Grâce aux recherches conduites par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), des avancées majeures viennent d’être obtenues pour la conservation du patrimoine génétique des ânes, domestiques comme sauvages.

Sur les sept races françaises reconnues par les Haras nationaux, cinq sont aujourd’hui considérées comme en cours d’extinction avec moins de 100 femelles à la reproduction en 2015 : l’âne du Cotentin (88 ânesses), l’âne de Provence (43 ânesses), l’âne normand (40 ânesses), le grand noir du Berry (34 ânesses) et le très menacé âne du Bourbonnais (23 ânesses). Avec moins de 300 femelles reproductives l’année dernière, l’âne des Pyrénées (136 ânesses) et le baudet du Poitou (296 femelles) sont classés en danger d’extinction. Quant à l’âne de Corse, non officiellement reconnu, ses effectifs avoisinent seulement 300 individus de pure souche.

Ailleurs en Europe, l’avenir d’autres races asines est également fragile, par exemple en Autriche-Hongrie pour l’âne baroque aux yeux bleus, en Espagne pour les ânes catalan et des Baléares, au Portugal pour celui de Graciosa ou encore en Italie pour l’âne sarde et son congénère d'Asinara à la robe blanche.

ANE DU COTENTIN

Âne du Cotentin, en mai 2015, à l’écomusée du Pays de Rennes (photo Ph. Aquilon).

Ânes sauvage et liste rouge

En outre, la situation des ânes sauvages s’avère aussi très préoccupante. Celui d’Afrique - dont deux sous-espèces sont généralement admises (Equus africanus africanus et E. a. somaliensis) - est classé « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (*).

De son côté, l’hémione ou âne sauvage d’Asie (Equus hemionus) figure parmi les espèces « en danger » sur la liste rouge créée en 1964. Cinq sous-espèces sont habituellement reconnues, en l’occurrence le kulan (E. h. kulan) au Turkménistan, au Kazakhstan, en Ouzbékistan et en Ukraine, l’onagre de l'Inde (E. h. khur) au nord-ouest du sous-continent, l’onagre de Perse (E. h. onager) en Iran et le khulan ou hémione de Mongolie (E. h. hemionus) dont l’aire de répartition s’étend aussi au nord de la Chine. L’âne sauvage de Syrie (E. h. hemippus), lui, est éteint depuis 1927 à l’état sauvage comme en captivité.

Enfin, le kiang ou âne du Tibet (Equus kiang) reste une préoccupation mineure pour l’IUCN.

La taxonomie de ces équidés asiatiques est sujette à controverses. Selon les conclusions d’analyses génétiques d’échantillons archéologiques, historiques et modernes publiées en 2012, une seule espèce d’âne sauvage aurait peuplé le continent asiatique. L’âne européen ou hydrotin (Equus hydruntinus) aujourd’hui disparu, l’hémione et le kiang appartiendraient donc à une même espèce divisée en populations régionales plutôt qu’en sous-espèces.

ANE SAUVAGE DE SOMALIE

Âne sauvage de Somalie au zoo suisse de Bâle, en août 2015 (photo Ph. Aquilon).

Cryoconservation et culture in vitro

Au-delà de ces débats, la sauvegarde du patrimoine génétique des ânes sauvages et domestiques en danger relève de l’urgence. Techniquement, elle passe notamment par la cryoconservation du sperme, des ovocytes et des embryons. Celle des ovocytes implique leur collecte sur des femelles vivantes tandis que le maintien des embryons à très basse température nécessite leur production en grand nombre à partir de quelques femelles. Cela n’est pas envisageable in vivo puisque les ânesses produisent un embryon par cycle de 26 jours. En revanche, un tel projet est réalisable in vitro mais exige la collecte d’ovocytes sur des femelles vivantes. Celle-ci apparaît donc comme une étape obligée de la conservation du patrimoine femelle.

Or, pour la première fois et en accord avec le comité d’éthique en expérimentation animale Val de Loire, les chercheurs de la plateforme équine de l’Unité expérimentale en physiologie animale de l'Orfrasière (UE PAO) de l’INRA ont mis au point une technique de collecte d’ovocytes sur ânesses vivantes par ponction folliculaire transvaginale sous échographie.

ANES ALBINOS SUR L'ILE D'ASINARA

Ânes blancs albinos sur l’île d’Asinara, au large de la pointe nord-ouest de la Sardaigne (photo Dirk Hartung).

Nouvelle technique de collecte

Sur le site de Nouzilly (Indre-et-Loire), 92 ovocytes ont été collectés au cours de 22 ponctions, soit en moyenne 4,2 ovocytes par ânesse. Les scientifiques de l'Unité de physiologie de la reproduction et des comportements ont ensuite adapté une technique de maturation in vitro d’ovocytes de jument aux ovocytes d’ânesses, permettant l’étude inédite de la chronologie de la maturation de leurs ovocytes. 44% d’ovocytes d’ânesses matures ont été obtenus après 34 heures de culture in vitro.

Ces travaux ont ainsi permis de développer la collecte in vivo d’ovocytes d’ânesses par ponction folliculaire sous échographie et d’assurer leur maturation in vitro. La maîtrise de ces deux procédés pourrait constituer une étape importante dans la préservation du patrimoine génétique des espèces et races d'ânes menacées d’extinction.

En parallèle aux plans de conservation in et ex situ traditionnels, de telles avancées scientifiques - à l’instar des programmes menés par le Frozen Zoo à l''institut de recherche pour la conservation du zoo américain de San Diego (San Diego Zoo Conservation Research) - ouvrent de nouvelles perspectives pour la sauvegarde de la faune.

(*) La taxonomie reste encore débattue et cette espèce est parfois mentionnée comme Equus asinus africanus.

Sources : CNRS, UICN.