Après des mois d’attente, la Commission européenne a publié, mercredi 13 juillet 2016, la liste des 37 « espèces exotiques envahissantes » – dont 22 présentes en France – contre lesquelles les États membres devront désormais intervenir.

D’ici moins d’un mois, le règlement européen - officiellement entré en vigueur le 1er janvier 2015 - commencera à s’appliquer.

Prévoyant d’interdire l’importation, la vente, la reproduction, la culture ou l’élevage de ces animaux et végétaux considérés comme menaçant la biodiversité européenne, ce texte était jusqu’à présent resté lettre morte faute de « cibles » clairement identifiées.

RAGONDIN A ZOODYSSEE

Ragondin en captivité au parc animalier Zoodyssée à Villiers-en-Bois, dans les Deux-Sèvres, en mai 2016 (photo Ph. Aquilon).

Les espèces concernées ne pourront donc plus être conservées, transportées, reproduites ou relâchées intentionnellement. En fonction de la propagation déjà observée, les États membres auront l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour prévenir leur développement, éradiquer toute nouvelle invasion ou encadrer et gérer les populations déjà largement installées sur le sol européen.

Cette liste très attendue a fait l’objet de longues tractations, chaque pays entendant défendre ses intérêts propres. En décembre 2015, le Parlement européen avait officiellement dénoncé la timidité de la Commission et lui avait demandé de revoir sa copie. Bruxelles avait refusé… Afin de protéger son industrie de la fourrure, le Danemark a par exemple bloqué l’inscription du vison américain (Neovison vison) sur cette liste où ne figure pas non plus le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia), jugé crucial pour la sylviculture et l’apiculture hongroises…

Concrètement, les décisions finales reviendront aux États membres. L'une des possibilités offertes par la réglementation européenne sera la capture et l’enfermement jusqu'à la fin naturelle de leur vie des spécimens sauvages. Les particuliers pourront attendre le décès de leur animal, sous réserve de ne pas encourager sa reproduction. De leur côté,  les vendeurs auront deux ans pour écouler leurs stocks.

IBIS SACRES

Ibis sacrés sur le littoral de l’île de Ré (Charente-Maritime) en  août 2009 (photo Vassil).

Des programmes de détection précoce dans les ports et les aéroports doivent être rapidement instaurés. Les animaleries, les commerces de plantes et les parcs animaliers seront aussi surveillés. À terme, il serait donc probable que ces espèces - dont certaines fréquemment présentées comme le raton-laveur, le coati roux ou l'ibis sacré - ne soient plus élevées dans les établissements zoologiques européens.

Voici la liste complète - susceptible d’être révisée en permanence - de ces 37 espèces.

° Végétaux : baccharis à feuilles d’arroche ou séneçon en arbre (Baccharis halimifolia), berce de Perse (Heracleum persicum), berce de Sosnowski (Heracleum sosnowskyi), élodée crépue (Lagarosiphon major), éventail de Caroline (Cabomba caroliniana), faux arum (Lysichiton americanus), grande camomille (Parthenium hysterophorus), hydrocotyle fausse renoncule ou hydrocotyle à feuilles de renoncule (Hydrocotyle ranunculoides), jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes), jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), jussie rampante (Ludwigia peploides), kudzu (Pueraria montana), myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum), renouée perfoliée (Persicaria perfoliata).

° Mammifères, amphibiens et chéloniens : coati roux (Nasua nasua), écureuil à ventre rouge ou écureuil de Pallas (Callosciurus erythraeus), écureuil fauve ou écureuil-renard (Sciurus niger), écureuil gris (Sciurus carolinensis), grenouille taureau (Lithobates catesbeianus),mangouste de Java (Herpestes javanicus), muntjac de Reeves (Muntiacus reevesi), ragondin (Myocastor coypus), raton laveur (Procyon lotor), tamia de Sibérie ou écureuil de Corée (Eutamias sibiricus), tortue de Floride (Trachemys scripta).

° Oiseaux et hyménoptères : corbeau familier ou corneille de l’Inde (Corvus splendens), érismature rousse (Oxyura jamaicensis), frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax), ibis sacré (Threskiornis aethiopicus).

° Poissons et crustacés : crabe chinois (Eriocheir sinensis), écrevisse américaine (Orconectes limosus), écrevisse à pinces bleues (Orconectes virilis), écrevisse de Californie (Pacifastacus leniusculus), écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), écrevisse des marécages (Procambarus fallax), goujon de l’Amour (Perccottus glenii), pseudorasbora (Pseudorasbora parva).

COATI ROUX A LA RESERVE DE LA HAUTE-TOUCHE

Coati roux en captivité à la réserve de la Haute-Touche, à Obterre dans l'Indre, en avril 2015 (photo Ph. Aquilon).

Sources : Commission européenne, Le Monde, Le Point, ats.