Classé depuis 1996 parmi les espèces « en danger critique »,  le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei) a été transféré, mercredi 14 novembre 2018, au sein des taxons considérés comme « en danger », c’est-à-dire confrontés à un risque très élevé d’extinction à l’état sauvage, sur la liste rouge de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN).

Le nombre de ces anthropoïdes a dépassé le seuil  du millier d’individus et s’élève très exactement à 1.004 spécimens, avait annoncé jeudi 31 mai dernier l’organisation environnementale Collaboration Transfrontalière de Grand Virunga (GVTC). Jamais la population totale connue de cette sous-espèce, l’une des deux du gorille de l'Est, n’a été aussi importante. Selon des recherches intensives sur le terrain conduites durant plus de 18 mois en 2015 et 2016 complétées par des analyses génétiques, 604 de ces primates vivent dans le massif des Virunga au sein des parcs nationaux des Virunga (République démocratique du Congo), des volcans (Rwanda) et des gorilles de Mgahinga (Ouganda). 400 autres individus avaient été dénombrés en 2011 dans le parc national de la forêt impénétrable de Bwindi, situé à proximité du premier et au sud-ouest de l'Ouganda.

Conduite en 2010, la dernière enquête dans la chaîne volcanique des Virunga avait recensé 480 gorilles.

GORILLE DES MONTAGNES

Des quatre sous-espèces de gorilles, celle dite « de montagne » est désormais la moins menacée de disparition à court terme selon les critères de l’UICN (Photo Carine06).

« Une lueur d’espoir »

En partie liée à l’amélioration des méthodes utilisées pour ce recensement, la hausse enregistrée de 25,8 %, avec un accroissement annuel de 3,8 %,  traduirait néanmoins une croissance réelle de la population de ces grands singes. « Ces données dépassent de loin nos attentes », s'était félicité au printemps Mike Cranfield, codirecteur du projet  Gorilla Doctors. « Elles sont le fruit de la collaboration entre trois États où tous les gouvernements et tous les partenaires ont joué un rôle important. » « Cette augmentation spectaculaire démontre  que les efforts de conservation extrêmes, incluant le tourisme, le travail vétérinaire et les projets communautaires peuvent avoir un impact positif sur l'un de nos plus proches parents vivants », avait renchéri  Martha Robbins, chercheuse à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne.

« Dans le contexte de l'effondrement des populations d'animaux sauvages dans le monde, il s'agit là d'un succès remarquable en matière de conservation », s'est réjoui hier Tara Stoinski, présidente et responsable scientifique du Dian Fossey Gorilla Fund.  « Et cette lueur d'espoir est apparue dans des pays récemment déchirés par la guerre et toujours très pauvres », a  souligné cette membre du groupe de spécialistes des primates de l'UICN ayant  préconisé le changement de statut de conservation, indicateur évaluant l'ampleur du risque d'extinction d’une (sous-)espèce à un instant donné.

GORILLE DES MONTAGNES JUVENILE

« L'écotourisme contribue efficacement à financer la conservation », assure le primatologue et anthropobiologiste américain Russ Mittermeier. « Il incite concrètement les gouvernements et les communautés locales à protéger les espèces menacées et leurs habitats. » (Photo  Joachim Huber) .

Menaces latentes

« Grâce à une meilleure protection de leur environnement, les gorilles de montagne peuvent continuer à prospérer et à grandir », souligne de son côté Anna Behm Masozera, directrice du programme international pour la conservation des gorilles à Kigali, au Rwanda. « Mais n’oublions pas que le nombre de ces singes pourrait chuter très rapidement avec seulement deux petites populations fragiles », rappelle-t-elle. «  Les menaces planant sur ces animaux restent élevés », met d’ailleurs en garde le communique de l’UICN, citant « le braconnage, les troubles civils récurrents et les maladies introduites par l’homme, allant des infections respiratoires au virus Ebola ».

PARC NATIONAL DES VIRUNGA (RDC)

La sauvegarde des gorilles de montagne dans l’enceinte du parc national des Virunga, créé en 1925 et le plus ancien de la RDC, pourrait être compromise par l’exploration pétrolière… (Photo Cai).

La  partie congolaise des monts Virunga est en effet confrontée à d’énormes défis sécuritaires compromettant la conservation des gorilles. « Nos inquiétudes viennent de côté », admet Georges Mwamba, secrétaire exécutif de la GVTC. « Nos gardes ont payé le plus lourd prix à travers le monde. Nous poussons les trois pays concernés à travailler ensemble pour stabiliser la situation dans l’ensemble de la région. »

Par ailleurs, d’après des révélations de l’ONG britannique Global Witness, le gouvernement de la RDC envisage de « désaffecter » ou de « déclasser » une « zone d'intérêt pétrolier » de 172.075 hectares, couvrant 21,5 % de la superficie totale du parc national des Virunga, afin d’y mener des explorations pétrolières...

Sources : AFP, Associated Press, UICN.