Réunis lundi 30 et mardi 31 mai 2016 à Entebbe (Ouganda), les représentants des 28 États situés dans l’aire de répartition du lion d’Afrique (*) ont conclu un accord qualifié d’« historique » pour la sauvegarde du roi des animaux.

Ce consensus à l’échelle du continent sur la conservation, la gestion et le rétablissement du lion et de son habitat a été obtenu lors d’une conférence organisée conjointement par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) et la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), également appelée Convention de Bonn.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le nombre de lions d’Afrique a globalement chuté de 43 % entre 1993 et 2014. Si, durant cette période, les populations de lions ont augmenté de 12 % en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie et au Zimbabwe grâce à une gestion efficace, elles ont décliné de 60 % ailleurs sur le continent !

Actuellement, le lion d’Afrique (Panthera leo leo) est classé « vulnérable » sur la Liste rouge de l’UICN.

LION DANS LE NATIONAL D'ETOSHA EN NAMIBIE

Lion en 2012 dans le parc national d'Etosha en Namibie (photo Yathin S. Krishnappa).

Corridors et réduction des conflits

Insistant sur l’importance de préserver le lion en Afrique, le communiqué final de la réunion intergouvernementale évoque diverses mesures indispensables à la sauvegarde du roi des animaux dans son milieu naturel : une implication accrue des communautés locales dans les activités de conservation et dans la répartition des profits engendrés, la réduction des conflits entre hommes et félins entraînant des abattages ou des empoisonnements de lions par les bergers et les éleveurs nomades, une meilleure gestion des aires protégées et la création de corridors entre des populations de lions désormais fragmentées.

Face à la situation critique du lion, les signataires de l’accord ont admis la nécessité de pratiques agricoles respectueuses de la faune et des écosystèmes, du renforcement des relations entre États concernés et de dispositions spécifiques contre le trafic des os.

TROUPE DE LIONNES DANS LE SERENGETI

Troupes de lionnes ayant tué un buffle du Cap en 2009 dans le parc national tanzanien du Serengeti (photo Caelio).

Conséquences de l’emprise croissante des activités humaines sur le milieu naturel, la dégradation et la perte de son habitat constituent aujourd’hui les principales menaces planant sur l’avenir du lion. Parmi les autres périls majeurs figurent la raréfaction des proies liée au braconnage pour la viande de brousse, le développement de l’élevage et les abattages sans discernement. Le commerce illégal de certaines parties du corps du lion pour les médecines traditionnelles préoccupe également les spécialistes.

« Les pays de l’aire de distribution du lion partagent une même volonté d’assurer la survie de ce félin, souligne John E. Scanlon, secrétaire général de la Cites. Tous s’accordent sur la nature des menaces et, à de rares exceptions près, sur la marche à suivre. La Cites et la CMS se réjouissent de les aider à attendre cet objectif avec le solide apport scientifique de l’UICN. »

Consensus sur la chasse aux trophées

Soigneusement préparé, un consensus sur l’épineuse question de la chasse aux trophées a également été adopté. Tous les participants ont estimé que cette pratique, à condition d’être bien gérée, était un outil pertinent pour la conservation ne devant être remis en cause ni par la Cites ni par la CMS ! « Fondée sur des quotas scientifiquement établis tenant compte du rang social, de l’âge et du sexe de l’animal, cette chasse a contribué, dans certains pays, à la sauvegarde des populations locales de lions », prétend le communiqué officiel rédigé à l’issue de la réunion d’Entebbe. Un avis pourtant (très) loin d’être partagé par tous les défenseurs de l’environnement. À défaut de pouvoir proscrire cette pratique, les experts de la Cites soulignent d’ailleurs la nécessité d’une meilleure gestion de cette chasse dite « sportive ».

« Le brutal déclin des populations de lions au cours de la décennie écoulée démontre le besoin urgent de répondre aux pressions affectant cette espèce emblématique, relève Bradnee Chambers, secrétaire exécutif de la CMS. Renforcer la coordination et la coopération entre les États de l’aire de distribution du lion grâce à des réunions comme celle organisée par  la CMS et la Cites à Entebbe est une élément-clé pour y parvenir. »

LIONNE DANS LA RESERVE KENYANE DE SAMBURU

Lionne photographiée en 2008 dans la réserve nationale de Samburu, au centre du Kenya (photo Julian Manson).

Les annexes, une question cruciale

Le statut du lion devrait être débattu durant la 17ème session de la Conférence des Parties à la Cites (CoP17), qui aura lieu à Johannesburg (Afrique du Sud) du 24 septembre au 5 octobre 2016.

Une proposition envisage de transférer le lion de l’annexe II à l’annexe I. Cette dernière regroupe « toutes les espèces menacées d'extinction qui sont ou pourraient être affectées par le commerce ». Soumis à une règlementation particulièrement stricte, le commerce des espèces inscrites à l’annexe I n’est autorisé que dans des conditions exceptionnelles. L'annexe II concerne les espèces susceptibles d’être mises en danger d’extinction si leur commerce n’était pas étroitement contrôlé.

Les propositions de transfert d’une annexe à l’autre sont adoptées à la majorité des deux tiers lors des COP.

Le tigre (Panthera tigris), le léopard (Panthera pardus), le jaguar (Panthera onca) et le lion d’Asie (Panthera leo persica) bénéficient par exemple de la protection octroyée par l’annexe I.

LIONCEAUX DANS LE PARC NATIONAL QUEEN ELIZABETH EN OUGANDA

Lionceaux en mars 2015 dans le parc national Queen Elizabeth, situé dans le sud-ouest de l’Ouganda (photo Fanny Schertzer).

Par ailleurs, la 12ème réunion de la Conférence des Parties (COP12) à la CMS - prévue du 22 au 28 octobre 2017 à Manille (Philippines) - devrait débattre de la résolution 11.32. Prise lors de la précédente COP tenue à Quito (Équateur) en novembre 2014, celle-ci est favorable à l’inscription des lions à l’annexe II de la CMS. Les espèces migratrices menacées peuvent figurer dans cette annexe si la conclusion d'accords internationaux s’avère nécessaire à leur sauvegarde et/ou si leur état de conservation bénéficierait de façon significative d’une coopération transfrontalière résultant d'un accord entre États.

Le lion d’Afrique remplit aujourd’hui ces critères.

(*) Afrique du Sud, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Kenya, Malawi, Mali, Mozambique, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, Sénégal, Somalie, Soudan, Swaziland, Tchad , Togo, Ouganda, Zambie, Zimbabwe.