Selon un responsable du ministère des Eaux et Forêts de la région turque de Malatya, le cadavre d’un jeune léopard appartenant à une sous-espèce considérée comme éteinte - la panthère d’Anatolie - aurait été découvert samedi 18 juillet 2015 près du village de Boğalı, situé en Anatolie orientale dans le district de Pülümür, province de Tunceli.

D’après les déclarations d’Ayhan Deligöz à l’agence de presse Anadolu, le corps de l’animal aurait séjourné longtemps dans le lit d’un ruisseau et perdu l’essentiel de son pelage. Les premiers tests auraient cependant établi qu’il s’agissait bien d’un félidé. Des scientifiques ont prélevé des échantillons de tissus et les ont adressés au Conseil de la recherche scientifique et technologique de Turquie (TÜBITAK). Les résultats des analyses devraient être connus d’ici un mois. Ne présentant apparemment aucune trace de coup violent ou de blessure par arme à feu et mesurant une cinquantaine de centimètres de long, le cadavre a été transféré à l’université Fırat de médecine vétérinaire, à Elazığ, afin d’y subir de nouveaux examens.

TIMBRES PANTHERE

Timbres édités en Azerbaïdjan en 1994 et en Ouzbékistan en 1997 (Photo DR).

S’appuyant sur des photos, le professeur Şağdan Başkaya de l’université technique Karadeniz de Trabzon aurait d’ores et déjà identifié l’animal comme étant un léopard d’Anatolie (Panthera pardus tulliana). En 2013, des chercheurs de cette université avaient assuré avoir obtenu 25 clichés de léopards grâce à des pièges photographiques installés durant trois mois dans une aire protégée, dont la localisation n’avait pas été révélée par souci de sécurité.

Prudence et controverses

Directeur régional du ministère des Eaux et Forêts, Ali Haydar Gürsönmez se montre plus prudent dans les colonnes du journal turc Daily Sabah : « Nous serions très heureux si cet animal se révélait être effectivement un léopard d’Anatolie. Les habitants assurent souvent en apercevoir dans la région. Rien n’est cependant avéré. »

Pour sa part, Özgür Keskin, le maire de Boğalı, précise que si personne n’a vu cet animal vivant, « les anciens du village observaient autrefois des léopards dans les environs ».

Le 3 novembre 2013, un léopard avait été abattu par un berger dans la province de Diyarbakir, au sud-est du pays. Selon les autorités locales, aucun léopard n'avait plus été signalé dans cette zone depuis au moins un siècle. Il s’agirait vraisemblablement d’une panthère de Perse (Panthera pardus saxicolor).

SPECIMEN NATURALISE PRESENTE COMME UNE PANTHERE D'ANATOLIE

Exposé au Musée national géorgien de Tbilissi, ce spécimen naturalisé est présenté comme une panthère de l’Anatolie. Il pourrait toutefois appartenir à la sous-espèce de Perse (photo Jonathan Cardy).

Le statut de la sous-espèce anatolienne reste d’ailleurs l’objet de controverses. Ne figurant pas sur la liste des neuf sous-espèces reconnues par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), elle a été décrite pour la première fois en 1856 d’après la peau d’un animal tué près d’Izmir, port turc situé sur la mer Egée. L’aire de répartition de cette sous-espèce de grande taille, au « pelage cendré ou gris légèrement roussâtre » selon la description originelle du zoologiste français Achille Valenciennes (1794 - 1865), s’étendrait sur la partie égéenne et occidentale de la Turquie.

Si certains chercheurs englobent la panthère d’Anatolie au sein de la sous-espèce de Perse, d’autres défendent la thèse d’une sous-espèce distincte dont l’habitat se limiterait au sud-ouest de la Turquie, mais pas à sa partie orientale.

 Sources : UICN, Daily Sabah, AFP.