Selon les conclusions d’une étude parue en septembre 2016 dans la revue Suiform Soundings, éditée par le groupe des spécialistes des suidés sauvages (WPSG), des pécaris (PSG) et des hippopotames (HSG) de la commission de sauvegarde des espèces de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les hippopotames du parc national des Virunga, en République démocratique du Congo (RDC), se rétabliraient enfin. Durant des décennies, cette population a été victime du braconnage et de la perte de son habitat.

Ces  travaux ont été menés par des chercheurs de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et de la Wildlife Conservation Society (WCS), organisation non gouvernementale dont le siège se trouve au zoo du Bronx, à New York (États-Unis).

« Espèce emblématique du continent africain, l’hippopotame est de plus en plus menacé par la chasse et d’autres facteurs », souligne Deo Kujirakwinja, expert  auprès de la WCS et principal auteur de cet article. « Nos découvertes sur la hausse de cette population locale sont encourageante et démontrent que les efforts entrepris pour ces pachydermes et d’autres espèces portent leurs fruits. »

HIPPOPOTAMES DANS LE PARC NATIONAL DES VIRUNGA, EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Hippopotames dans le parc national des Virunga, en juin 1989 (photo Ad Meskens).

Toutefois, le nombre actuel d’hippopotames présents au sein de cette aire protégée représenterait à peine 11 % de la population estimée au milieu des années 1950 et seulement 8,2 % des effectifs recensés en 1974. Lesquels atteignaient alors près de 30.000 individus.

Des hippopotames bien cachés

Cependant, toutes ces données doivent être appréciées  à l’aune de la nature des prospections. En effet, conflits armés obligent, les comptages aériens ont longtemps été privilégiés. Or ceux menés au sol permettent d’identifier davantage d’animaux et donc d’affiner les estimations. Les hippopotames immergés dans les lacs ou les rivières échappent souvent aux observateurs survolant leurs territoires.

Créé en 1925 sous le nom de parc Albert, le parc national des Virunga – le plus ancien d’Afrique  et couvrant 7.800 km2 – aurait abrité au début des années 1970 la plus importante population du continent, avec notamment des groupes très importants dans les rivières Rutshuru et Rwindi. Les études ultérieures ont mis en évidence un déclin brutal du nombre d’hippopotames sous les effets conjugués de la chasse et du développement des activités humaines, en particulier agricoles, phénomène affectant également d’autres grands mammifères dans l’est de la RDC.

D’après les experts, la légère remontée de la population enregistrée entre 2013 et 2015 résulte du renforcement des mesures de protection dans la zone du lac Édouard et de son réseau fluvial. Elle a également été favorisée par la collaboration entre les autorités de ce site inscrit depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) et les pêcheurs locaux, congolais comme ougandais.

« Les dernières études ont démontré l’importance de la rivière Ishasha, à la frontière avec l’Ouganda, pour la sauvegarde des hippopotames », souligne Andrew Plumptre, chercheur pour la WCS et coauteur de ce rapport. « Ici,  les efforts de conservation transfrontaliers ont été couronnés de succès. »

Depuis 2006, l'hippopotame amphibie (Hippopotamus amphibius) est considéré comme « vulnérable » par l’UICN, c’est-à-dire confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

HIPPOPOTAME AMPHIBIE

(Photo Ph. Aquilon)

La menace de l’or noir

Jusqu’à très récemment, le développement des activités pétrolières en RDC a menacé l’avenir du parc national des Virunga. Finalement, en mai 2013, le groupe français Total décidait de n’entreprendre aucune prospection dans la zone protégée. En juin de l’année suivante, la compagnie britannique Soco s’engageait également à quitter le parc à l’issue de sondages sismiques entrepris dans le lac Édouard. En juin 2015, cette multinationale anglo-saxonne a été mise en cause par l’ONG Global Witness pour ses liens avec l’armée congolaise et les pressions exercées sur les populations locales hostiles à ses projets.

Si Soco dément toute implication, de lourds soupçons ont pesé sur la société anglaise après l’embuscade dont a été victime, le mardi 15 avril 2014, le directeur du parc national, Emmanuel de Merode. Juste avant cette tentative de meurtre, ce dernier avait remis au procureur de la République de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, un dossier à charge contre le groupe pétrolier. Grièvement blessé à l’abdomen et au thorax, l’anthropologue et primatologue belge avait heureusement annoncé, le jeudi 22 mai 2014, son retour à la tête du parc.

LAC EDOUARD

Vue du lac Édouard depuis la rive ougandaise avec, en arrière-plan, la République démocratique du Congo (photo Duncan Wright).

Aujourd’hui, les écologistes s’inquiètent de l’ouverture à la prospection offshore de la partie du lac Édouard située en Ouganda. S’étendant sur 2.150 km2 dans la vallée du grand rift, ce lac est au cœur de l’écosystème des Virunga« Autoriser le forage pétrolier est incompatible avec le statut de site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco que les deux gouvernements concernés ont l’obligation de protéger », soulignaient, jeudi 21 janvier 2016, une soixantaine d’organisations de défense de l’environnement – dont Greenpeace, l’African Wildlife Foundation (AWF) et la Société zoologique de Londres (ZSL) - réunies dans une coalition à l’appel de Global Witness. « Le forage pétrolier dans le lac Édouard peut avoir un effet dévastateur sur les Virunga, la population et la faune locales », prévenait alors George Boden, le porte-parole de cette ONG luttant contre le pillage des ressources naturelles,  la corruption et les violations des droits environnementaux dans les pays en développement.

Malgré l’embellie actuelle, l’horizon reste donc chargé de nuages pour les hippopotames des Virunga.