Selon une récente déclaration de Sergueï Ivanov - le chef de l'Administration présidentielle de la Fédération de Russie, le nombre de panthères de l’Amour aurait doublé dans l’Extrême-Orient russe et atteindrait aujourd’hui près de 80 individus, contre une trentaine voici quelques années. Cette embellie serait notamment facilitée par un nouveau dispositif permettant aux prédateurs tachetés de se nourrir de bétail.

« L’une des plus importantes compagnies d’assurance nationales s’est portée volontaire pour couvrir les dégâts causés par les léopards et les tigres », a expliqué M. Ivanov. Soutenue par l’État, la compagnie d’assurance Sogaz promet en effet de rembourser les éleveurs dont les bêtes auraient été dévorées par des léopards - ou des tigres - à condition que les fermiers ne tirent pas sur les félins. Le montant maximum de l’assurance s’élève à deux millions de roubles, soit environ 26.000 euros.

PANTHERE DE L'AMOUR DANS LE PARC NATIONAL LAND OF THE LEOPARD

Panthère de l’Amour au cœur du parc national « Terre du léopard » (photo National Park « Land of the Leopard » avec l’aimable autorisation de cet organisme).

La genèse du projet remonte à juin 2015 et à l’attaque d’un léopard sur un veau paissant dans une ferme privée du Primorié. Or le félin impliqué, baptisé Simba, est parrainé par Yuri Trutnev, vice-premier ministre de la Russie et envoyé présidentiel dans le district fédéral extrême-oriental. En compensation de la perte du jeune bovin, le dirigeant russe avait remis à l’éleveur 70 sacs d’avoine.

De ce dédommagement en nature a germé l’idée d’indemnités d'assurance pour les fermiers protégeant les léopards et les tigres.

Un tunnel sous l’autoroute

Pour Sergueï Ivanov, le dispositif désormais en vigueur est « convenable » et apparaît comme « une solution civilisée » même si les félins semblent attaquer plus souvent le cheptel local. « Les animaux sont moins exposés à la menace humaine et se reproduisent désormais très bien », relève le dirigeant russe. « La situation est plus que satisfaisante », conclut M. Ivanov, voyant dans le déclin du braconnage un facteur clé du rétablissement de la population de léopards. L’an dernier, neuf jeunes léopards de l’Amour ont été observés par les agents officiels de la faune.

En 2007, entre 27 à 34 léopards de l’Amour subsistaient vraisemblablement à l’état sauvage en Russie. En mars 2013, une hausse inespérée de la population avait été enregistrée, avec 48 à 50 individus recensés (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2013/03/24/26720901.html). Et en février 2015, le Fonds mondial pour la nature (WWF) estimait que 70 adultes vivaient en milieu naturel, dont une cinquantaine en Russie et quelques spécimens au nord-est de la Chine.

Le chef de l'Administration présidentielle a également annoncé l’ouverture en ce début de printemps 2016 du premier tunnel écologique de Russie, creusé sous l’autoroute traversant le parc national « Terre du léopard ». Celui-ci s’étend de la baie de l’Amour, en mer du Japon, à la frontière russo-chinoise.

TIGRE DE SIBERIE DANS LE PARC NATIONAL LAND OF THE LEOPARD

Tigre de Sibérie surpris par un piège photographique (photo National Park « Land of the Leopard » avec l’aimable autorisation de cet organisme).

Les tigres également plus nombreux

Selon le dernier recensement publié en décembre 2015, le nombre de tigres de Sibérie a également augmenté et s’élèverait à 562 sur le territoire russe, dont une grande majorité - entre 417 et 425 spécimens - dans le kraï du Primorié. La population du plus grand félin affiche un important déséquilibre du sexe-ratio, avec davantage de femelles que de mâles.

En 2010, le nombre de tigres de Sibérie survivant à l’état sauvage était estimé à 360 individus. Plus récemment, les spécialistes s’accordaient sur un total d’environ 500 spécimens. La présence de 562 tigres sur le seul territoire russe - l’étude ne prenant pas en compte les animaux vivant en Chine et en Corée de Nord - constitue donc une bonne nouvelle pour cette sous-espèce ayant frôlé l’extinction à cause du braconnage. Diverses sources font état d’à peine quarante tigres survivant sur le territoire russe dans les années 1940.

Le léopard de l’Amour (Pantheras pardus orientalis) est classé « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). De son côté, le tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica) figure dans la catégorie « en danger » sur la Liste rouge mondiale des espèces menacées.

Sources : Siberian Times, Daily Mail, UICN.