Selon une étude conduite par une équipe internationale et dont les conclusions ont été publiées début février 2016 dans la revue Conservation Biology, les mesures de protection mises en oeuvre dans le sanctuaire de faune de Thung Yai-Huai Kha Khaeng (HKK), en Thaïlande, ont permis aux tigres de prospérer. Frontalière avec la Birmanie, cette réserve de 600.000 hectares est la seule zone d’Asie du Sud-Est où une hausse de la population de ces grands félins est avérée. 57 tigres vivent aujourd’hui dans cette aire protégée, contre seulement une quarantaine en 2005.

TIGRE D'INDOCHINE DANS LE SANCTUAIRE THAILANDAIS DE THUNG YAI-HUAI KHA KHAENG

Tigre d’Indochine capturé par un piège photographique dans le sanctuaire de faune de Thung Yai-Huai Kha Khaeng (photo gouvernement de Thaïlande/WCS Thaïlande).

En 2006, les autorités thaïlandaises et la Wildlife Conservation Society (WCS) - une organisation non gouvernementale nord-américaine dont le siège se trouve au parc zoologique du Bronx à New York (États-Unis) - ont instauré un système de patrouilles intensives dans le sanctuaire afin de juguler le braconnage des tigres et de leurs proies. Cette mesure devait faciliter la reconstitution de ce que certains spécialistes considèrent comme la plus importante population « source » de tigres sauvages dans le sud-est asiatique continental. Vraisemblablement à cause du braconnage, la densité de tigres dans la réserve thaïlandaise était alors inférieure de 82 à 90 % à celle de sites écologiquement comparables en Inde.

Prévisions optimistes

90 animaux ont été identifiés grâce aux suivis effectués entre 2005 et 2012. Ces derniers ont également mis en évidence l’amélioration du taux de survie et du nombre de juvéniles au fil du temps. Les experts se montrent aujourd’hui optimistes. « Ces efforts ont porté leurs fruits et nous espérons voir les effectifs de tigres augmenter plus rapidement encore dans les années à venir », assure Somphot Duangchantrasiri, auteur principal de cette étude et membre du Département thaïlandais des parcs nationaux et de la conservation de la faune et de la flore.

Pour Joe Walston, vice-président de la WCS pour la conservation de terrain, « ce succès remarquable a été obtenu dans une zone où la faune sauvage a longtemps souffert ». « Malgré les résultats substantiels déjà enregistrés, nous pensons que l’avenir sera encore plus radieux. » Selon les spécialistes, entre dix et quinze ans seront nécessaires pour que la densité des proies atteigne un niveau optimal supportant un nombre de tigres supérieur à celui déjà relevé.

SANCTUAIRE DE FAUNE DE THUNG YAI-HUAI KHA KHAENG

Créé le 4 septembre 1972, le sanctuaire de faune de Thung Yai-Huai Kha Khaeng figure depuis 2011 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Biome unique en Asie du Sud-Est, il possède des éléments biogéographiques sino-himalayens, sondaïques, indo-birmans et indo-chinois et abrite une faune et une flore caractéristiques de ces quatre zones (photo Tpantisoontorn).

Pour ces travaux sur la dynamique à long terme de la population de tigres du HKK - les premiers de cette nature dans la région, les scientifiques thaïlandais et étrangers ont recouru à un protocole rigoureux. Ils ont combiné l’utilisation de 137 à 200 pièges photographiques - permettant la reconnaissance individuelle des félins grâce aux rayures de leur robe - et de modèles statistiques sophistiqués. Les chercheurs ont ainsi récolté près de 21.000 clichés.

Une méthodologie rigoureuse

« Les méthodes de dénombrement les plus en pointe ont été utilisées pour ce partenariat, estime le Dr. Ullas Karanth, responsable scientifique de la WCS ayant participé à cette étude. Recourir à des démarches rigoureuses pour prendre en connaissance de cause des décisions cruciales pour la sauvegarde des tigres constitue une réelle satisfaction. »

L’analyse des données fournies par les photos, les calculs de densité et d’abondance, les taux annuels de survie et de naissance sont autant d’éléments contribuant à une vision globale de la dynamique de la population de tigres sauvages dans le sanctuaire.

Dans un article paru en février 2015 dans le journal Methods in Ecology and Evolution, des chercheurs de l’université anglaise d’Oxford, de l'Institut indien de statistique et de la WCS avaient mis en cause la validité de la méthode employée pour le recensement des tigres en Inde lors d’une enquête dont les résultats, dévoilés en janvier 2015, indiquaient une hausse de 30 % de la population de ces prédateurs dans le sous-continent en l’espace de quatre ans.

TIGRE D'INDOCHINE AU JARDIN BOTANIQUE DE SAIGON

L’aire de répartition traditionnelle du tigre d’Indochine s’étend de la Birmanie au Viêt Nam, en passant par la Thaïlande, le Laos et le Cambodge. Ce félin aurait également été présent dans le sud-ouest de la Chine. Ce spécimen photographié au jardin botanique de Saïgon - désormais Hô-Chi-Minh-Ville - appartenait vraisemblablement à cette sous-espèce (Coll. personnelle).

Les tigres vivant en Thaïlande appartiennent à la sous-espèce d’Indochine (Panthera tigris corbetti) classée en danger d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Au début des années 2010, leur nombre à l’état sauvage était estimé à près de 350 spécimens, dont environ 200 en Thaïlande, 85 en Birmanie, une vingtaine au Viêt Nam comme au Cambodge et 17 au Laos. Actuellement, la population de tigres en Thaïlande oscillerait entre 189 et 252 individus.

Selon la revue International Zoo Yearbook, cette sous-espèce aurait été présentée en France uniquement dans les années 1970, au parc zoologique du Bois d'Attilly à Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne). À l’heure actuelle, aucune institution zoologique européenne n’héberge de tigres d’Indochine.

Sources : Phys.org, IB Times, Newsweek, Bangkok Post,UICN, zootierliste.de