Une nouvelle souche du redoutable morbillivirus du dauphin (DMV) circule en Méditerranée, ont annoncé les chercheurs de la Fondation Oceanogràfic (Fundación Oceanogràfic) de Valence en Espagne et de l’Institut de zooprophylaxie expérimentale de Sicile (Istituto Zooprofilattico Sperimentale della Sicilia) en Italie dans un communiqué publié mercredi 2 octobre 2019.

Les scientifiques ont en effet identifié chez cinq cétacés échoués sur les côtes de la Communauté valencienne le même agent pathogène que celui ayant entraîné la mort de sept dauphins bleu et blanc (Stenella coeruleoalba) retrouvés entre août et octobre 2016 sur le rivage sicilien.

« Au cours du dernier quart de siècle, différentes variantes de ce morbillivirus ont provoqué des épidémies massives avec une mortalité élevée dans le monde entier », précisent les scientifiques. » « Les plus graves, en 1988, ont tué environ la moitié des grands dauphins (Tursiops truncatus) de l'Atlantique états-unien. À tort, cet épisode avait été initialement attribué à un toxique. Les victimes présentaient des symptômes associant pneumonie, encéphalite et lésions du système immunitaire. »

« Le DMV est aujourd’hui l'agent pathogène le plus mortel chez les cétacés », souligne Consuelo Rubio-Guerri, coordinatrice des recherches à la Fondation Oceanogràfic. « En milieu naturel, il est très difficile de contrôler l'action d'un tel organisme. Pour l’instant, nous n'envisageons pas de développer un vaccin ou un traitement spécifique, mais il est important d'en savoir autant que possible sur cette maladie et son évolution. »

DAUPHINS BLEUS ET BLANCS EN MER TYRRHENIENNE

Dauphins bleu et blanc évoluant entre les îles Éoliennes de Stromboli et de Panarea, en mer Tyrrhénienne (photo Ghost-in-the-Shell).

Échouages massifs

Le DMV a été décrit pour la première fois en 1990 après l’échouage de quelque 1.000 dauphins bleu et blanc infectés. Deux autres cas ont été recensés en 2007 et 2011 dans les eaux méditerranéennes, touchant de nouveau plusieurs centaines de spécimens appartenant à cette espèce cosmopolite et principalement pélagique.Toutefois, ces phénomènes de grande ampleur ne se sont plus répétés après 2011, seuls des cas isolés ayant été identifiés depuis.

Selon un article paru vendredi 5 juillet 2019 dans la revue Scientific Reports, la souche du morbillivirus ayant provoqué la mort des dauphins découverts en Sicile présente des « différences substantielles » avec celle à l’origine des épizooties survenues en Méditerranée en 1990, 2007 puis 2011.

En revanche, elle prossède de nombreuses similitudes avec des variantes caractérisées en 2007, 2011 et 2013 dans l’Atlantique et avec la souche détectée dans les tissus des dauphins échoués sur les plages du sud-est de l'Espagne.

Les souches atlantiques et méditerranéennes circuleraient à travers le détroit de Gibraltar et par le biais des interactions sociales entre mammifères marins. Les scientifiques ignorent toujours pourquoi la nouvelle souche, bien que particulièrement agressive chez les individus touchés, ne provoque pas d'épizooties. Pour les experts, une grande partie des dauphins pourrait être immunisée.

De nouvelles études vont désormais être menées afin de mieux cerner la  façon dont se répand le virus à ARN (acide ribonucléique) et son impact potentiel sur les populations présentes en Méditerranée.

Sources : Fundación Oceanogràfic, Scientific Reports.