Comptant parmi les plus importants établissements européens, le zoo de Prague a officiellement annoncé, fin novembre 2018, son renoncement à accueillir des pandas géants.

« Nous avons interrompu les préparatifs voici quelques mois parce que le président Miloš Zeman n'a pas demandé à son homologue chinois de confier un couple des ces animaux à la République tchèque », a expliqué  au quotidien Mladá Fronta Dnes Miroslav Bobek, le directeur du parc animalier situé dans la banlieue nord-ouest de la capitale. « J’aimerais vous préciser s’il s’agit d’ un échec diplomatique mais si je ne sais même pas si le chef de l’État a abordé le sujet. »

En novembre 2015, M. Bobek avait révélé avoir entamé des négociations avec les autorités de l’empire du Milieu afin de recevoir deux spécimens. Aucun panda géant n’a jamais été présenté par un zoo tchèque.

PAVILLON DES PANDAS GEANTS

PAVILLON DES PANDAS GEANTS

Illustrations en 3 D du projet retenu pour le pavillon des pandas (photos G. L. Architekti).

Un défi et un symbole

En mars 2016, le président Xi Jinping avait rencontré Miloš Zemanlors d’une visite très controversée, marquée par la signature d’un partenariat stratégique censé renforcer les investissements chinois dans l’État d Europe centrale.

Le 27 avril suivant, une délégation composée de Miroslav Bobek, de son adjoint Jaroslav Šimek et du consul général de la République tchèque s’était rendue à la base de recherche de Chengdu sur l'élevage du panda géant (Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding) et à l’antenne du centre national de recherches et de conservation du panda géant (China Conservation and Research Centre for the Giant Panda) de Dujiangyan, dans la province du Sichuan.

Enfin, le16 août de la même année, le conseil municipal pragois avait voté un crédit pour la construction d’une installation susceptible d’héberger les emblématiques ursidés à la place de l’actuel enclos des ours blancs, datant des années 1930. « Au cours des 80 années écoulées, la perception des besoins de ces prédateurs a complètement changé », soulignait Miroslav Bobek lors d’une conférence de presse tenue en juin 2017 pour dévoiler le projet retenu après l’appel à candidatures. « Orienté au sud-est et donc trop ensoleillé pour des ours polaires, ce lieu est complètement obsolète. »

ENCLOS DES OURS POLAIRES DANS LES ANNEES 1970 AU ZOO DE PRAGUE

Enclos des ours polaires dans les années 1970. En avril 2017, le parc animalier a fêté son soixante millionième visiteur (archives du zoo de Prague).

Le coût prévu de 200 millions de couronnes (environ 7,7 millions d’euros) incluait la démolition de l’espace des ours blancs, l’édification de celui dédié aux pandas géants et aux rhinopithèques de Roxellane(Rhinopithecus roxellana) ainsi que l’élévation d’un restaurant chinois avec vue sur la « ville aux cent clochers  ». « Symbolisant  la conservation de la nature pour laquelle  nous  œuvrons intensément, le panda géant constitue un défi pour nous », relevait alors M. Bobek. « En présenter  accroîtrait aussi le prestige de notre institution. »

Dirigée par Adriana Krnáčová  (élue du parti de centre-droit ANO 2011 et première magistrate de novembre 2014 au 15 novembre dernier), la municipalité de Prague ne cachait pas son souhait de voir un couple de pandas rejoindre le zoo, ouvert le 28 septembre 1931 sur la rive nord de la Vltava.  « Je suis fier que nous nous battions pour les recevoir », assurait en substance Petr Dolínek, l’adjoint au maire, durant l’été 2016.

Plantigrades « de substitution »

« Selon mes informations, la nouvelle équipe municipale n'approuve pas ce programme et son abandon officiel n’est désormais qu’une question de temps », a prédit Miroslav Bobek. « Nous n’excluons pas la venue de pandas au zoo mais si Miloš Zeman n’évoque pas leur prêt avec le président chinois, la question ne se pose même pas », a rétorqué Zdeněk Hřible (Parti pirate), nouvel édile de la capitale entré en fonctions mi-novembre dernier. « Aujourd’hui, le panda n'est absolument pas à l'ordre du jour », a renchéri  son adjoint Petr Hlubuček (Maires et Indépendants / STAN). En revanche, pour le représentant de l’opposition locale Patrik Nacher (ANO), le zoo doit poursuivre ce plan apte à accroître sa notoriété. Selon le porte-parole présidentiel Jiří Ovčáček, la logistique de l'entretien des pandas, dont l’alimentation se compose quasi exclusivement de bambou,  aurait été  la pierre d’achoppement de leur transfert. Une assertion guère crédible au regard des compétences zootechniques reconnues du zoo de Prague…

PANDA GEANT MADRID

Panda géant au Zoo Aquarium de Madrid, en Espagne. Créé en 1972, cet établissement « loue », depuis le  8 septembre 2007, un couple formé du mâle Bing Xing et de la femelle Hua Zui Ba. Quatre petits ont vu le jour dans le parc ibérique en 2010, 2013 et 2016. Trois d’entre eux ont déjà été transférés en Chine (photo Alex Lecea).

La construction du pavillon « des pandas » ne semble cependant pas remise en cause, le bâtiment – dont l’achèvement  des travaux était prévu  fin 2019 – pouvant aisément abriter divers pensionnaires. « Par exemple d’autres espèces d’ours »,  a précisé Miroslav Bobek. Selon certaines sources, des ours lippus (Melursus ursinus), un mammifère maintenu pour l'heure dans seulement neuf zoos européens, devraient occuper l'enclos vacant des pandas.

Actuellement, 18 pandas géants sont répartis parmi huit pays du Vieux Continent : Allemagne (zoo de Berlin), Autriche  (jardin zoologique de Schönbrunn à Vienne), Belgique (Pairi Daiza), Espagne (zoo de Madrid), Finlande (zoo d’Ähtäri), France (ZooParc de Beauval), Pays-Bas (Ouwehands Dierenpark de Rhenen) et Royaume-Uni / Écosse (zoo d’Édimbourg).

° Considéré comme « en danger » d’extinction depuis 1990, le panda géant (Ailuropoda melanoleuca) a été reclassé en 2016 « vulnérable », c’est-à-dire  confronté à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Sources : Mladá Fronta Dnes, Prague TV, www.pandas.fr.