Seulement trois addax ont été identifiés lors d’un vaste recensement effectué au Niger par le Sahara Conservation Fund (SCF) au mois de mars dernier, a indiqué vendredi 6 mai 2016 l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Réalisée en 2010, une première étude avait évalué à 200 le nombre de ces antilopes sahariennes survivant à l’état sauvage.

« La situation est désespérée », estime Alessandro Badalotti, coordinateur de la coalition mondiale Save Our Species fondée par l’UICN, le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) et la Banque mondiale. « Dans le contexte actuel, l'espèce est condamnée à disparaître à l'état sauvage. » En cause, comme presque toujours, la perte de l’habitat et le braconnage.

ADDAX AU PARC ZOOLOGIQUE DE PARIS

Addax au parc zoologique de Paris, en juillet 2014. Particulièrement bien adaptée aux climats arides, cette antilope se nourrit de plantes herbacées poussant après des pluies que l’addax pourrait repérer à plusieurs centaines de kilomètres. Elle recherche sa nourriture surtout durant les heures fraîches, à l’aube ou le soir (photo Ph. Aquilon).

Selon l’UICN, l’exploitation des champs de pétrole du Niger - principalement par la China National Petroleum Corporation (CNPC) - serait en grand partie responsable du brutal déclin de la population d’addax. Les militaires enrôlés pour protéger les opérations de la CNPN s’adonnent en effet à la chasse illégale des antilopes. « Huit crânes ont été trouvés durant le comptage dont certains à proximité du campement de ces soldats », souligne M. Badalotti.

Le braconnage s’est ainsi envolé dans la réserve naturelle nationale de Termit et de Tin-Toumma (RNNTT). Située à l’est du Tchad et couvrant 97.000 km2, elle est considérée comme la plus vaste aire protégée d’Afrique.

Au cœur de tous les trafics

La recrudescence du braconnage est également liée à l’insécurité croissante dont est victime toute la région. « L’effondrement du régime libyen en 2011 a entraîné le départ de milices armées et équipées de 4x4 vers les États voisins, dans des zones abritant une faune nombreuse », rappelle l’UICN dans son communiqué. « Ces événements ont alimenté les rébellions ultérieures au Mali et dans le nord du Nigéria et les habitats autrefois isolés de l’addax sont devenus des plaques tournantes du trafic de la faune, des armes, de la drogue et des routes empruntées par les migrants. »

Pour ses recherches financées en partie par Save Our Species et le zoo de Saint-Louis dans le Missouri (États-Unis), le SCF a utilisé des technologies de pointe pour la reconnaissance et la surveillance, notamment des systèmes infrarouges et des caméras à très haute résolution. Après un échantillonnage par transects de plus de 3.200 km au cœur de l’aire de répartition de l’addax et 18 heures de vol, les chercheurs n’ont pas repéré le moindre animal ! Dans le même temps, une équipe au sol a parcouru plus de 700 km dans l’habitat principal de l’addax et dans d’autres secteurs où des traces de cette antilope avaient été relevées au cours des six mois précédents. Les scientifiques ont finalement aperçu un unique groupe, composé de trois individus qualifiés de « très nerveux ».

ADDAX A LA RESERVE DE LA HAUTE-TOUCHE

Typiques de l’espèce, les cornes de l’addax peuvent atteindre 80 centimètres pour les femelles et 85 centimètres pour les mâles. Spécimen en captivité à la réserve de la Haute-Touche, à Obterre dans l'Indre, en avril 2015 (photo Ph. Aquilon).

« Nous sommes témoins en temps réel de l’extinction de cette espèce emblématique et autrefois abondante », constate le Dr. Jean-Christophe Vié, directeur adjoint du Programme mondial des espèces de l’UICN. « Sans intervention immédiate, l’addax perdra son combat face au braconnage et à la disparition de son habitat. Au nom de tous les organismes concernés, nous préconisons donc un ensemble de mesures urgentes pour sauver cette antilope d’une extinction imminente. »

Indispensables réintroductions

 Parmi les recommandations des experts de l’UICN pour protéger les derniers addax sauvages figurent l’arrêt du braconnage par les militaires, la mise en œuvre d’un dialogue avec la CNPC ou encore la réintroduction dans la nature d’addax élevés en captivité. Les spécialistes considèrent en effet que le très faible nombre de bovidés encore présents dans le milieu naturel est insuffisant pour maintenir la diversité génétique nécessaire à la survie de l’espèce.

« Les acteurs ayant des intérêts économiques au Sahara peuvent contribuer de façon significative à la sauvegarde de l’addax en coopérant avec les autorités chargées de la protection de la faune, en adoptant des pratiques plus respectueuses de l’environnement, en s’impliquant dans la gestion des aires protégées et en partageant leurs observations avec les scientifiques », lance le Dr. Thomas Rabeil , responsable régional du SCF.

TROUPEAU D'ADDAX AU SAFARI DE PEAUGRES

Également appelé antilope à nez tacheté, l’addax mesure en moyenne de 95 à 115 centimètres au garrot pour une masse oscillant entre 60 et 90 kilos pour les femelles et entre 100 et 120 kilos pour les mâles. Ici, un troupeau photographié en mai 2015 au Safari de Peaugres, dans l’Ardèche (photo Ph. Aquilon).

Selon le mensuel Scientific American, « plusieurs milliers d’addax sont aujourd’hui maintenus en captivité ou en semi-liberté dans des zoos ou au sein de réserves et des programmes d’élevage sont menés en Afrique, en Europe, au Japon et en Australie. » Des centaines d’individus sont même détenus dans des ranchs américains où ils servent de gibier aux amateurs de chasse dite « sportive » !

Depuis 2000, l’addax (Addax nasomaculatus) est classé « en danger critique d’extinction » par l’UICN.

Actuellement, cinquante établissements - dont les parcs zoologiques français de Peaugres (07), Montpellier (34), la Haute-Touche (36), Planète sauvage (44), Mulhouse (68), Paris (75) et Amiens (80) - participent au programme d’élevage en captivité (EEP) de l'association européenne des zoos et aquariums (EAZA), géré depuis 1991 par le zoo allemand de Hanovre.

Sources : UICN, Mongabay, AFP.