Le zoo de Calgary vient d’inaugurer son centre d’élevage de tétras des armoises, une première au Canada pour ce phasianidé d’Amérique du Nord. Jadis très courant dans les Prairies – région agricole située entre le bouclier canadien et les montagnes Rocheuses – et au nord-ouest des États-Unis, cet oiseau est devenu l’une des espèces les plus fragiles du pays à la feuille d’érable. Le tétras des armoises est en effet menacé par l’anthropisation de son habitat avec le développement des activités pétrolières, de l'agriculture et  de l'élevage.

Entrant dans sa troisième année, le programme mené par le zoo de l’Alberta souhaite établir une population captive viable et ainsi, à terme, consolider l’espèce dans la nature grâce à des relâchés.

TETRAS DES ARMOISES MALE

Tétras des armoises mâle photographié en 2011 dans le comté de Butte, à l’ouest du Dakota du Sud, aux États-Unis (photo Steve Fairbairn / USFWS).

En 2012, les effectifs canadiens du tétras des armoises (Centrocercus urophasianus) étaient estimés entre 93 et 138 oiseaux adultes, après avoir subi un déclin de 98 % depuis 1988. Selon Axel Moehrenschlager, directeur de la conservation et de la science au zoo de Calgary, les spécialistes redoutaient alors la disparition pure et simple de l’espèce dans une fourchette de deux à cinq ans.

« L’une des suggestions d’un groupe d’experts fut alors de créer un centre d’élevage afin de réintroduire les nouveau-nés dans le milieu naturel pour permettre l’augmentation du nombre de tétras sauvages », explique M. Moehrenschlager.

Fermé au public

En janvier 2013, le gouvernement fédéral, celui de l'Alberta et le zoo de Calgary ont donc conclu un partenariat de 2,1 millions de dollars (environ 1,4 million d'euros) pour initier un programme de reproduction et d’élevage en captivité du tétras des armoises. Par ailleurs, en décembre de la même année, le gouvernement fédéral publiait un décret d'urgence destiné à restreindre le développement industriel et à protéger les tétras sur les terres de la Couronne dans les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Selon une étude réalisée au printemps 2016, la population totale de ces oiseaux au Canada se situerait désormais entre 250 et 350 spécimens.

DEVONIAN WILDLIFE CONSERVATION CENTER

(Photo zoo de Calgary)

Couvrant près de 2.900 m2 et baptisé « Snyder-Wilson Family Greater Sage-Grouse Pavilion », le centre de reproduction et d’élevage du tétras des armoisesa été érigé au sein du Devonian Wildlife Conservation Center à De Winton, un hameau au sud de l’agglomération de Calgary. Fermé au public, ce site de 120 hectares accueille depuis 1984 les programmes de conservation du zoo de l’Alberta. Il abrite aujourd’hui ceux consacrés à la grue blanche (Grus americana), à la marmotte de l’île de Vancouver  (Marmota vancouverensis) - lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2016/07/11/34069310.html, au cheval de Przewalski (Equus ferus przewalskii) et à la chevêche des terriers (Athene cunicularia).

Afin de contribuer à la sauvegarde de cette chouette, l’établissement canadien a en effet lancé durant l’été 2016  un projet original en collaboration avec le ministère de l’environnement et du changement climatique, le service canadien de la faune et l’agence gouvernementale Parcs Canada.

Durant neuf mois, l'établissement animalier de l’Alberta va maintenir en captivité de jeunes rapaces recueillis dans la nature pour leur permettre de surmonter les rigueurs de l’hiver local. Ces jeunes chevêches passeront l'hiver au Devonian Wildlife Conservation Center puis, au printemps prochain, seront relâchées munies d'un émetteur permettant de suivre leurs déplacements.

Sous l’œil des caméras

Aménagé en plein air et planté avec des espèces recréant l’habitat naturel des oiseaux, le centre de reproduction et d’élevage du tétras des armoisesest protégé par un toit et doté de caméras. Grâce à elles, les scientifiques peuvent surveiller les gallinacés et enrichir les connaissances sur l’incubation, le taux de survie et la reproduction des tétras.

Cette année,  des œufs ont été collectés dans le parc national des Prairies, au sud-ouest de la Saskatchewan, et dans des pontes d’oiseaux transférés du Montana (États-Unis) vers l’Alberta. Actuellement, le zoo de Calgary maintient déjà 18 tétras des armoises.

VUE DU CENTRE DE REPRODUCTION ET D'ELEVAGE DU TETRAS DES ARMOISES

Le « Snyder-Wilson Family Greater Sage-Grouse Pavilion » a été construit au cœur du Devonian Wildlife Conservation Center,  situé à une vingtaine de km au sud du zoo (photo zoo de Calgary).

La taxonomie de ce tétras fait toujours l’objet de controverses. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) considère l’espèce comme monotypique et lui octroie,  depuis 2004, le statut de « quasi menacée » dans sa liste rouge. En revanche, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) distingue deux sous-espèces. La première, Centrocercus urophasianus urophasianus, aurait une aire de répartition circonscrite au sud-est de l'Alberta et au sud-ouest de la Saskatchewan. La seconde, C. u. phaios, aurait été présente jusqu’au début du XXème siècle dans la région méridionale de vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique. Devant l’absence d’observation depuis plus d’un siècle, le COSEPAC la considère éteinte.

TETRAS DES ARMOISES FEMELLE AU CENTRE D'ELEVAGE DU ZOO DE CALGARY

Tétras des armoises femelle dans le centre d’élevage du zoo canadien (photo zoo de Calgary).

En 2000, la population états-unienne de tétras vivant au sud-ouest du Colorado et à l’extrémité sud-est de l’Utah a été érigée au rang d’espèce à part entière sur la base d’analyses moléculaires. Les tétras du Gunnison (Centrocercus minimus) sont notamment un tiers plus petits que ceux des armoises et arborent un plumage plus dense à l’arrière de la tête. Cette espèce est classée « en danger » d’extinction par l’UICN.

Sources : zoo de Calgary,Environnement et Changement climatique Canada,Radio-Canada, Calgary Sun, UICN.