Selon un article publié en septembre 2015 par des chercheurs brésiliens et portugais dans la revue Tropical Conservation Science, la similitude entre les empreintes de plusieurs félins sauvages sud-américains, ainsi que leur ressemblance avec celles des chats domestiques ou harets, pourrait brouiller les travaux menés dans les zones où ces espèces cohabitent.

En effet, pour étudier ces animaux particulièrement discrets, les scientifiques utilisent souvent les traces indirectes laissées par les félins et parfois uniquement leurs empreintes. Or l’équipe lusitano-brésilienne remet aujourd’hui en cause la fiabilité d’une approche exclusive pour certains petits félidés présents dans les forêts tropicales humides du Brésil.

JAGUARDONDI EN CAPTIVITE

Jaguarondi en captivité au zoo de Pont-Scorff, dans le Morbihan, en avril 2015 (photo Ph. Aquilon).

Les auteurs ont analysé les empreintes antérieures et postérieures de spécimens captifs appartenant à quatre espèces, l’ocelot (Leopardus pardalis), le margay (Leopardus wiedii), l’oncille méridional (Leopardus guttulus) et le jaguarondi (Puma yagouaroundi). Les mesures, dont celles des coussinets, ont été prises sur du sable humide. À chaque fois, les empreintes de sept individus par espèce -quatre seulement pour le jaguarondi- ont été relevées.Ces traces ont ensuite été comparées entre elles et à celles provenant de chats domestiques (Felis catus).

Croiser les approches

Les chercheurs ont alors constaté leur ressemblance les unes avec les autres, à l’exception notable de celles des ocelots. En raison de leur taille et de leur masse, ces derniers laissent de plus grandes empreintes avant et arrière. Malgré tout, un risque de confusion existe lorsque les ocelots partagent leur territoire avec des pumas ou des jaguars dont les traces des juvéniles coïncident avec les leurs.

Malgré les données obtenues, les chercheurs n’ont pu identifier les autres félins en s’appuyant sur la longueur et la forme des coussinets ou des empreintes elles-mêmes. En outre, sur le terrain, il deviendrait même impossible de distinguer les empreintes antérieures et postérieures !

OCELOT EN PARC ZOOLOGIQUE

Femelle ocelot au zoo du bassin d’Arcachon, en Gironde, en juin 2015 (photo Ph. Aquilon).

Les similitudes constatées peuvent facilement tromper les biologistes travaillant dans des zones abritant plusieurs de ces espèces et/ou des chats domestiques ou férals. L’étude suggère donc de ne pas se fier aux seules empreintes pour attester la présence de ces félins dans de tels environnements et d’élargir la recherche d’indices et de preuves par des observations visuelles, des pièges photographiques, la collecte d’excréments, les techniques d’écologie moléculaire ou encore les témoignages recueillis auprès des populations locales.

Sources : Tropical Conservation Science, Mongabay.