Une nouvelle menace plane sur l’avenir de deux espèces emblématiques de la pointe sud-ouest de l'Europe, le lynx pardelle et l’aigle ibérique.

En effet, selon une étude du Centre de recherches en biodiversité et ressources génétiques de l'Université de Porto (CIBIO/UP) parue le 31 octobre 2016 dans les Scientific Reports du groupe Nature, le nouveau virus (RHDV2) de la maladie hémorragique virale du lapin (VHD), caractérisé en France en 2010, provoque une chute annuelle de 20 % de la population de lapins sauvages (Oryctolagus cuniculus) en Espagne et au Portugal. Or ce lagomorphe représente entre 80 et 99 % du régime alimentaire du félin et constitue la proie préférée du rapace.

Ayant désormais presque entièrement remplacé les RHDV classiques dans la péninsule ibérique, le RHDV2 serait apparu en 2011 en Espagne et l’année suivante au Portugal. D’après les chercheurs Pedro Esteves et Joana Abrantes, ce nouveau variant du virus affecte également les nouveau-nés, compromettant ainsi la reproduction du lapin de garenne. Plus de la moitié des victimes de l’épizootie seraient des lapereaux de moins de six mois.

LYNX IBERIQUE

Plus petit que le lynx boréal (Lynx lynx), le lynx pardelle pèse entre 10 à 12 kilos et possède souvent 28 dents contre 30 chez les autres félidés. Son pelage roux est orné de petites taches noires. Ce cliché d’un spécimen adulte a été pris dans un centre d’élevage (photo www.lynxexsitu.es).

« Confrontés à une pénurie alimentaire, le lynx et l’aigle vont réduire leurs dépenses énergiques liées à des fonctions non vitales, comme la reproduction », estime Pedro Monterroso, biologiste ayant dirigé les travaux. De fait, ce phénomène a déjà affecté les lynx de la sierra d'Andujar, en Andalousie, et de la vallée du Guadiana, au Portugal, où la population d’aigles ibériques est également touchée.

« Il est urgent de mettre en œuvre des mesures pour pallier les effets du RHDV2 afin que la sauvegarde du lynx ibérique et d’autres espèces menacées ne soit pas compromise à moyen ou long terme », assure Miguel Ángel Simón, coordinateur du projet européen LIFE dévolu au lynx pardelle dans la péninsule ibérique.

Plusieurs régions espagnoles et portugaises ont ainsi sollicité des fonds de l’Union européenne pour réintroduire, au cours des prochaines années, des lapins de garenne.

Sauvés in extremis

Après avoir été considéré comme « en danger critique » d’extinction de 2002 à 2015, le lynx pardelle (Lynx pardinus) a été reclassé « en danger » l’année dernière par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). De son côté, l’aigle ibérique (Aquila adalberti) figure comme « vulnérable » sur la Liste rouge de l’organisation non gouvernementale.

S’élevant dans les années 1980 à quelque 1.100 individus, dont près de 250 femelles adultes, le nombre de lynx est tombé à 52 spécimens matures en 2002. Le Portugal n’hébergeait plus de population reproductrice et le lynx ibérique avait alors le triste privilège d’être le félin le plus menacé au monde !

En 2012, grâce aux efforts menés en Espagne et au Portugal consistant notamment à accroître la densité de proies, à préserver l’habitat du félin, à prévenir les collisions routières et à réduire la consanguinité en transférant certains lynx sauvages ou grâce à des relâchés de spécimens élevés en captivité, les effectifs étaient remontés à 313 individus, avec 156 adultes dont 85 femelles.

Au Portugal, les municipalités de Sabugal et de Penamacor lanceront, dès janvier 2017, un projet évalué à un million d’euros pour réintroduire le lynx dans la réserve naturelle de la ierra de Malcata, à la frontière espagnole et dans la continuité du massif montagneux de la sierra de Gata.

AIGLE IBERIQUE JUVENILE

Perte de son habitat, électrocutions, empoisonnements, dérangements liés aux activités humaines, déclin des populations de lièvres et de lapins, captures accidentelles dans les pièges destinés à ces derniers... Les menaces pesant sur l’aigle ibérique (ici un juvénile) sont encore nombreuses. Ce rapace peut atteindre 2,10 mètres d’envergure (photo Juan Lacruz).

Désormais éteint au Maroc, l’aigle ibérique comptait seulement une trentaine de couples dans la péninsule durant les années 1960. Les programmes de conservation ont permis de rétablir l’espèce. En 2011, les effectifs étaient estimés à 324 couples reproducteurs, soit une population totale avoisinant le millier d’oiseaux. Depuis 2003, le rapace recolonise le Portugal où aucune naissance n’avait été observée au cours des deux décennies précédentes. Actuellement, l’Espagne abriterait plus de 350 couples contre une vingtaine au Portugal.

Sources : ABC, UICN.