Aussi méconnus que mal aimés, les requins traînent une mauvaise réputation entretenue par la presse à sensation et l’industrie cinématographique. Mieux les connaître pour mieux les protéger apparaît comme une urgence à l’heure où, d’après la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), un quart d'entre eux sont menacés de disparition ! En outre, les données s’avèrent insuffisantes pour évaluer, directement ou indirectement, les risques d’extinction auxquels sont confrontées près de 45 % des espèces de requins.

Guide de terrain publié aux éditions Delachaux et Niestlé, Requins du monde entend favoriser la sauvegarde de ces fascinants poissons cartilagineux et permettre un meilleur respect de la législation internationale sur leur commerce. Selon un rapport de l’UICN dévoilé en 2013, quelque 73 millions de requins sont tués chaque année pour être commercialisés.

REQUINS DU MONDE

« À travers ces pages, nous souhaitons faire partager aux lecteurs notre amour des requins, afin de les encourager à soutenir les efforts nationaux et internationaux qui tentent de mettre fin à leur surexploitation actuelle », déclarent les auteurs, David A. Ebert et Sarah Fowler. Rédacteur d’une vingtaine d’ouvrages et de 360 articles scientifiques, le premier est directeur de programme au Pacific Shark Research Center et membre de la faculté de recherche Moss Landing Marine Laboratories aux États-Unis. La seconde a co-fondé le UK Shark Trust et la European Elasmobranch Association. Elle assure également la vice-présidence du groupe de spécialistes des requins de l'UICN.

Clé d’identification

Recensant 501 espèces dont 77 reconnues seulement depuis 2005, le livre débute par une présentation synthétique des chondrichtyens (requins, raies et chimères) puis de la biologie, de l’écologie, de la reproduction et des sens des requins. L’occasion de découvrir pourquoi les grands requins blancs (Carcharodon carcharias) nageant dans les milieux tropicaux s’avèrent plus maigres que leurs congénères évoluant dans les eaux froides.

Pour faciliter l’identification d’un individu, le guide adopte le principe de la clé de détermination, outil reposant sur une succession de choix d’après les caractères d'un spécimen. Les différentes sections taxonomiques commencent par une brève description englobant les caractéristiques morphologiques, la biologie et les statuts de pêche et de conservation des ordres et familles concernés.

REQUINS-MARTEAUX HALICORNES

Fréquentant les mers tempérées chaudes et tropicales, le requin-martin halicorne  (Sphyrna lewini) figure depuis 2007 parmi les espèces classées « en danger d’extinction ». Ici, des spécimens évoluant dans les eaux du parc national de l'île Cocos, au Costa Rica (photo Xvic).

En regard de l’illustration en couleur, la carte d’identité de chaque espèce décline les noms vernaculaire et scientifique, la longueur maximale connue - oscillant par exemple de 21 cm pour le sagre-elfe (Etmopterus perryi) à 2.100 cm pour le requin-baleine (Rhincodon typus), la distribution géographique, l’habitat, les critères d’identification, la coloration ou encore le statut sur la Liste rouge de l’UICN.

Enfin deux guides dans le guide, consacrés aux dents et aux nageoires - parties du corps à valeur économique, complètent utilement cet ouvrage et contribueront notamment à d’éventuelles identifications sur les sites de débarquement ou les marchés.

En mer comme sur terre, cet ouvrage à l’usage des observateurs novices comme des naturalistes avertis, des plongeurs et des scientifiques participe ainsi à la protection d’espèces essentielles à l’avenir des écosystèmes océaniques.

EBERT David A., FOWLER Sarah, DANDO MARC (illustrateur), Requins du monde, Delachaux et Niestlé, mai 2016, 256 p., 32 €.