Présent sur l’archipel de l’océan Indien depuis plus de 900 ans et aujourd’hui en danger d'extinction, le zébu mahorais a été officiellement reconnu comme race « à part entière » par l’arrêté du 25 septembre 2018 relatif à l'enregistrement et à la certification de la parenté des bovins (*). 

Les premières importations de cheptels exotiques à Mayotte remontent au début des années 1990 et, depuis plus de deux décennies maintenant, les effectifs du zébu régressent au profit de races originaires de métropole et d’Europe, notamment la montbéliarde et la brune. Plus productives, ces dernières ont rapidement eu la faveur des éleveurs avec, à la clef, une perte rapide des ressources génétiques locales. À partir de 2000, les spécialises ont ainsi observé « un changement significatif dans la structure raciale du cheptel mahorais », favorisé par le développement de l’insémination artificielle. À terme, ces croisements avec les races importées pourraient compromettre l’avenir même du zébu de Mayotte, menacé d’absorption.

FEMELLE ZEBU DE MAYOTTE

Femelle zébu au bord d’une route de Mayotte  (photo Christophe Laborderie).

L'élevage bovin mahorais se caractérise notamment par un nombre élevé de petits propriétaires (environ 1.800 d’après une étude parue en 2013) possédant en très grande majorité (près de 90%) moins de 10 têtes, seuls quelques éleveurs détenant plus de 50 animaux.

Carte d’identité

Pour sauver le bovidé insulaire, des recherches destinées à identifier les caractéristiques génétiques, anatomiques, physiologiques et zootechniques du ruminant mahorais ont été initiées en 2012. « Nous  avons dressé une carte d’identité précise et fouillée de la race », a expliqué en octobre dernier au magazine Mayotte Hebdo Jérôme Janelle, zootechnicien et entomologiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Ayant également permis d’évaluer des effectifs jusqu’alors mal connus, ces travaux ont été menés en collaboration avec la coopérative agricole des éleveurs de Mayotte (CoopADEM) et la Chambre de l'agriculture, de la pêche et de l'aquaculture de Mayotte (CAPAM).

« Dans un premier temps, nous collectons des renseignements phénotypiques, c’est-à-dire relatifs à l’apparence des animaux : leur couleur, leur taille, la forme de leurs cornes…  », expliquait en mai 2017 au Journal de Mayotte Mélissa Ouvrard, technicienne agricole spécialisée en génétique animale à la CoopADEM. « Ensuite, nous corrélons ces informations aux données génotypiques. Après un prélèvement sanguin et des analyses réalisées en métropole, nous obtenons la carte du génome des individus concernés. »

« En outre, ce travail nous permet d’estimer le nombre de spécimens sur le territoire mahorais, l’objectif final étant de faire reconnaître les races locales par le ministère de l’agriculture et de l'alimentation afin d’organiser leur conservation et leur promotion », précisait alors Mélissa Ouvrard. En effet, ce projet concerne également les chèvres et les moutons originaires de l’archipel. Comme le souligne un document consultable sur le site du secrétariat général pour les affaires régionales (SGAR) de la préfecture de Mayotte, « ces races constituent des réservoirs de gènes d’un intérêt primordial pour la résistance aux maladies parasitaires et infectieuses, et pour l’adaptation aux contraintes climatiques et alimentaires. »

Les protecteurs du zébu mahorais misent aujourd’hui sur la reconnaissance accordée par l’État pour obtenir des fonds européens à même de renforcer les mesures de sauvegarde du fragile bovin.

TAUREAU RACE MARINE LANDAISE

Taureau de race marine landaise au parc animalier René Canivenc, à Gradignan, en Gironde (photo PA).

(*) Mardi 17 juillet 2018, un arrêté du ministère de l’agriculture et de l'alimentation a officiellement reconnu la marine landaise. En 1987, la découverte d’un petit troupeau à la forte consanguinité dans une forêt mitoyenne de la Gironde et des Landes a permis de sauver cette race, considérée comme disparue dans les années 1970 et paissant jadis au sein des dunes, des forêts et des zones humides du littoral aquitain. Grâce à l’engagement de la société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest  (Sepanso) et du conservatoire des races d’Aquitaine, la population de marines landaises s’élève actuellement à quelque 160 individus répartis au sein d’une quinzaine de troupeaux.

Désormais, le ministère de l’agriculture répertorie 53 races bovines, dont 32 locales et 24 menacées d’être perdues pour l’agriculture. Si la marine est landaise figure parmi ces dernières, le zébu mahorais en est exclu.