especes-disparues-2014-06-12

FULLER Errol, Animaux disparus, Histoire et archives photographiques, Delachaux et Niestlé, février 2014, 254 p., 25 €.