Mardi 17 novembre 2015, l'Aquarium de Géorgie (États-Unis) a officiellement déclaré ne pas faire appel de la décision de la justice américaine bloquant l’importation de 18 bélugas depuis la Russie.

En septembre dernier, la juge fédérale Amy Totenberg avait en effet estimé que le Service national de la pêche maritime (National Marine Fisheries Service) de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (National Oceanic and Atmospheric Administration – NOAA) avait correctement appliqué la loi de 1972 sur la protection des mammifères marins (Marine Mammal Protection Act) en refusant d’octroyer le permis d’importation. Selon elle, l’argumentaire présenté par l'Aquarium de Géorgie était digne « d'un roman d'espionnage russe ».

ENTREE DE L'AQUARIUM DE GEORGIE

Inauguré le 21 novembre 2005, l’Aquarium de Géorgie était considéré comme le plus grand au monde avant l’ouverture du Marine Life Park de Singapour le 22 novembre 2012 (photo Diliff).

Le choix de l’Aquarium d’Atlanta clôt ainsi une polémiquant remontant à 2012 (lire http://biofaune.canalblog.com/archives/2014/08/20/30447821.html).

« Nous ne sommes pas d’accord du tout avec ce jugement mais un appel prolongerait encore la liste déjà longue des procédures judiciaires et ne serait pas dans l’intérêt des animaux maintenus en Russie. L’Aquarium de Géorgie continuera à se concentrer sur le travail mené au sein de l’établissement et dans la nature afin de comprendre comment préserver au mieux les bélugas. Nous témoignons d’un intérêt constant pour la conservation des bélugas sous toutes ses formes et restons très impliqués pour faire progresser nos connaissances sur cette espèce extraordinaire. »

Figurant par les associations opposées à l’importation,  l’Animal Welfare Institute(AWI) s’est félicité de l’annonce de l’Aquarium.

Capturés en mer d'Okhotsk par des pêcheurs russes - deux en juin 2006, onze en août-septembre 2010 puis cinq en juin 2011, les 18 « baleines blanches » se trouvent actuellement à la station russe de recherches sur les mammifères marins d’Utrish, sur la rive nord de la mer Noire.

Renforcer la diversité génétique

« Nous avons besoin de davantage d’individus pour la reproduction », a toutefois précisé Mike Leven, le PDG de l’Aquarium de Géorgie, à la chaîne de télévision locale WSB-TV. La nécessité de renforcer le patrimoine génétique de la population captive des États-Unis constituait d’ailleurs l’un des arguments des partisans de l’importation des bélugas russes.

Selon la NOAA, 29 bélugas – dont les deux tiers nés en captivité – étaient maintenus dans des établissements zoologiques américains durant l’été 2015. S’ils avaient été transférés en Amérique du Nord, les bélugas auraient été répartis entre l'Aquarium de Géorgie, les trois parcs de SeaWorld à San Diego (Californie), San Antonio (Texas) et Orlando (Floride), le Shedd Aquarium de Chicago et le Mystic Aquarium du Connecticut.

Après avoir accueilli jusqu’à cinq individus, l’Aquarium de Géorgie héberge actuellement un seul couple de bélugas composé du mâle Grayson, né le 26 juin 2007, et de sa demi-sœur Qinu, venue au monde le 31 juillet 2008. Tous deux ont vu le jour au SeaWorld de San Antonio avant d’être transférés à Atlanta le 21 novembre 2010. Capturé le 13 août 1990 au large du Manitoba (Canada), leur père Nanuk est mort vendredi 20 février 2015 à un âge estimé de 31 ou 32 ans au SeaWorld d’Orlando.

BELUGAS EN CAPTIVITE A L'AQUARIUM DE GEORGIE EN 2006

En janvier 2006, l’Aquarium de Géorgie détenait cinq belugas, les mâles Nico et Casper et les femelles Marina, Natasha et Maris (photo Diliff).

La piste canadienne

Dimanche 10 mai 2015, l’Aquarium de Géorgie avait pourtant enregistré la naissance d’une femelle. Malheureusement, celle-ci est morte quelques semaines plus tard, le vendredi 5 juin 2015. Et le jeudi 22 octobre 2015, sa mère Maris s’était éteinte à son tour. D'après le Dr Gregory Bossart, chef vétérinaire de l'Aquarium, elle aurait succombé à une insuffisance cardiarque aiguë et la nécropsie n'aurait révélé aucune trace de malafie infectieuse. Née le 28 juillet 1994 à l’aquarium de New-York puis transférée le 6 novembre 2005 en Géorgie, elle avait déjà mis bas en 2012 mais le nouveau-né avait survécu moins d’une semaine.

Beethoven, le père de ces deux petits nés à Atlanta, se trouve actuellement au Shedd Aquarium de Chicago depuis la mi-octobre 2014. Ce mâle est également né en captivité, le 8 août 1992 au SeaWorld de San Antonio.

Pour M. Leven, il n’est donc plus question de faire venir des « baleines blanches » de Russie. Pour autant, il envisage désormais de se tourner vers le voisin canadien pour importer de nouveaux bélugas sur le  territoire des États-Unis.

MARIS ET SA FILLE NEE EN MAI 2015

Maris et sa fille, quelques heures après la naissance survenue en mai 2015 (photo Georgia Aquarium).

Depuis 2008, le béluga (Delphinapterus leucas) est classé « quasi menacé » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Certaines populations sont toutefois très menacées comme celle du fleuve Saint-Laurent, considérée comme « en voie de disparition » depuis novembre 2014 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Le premier béluga captif, un mâle, aurait été exhibé en mai 1861 au Boston Aquarial Gardens (Massachusetts), où il mourut en novembre de l’année suivante. Aucun parc français n’a, semble-t-il, jamais détenu cette espèce.

En Europe occidentale, seul l’Oceanogràfic de Valence en Espagne présente, depuis le 4 juillet 2003, un couple de bélugas formé du mâle Kairo et de la femelle Yulka. Deux spécimens capturés en 1996 et 1997 dans les eaux russes.

Sources : Reuters, Associated Press, WSB-TV, Captive cetacean database, zootierliste.de.