L’expérience d’une vie consacrée à l’établissement zoologique familial, aux animaux et surtout tournée vers les hommes. Ainsi pourrait-on définir (une gageure !) Une promesse de nature. Du zoo au Bioparc, une révolution, le dernier livre de Pierre Gay, directeur général du Bioparc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) et du zoo des Sables d’Olonne (Vendée), paru aux éditions Delachaux et Niestlé.

UNE PROMESSE DE NATURE

Au fil de cet ouvrage, reflet d’une vie passionnée, se croisent et se répondent - comme les différentes espèces au cœur des « carrières-mondes » de Doué-la-Fontaine - les interrogations sur notre rapport à l’animal captif, une histoire de famille avec la tutélaire figure paternelle suscitant respect, admiration et besoin d’émancipation, des réflexions sur notre part d’animalité, un plaidoyer en faveur du principe d’immersion ou les souvenirs de rencontres déterminantes ayant contribué à transformer un zoo traditionnel en un Bioparc avant-gardiste.

Parmi ces figures marquantes se distinguent notamment celles du grand zoologique Pierre Pfeffer, « ennemi bienveillant des zoos », des frères Jean-François et Michel Terrasse dont le combat a permis le retour des vautours dans le ciel des Cévennes, des photographes naturalistes Christine et Michel Denis-Huot, du vétérinaire Marc Lermould grâce auquel Doué-la Fontaine devint le premier établissement privé français à intégrer l’Association européenne des zoos et aquariums, ou encore de Noël Chapon. En avril 1978, l’enthousiasme de ce boulanger, herpétologue et chantre des parcs animaliers anglais, convainquit Pierre Gay de franchir le Rubicon - en l’occurrence la Manche - pour découvrir le zoo de Jersey créé par Gerald Durrell. Une visite cruciale où « l’évidence de l’utilité des zoos balaya le poids de la détention ».

Cette révélation, l’amour des sensations de la nature et une volonté farouche de changer les choses donnèrent à Pierre Gay l’énergie pour convaincre son père Louis de bouleverser sa vision du zoo. Celui-ci commença alors à sa mue. Et en 2011, le cinquantenaire de la création du zoo de Minières vit la naissance officielle du Bioparc. Une appellation imaginée lors d’une longue soirée dans la jungle panaméenne - Pierre Gay a l’âme du grand voyageur - au cours d’une expédition sur les traces des atèles noirs (Ateles paniscus).

LA VALLEE DES RHINOCEROS DU BIOPARC DE DOUE-LA-FONTAINE

Rhinocéros noir - espèce classée « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature - dans la vallée des rhinocéros du Bioparc. Inauguré en 2005, cet espace creusé dans le falun couvre deux hectares (photo Ph. Aquilon).

Depuis, l’ouverture en 2013 du sanctuaire des okapis conçu par Pierre et son fils François - ingénieur paysagiste ayant ouvert aux visiteurs les portes de l’immersion - a tracé un nouveau cerne sur le tronc du Bioparc dont les racines s’ancrent toujours plus profondément dans le monde sauvage à travers le soutien à une quinzaine d’actions de conservation in situ. De l’association pour la sauvegarde des girafes du Niger à BioAndina en Argentine, en passant par Antongil Conservation à Madagascar ou le Snow Leopard Trust en Mongolie, ces « projets Nature » participent tous de la philosophie du Bioparc, « ambassade d’une communauté animale dispersée ». Ils prennent en compte les exigences des animaux comme les besoins des hommes.

« J’ai l’impression que vous êtes parti des animaux et que, petit à petit, vous avez rencontré les hommes », confia un jour de 2002 la productrice-animatrice de radio Kriss à Pierre Gay lors d’un « Portrait sensible » diffusé sur les ondes de France Inter. Ce livre en est la preuve.

GAY Pierre, Une promesse de nature. Du zoo au Bioparc, une révolution, Éditions Delachaux et Niestlé, mars 2016, 224 p., 21,90 €.