Vétérinaire très médiatique, le Dr. Norin Chai doit sa notoriété auprès du grand public à la série documentaire « L’arche de Norin ». Loin de se cantonner aux allées du vénérable établissement zoologique délimité par la rue Cuvier et le quai Saint-Bernard à Paris, l’actuel directeur-adjoint de la Ménagerie du jardin des plantes parcourt le monde pour soigner la faune sauvage, apporter son expertise dans la gestion de parcs et des réserves, partager son savoir avec ses confrères, mener des recherches sur le terrain ou encore initier des projets socio-économiques permettant la sauvegarde d’espèces menacées in situ grâce à la prise en compte des besoins et des intérêts des populations locales.

Pour son premier poste, le docteur Chai, fraîchement émoulu de l’école nationale vétérinaire d'Alfort à Maisons-Alfort (94) et dont la thèse publiée en 1996 est consacrée à l’écologie et à l’éthologie du léopard, dirigea durant deux ans le parc national de Manda au sud-est du Tchad…  L’intérêt et les compétences du Jungle Doctor ne sauraient se limiter aux seuls spécimens captifs.

JUNGLE DOCTOR DE NORIN CHAI

Mythe et légende

Dans cet ouvrage publié en février 2016 chez Larousse, Norin Chai a choisi d’évoquer les différentes facettes de son métier à travers quelques aventures vécues, entre table d’opération, expéditions dans la jungle ou conférences épiques…

L’un des chapitres du livre relate notamment la quête du mythique kouprey aux confins du Laos, dans une forêt infestée de sangsues. Si Norin Chai ne redécouvrit pas le légendaire bovidé présumé disparu, il se consola avec la rencontre d’un troupeau de gaurs. Natif de Phnom Penh, le vétérinaire français contribua d’ailleurs à la conservation de cet animal intimement lié à la culture cambodgienne en transférant, en mars 2009, un gaur venu au monde dans l’Hexagone au Phnom Tamao Wildlife Rescue Center. Le long-courrier ayant dû atterrir à Bangkok, l’arrivée de l’animal épousa une légende khmère prédisant le retour de la paix avec celui d’un gaur jadis dérobé par un roi thaïlandais ! Malgré la pudeur de Norin Chai sur le sujet, quelle émotion dut alors éteindre l’intéressé, contraint de quitter sa terre natale à l’âge de quatre avec ses parents pour fuir le régime de Pol Pot…

Apprendre, encore et toujours

Évidemment, le vétérinaire retrace aussi, avec une précision toute chirurgicale, diverses opérations mémorables comme celle d’une sténose pulmonaire valvulaire chez une panthère des neiges, une  « première » mondiale. Les lecteurs partageront l’inquiétude provoquée par l’abcès abdominal diagnostiqué chez Nénette - la femelle orang-outan « star » de la Ménagerie, découvriront comment guérir un jaguar mâle ayant avalé un tuyau de pompier ou remédier à une luxation antérieure du cristallin chez une rainette tropicale. Complexe, la médecine des amphibiens passionne Norin Chai dont la seconde thèse - universitaire cette fois - porte sur une mycobactérie atypique au sein de cette classe de vertébrés tétrapodes. Le passage sur les expériences de l’auteur avec les crocodiles permet à l’homme de sciences une mise au point taxonomique sur les « reptiles », classe désormais considérée comme caduque.

Convaincu qu’être vétérinaire est un art et une autre façon de soigner le monde, Norin Chai dévoile au fil des pages sa soif d’apprendre, sa conviction, sa détermination et sa profonde humilité « face à cette magie qui nous entoure ». « Finalement, on ne devient pas un vétérinaire, on cherche constamment à s’en approcher. » Au-delà des souvenirs et des histoires qui finissent bien, Norin Chai sème ainsi des graines d’espoir et suscitera sans nul doute de belles vocations.

CHAI Norin, Jungle Doctor, Éditions Larousse, février 2016, 192 p., 15,95 €.