L’oryx algazelle (Oryx dammah) s’apprête à quitter la liste des espèces considérées comme éteintes à l’état sauvage par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), où elle figurait depuis l’an 2000.

Lundi 14 mars 2016, 25 animaux (*) ont en effet été transférés par avion cargo d'Abu Dhabi à Abéché, la grande ville de l’est du Tchad. Pour la première fois depuis 30 ans, des oryx algazelles foulaient alors le sol tchadien avant d’être conduits dans la réserve de faune d’Ouadi Rimé-Ouadi Achim, au centre du pays.

Afin de s’acclimater à leur nouvel environnement, ces oryx ont été relâchés dans une vaste zone clôturée. Ils retrouveront une totale liberté seulement cet été - vraisemblablement en septembre - lorsque la saison des pluies aura rendu cette région aride plus favorable à leur survie.

PREMIER RELACHE D'ORYX ALGAZELLES SUR LE SOL TCHADIEN

Ces oryx algazelles sont les premiers à poser leurs sabots sur le sol tchadien depuis près de trois décennies (photo Environment Agency - Abu Dhabi avec l’aimable autorisation de cet organisme).

Cette réintroduction est le fruit d’une coopération entre l’Agence pour l'environnement d'Abu Dhabi (EAD) et le gouvernement de la République du Tchad.

Par ailleurs, des chercheurs du Smithsonian Conservation Biology Institute (SCBI) - organisme américain supervisant  l'effort de conservation des espèces mené par la Smithsonian Institution - suivront à distance le troupeau après son relâché. Enfin, une équipe de gardes et de spécialistes de la faune formés par l’EAD et le Sahara Conservation Fund (SCF) veillera sur les bovidés et interviendra après des communautés locales.

Sauvegarde de l’écosystème sahélien

« Ce programme ambitieux et historique a été rendu possible par la constitution d’un « troupeau mondial » d’oryx algazelles à Abou Dhabi et par plusieurs décennies d’excellence dans la gestion de cette espèce en captivité à travers le monde », a déclaré Steve Monfort, directeur du SCBI, lors de l’arrivée des animaux sur le sol tchadien. « Le retour de l’oryx dans la nature aura des effets très importants et positifs sur la sauvegarde de tout l’écosystème des prairies sahéliennes. »

« Notre projet constitue une première car la réserve naturelle n’est pas clôturée. Une réintroduction réussie permettrait donc à ce magnifique animal d’évoluer en liberté et de ne plus figurer dans la liste des espèces disparues à l’état sauvage », déclarait en novembre 2014 Razan Khalifa Al Mubarak, le secrétaire général de l'EAD (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/11/22/31004144.html).

ORYX ALGAZELLES DANS LEUR ENCLOS D'ACCLIMATATION D'OUADI RIME-OUADI ACHIM

Les oryx dans leur enclos d’acclimatation (photo Environment Agency - Abu Dhabi avec l’aimable autorisation de cet organisme).

Jusqu’au milieu des années 1980, environ 500 individus vivaient encore en liberté au Tchad et au Niger. Pourtant, en 1988, seuls quelques dizaines d’oryx étaient encore recensés. Ensuite, plus aucune observation en milieu naturel n’a été enregistrée. L’espèce a donc survécu uniquement en parcs zoologiques et dans des collections privées, notamment aux Émirats arabes unis (EAU), lesquels hébergent aujourd’hui la plus importante population au monde avec plus de 3.000 individus. Un programme international d’élevage en captivité a été initié dès les années 1960.

Si la chasse fut la principale cause de l’extinction de l’oryx algazelle dans la nature, le développement anarchique des pâturages et la perte de son habitat constituent les principales menaces planant désormais sur l’avenir de l’oryx algazelle au Tchad.

Oryx cobayes aux États-Unis

Avant le relâché du troupeau, chaque animal sera équipé d’un collier émetteur à transmission par satellite dont les données seront suivies par des scientifiques du SCBI et de la Société zoologique de Londres (ZSL). Les informations obtenues permettront de suivre à la trace les oryx, de mieux les protéger et enrichiront les connaissances sur le comportement et l’écologie de cette espèce.

Ces colliers ont été testés sur des oryx maintenus aux États-Unis par le SCBI à Front Royal, en Virginie, et sur d’autres spécimens élevés au Fossil Rim Wildlife Center, dans le Texas. Le port de ces équipements n’a pas affecté les individus concernés. Avant la réintroduction prévue à la fin de l’été prochain, les scientifiques du SCBI se rendront au Tchad pour équiper les animaux, procéder aux ultimes tests de transmission de données et peaufiner les protocoles d’analyses.

ORYX ALGAZELLES DANS LEUR ENCLOS D'ACCLIMATATION AU TCHAD

Le troupeau doit recouvrer une totale liberté au cœur du Sahel durant l’été 2016 (photo Environment Agency - Abu Dhabi avec l’aimable autorisation de cet organisme).

Le projet vise à établir une population viable de 500 oryx  dans la région au cours des cinq prochaines années. L’EAD constitue actuellement un troupeau génétiquement varié avec des spécimens originaires des États-Unis, d’Europe et des Émirats arabes unis. L’an dernier, l’Agence abou-dhabienne a ainsi reçu 42 oryx en provenance de six établissements zoologiques états-uniens, membres de l'Association des zoos et des aquariums (AZA) ou collections privées. En outre, 14 oryx ont récemment rejoint les Émirats arabes unis depuis le Marwell Wildlife, parc animalier anglais du sud de l’Angleterre gérant le programme européen d'élevage (EEP) de l’espèce. Ces oryx proviennent de sept institutions zoologiques européennes situées en Allemagne, en France, au Danemark, en Pologne et au Royaume-Uni. Ce troupeau doit participer aux prochaines réintroductions.

(*) Selon Sébastien Laurent, directeur du zoo de La Boissière-du-Doré (44), l’ancien mâle reproducteur du groupe hébergé dans l’établissement de Loire-Atlantique figure dans le troupeau arrivé mi-mars au Tchad.

Sources : Smithsonian Insider, UICN, Emirates News Agency, journaldutchad.com