Selon les conclusions d’un article publié mardi 27 juin 2017 dans la revue Conservation Physiology, l’analyse des hormones présentes dans les excréments des pachydermes indique le degré de stress des éléphants d’Asie sauvages.

Plus largement, cette méthode non invasive pourrait contribuer à juger de la pertinence des méthodes de conservation destinées à la sauvegarde des espèces menacées.

Générant la sécrétion de glucocorticoïdes, le stress s’avère bénéfique pour les animaux en leur permettant d’échapper à certaines menaces. En revanche, s’il se prolonge, cet état est susceptible d’affecter la reproduction et la santé des individus concernés, voire de compromettre leur survie.

Les scientifiques de l’Institut indien des sciences (Indian Institute of Science) de Bengalore ont relevé les modifications de l’apparence corporelle, au cours des saisons sèche et humide, de 261 pachydermes vivant au sein des réserves d’éléphants de Mysore et des Nilgiris, au sud du pays.

ELEPHANTS INDIENS DANS LE PARC NATIONAL DE MUDUMALAI

Éléphants sauvages dans le parc national de Mudumalai  (photo Mahendra Pal Singh).

À cette fin, ils ont conçu une échelle graduée de 1 (pour les spécimens les plus maigres) à 5 d’après la visibilité des os des proboscidiens.En parallèle, ils ont recensé les taux de métabolites de glucocorticoïdes fécaux (fGCM) dans les excréments frais des spécimens observés afin de déterminer si les hormones du stress constituaient un indicateur fiable de la condition physique des animaux au fil des saisons. En outre, pour définir des tendances annuelles, neuf éléphantes ont été suivies durant sept ans dans le parc national de Mudumalai, situé dans l'État méridional du Tamil Nadu.

Évaluer les mesures de sauvegarde

Les résultats obtenus révèlent une forte corrélation entre la détérioration de la condition physique des éléphants pendant la période sèche et le pic du niveau d’hormones du stress, en particulier chez les femelles.

« De nombreux travaux s’intéressent au comportement des animaux face au dérangement, estime Sanjeeta Sharma Pokharel, principale auteure de ces recherches. En revanche, ils n’abordent guère les conséquences de ces perturbations sur la santé des animaux. Mesurer les taux de métabolites de glucocorticoïdes fécaux nous renseignera sur la façon dont les éléphants sont affectés à la fois par des facteurs intrinsèques et extrinsèques. Nous sommes les premiers à étudier cela chez des éléphants d’Asie sauvages. »

Les variations soudaines des niveaux de fGCM devraient notamment refléter l’efficacité des programmes de gestion de l’environnement. Victimes de la disparition de leur habitat, les éléphants du sous-continent sont confrontés à une insuffisance de ressources alimentaires et à des bouleversements accrus de leur environnement.

ELEPHANTS D'ASIE AU PARC ANIMALIER BELGE DE PLANCKENDAEL

Éléphants d’Asie en captivité en mai 2017 au parc animalier de Planckendael, près de Malines, en Belgique (Photo Ph. Aquilon).

De telles analyses pourraient aussi utilement contribuer à améliorer la condition des éléphants captifs en jugeant du bien-fondé des aménagements et enrichissements proposés.

Depuis 1986, l’éléphant d’Asie est classé « en danger » d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette espèce bénéficie d’un programme d'élevage européen en captivité (EEP) initié en 1993 et géré par le zoo néerlandais de Rotterdam (Diergaarde Blijdorp).

Sources : Conservation physiology, The Hindu.