Afin de préserver chez les chimpanzés captifs les adaptations comportementales et physiologiques propres à leur espèce, des scientifiques de l’université anglaise de Birmingham ont mis au point une approche inédite pour (ré)aménager les installations de ces grands singes sur la base d’études menées sur des primates sauvages.

Travaillant en collaborations avec le zoo de Twycross et la BIAZA (British and Irish Association of Zoos and Aquariums), les universitaires ont développé un nouvel outil de conception des enclos pour favoriser l’activité physique et mentale des chimpanzés, développer leurs liens sociaux et rapprocher au plus près leur comportement de celui des singes évoluant en milieu naturel. Cette ressource doit ainsi améliorer le bien-être des animaux maintenus en captivité et accroître leurs chances de survie lors d’éventuelles réintroductions.

INSTALLATION DES CHIMPANZES AU ZOO DE TWYCROSS

Créé en 1963 par Molly Badham et Nathalie Evans, le zoo de Twycross est l’unique parc animalier du Royaume-Uni à élever les cinq grands singes (apes) ou anthropoïdes, en l’occurrence chimpanzés, gorilles des plaines de l’Ouest, orangs-outans de Bornéo, bonobos, gibbons agiles, gibbons à favoris blancs du Nord, gibbons à bonnet et siamangs (photo Twycross Zoo avec l'aimable autorisation de cet établissement).

« Les grands singes pourraient s’éteindre à l’état sauvage d’ici une vingtaine d’années. Il est donc extrêmement important de sauvegarder non seulement leur patrimoine génétique mais aussi leurs traits comportementaux et leurs adaptations physiques, éléments essentiels à la capacité de survie des animaux en milieu naturel », relève Susannah Thorpe, maître de conférences à l’école doctorale de Biosciences de l’université de Birmingham et principale auteure de ces travaux.

« Avec ce projet, nous voulons nous assurer que les futures générations de chimpanzés captifs grandiront dans un environnement complexe et dynamique, où elles pourront s’épanouir, développer leurs qualités propres et augmenter leurs chances de survie dans la nature dans le cas d’éventuelles réintroductions, affirme le Dr. Thorpe. En outre, le public pourra découvrir comment se comportent les chimpanzés sauvages. »

La mécanique des arbres

Selon les chercheurs anglais, le comportement des anthropoïdes captifs peut différer notablement de celui des singes sauvages, soumis à la menace des prédateurs et dont l’environnement change en permanence du fait de l’évolution - croissance, fragmentation voire disparition - des zones forestières. Plus sédentaires, les chimpanzés de zoos sont davantage enclins à l’obésité et à diverses autres pathologies.

Souhaitant offrir aux parc animaiers un accès facile aux plus récentes données de la recherche, l’équipe de l’université des West Midlands a imaginé un guide - établi à partir des découvertes des chercheurs de terrain et accessible sur le Web aux établissements membres de la BIAZA - pour créer des aménagements reflétant le comportement mécanique des arbres et reproduisant les défis physiques et intellectuels auxquels sont confrontés les primates sauvages.

« Les zoos concernés pourront obtenir et télécharger toutes les informations comportementales nécessaires sur leurs animaux, précise le Dr Jackie Chappell, maître de conférences ayant dirigé ce projet. En se fondant sur des critères scientifiques, notre outil d’analyse automatique propose des modifications sur mesure des enclos en fonction des principales différences relevées entre les chimpanzés du zoo et leurs congénères sauvages. »

AMENAGEMENT INTERIEUR DE L'ENCLOS DES CHIMPANZES DU ZOO DE TWYCROSS

Les quatre sous-espèces de chimpanzés - le chimpanzé d'Afrique de l'Ouest (Pan troglodytes verus), le chimpanzé d’Afrique centrale (Pan troglodytes troglodytes), le chimpanzé d’Afrique orientale (Pan troglodytes schweinfurthii) et le chimpanzé du golfe de Guinée (Pan troglodytes ellioti) - sont classées « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (photo Twycross Zoo avec l'aimable autorisation de cet établissement).

Les scientifiques ont conseillé au zoo de Twycross d’installer un réseau complexe de sangles et de filets, reliés entre eux du sol au sommet de l’enclos, avec des poches suspendues pour inciter les animaux à rechercher leur nourriture et des matériaux pour la confection des nids.

Les mouvements de cet ensemble varient en fonction du nombre de singes évoluant sur la structure et de la façon dont ils l’utilisent. Dès lors, leur habitat devient mouvant et leurs déplacements d’autant plus stimulants. Les singes doivent se suspendre aux multiples liens flexibles mais également esquiver, plonger ou changer de trajectoire de façons variées. De tels déplacements permettent le développement d’un appareil locomoteur proche de celui des individus sauvages.

Ainsi repensé, un tel aménagement doit inciter les singes à adopter un comportement plus arboricole et plus naturel.

Stimuler les facultés physiques et intellectuelles

« L’habitat originel des chimpanzés est mécaniquement très stimulant et diffère chaque jour, explique Susannah Thorpe. Les zoos doivent être capables de récréer un environnement similaire en captivité mais ils disposent rarement de facilités d’accès aux études sur les mœurs des chimpanzés sauvages et sur la façon dont ces derniers interagissent avec leur habitat. »

« Grâce à notre outil, les zoos pourront analyser le comportement de leurs pensionnaires au regard des derniers travaux de terrain et s’appuyer sur ces comparaisons pour aménager des enclos reproduisant du mieux possible les contraintes de la forêt et qui seront physiquement comme intellectuellement stimulants pour les singes. »

« Nous encourageons tous nos membres à favoriser le comportement naturel des espèces dont ils ont la charge, assure Kirsten Pullen, présidente-directrice générale de la BIAZA. Cet outil enrichit significativement l’éventail des dispositifs disponibles pour faire de nos établissements des références en matière de bien-être animal. »

SANGLE FLEXIBLE DANS L'ENCLOS DES CHIMPANZES DU ZOO DE TWYCROSS

Après l’inauguration en février 2016 du complexe des gibbons d’un coût de 2 millions de livres (environ 2,6 millions d’euros), le zoo de Twycross prévoit de reloger d’ici la fin de cette année ses deux groupes de chimpanzés dans une nouvelle installation baptisée « Chimpanzee Eden » (photo Twycross Zoo avec l'aimable autorisation de cet établissement).

« Le zoo de Twycross accueille de nombreux projets de recherche et facilite le travail des scientifiques afin d’améliorer le bien-être des animaux que nous élevons », souligne le Dr. Charlotte Macdonald, directrice des sciences de la vie au parc animalier du Leicestershire.

« Nous sommes très fiers d’être en pointe pour  la conservation des grands singes et cette collaboration avec l’université de Birmingham est l’occasion de vérifier que nos installations permettent à nos primates d’agir comme ils le feraient dans la nature. Ayant mis en œuvre les recommandations préconisées, nous avons déjà observé des changements positifs dans le comportement de nos chimpanzés, dont les déplacements ressemblent davantage à ceux de primates sauvages. »

Onze parcs animaliers britanniques et irlandais, membres de la BIAZA, hébergent actuellement des chimpanzés : Dublin (Irlande), Belfast (Irlande du Nord), Édimbourg et le Blair Drummond Safari Park And Adventure Park (Écosse), Chester, Colchester, Drayon Manor Zoo, Dudley, Twycross, Whipsnade (Angleterre) et le Welsh Mountain Zoo (Pays de Galles).

Voici le lien vers une vidéo de l’université de Birmingham présentant l’outil mis à la disposition des parcs zoologiques membres de la BIAZA :

www.youtube.com/watch?v=N4lR-vpta6s

Sources : Phys.org, zootierliste.de