Certains pensionnaires de parcs zoologiques marquent à jamais la mémoire des visiteurs. Tel fut le cas de l’éléphant Siam au Zoo de Vincennes, du chimpanzé Jojo au parc de la Pépinière à Nancy, de l’orang-outan Major au zoo de La Boissière-du-Doré, de l’ours blanc Knut à Berlin, du panda géant Chi Chi à Londres, dujaguar Señor Lopez au zoo du Bronx ou encore de « Bobby le phoque » à Tours.

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Voilà soixante ans, le vendredi 6 février 1953, Bobby, alors âgé de deux ans, rejoignait le jardin botanique de Tours. Il en devint la mascotte durant près de quatre décennies.

Les versions sur la capture de cette jeune femelle, dotée d’un nom masculin, divergent. Pour les uns, ce phoque gris (Halichoerus grypus) aurait été pris dans des filets de pêche en mer du Nord à la fin 1952. En revanche, un article paru à l’époque dans La Nouvelle République du Centre-Ouest assure qu’il fut touché par un harpon ! Une hypothèse plus romanesque mais moins crédible… Enfin, selon d’autres sources, il aurait été tout bonnement découvert sur une plage normande.

Le don d’un poissonnier

Relayée par la presse locale, la légende veut que Bobby ait été originaire des îles Weddel, dans l’océan austral. Invraisemblable puisque l’aire de répartition du phoque gris s’étend sur l’Atlantique Nord. En Europe, les eaux anglaises, écossaises et irlandaises abritent les colonies les plus importantes.

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(Photo NRCO)

À Concarneau, Bobby aurait profité des soins prodigués par un vétérinaire, lequel « l’aurait habitué à l’eau douce », à en croire un article publié à l’occasion de son arrivée au jardin botanique. Notre phoque aurait ensuite passé un mois à Angers chez un poissonnier, M. Ziegler, avant d’être finalement confié à la Ville de Tours par un autre poissonnier, tourangeau celui-là, M. Marcel Mallet.

Une très vielle dame

D’après ce même article, un autre phoque, baptisé César, aurait dû rejoindre la capitale tourangelle peu de temps auparavant mais serait mort avant son transfert en Indre-et-Loire. Bobby était considéré comme l’un des plus vieux phoques gris en captivité en Europe. La « star » du Botanique a vécu plus de 40 ans, la longévité maximale de l’espèce étant estimée à environ 35/40 ans.

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Bobby s’est éteint le samedi 19 septembre 1992, entre 16 heures et 16 h 45. Le gardien chargé de lui apporter sa ration de poissons ne l’a pas vu nager à sa rencontre. L’animal reposait au fond de l’eau. Le lendemain, de nombreux petits Tourangeaux sont venus jeter des fleurs dans son enclos.

Escapades

La vie de Bobby au Botanique a été marquée par quelques péripéties. En 1968, des carabins de la faculté de médecine tout proche ont transporté Bobby dans un bassin de la place Jean-Jaurès, devant l’Hôtel de ville. D’autres étudiants, en dentaire cette fois, auraient de leur côté glissé le malheureux pinnipède dans la 2 CV d’une collègue.

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En 1964, le comédien Jean Richard, alors propriétaire du zoo d'Ermenonville, rendit visite à la vedette du Botanique (Exposition "Tours, mémoires d'une Ville", original NRCO).

En juillet 1980, Bobby prit aussi la poudre d’escampette et s’offrit un festin de carpes dans la grande pièce d’eau du Botanique. Il aurait également fugué, un jour de neige (peut-être en février 1983), dans les allées du parc en direction du bâtiment abritant le bureau directorial.

À sa mort, Bobby pesait près de 150 kg mais « avait beaucoup maigri », selon les responsables du parc. Son menu quotidien se composait de 4 à 6 kilos de poissons.

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Contrairement à la rumeur évoquant un jet de pierre, l’opacité de son œil était due à la cataracte. Bobby était d’ailleurs aveugle à la fin de sa vie.

Pour l’éternité

Impossible d’imaginer que Bobby disparaisse à tout jamais du paysage tourangeau. Aussi fut-il naturalisé à l’initiative de Jean Royer, maire de Tours de 1959 à 1995. Dans un premier temps, il fut envisagé de le présenter dans une serre du jardin botanique.

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Le squelette de Bobby a été incinéré à l'exception de son crâne, conservé au Muséum d’histoire naturelle de Tours (Photo Ph. Aquilon).

Finalement, l’ancienne coqueluche du parc a rejoint en janvier 1996 le Muséum d’histoire naturelle de Tours où il trône désormais non loin d’autres célèbres pensionnaires du Botanique, les ours bruns Willy et Sophie, morts respectivement le 30 mars 2006 et le 30 décembre 2009.

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(Photo Ph. Aquilon)

Après la disparition de Bobby, la direction des Espaces verts de la Ville de Tours évoqua l’idée d’accueillir un couple de phoques. Le projet ne fit pas long feu. Aujourd’hui, le bassin de Bobby existe toujours et n’est plus peuplée que des seuls souvenirs de plusieurs générations de Tourangeaux.

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L'ancien bassin de Bobby de nos jours (Photo Ph. Aquilon).

Muséum d’histoire naturelle de Tours, 3, rue du Président-Merville, mardi à vendredi, 10 h-12 h et 14 h-18 h ; samedi et dimanche, 14 h-18 h ; de 1,50 à 3 €, gratuit pour les moins de 12 ans.

Bobby et l’ours Willy sont actuellement en cours de restauration.