Nées en captivité au zoo canadien de Calgary, cinq jeunes marmottes de l’île de Vancouver ont retrouvé leur milieu naturel lundi 27 juin 2016, dans le cadre du programme de réintroduction mené par la Marmot Recovery Foundation. Huit autres individus, ayant également vu le jour en 2015 dans l’établissement de l’Alberta, devraient prochainement les imiter.

Les rongeurs ont été relâchés sur les pentes du mont Washington, culminant à 1.594 mètres et situé au centre-est de l’île côtière de Colombie-Britannique, sur la façade Pacifique du Canada. Si ces marmottes survivent et se reproduisent, elles contribueront à leur tour à la sauvegarde de cette espèce encore très fragile.

« Ce programme de rétablissement a une histoire assez incroyable, rappelle Adam Taylor, directeur exécutif de la fondation. Lors des premiers relâchés en 2003, seulement une trentaine de marmottes survivaient à l’état sauvage. »

MARMOTTES DE L'ILE DE VANCOUVER

Mesurant entre 65 et 70 centimètres du bout du museau à l’extrémité de la queue, les marmottes de l’île de Vancouver sont parmi les plus grosses représentantes de leur genre comptant 15 espèces. Les mâles peuvent atteindre 7,5 kilos, les femelles pesant en moyenne de 4,5 à 5,5 kilos (photo zoo de Calgary).

En 1998, environ 70 marmottes étaient recensées sur cette île plus vaste que la Belgique. Six ans plus tard, leur population totale s’élevait à moins de 130 individus, dont environ 35 dans la nature dans une unique zone couvrant moins de 10 km2 et 93 élevés en captivité.

En 2008, la marmotte endémique de l’île de Vancouver (Marmota vancouverensis) a été classée « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).  Aujourd’hui, elle figure toujours dans cette catégorie regroupant les espèces confrontées à un risque extrêmement élevé d’extinction à l’état sauvage.

Vidéo de marmottes de l’île de Vancouver dans leur habitat naturel (images Vancouver Island Marmot Recovery).

Moins d’arbres, davantage de prédation

Selon certains chercheurs, l’exploitation forestière entraînant la disparition de l’habitat des rongeurs a également accru l’impact des prédateurs - essentiellement le loup (Canis lupus), le puma (Puma concolor) et l’aigle royal (Aquila chrysaetos) - sur les marmottes. Entre 1995 et 2005, leur prédation aurait représenté 80 % des causes de mortalité de l’espèce !

Lors de la première réintroduction, en 2003, trois des quatre marmottes relâchées ont d’ailleurs été tuées par un puma. La survivante a dû être capturée et remise en captivité ! L’année suivante, neuf individus retrouvèrent le milieu naturel avec davantage de succès. Ils furent 15 en 2006 puis 31 en 2006, etc. Financé conjointement par la province de Colombie-Britannique et des entreprises forestières, le programme a permis, à ce jour, le relâché de 490 spécimens.

La population sauvage de marmottes de l’île de Vancouver est aujourd’hui estimée entre 200 et 300 individus recensés dans 28 secteurs montagneux situés dans le parc provincial Strathcona, autour du mont Washington et aux environs de la ville de Nanaimo, sur la côte orientale de l’île.

LE GOLDEN HINDE, PLUS HAUT SOMMET DE L'ILE DE VANCOUVER

Fondé en 1911, le parc provincial Strathcona est l’une des trois zones abritant aujourd’hui des populations de marmottes de l’île de Vancouver. Couvrant 2.458 km2, il englobe les plus hauts sommets insulaires, dont celui du Golden Hindeà 2.197 mètres d'altitude (photo Keefer4).

« Depuis toutes ces années, nous nous sommes donné beaucoup de mal pour sauvegarder de nombreuses espèces dans ces paysages », souligne le biologiste Sean Pendergast, travaillant pour le ministère des forêts, des terres et de l’exploitation des ressources naturelles de Colombie-Britannique.

La mise en œuvre du programme de conservation a pris en compte le taux de reproduction assez bas de l’espèce et donc le nombre de marmottes susceptibles de voir le jour en captivité.

« Les marmottes ne se reproduisent pas à un rythme très élevé, précise Adam Taylor. Comme elles appartiennent à l’ordre des rongeurs, certains croient, à tort, qu’elles donnent naissance à une très nombreuse progéniture, comme les rats ou les écureuils. Or, en moyenne, les femelles mettent bas entre deux et quatre petits tous les deux ans. »

Sauvées par la captivité !

Lorsqu’à la fin des années 1990 le nombre total de marmottes sauvages chuta à moins d’une centaine d’individus, les spécialistes estimèrent peu probable un rétablissement spontané de l’espèce. Un plan d’élevage en captivité fut donc décidé.

Entre  1997 et 2004, 56 marmottes - 31 mâles et 25 femelles - furent  capturées. La plupart étaient des juvéniles, afin de limiter les perturbations sur les couples reproducteurs établis dans la nature.

Par précaution, ces individus furent répartis au sein de quatre établissements : les zoos de Calgary (Alberta) et de Toronto (Ontario), le centre de conservation de Mountain View - structure privée sise à Langley en Colombie-Britannique - et le centre d’élevage Tony Barrett Mount Washington créé en 2001 sur l’île de Vancouver. Ce dernier dispose d’une zone de quarantaine, étape préalable à tout relâché. Il sert aussi à acclimater les marmottes à l’altitude, à leur future alimentation dans la nature et au climat local. Ce centre permet en outre d’optimiser les relâchés en fonction des conditions météorologiques, par exemple lorsqu’une couche de neige inhabituelle bloque l’accès aux sites de réintroduction jusqu’en juillet.

MARMOTTONS DE L'ILE DE VANCOUVER

Jeunes marmottes de l’île de Vancouver nées en 2015 au zoo de Calgary (photo zoo de Calgary).

Selon le zoo de Toronto, en 2014, 551 jeunes issus de 162 portées avaient vu le jour en captivité depuis le lancement du programme d’élevage. L’établissement animalier de la plus grande ville du Canada a reçu ses six premières marmottes en 1997 et a enregistré plus d’une centaine de naissances, dont les neuf dernières en mai 2016.

Se fondant sur de précédentes réintroductions menées en Europe, les responsables du plan de conservation avaient initialement opté pour des relâchés annuels d’une vingtaine de spécimens, choisis en particulier sur des critères génétiques pour renforcer la santé de la population sauvage. Finalement, les relâchés ont été parfois plus importants, comme en 2013 avec un record de 85 spécimens réintroduits.

Les touristes, alliés des marmottes

Le protocole d’élevage réduit au maximum les interactions entre soigneurs et rongeurs. Les enclos évoquent le milieu naturel des animaux et les marmottes ont la possibilité d’hiberner. Certaines années, les conditions climatiques ont toutefois entravé le programme de réintroduction. Les marmottes relâchées en 2009 et 2010 ont ainsi subi une mortalité élevée à cause de très importantes chutes de neige et de printemps exceptionnellement froids, limitant l’accès aux ressources alimentaires plusieurs semaines après la sortie de l’hibernation. En revanche, ces phénomènes extrêmes semblent avoir peu d’incidence sur les spécimens d’origine sauvage. Toutefois, selon les chercheurs, les marmottes nées en captivité survivant à la première hibernation auraient ensuite un taux de survie équivalent à celui de leurs congénères nés dans la nature.

MONT WASHINGTON SUR L'ILE DE VANCOUVER

Vue estivale du mont Washington (1.594 mètres) et de la station de ski de Mount Washington Alpine Resort (photo YubYub41).

En revanche, les prédateurs causent encore, dans certains secteurs, bien des tracas aux protecteurs des marmottes. Fin juin 2016, les biologistes ont annoncé la mort de 36 individus durant l’été précédent dans l’enceinte du parc provincial Strathcona. La plupart ont été victimes de prédateurs. Heureusement, la situation est plus réjouissante sur le site du dernier relâché en date. « D’après nos observations, la population de marmottes du mont Washington se porte vraiment bien, assure Cheyney Jackson, coordinatrice terrain pour la fondation. Cette zone est très fréquentée et nous pensons que cela contribue à éloigner les prédateurs et à favoriser la réussite du programme. »

Consolider la population

Trois autres espèces de marmottes sont présentes au Canada : la marmotte des Rocheuses (Marmota caligata) vivant dans les régions montagneuses de Colombie-Britannique, la marmotte à ventre jaune ou à ventre fauve (Marmota flaviventris) occupant les étages subalpins et les prairies de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, et la marmotte commune (Marmota monax) dont l’aire de répartition canadienne s’étend de Nouvelle-Écosse sur la côte atlantique, jusqu'à l'Alaska. Ces trois espèces sont considérées comme une préoccupation mineure par l’UICN.

Le 4 juillet 2013, un couple de marmottes de Vancouver - baptisées Dagwood et Petunia - fut transféré d’Amérique du Nord en Suisse avec l’accord du gouvernement canadien pour être confié au parc animalier Marmottes Paradis, situé à quelque 2.000 mètres d’altitude sur les rochers de Naye, dans le canton de Vaud. Elles n’ont pas survécu et ont disparu en 2014.

Au Canada, le programme d’élevage des marmottes de l’île de Vancouver doit être poursuivi jusqu’à ce que les experts aient l’assurance que la population sauvage soit suffisamment robuste pour surmonter des événements imprévus et génétiquement assez variée pour le demeurer avec des interventions ponctuelles.

Voici le lien vers une vidéo de quelques-unes des marmottes nées en mai 2016 au zoo de Toronto :

Sources : Marmot Recovery Foundation, zoo de Toronto, zoo de Calgary, UICN, 24 Heures, zootierliste.de