Plus de trente années après la disparition de leur dernière colonie en Algérie, trente ibis chauves ont quitté jeudi 8 octobre 2015 le Bioparc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) à destination de l’Afrique du  Nord. À des fins pédagogiques, dix oiseaux vont être confiés au zoo de Mostaganem, ville portuaire du nord-ouest du pays. Les vingt autres rejoindront une station d’élevage, gérée par la direction générale des forêts, dans le cadre d’un programme de conservation et de réintroduction. Tous ces ibis ont éclos en captivité dans le parc angevin - 2 en 2009, 18 en 2013 et 10 en 2014.

IBIS CHAUVE EN CAPTIVITE AU BIOPARC DE DOUE-LA-FONTAINE

Ibis chauve dans la volière européenne du Bioparc de Doué-la-Fontaine en août 2015 (photo Ph. Aquilon).

Cette première a été initiée par le Bioparc avec le concours de l’agence nationale pour la conservation de la nature (ANN), créée en 1985 pour protéger la faune et la flore algériennes. L’ANN entend favoriser le retour de l’ibis chauve dans le ciel algérien en faisant (re)découvrir cet oiseau, symbole de paix et de sérénité dans la culture locale, au grand public comme aux autorités. Elle s’implique également dans l’élevage de ces échassiers et leurs relâchers en milieu naturel.

Pour cette opération inédite, Air Algérie a offert la gratuité du vol depuis Paris, le Bioparc finançant intégralement le coût du transport des oiseaux jusqu’à l’aéroport.

Nouvelle colonie sauvage en Andalousie

Par ailleurs, fin septembre 2015, dix autres ibis chauves ont été envoyés par le Bioparc en Espagne pour soutenir le projet Proyecto Eremita. Lancé en mars 2004 par le Zoo Botanico de Jerez, celui-ci doit permettre la constitution d’une colonie sauvage d’ibis chauves dans le comté de La Janda (province de Cadix) à partir de spécimens captifs. Ce projet évalue aussi l’efficacité de différentes techniques de réintroduction.

Depuis le début du programme, 312 oiseaux ont été relâchés. Les premiers couples se sont appariés et ont commencé à se reproduire en 2008. En 2013, 27 poussins avaient déjà vu le jour dans la nature.

Les dix ibis « angevins » ont été placés dans des enclos de quarantaine au zoo de Jerez. Vers la mi-octobre 2015, ils seront transférés dans des volières dites « de relâcher » sur le site de réintroduction, avant de retrouver la liberté fin novembre 2015. Depuis 2007, 74 ibis ont déjà été relâchés en Andalousie grâce au Bioparc, plusieurs de ces oiseaux formant depuis des couples reproducteurs.

IBIS CHAUVE AU BIOPARC DE DOUE-LA-FONTAINE

Spécimen en captivité nichant dans une paroi de falun au Bioparc en juillet 2013 (photo Ph. Aquilon).

Victime de la chasse, de la prédation des œufs, de la pression anthropique ou encore de la pollution par les pesticides, l’ibis chauve (Geronticus eremita) est classé depuis 1994 « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Son aire de répartition couvrait jadis le sud de l’Europe, le nord et le nord-est de l’Afrique et le Moyen-Orient. Actuellement, le parc national de Souss-Massa, dans le sud marocain, abrite la dernière colonie sauvage viable. La population sauvage occidentale s’élèverait à environ 500 individus, la population semi-captive turque étant estimée à quelque 150 oiseaux.

Depuis 1991, l’ibis chauve bénéficie d’un programme d'élevage européen en captivité (EEP) géré par l'Alpenzoo d'Innsbruck (Autriche).