Parue mercredi 10 mai 2017 dans la revue Zoological Journal of the Linnean Society (Oxford University Press), une étude propose une nouvelle classification de l’iguane marin des Galápagos, saurien endémique de l’archipel équatorien et unique représentant du genre Amblyrhynchus.

Des données morphologiques et génétiques collectées depuis quelques années sur ces reptiles herbivores se nourrissant presque exclusivement d'algues marines démontrent l’existence de plusieurs populations divergentes, jamais identifiées jusqu’alors.

Les chercheurs ont donc distingué cinq nouvelles sous-espèces, portant à onze le total de ces dernières.

IGUANE DES GALAPAGOS

Uniques au sein des squamates modernes, ces lézards amphibies paissent dans l'eau froide de l'océan Pacifique. Ces animaux ectothermes passent l’essentiel de leurs journées à se réchauffer au soleil afin de réguler leur température (Photo Lieutenant Elizabeth Crapo, NOAA Corps).

Parmi  les cinq taxons récemment décrits figure une sous-espèce de grande taille, présente uniquement au nord de l'île de San Cristóbal. Les scientifiques l’ont baptisée Amblyrhynchus cristatus godzilla, en référence au célèbre monstre cinématographique japonais créé en 1954 par le producteur Tomoyuki Tanaka (1910 – 1997).

Cette révision taxonomique « devrait à terme permettre la mise en œuvre de mesures de conservation spécifiques, prenant davantage en compte la diversité génétique de cette espèce si remarquablement adaptée au monde marin », précise le Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN).

Membre de l’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (unité Centre national de la recherche scientifique du MNHN), l’herpétologiste et phylogénéticien français Aurélien Miralles a participé à ces travaux menés par une équipe internationale.

Les « lutins des ténèbres » de Darwin

Capables de plongées à 15 mètres de profondeur pouvant se prolonger une demi-heure, ces iguanes atteignent à l’âge adulte jusqu'à 1,70 mètre pour les mâles et 1 mètre pour les femelles. Les individus les plus imposants pèsent une quinzaine de kilos.

La taille de ces reptiles varie selon l’île où ils vivent. Les plus grands sont recensés sur Fernandina et Isabela, les plus petits se trouvant sur Genovesa.

Par ailleurs, durant la saison de la reproduction, les mâles des îles du sud comme Española ou Floreana s’avèrent les plus colorés avec une robe rouge et bleu-vert. En revanche, les individus présents sur Santa Cruz prennent une teinte brique et noire, ceux de Fernandina se distinguant par leur apparence rouge brique et verdâtre.

IGUANE DES GALAPAGOS SUR L'ILE ESPANOLA

Un représentant de la sous-espèce A. c venustissimus vivant sur l’île Española, la plus méridionale des Galápagos (photo Gregory "Slobirdr" Smith).

Lors de son séjour aux Galápagos en 1835, le naturaliste anglais Charles Darwin (1809 – 1882) qualifia les iguanes de « lutins des ténèbres » (Imps of Darkness). « Les pierres de lave noire de la plage sont très fréquentées par de grands (2-3 pieds) et dégoûtants lézards maladroits. Ils sont aussi noirs que les roches poreuses sur lesquelles ils rampent [...]. Je les appelle les lutins des ténèbres ».

Depuis 1996, l’iguane des Galápagos (Amblyrhynchus cristatus) est classé « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La classification révisée est la suivante :

°  A. cristatus cristatus sur Fernandina et Isabela (A. c. albemarlensis étant considéré un synonyme plus récent).

 ° A. c. godzilla subsp. nov. sur San Cristóbal (Punta Pitt).

° A. c. hassi sur Santa Cruz.

° A. c. hayampi subsp. nov. sur Marchena.

°  A. c. jeffreysi subsp. nov. sur Wolf and Darwin.

° A. c. mertensi sur San Cristóbal.

°  A. c. nanus sur Genovesa.

° A. c. sielmanni sur Pinta.

° A. c. trillmichi subsp. nov. sur Santa Fé..

 ° A. c. venustissimus sur Española.

° A. c. wikelskii subsp. nov. sur Santiago.