Selon l’estimation annuelle établie par le Bureau américain de la pêche et de la vie sauvage (US Fish and Wildlife Service), la population de loups gris du Mexique aux États-Unis a connu un déclin de 12 % en 2015. Cette baisse de la population intervient après cinq années de hausse consécutive.

L’étude a été menée sur le terrain durant les deux derniers mois de 2015 puis grâce à des observations aériennes début 2016. 97 canidés ont été recensés dans la nature. Ils étaient 110 un an plus tôt. Ces données constituent l’évaluation minimum du nombre d’individus vivant à l’état sauvage.

13 cadavres d’adultes ont été retrouvés en 2015 contre 11 en 2014. En outre, les chercheurs ont perdu la trace de 11 loups équipés de colliers émetteurs. Enfin, la mortalité des chiots a été beaucoup plus élevée puisque seulement 55 % des jeunes nés en 2015 avaient survécu en décembre dernier. L’année précédente, le taux de survie avait atteint 86 %, soit 23 individus.

LOUP GRIS DU MEXIQUE

Depuis le 28 avril 1976, le loup mexicain est classé « en danger » sur l'Endangered Species Act (ESA), loi fédérale adoptée en 1973 afin de protéger la faune et la flore menacées de disparition et leurs écosystèmes (photo Clark Jim, U.S. Fish and Wildlife Service).

Suspicion d’abattages illégaux

« Il est difficile de déterminer si ce brusque renversement de tendance est anormal, alors que la tendance était jusqu’alors encourageante, avec notamment une augmentation de 30 % en 2014 », relève Sherry Barret, coordinatrice de l’agence de sauvegarde du loup gris du Mexique. Plusieurs facteurs pouvant expliquer une telle chute, le Bureau américain de la pêche et de la vie sauvage veut désormais établir avec précision les causes du phénomène afin de rétablir la croissance de la population lupine. Des nécropsies seront ainsi pratiquées sur les cadavres retrouvés.

« Si l’on se fie au passé, il pourrait s’avérer que nombre de loups morts ont été abattus illégalement et qu’une grande partie de ceux non repérés ont également été braconnés », estime Michael Robinson, défenseur du loup et membre du Centre pour la diversité biologique (Center for Biological Diversity), organisation non gouvernementale dont le siège se trouve à Tucson, en Arizona. « Mais j’espère me tromper… »

Apparentés aux loups européens

En effet, le retour du loup gris du Mexique (Canis lupus baileyi) dans son habitat naturel grâce à des relâchers initiés en mars 1998 (http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/07/25/30306179.html) a suscité l’opposition de certains éleveurs redoutant des attaques sur leur bétail. « La réintroduction du loup est une question délicate », estime de son côté Garrett VeneKlasen, directeur exécutif  de la Fédération de la faune sauvage (Wildlife Federation) du Nouveau-Mexique, regroupant plus de 16.500 chasseurs et pêcheurs de cet État frontalier. « Nous ne voulons pas que le retour du loup ait des conséquences délétères sur d’autres espèces indigènes, précise M. VeneKlasen. Mais il est aussi important de rétablir la population de ce prédateur essentiel à la santé de l’écosystème local. »

LOUP GRIS DU MEXIQUE AU ZOO DE CINCINNATI

Le loup gris du Mexique est la plus petite sous-espèce nord-américaine. Sa hauteur au garrot oscille entre 70 et 80 cm pour une masse allant d’une vingtaine de kilos à près de 40 kg. Ici, un individu captif au zoo de Cincinnati, dans l’Ohio (photo Ltshears).

Dès 1929, le loup du Mexique a été décrit comme une sous-espèce du loup gris sur des critères morphologiques - une petite taille, un crâne étroit et un pelage sombre. Cette taxonomie a été récemment validée par des recherches génétiques - publiées notamment en 1999, 2003, 2005 et 2011 - révélant une proximité plus étroite du loup gris du Mexique avec ses congénères européens qu’avec les autres sous-espèces d’Amérique du Nord. Les lointains aïeux du loup mexicain seraient arrivés sur le continent américain par la Béringie au Pléistocène. Ils auraient ensuite été repoussés vers le sud par les ancêtres de l’actuel loup des plaines (Canis lupus nubilus).

Sources :  Albuquerque Journal, US Fish and Wildlife Service, Wikipédia.